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Archives de juin, 2019

« Nous finirons ensemble » : la suite est supérieure

Comme je l’ai déjà raconté, j’étais allé voir « Nous finirons ensemble » le jour même de sa sortie à Paris. Devant la queue impressionnante à l’entrée du cinéma, qui annonçait déjà le grand succès de cette suite des « Petits mouchoirs », j’avais un peu regretté ma précipitation. Mais il restait de la place à l’avant. Et puis, nous avons entendu : « Je viens juste vous faire un petit coucou. » C’était Guillaume Canet en personne, venu saluer en coup de vent les tout premiers spectateurs. Devant cette salle pleine, le réalisateur était tout sourire. C’était bien sympa. J’ai juste regretté que Marion Cotillard, dont je suis un admirateur de longue date, ne soit pas à ses côtés.

En France, la critique s’est montrée plutôt partagée, plusieurs jugeant ce long métrage trop petit-bourgeois, une tare dans l’Hexagone, où l’on ne peut montrer la bourgeoisie au cinéma sans la critiquer rudement. Si j’en juge par La Presse et Le Devoir, je ne crois pas que le film de Canet soit beaucoup mieux reçu ici.

Mais en revanche, au Québec comme en France, les spectateurs semblent ravis de redécouvrir la bande d’amis neuf ans plus tard. C’est aussi mon cas. D’autant que la suite, chose rare, m’a paru supérieure au premier opus. De tout évidence, Canet a gagné en maturité comme réalisateur.

La critique de La Presse reproche à ce film d’osciller entre le drame et la comédie. C’est justement ce qui m’a plu. Canet a su faire revivre sa bande de potes en dosant finement rires et émotions. Dans « Nous finirons ensemble », il est toujours question d’amitié, de fidélité, de séparations, d’accidents de la vie, mais avec au compteur une dizaine d’années de plus. C’est tantôt drôle, tantôt touchant, mais ça fait toujours du bien !

Dogman

Évidemment, la critique a préféré « Dogman », un film noir qui se passe quelque part dans les bas-fonds de l’Italie, où une brute terrorise un quartier. On est bien loin ici du luxe cossu de la région de Biarritz. Bien que l’action se situe là aussi le long d’une côte, on patauge plutôt dans la misère. Et croyez-moi, ce n’est pas celle des riches.

À certains égards, je peux comprendre l’enthousiasme suscité par « Dogman ». Il est vrai que le scénario est fort, que Marcello Fonte, la révélation du film, est un comédien remarquable et que la réalisation de Matteo Garrone est brillante. Mais que de violence ! Il y a plusieurs scènes qui sont à la limite du supportable. Et que de pessimisme, que de noirceur ! Âmes sensibles s’abstenir.

 

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Sommes-nous trop pessimistes ?

Au début de l’année, je trouvais que ma vie allait bien mais que le monde, lui, se portait plutôt mal. Je me voyais glisser sereinement vers le grand âge. Mais l’avenir de la planète bleue m’inquiétait de plus en plus. J’en étais venu à me dire : heureusement que je vieillis, car l’avenir ne s’annonce pas rose. Si l’humanité est foutue, au moins je n’en verrai pas la fin. L’ennui, c’est que plus le monde se portait mal, moins j’allais bien.

Devant tant de pessimisme, j’ai éprouvé le besoin de donner un grand coup de barre. Je savais que certains penseurs estiment que l’humanité va beaucoup mieux que ce que les médias catastrophistes nous en donnent à voir. Il était temps d’aller jeter un œil sur leurs livres.

Je suis d’abord tombé sur le Français Jacques Leconte. Je n’avais pas fini de lire le premier chapitre du « Monde va beaucoup mieux que vous ne le croyez » que j’avais déjà rempli une pleine page de notes outrées. J’avais l’impression de lire un de ces jovialistes dont Yvon Deschamps s’était moqué jadis.

Je me suis ensuite plongé dans le dernier ouvrage du Suédois Hans Rosling, « Factfulness », à qui Alexandre Sirois a consacré récemment un bon édito dans La Presse. Ça ne manquait pas d’intérêt. Mais il y a chez cet auteur une volonté de convaincre qui peut être agaçante et qui a vite fini par m’agacer. Je veux bien être convaincu, mais je n’aime pas qu’on cherche à me prouver à tout prix que j’ai tort.

C’est alors que j’ai découvert Steven Pinker. On doit déjà à cet ex-Montréalais devenu professeur de psychologie à Harvard quelques ouvrages majeurs, dont « La part d’ange en nous », où il démontre, chiffres à l’appui, que le monde est de moins en moins violent. Dans son dernier livre, « Le triomphe des lumières », son chef-d’œuvre sans doute, il va plus loin encore. Il y soutient que l’humanité, en dépit de problèmes inévitables et de solutions imparfaites, ne s’est jamais mieux portée.

 

Le livre qui aura changé ma vie

Je vous vois déjà sourciller. Vous vous dites peut-être : il suffit d’ouvrir les journaux chaque jour pour avoir la preuve du contraire. C’est ce que je pensais aussi. Quelques milliers de pages plus tard, j’ai changé d’avis. Dans l’émission « La grande librairie », on demande au libraire de la semaine le livre qui a changé sa vie. Je me suis souvent demandé quelle serait ma réponse. J’hésitais entre « Les clochards célestes », de Jack Kirouac, et le « Plaidoyer pour le bonheur », de Matthieu Ricard. Mais ces deux choix me laissaient insatisfait. Désormais, je n’aurai pu le moindre doute. La livre qui aura changé ma vie, c’est ce « Triomphe des lumières ».

Je n’étais pourtant pas l’homme le plus facile à convaincre. Mais la force du Pr Pinker justement, c’est peut-être qu’il ne cherche pas à convaincre. « Je me contente de vouloir faire connaître l’état véritable du monde », dit-il, exposant son point de vue à l’aide de faits et de statistiques, et démolissant au passage les légendes urbaines. À vous ensuite d’appuyer, ou non, ses conclusions.

Voici quelques faits. « À l’échelle de la planète, disait-il dans un entretien au Monde, l’espérance de vie moyenne est passée en un peu plus d’un siècle de 30 ans à 71 ans. Dans les pays développés, elle dépasse les 80 ans. Les pires maladies infectieuses, comme la malaria, la pneumonie, la diarrhée, le sida, tuent de moins en moins de gens et sont en déclin. » Dans le livre, il ajoute que le taux de mortalité infantile a été divisé par cent.

« Le monde, souligne-t-il, devient en outre plus prospère, le taux d’extrême pauvreté a chuté de 75 % au cours des trente dernières années… Savoir lire et écrire était auparavant un privilège accessible aux plus fortunés, maintenant 90 % des moins de 20 ans sont alphabétisés. Les guerres sont également moins fréquentes et moins létales. Les famines sont plus rares. » Et en prime, aucune époque n’a été plus favorable à la culture que la nôtre.

Pinker nous annonce même « un scoop ébouriffant : le monde a fait des progrès spectaculaires dans chaque domaine mesurable du bien-être humain, sans exception ». L’ennui, ajoute-t-il, c’est que « presque personne n’est au courant ».

 

Ni optimiste ni pessimiste

Tout cela, bien entendu, ne signifie pas que le monde soit parfait, qu’il n’y ait plus rien à améliorer. Pinker refuse d’ailleurs de se dire optimiste, même si son ouvrage est un long et vibrant plaidoyer contre le pessimisme. L’auteur aborde avec beaucoup de franchise les problèmes actuels, reconnaissant volontiers que certains sont graves et pressants. Le chapitre consacré à l’environnement, par exemple, comprend à lui seul plus d’une centaine de pages. Il consacre aussi de nombreuses pages à la menace nucléaire ainsi qu’à Donald Trump, ce réactionnaire autoritaire dont l’élection, de son propre aveu, l’a inquiété.

Malgré tout, il réfute avec ardeur le pessimiste ambiant voulant que « l’état du monde se dégrade, alors même que le progrès existe de façon tangible ». L’idée clé de son ouvrage est que tous les problèmes, y compris les problèmes environnementaux, « peuvent être résolus », à condition de disposer des bonnes connaissances et de faire les bons gestes.

Selon lui, le pessimisme est dangereux. Pourquoi ? « Ce biais pessimiste, a-t-il expliqué au Monde, nous conduit au fatalisme, à croire que tout effort pour améliorer le monde est une perte de temps… Pire, ce biais peut aussi nous pousser au radicalisme… Dans la sphère politique, ce radicalisme a permis l’essor du populisme et l’élection de Donald Trump. »

« Le cynisme, a-t-il ajouté, s’est aussi installé, et il a, lui aussi, contribué à la montée du populisme. Plusieurs de nos concitoyens croient qu’il n’y a pas de différence entre les populistes et les centristes. Ils font le choix de l’abstention… Et ils permettent aux électeurs les plus radicaux de peser plus lourd. »

Dans « Le Triomphe des Lumières », Pinker présente la raison, la science et l’humanisme comme les meilleurs moyens de surmonter les défis de notre siècle. « Nous avons su créer, au cours du siècle des Lumières, deux précieuses institutions qui reconnaissent les limites de la nature humaine et fonctionnent de manière à permettre une amélioration de notre bien-être : la démocratie et les marchés. La démocratie prévoit des contre-pouvoirs et repose sur une déclaration de droits inaliénables qui empêchent un dirigeant corrompu d’abuser de son autorité. » Quant au « doux commerce », comme l’appelle le professeur, il a engendré des échanges internationaux qui ont rendu la guerre moins attrayante.

Pour Pinker cependant, rien ne s’oppose davantage aux idéaux des Lumières que les mouvements populistes actuels. « Tribalistes plutôt que cosmopolites, autoritaires plutôt que démocratiques, méprisants vis-à-vis des experts et peu respectueux du savoir, ils préfèrent la nostalgie d’un passé idyllique à l’espoir en un avenir meilleur. » Mais l’auteur reste convaincu que ces mouvements réactionnaires et passéistes ne feront qu’un temps et seront incapables de faire dérailler la course vers le progrès.

 

Quelques réserves

Mon enthousiasme pour cet ouvrage ne signifie pas pour autant que j’en appuie tous les points de vue. Je ne partage pas, par exemple, le mépris que Pinker manifeste à l’égard de l’agriculture biologique, qu’il présente comme sous-performante, mais dont les rendements se sont beaucoup améliorés au cours des dernières années. De plus, le bio règle d’un coup le problème des pesticides dangereux, ce qui n’est pas rien.

D’autres affirmations me laissent pour l’heure dubitatif. Par exemple, quand le chercheur vante l’essor de réacteurs nucléaires modulaires de quatrième génération. Tant mieux s’il est vrai qu’ils ne produiront pas de déchets radioactifs et seront plus sûrs. Mais ça reste à voir. Sa confiance à l’égard des technologies capables de capter les émissions de CO2 me semble aussi excessive, sa certitude que la croissance est soutenable ne me convainc pas tout à fait et je suis moins optimiste quant à l’échec du populisme.

Cela dit, il n’est pas nécessaire d’adhérer à toutes les opinions de Pinker pour être enthousiasmé par son travail. Comme l’ancien patron de Microsoft Bill Gates, j’y vois « un message d’espoir, la démonstration qu’il est possible de changer le monde, puisqu’il a déjà changé ».

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« Le Triomphe des Lumières », traduction française du livre « Enlightenment now », éditions des Arènes, Paris, 2018.

Loi 21 : le combat continue

Pendant le débat sur le projet de loi 21, je me suis interdit d’écrire sur le sujet. Le Québec était à ce point polarisé que je refusais de participer à un dialogue de sourds. Mais la loi sur la laïcité étant désormais adoptée, je ne peux plus me taire. Je veux au moins témoigner qu’il y a des Québécois profondément en désaccord avec cette législation qui réduit nos droits fondamentaux.

Vous me direz que je suis minoritaire. J’en suis conscient. Dans ce débat, plus on est francophone et surtout, plus on est vieux, plus on appuie le coup de force de la CAQ. Ça me rappelle le Brexit, où les vieux, justement, ont voté pour limiter l’avenir des jeunes Britanniques en coupant les liens avec l’Union européenne.

Mais j’ai l’habitude d’être minoritaire. J’ai quitté l’Église à 16 ans, à une époque où le Québec était quasiment une théocratie. Au cours d’une retraite fermée, j’avais annoncé à l’imposant directeur spirituel du séminaire Saint-Joseph, au risque d’être mis à la porte, que je n’avais pas l’intention de me confesser étant donné que je n’avais plus la foi. On ne pourra donc me reprocher de défendre les religions ; je n’en pratique aucune depuis bientôt 60 ans. Ce qui fait de moi un laïc québécois de longue date.

Toutefois, je n’ai jamais cru que la laïcité consistait à démoniser les religions en général et l’islam en particulier, fût-elle pratiquée par des femmes voilées. La laïcité, au contraire, c’est la liberté. Liberté de ne pas pratiquer de religion, bien sûr. Mais liberté également d’en pratiquer une de son choix.

C’est pourquoi cette liberté, jugée fondamentale, a été enchâssée dans les chartes des droits et libertés. Pas seulement dans la charte canadienne, à l’égard de laquelle on montre bien peu de respect, mais dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme, que les Nations unies, faisant œuvre de pionniers, ont adoptée après la Deuxième Guerre mondiale. Et bien sûr, dans notre propre charte québécoise. En imposant de force le projet de loi 21, ce n’est pas au Canada anglais qu’on s’est attaqué, comme on aimerait bien nous le faire croire. C’est à nos propres libertés. Autrement dit, des Québécois ont renié les droits d’autres Québécois.

Je n’ai pas vu venir que l’intolérance catholique de mon enfance (on priait même pour le salut des protestants, c’est vous dire) serait remplacée par une intolérance qui se donne des allures de laïcité. Vous m’en voyez désolé. Permettez-moi de ne pas partager votre allégresse.

Vous venez de gagner, assez habilement d’ailleurs, la première manche. Réjouissez-vous, c’est de bonne guerre. Mais ne croyez pas que vous pourrez (enfin) passer à autre chose, car le combat va se déplacer vers les tribunaux, où cette loi populiste et tribale, dont les mamelles sont le bâillon et la clause de dérogation, risque d’être malmenée. On ne tire pas un trait, en effet, sur les libertés fondamentales sans motif grave ou urgent. Or notre gouvernement n’a démontré ni la gravité ni l’urgence de la situation. Il n’a surfé que sur les peurs cultivés depuis des années par le Journal de Montréal.

À votre place, j’éviterais donc de trop exulter, car à la fin, c’est nous, les opposants, qui allons gagner. Si, si, ce n’est pas une bravade. Les idéaux des Lumières ne s’éteignent pas. Vive la liberté !

 

P.-S. Si vous partagez mon point de vue, n’hésitez pas à partager ce texte largement. La loi adoptée, il ne faut pas se décourager. Nous devons au contraire faire la démonstration de notre détermination et de notre résilience.

J’ai adoré « La femme de mon frère »

Anne-Élisabeth Bossé et Mani Soleymanlou dans la grande scène du restaurant italien.

Je peux comprendre certaines des critiques suscitées par « La femme de mon frère ». Mais reprocher à Monia Chokri d’avoir fait du Xavier Dolan, vraiment ? À moins qu’il y ait chez le réalisateur de « Juste la fin du monde » ou de « Mommy » un humour désopilant qui m’a complètement échappé jusqu’ici. En revanche, il est vrai que ce premier long métrage est un peu… long. Un montage plus serré aurait rendu, il me semble, cette comédie encore plus enthousiasmante.

Cela dit, il y a dans le film de Monia Chokri au moins deux longues scènes qui sont déjà de petits chefs-d’œuvre : celle du restaurant italien et celle du grand repas de famille où la « femme du frère », cette blonde trop parfaite pour la sœur paumée, est invitée pour la première fois. C’est à se rouler par terre de bout en bout. Je ne suis pas du tout étonné que le jury de la section Un certain regard en ait fait son coup de cœur au dernier Festival de Cannes. Nous assistons peut-être à la naissance d’une grande cinéaste. Ce serait formidable, non !

« La femme de mon frère » est une œuvre de jeunesse donc. Mais malgré ces défauts, c’est déjà une belle réussite. Le scénario est à la fois drôle et touchant. Les dialogues sont savoureux et les comédiens tous excellents. Il faut vanter, bien sûr, la performance d’Anne-Élisabeth Bossé, parfaite dans son rôle d’intellectuelle féministe névrosée. Mais je m’en voudrais de ne pas mentionner, parmi les rôles secondaires, celui du père immigrant, joué par un grand acteur israélien, Sasson Gabai, extraordinaire.

Seth Rogen et Charlize Theron, un couple improbable.

Long Shot

Je ne déteste pas les comédies romantiques à l’occasion. Et j’aime bien Charlize Theron tout le temps. Aussi me suis-je laissé tenter par « Long Shot ». Côté Charlize, pas de surprise ; elle est toujours sublime. Côté comédie, pas de surprise non plus, d’autant que, comme tous les films du genre, le scénario reste bien prévisible.

L’originalité du film tient à ce qu’on a réuni deux amoureux improbables. D’un côté, la belle Sud-Africaine, qui joue ici le rôle de la secrétaire d’État des États-Unis. De l’autre, un journaliste à l’allure débraillée, dont la carrière ne va nulle part. Dans le rôle de Fred Flarsky, l’inévitable Seth Rogen. Pas mauvais, le Seth, mais plutôt unidimensionnel. Une sorte de Patrice Robitaille canadien. L’homme d’un seul rôle, celui du paumé mal fringué, sans charme mais drôle, un peu moche un peu bourru, un peu vulgaire, mais au final plutôt attachant.

Entre la belle et le comique, le courant passe et le charme opère. « Long Shot » n’a rien de génial, mais on passe un bon moment. Les dialogues sont amusants, les situations sont drôles, et en prime, le personnage du premier ministre canadien, inspiré sans doute par notre Justin, fait sourire.

 

 

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