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Archives de décembre, 2016

Faut-il se souhaiter une bonne année ?

alep

Au terme de cette année marquée par l’élection de Trump, le Brexit, les massacres d’Alep et une série d’attentats terroristes, notamment celui de Nice, qui a poussé encore plus loin la barbarie, peut-on se souhaiter une bonne et heureuse année 2017 ? Oui, nous dit Rima Elkouri, qui cite son arrière-grand-mère Philomène, survivante du génocide arménien : « Tant que la mort ne s’approche pas trop, il y a de l’espoir. » Oui, nous dit encore François Cardinal, qui nous invite à ne pas céder à la tentation du repli. Oui, nous dit enfin Marie-France Bazzo, qui elle aussi dans La Presse, nous souhaite des mots plus doux que ceux qui ont marqué 2016.

Pour ma part, je nous souhaite surtout des débats plus sereins. Certes, la victoire du oui au Brexit et l’arrivée de Trump à la présidence des États-Unis, de même que les élections en France et en Allemagne, nous forceront à débattre de l’avenir de notre planète. Comme François, je ne crois pas que l’élite urbaine, la mondialisation, le libre-échange et l’immigration soient « responsables de tous les maux qui affligent le peuple, allant du terrorisme à la délocalisation, en passant par la précarité d’emploi et la disparition des repères démographiques et culturels ». Comme lui, je crois qu’il ne faut pas répondre « à coups de méfiance, de murs et de frontières ». Mais je suis prêt à en débattre. J’espère juste que ces débats nécessaires seront fondés sur les faits plutôt que sur les croyances et les préjugés. J’espère également qu’ils feront reculer cette époque de post-vérité où l’opinion est plus influencée par l’émotion que par la réalité.

Comme Trump mais sans ironie, je souhaite donc à mes alliés comme à mes adversaires, à ceux qui m’applaudissent comme à ceux que j’irrite, une merveilleuse année 2017.

« La La Land »

Ryan Gosling et Emma Stone.

Ryan Gosling et Emma Stone.

Après la déception de Manchester on The Sea, je misais beaucoup sur La La Land. Je n’ai pas été déçu, bien au contraire. Ce film écrit et réalisé par Damien Chazelle est ce que les Américains appellent a feel good movie. Je ne connais pas de traduction française, mais j’aime bien cette définition trouvée sur Allociné : « comédie douce-amère qui procure du plaisir et remonte le moral ». Après avoir vu La La Land, on a envie, comme les deux personnages principaux, de s’envoler vers les étoiles. On est ressort le cœur grand ouvert.

Le scénario n’est pourtant pas mièvre, puisqu’il a comme point de départ la difficulté pour une jeune comédienne et un jeune musicien de trouver du boulot. L’histoire nous montre également la difficulté de tenir pour un couple où chacun, qui pour une tournée, qui pour un tournage, est appelé à s’éloigner pendant de longues périodes. Comme dans toute comédie musicale, il y a bien sûr des figures imposées. À plus forte raison dans une comédie musicale, doublée d’une comédie sentimentale. Mais le scénariste n’a pas hésité à se jouer des conventions et à nous ménager des surprises.

La réussite de La La Land revient donc en bonne partie à Chazelle, solide scénariste et brillant metteur en scène. Mais elle repose avant tout sur son tandem de comédiens : Emma Stone et Ryan Gosling. J’adore ces acteurs qui savent aussi chanter et danser. Gosling, lui, peut même jouer du piano, et fort bien, puisqu’il n’a pas été doublé. Ils sont beaux tous les deux, et ensemble, ils sont adorables.

Bref, j’ai tellement adoré ce film que j’en suis sorti en me disant que j’allais le revoir bientôt. Vous l’aimerez probablement aussi, à condition de priser le genre, car si vous êtes allergiques à ces moments où, soudain, les acteurs se tournent vers la caméra et poussent la chansonnette, La La Land n’est sans doute pas pour vous.

Manchester by the Sea

Le jeu de Casey Affleck est solide.

Le jeu de Casey Affleck est solide.

Les dernières semaines n’ayant pas été particulièrement riches en matière de cinéma, j’avais très hâte de voir Manchester by the Sea, dont les critiques disaient grand bien si j’en juge par les 97 % obtenus au Tomatometer. Le public, lui, s’est montré moins enthousiaste, mais il a quand même applaudi ce drame de Kenneth Lonergan à 84 %. Je suis gêné de vous le dire, mais je me suis un petit peu emmerdé, malgré quelques belles scènes.

Certes, le jeu de Casey Affleck est solide. Il lui vaudra probablement d’être nommé aux Oscars. Le petit frère de Ben montera-t-il sur scène pour recevoir la statuette tant convoitée ? Peut-être. L’Académie aime bien ces personnages sombres et torturés, qui laissent une impression de profondeur. Pour ma part, je ne suis pas sûr qu’un tel rôle soit si difficile à jouer. Mais vous pouvez diverger d’opinion. J’ai été plus impressionné par Michelle Williams, qui joue l’épouse. Ce n’est qu’un petit rôle, mais quand elle est là, elle crève l’écran.

Le film dure 135 minutes. C’est long pour une œuvre où il ne se passe pas grand-chose. On ouvre des portes, on ferme des portes, on fait démarrer un moteur, on l’arrête. Il y a beaucoup de silences, profonds sans doute, mais longs tout de même. Un montage plus serré aurait pu réduire ce très long métrage d’une bonne demi-heure. Je veux bien croire qu’on ne peut monter Manchester by the Sea comme un épisode de Game of Thrones. Mais de là à étirer autant la sauce. Au bout d’une heure, j’ai commencé à regarder ma montre ; ce n’est jamais un bon signe.

Le sujet, que je ne révélerai pas, est d’une grande tristesse. Mais ce que je retiens, c’est moins sa tristesse que sa lourdeur. Ce drame ne m’a pas touché. Il m’a tantôt accablé, tantôt agacé. Dommage ! J’espère aimer davantage La La Land.

« La grande librairie »

busnel

Si vous aimez la littérature et que vous ne connaissez pas La grande libraire, qu’on peut voir tous les vendredis à 13 h 10 à TV5, courez ouvrir la télé. Vous ne trouverez pas meilleure émission littéraire. Parler des livres n’est pourtant pas évident. Ici, pas d’images comme pour le cinéma. Que des mots ! François Busnel réunit chaque semaine cinq ou six écrivains. Il n’y a que quelques livres sur une table basse, des chaises tout autour, un décor de bouquins et un petit public très discret. On pourrait bayer aux corneilles. C’est pourtant passionnant ! L’émission dure près deux heures avec les pubs qu’on ajoute au Québec à l’émission originale, et pourtant ça passe souvent si vite qu’on est étonné que ce soit terminé.

Il faut dire que Busnel est un génie de l’animation. Je sais, génie c’est dithyrambique. Mais les synonymes seraient virtuose, maître ou maestro. Cet homme-là passe d’un livre à l’autre, d’un auteur à l’autre avec une aisance et une finesse qui me laissent baba d’admiration. Il est vrai que les auteurs invités sont souvent passionnants. Mais je peux témoigner, pour en avoir vu quelques-uns à d’autres émissions, que Busnel sait tirer le meilleur de ses interviewés.

Bref, chaque fois qu’on regarde La grande librairie, on a l’impression d’être un peu plus intelligent. Plus humain aussi.

Par ailleurs, j’aimerais conseiller cette émission à ceux, nombreux au Québec, qui ont l’impression que la langue française se porte si mal dans l’Hexagone. Je veux bien croire que les écrivains s’expriment mieux que la moyenne des ours mal léchés. Reste que c’est un bonheur de les entendre parler français si bien.

Premier hiver en sept ans

hiver-montreal

Pour la première fois en sept ans, Lise et moi allons passer un hiver complet à Montréal. Je devrais peut-être écrire « tenter de passer un hiver complet à Montréal ». Quelques amis sont d’ailleurs convaincus que nous ne tiendrons pas le coup. On verra bien.

Il faut dire que les solutions de rechange ne sont pas légion. Nous avons vendu notre autocaravane au printemps. Certes, nous pourrions louer un appartement en Floride. Mais nous avons détesté le Sunshine State l’hiver dernier. Il y a bien l’Arizona et la Californie, mais c’est loin. Et puis, je n’ai pas vraiment envie de me retrouver cette année au pays de Trump. Lise encore moins. Il me semble que les vibrations ne seraient pas bonnes. Reste Nice, où nous avons séjourné en 2012 et 2013. Mais un départ prématuré pour la Côte d’Azur compromettrait nos projets pour l’an prochain. Alors, je crois bien que nous allons passer l’hiver dans la métropole.

Jusqu’ici tout va bien. Mais il est vrai que l’hiver n’est pas encore officiellement commencé. N’empêche, nous avons senti bien nettement son souffle polaire la semaine dernière. Je me souviens d’un après-midi où le vent du nord rendait la marche difficile le long du canal de Lachine. Malgré tout, nous sommes revenus contents de ces cinq kilomètres dans la neige et dans le vent pour aller au marché Atwater. L’hiver, il ne faut pas rester confiné. C’est un des secrets. Il faut aussi bien se vêtir. Dès que nous sommes revenus à Montréal en février dernier, nous sommes allés acheter tout ce qui nous manquait. On est vraiment parés pour le froid.

(suite…)

Un beau témoignage

Je m’interroge parfois sur l’impact que peuvent avoir ces carnets sur les quelques centaines de happy few qui les lisent. À La Presse où j’ai signé un blogue sur le français et un sur le tennis, les lecteurs se comptaient plutôt par milliers, notamment pour le second.

Or voilà que je reçois ce commentaire : « Sans vous en douter, m’écrit une lectrice, vous avez eu un grand rôle dans ma vie. Je rêvais de quitter la banlieue pour vivre en ville près de tout et sans auto. Suite à votre article, j’ai exploré le quartier Sud-ouest et me voilà propriétaire d’un condo près du Marché Atwater. » Le carnet auquel elle fait référence, c’est Sans auto et sans regret (1), paru en avril 2016. Il me tient particulièrement à cœur, car il raconte notre vie à pied, commencée il y a 25 ans, à notre arrivée à Montréal, Lise et moi.

Ce témoignage m’a fait tellement plaisir ! Il m’a donné envie de poursuivre ces carnets au moment où je m’interrogeais sur leur pertinence.

(1) (https://paulcarnet.wordpress.com/2016/04/19/sans-auto-et-sans-regret/)

Reportage choc sur les musulmanes

On diffuse depuis quelques jours sur Facebook un reportage de France 2 où l’on voit que les femmes ont été pour ainsi dire bannies de l’espace public dans certains quartiers. J’ai vu ce téléreportage très intéressant et très bien fait. Il montre les dangers du communautarisme (1), qu’il ne faut pas confondre avec le multiculturalisme à la canadienne ou l’interculturalisme à la québécoise. Il faut le voir, mais il faut le voir pour ce qu’il est : un portrait des quartiers de banlieue des grandes villes françaises.

Ce que j’aime moins, dans le zèle où il est diffusé au Québec, c’est qu’on laisse croire que ce danger nous guette. « Quand la loi islamique s’installe dans nos quartiers, ai-je lu, le droit des femmes recule. » Là, on est à plein dans l’ère de la post-vérité, où les perceptions sont plus importantes que la réalité. Un sondage montrait précisément ce matin que les Canadiens exagèrent largement la population musulmane au pays. Ils croient que les musulmans seront 27 % en 2020 alors qu’ils seront 2,8 %, soit dix fois moins. 

La situation française est en effet complètement différente de la nôtre. On trouve en France cinq à six millions de musulmans. Ils ont été parqués dans des cités qu’on dit sensibles, où les Frères musulmans font la loi. C’est malheureux et troublant, bien sûr. Ça illustre l’échec de l’intégration à la française. Ca illustre aussi ce qu’il ne faut ni faire ni accepter. Mais il faut se rappeler que de tels quartiers n’existent ni dans l’ensemble du Canada ni au Québec, où la population musulmane est nettement moins nombreuse et nettement mieux intégrée.

(1) Le Toupictionnaire (1) donne du communautarisme la définition suivante : « Employé dans un sens plutôt péjoratif, le terme communautarisme désigne une forme d’ethnocentrisme ou de sociocentrisme qui donne à la communauté (ethnique, religieuse, culturelle, sociale, politique, mystique, sportive…) une valeur plus importante qu’à l’individu, avec une tendance au repli sur soi. Ce repli « identitaire », « culturel » ou « communautaire » s’accompagne d’une prétention à contrôler les opinions et les comportements des membres de la communauté contraints à une obligation d’appartenance.»

 

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