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Archives de juin, 2017

Homme au bord de la crise de nerfs chez Costco

Encore une fois, je me suis retrouvé au bord de la crise de nerfs chez Costco. La semaine précédente aussi. En sortant, j’avais dit à Lise : « La prochaine fois, je pousserai le panier et tu géreras la liste d’épicerie. Ça devrait aller mieux. » Eh bien non, il a fallu se rendre à l’évidence : ça n’allait pas mieux. D’autant qu’elle a perdu mon beau stylo.

Il y a toujours quelque chose qui m’énerve chez Costco. D’abord, il y a trop de monde. Depuis que je suis membre, j’essaie de trouver la meilleure plage horaire. Mais deux ans plus tard, j’en suis venu à la conclusion qu’il n’y en a pas. Le week-end, c’est carrément infernal. Je n’y vais plus. Je m’étais dit, le lundi matin, vers 11 h, ça devrait aller. J’avais oublié les satanés baby-boomers. Ils sont à la retraite, ces gens-là, pas au bureau. Je vais finir par croire qu’ils passent leur vie dans les grandes surfaces à pousser un panier. C’est vrai que ça occupe.

Et puis, les gens ne sont pas aimables. Ils sont pressés. Je marche en ayant peur qu’un panier me percute les mollets. Souvent, il y en a un costcien qui plante son panier au beau milieu d’une allée, disparaissant pour aller chercher je ne sais quoi et bloquant du coup le chemin à ceux qui suivent. Il faut dire qu’ils sont énormes, ces paniers. Et puis, personne ne vous sourit. Personne ne vous cède le passage. Tout le monde a un air de bœuf, et pas juste devant le rayon des viandes.

Chez Costco, la personne que vous croisez, ce n’est pas le citoyen, ni même le voisin, encore moins l’ami. C’est le consommateur. Celui qui cherche le meilleur prix, la meilleure aubaine, et presto. Pas de temps à perdre à saluer les gens que l’on croise, encore moins à engager la conversation. L’important quand on va dans ce haut lieu de la consommation, et je dois malheureusement m’inclure, c’est de parcourir les allées le plus vite possible, de remplir son gros panier le plus possible et d’arriver à la caisse le plus rapidement possible.

Il faut dire que l’endroit n’est ni beau, ni avenant, ni chaleureux. Ni rien en fait. Juste un grand entrepôt où l’on entrepose des marchandises jusqu’au plafond. Il y a bien, postés un peu partout, des préposés qui s’empressent de vous faire goûter, qui des tartinades, qui des biscuits, qui des céréales. Mais ils ne sont pas là pour vous rendre la visite agréable, ils sont juste là pour vous faire consommer davantage. De plus, ils contribuent à encombrer encore plus des allées qui le sont déjà bien assez.

Habituellement, je retrouve mon sourire à la caisse quand je reçois la facture. Il faut bien admettre que les prix costciens sont difficiles à battre. Mais l’opération me met tellement les nerfs en boule que je commence à me demander si le prix en vaut la chandelle. Je viens justement de recevoir mon avis de renouvellement. J’ai jusqu’en septembre pour me décider. Y a-t-il une vie après Costco ?

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« Maudie » ou « Momie » ?

Ethan Hawke et Sally Hawkins dans une scène de « Maudie ».

En cette période estivale où les blockbusters ont envahi les écrans, il n’est pas vraiment facile de trouver un film à se mettre sous la dent. L’ex-miss Israël est certes très mignonne en Wonder Woman, mais c’est le type de superproduction qui ne me branche pas beaucoup. Pas plus que La momie, Les bagnoles 3, Transformers ou la énième version de Pirates des Caraïbes. J’en ai donc profité pour faire du rattrapage en allant voir Maudie, encore à l’affiche en version anglaise.

Un beau film, cette biographie de la peintre naïve Maud Lewis. On s’attache vite à cette femme apparemment simplette, maltraitée par sa famille, qui devient la bonne, puis la femme d’un vendeur ambulant plutôt rustre, et qui se met à peindre sur des bouts de planche ou des cartons d’emballage. Ces toiles, qui sont aujourd’hui recherchées, elles les vendaient quelques dollars seulement dans leur pauvre maison de la Nouvelle-Écosse. À certains égards, son destin rappelle celui de la peintre française Séraphine Louis, qui a elle aussi inspiré un très joli film mettant en vedette Yolande Moreau. Dans Maudie, c’est l’actrice britannique Sally Hawkins qui se glisse brillamment dans la peau de la peintre.

À la fin, on voit la vraie Maud, filmée avec son mari par la CBC Television. Je me suis dit que, malgré tous les efforts qu’on a pu faire pour l’enlaidir, Miss Hawkins était sans doute un peu trop jolie pour le rôle. Il en va de même pour son partenaire, Ethan Hawke. Il a beau grogner plus que parler et garder tout du long un regard sombre, c’est un trop bel homme pour ce personnage de mari mal dégrossi. Mais jusqu’à ce qu’on nous montre ce bout de documentaire, on y croyait à cette improbable relation. C’est ce qui compte, non !

Le splendide Jardin botanique !

Le Jardin japonais, tout fleuri, était splendide. (Photos Lise Roy)

Ainsi donc, la réforme administrative que craignait tant le conservateur du Jardin botanique n’aura pas lieu. Son beau jardin ne sera pas bouffé par cette drôle de créature nommée Espace pour la vie. Si l’on en croit l’ex-maire Bourque, la décision du maire Coderre de stopper la réorganisation est sage. Je le crois volontiers. Cela dit, il n’était pas facile, pour le simple mortel, de saisir les tenants et aboutissants de ce débat. L’important pour moi, comme pour la plupart des usagers sans doute, c’est que notre jardin botanique reste ce qu’il est : un des plus beaux du monde.

J’adore le Jardin botanique. C’est un des lieux les plus magnifiques de Montréal. Depuis que j’ai quitté le Plateau, je le visite moins souvent. Je me le reproche d’ailleurs, car Griffintown, ce n’est quand même pas le bout du monde. Mais il faut dire que nous avons beaucoup voyagé depuis que nous nous sommes installés dans ce quartier.

Cela dit, je suis retourné au Jardin vers la fin de mai. Il est toujours aussi splendide. Je me suis promis de m’y rendre désormais plus souvent. Après tout, le métro m’y mène en une demi-heure.

C’était déjà la fin de la saison des tulipes, la roseraie était encore sans roses et la plupart des lilas n’étaient pas en fleurs. En revanche, le Jardin japonais, tout fleuri, était splendide. C’est mon endroit favori. Quelle beauté en ce lieu, mais également quelle sérénité ! Lors de sa création, Pierre Bourque était encore le conservateur du Jardin botanique. Il était particulièrement fier de ce lieu, comme j’avais pu le constater quand il avait lui-même fait visiter le Jardin japonais à un groupe de journalistes de La Presse.

Je suis ensuite allé me promener du côté du Jardin alpin et du Ruisseau fleuri (qui portait mal son nom en cette saison, mais il faudra y revenir). J’aime beaucoup ce côté du Jardin botanique. Ce n’est pas le plus spectaculaire, mais c’est le plus tranquille. Les touristes et les groupes d’élèves l’évitent habituellement. On peut s’y promener dans un grand calme.

Bien sûr, Montréal, ce n’est pas, tant s’en faut, la nature sauvage. Mais le Jardin botanique et le parc du Mont-Royal constituent pour moi de merveilleux lieux où se ressourcer.

 

Un belvédère sur l’affreux silo no 5

Le silo no 5 enlaidit le Vieux-Port de Montréal.

À la faveur du projet de réaménagement de la Société du Vieux-Port, le fameux silo no 5 revient dans l’actualité. J’étais en train de l’oublier celui-là. Enfin, façon de parler, car dès qu’on met les pieds dans le Vieux-Port, ce que je fais souvent, le monstre nous saute aux yeux. Chaque année, plus laid, plus hideux, plus rouillé, plus sale, plus détérioré, plus délabré, plus sinistre, plus lugubre. En un mot, une horreur ! Qui plus est, une horreur bouchant la vue sur le beau fleuve Saint-Laurent.

À mon avis, on aurait dû le faire exploser il y a 20 ans pour transformer le lieu en un joli parc. Un parc qui aurait donné, aux Montréalais comme aux visiteurs, un accès au fleuve. Après tout, bien que Montréal soit une île, l’accès aux rives reste difficile et rare. Mais de bonnes âmes, sans doute bien intentionnées, avaient convaincu les autorités de conserver ce vestige de notre passé. Pour ma part, je suis pour la conservation du patrimoine, bien entendu, mais pas de tout. Pas de l’horrible silo no 5, par exemple.

Comme le rappelait Jean-René Dufort jeudi dans La Presse, on a élaboré « une kyrielle de projets » pour le silo no 5 depuis 20 ans. « Un aquarium, des habitations avec un jardin suspendu, un surprenant projet d’habitations triangulaires en forme de forêt, un marché, un musée d’art contemporain et même un silophone » rappelle notre Infoman. Aucun n’est devenu réalité. Maintenant, chaque fois que j’entends parler d’un nouveau projet, je hausse les épaules.

Voilà justement que la Société du Vieux-Port en annonce un énième : on aménagerait un belvédère sur l’affreux silo et à côté, sur la Pointe-du-Moulin, on construirait un hôtel. Vingt ans d’études, d’analyses, de sondages, de croquis, de plans, de projets, de ballons d’essai, de tergiversations pour en arriver là… C’est pitoyable !

 

« Un sac de billes » : très touchant !

Dorian Le Clech et Batyste Fleurial dans une scène de «Un sac de billes».

J’ai déjà dit, je crois, la passion que j’ai pour les films qui racontent le sort des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. J’en rate rarement un. Pour moi, c’est l’émotion garantie. Un sac de billes n’a pas fait exception. À la fin, ma compagne et moi sommes restés un long moment assis, le temps de nous ressaisir. Quand nous nous sommes retournés, il n’y avait plus personne dans la salle, exception faite des deux proposés à l’entretien.

Ce film français réalisé par le Québécois Christian Duguay raconte l’histoire vraie de Joseph Joffo et de son frère Maurice, deux enfants forcés de fuir Paris d’abord, puis Nice pour échapper aux nazis ou aux milices des collabos. (En 1975, Jacques Doillon avait déjà porté à l’écran le récit de Joseph, mais je n’ai jamais vu cette version.)

En regardant l’appréciation des critiques et des spectateurs sur Allociné, on constate qu’il y a un grand écart entre les uns et les autres. Je n’en suis pas étonné. Pour beaucoup de critiques, le scénario est trop mélo, trop convenu, trop cliché. Je peux convenir que le film de Duguay ne se distingue pas du lot des oeuvres réalisées sur le sujet par son originalité. Mais en tant qu’ex-critique de cinéma redevenu simple spectateur, je suis ici du côté du public. « Quel beau film très touchant et plein d’amour, de tendresse et d’espoir… malgré un contexte fort difficile », écrit Éliette sur Cinéma Montréal, résumant fort bien l’impression très forte que m’a laissée Un sac de billes.

J’ajoute que l’interprétation exceptionnelle de tous les acteurs compte pour beaucoup dans mon enthousiasme. Une mention spéciale doit être accordée à Dorian Le Clech, dans le rôle du petit Joseph, qu’on reverra sans doute à l’écran, et à Patrick Bruel, dans celui de son père.

Été et sérénité

L’été est enfin arrivé, même si ce vendredi est pluvieux. Je ne sais pas pour vous, mais moi, la belle saison me fait un bien énorme, surtout après l’interminable printemps timide et humide que nous avons connu. Au cours des derniers jours, j’ai créé des albums avec les centaines de photos que nous avons rapportées de notre longue traversée de l’Amérique en caravaning. Certes, il n’a pas toujours fait beau. Mais dans le sud-ouest des États-Unis notamment, nous avons eu droit à de longues périodes de soleil. Depuis notre retour, et notamment depuis la fin de l’hiver, la belle lumière du Sud m’a beaucoup manqué.

Quand il fait beau, il y a dans l’air une douceur, une sérénité, une joie de vivre qui me réchauffe tout autant le cœur que la couenne. Depuis une semaine, nous avons pris presque tous nos repas sur notre balcon. Nous ne sommes pas les seuls. L’été, la cour de notre immeuble reprend vie. Nous sommes aussi montés sur le toit pour jouir de la piscine, nous allonger sur les transats et profiter de notre belle vue sur le centre-ville.

Je me suis mis en mode estival. Je continue à lire La Presse+, mais je la feuillette plus vite. Je saute quelques mauvaises nouvelles, quelques dossiers qui m’arracheraient sans doute une larme. J’aime beaucoup mon ancien journal, mais j’ai parfois l’impression qu’il est rédigé par un bataillon de travailleurs sociaux pendant la Grande Dépression. Notre société y paraît tellement déprimante ! Pour ma santé mentale, il me faut à l’occasion m’en éloigner.

Même distance à l’égard de Facebook. En un sens, c’est dommage, car j’ai parmi mes amis des gens aussi brillants qu’adorables. Je me prive sans doute de propos passionnants. Mais depuis quelques semaines, exception faite de la page Les as du tennis, je ne lis presque rien. C’est qu’on ne rencontre pas que des amis sur ce réseau. On y croise aussi bien des pisse-vinaigre qui en veulent au monde entier. Leurs propos sont parfois si outranciers que ça gâte ma journée. Alors, je m’abstiens. Ou encore, j’attends que Lise me dise : « As-tu lu untel ou unetelle ? C’est bien intéressant ! »

Dans son éditorial d’hier, Alexandre Sirois soulignait une « intensification des discours haineux à l’égard des politiciens » aux États-Unis. Il est vrai que le règne de Trump n’invite pas à la sérénité. Mais je crois que le phénomène ne touche pas que les Américains. On sent aussi pareille hargne chez nous dans les commentaires. Et bien sûr en France. Hier, Nathalie Kosciusko-Morizet, candidate LR à Paris, a même dû être hospitalisée à la suite d’une agression.

Cette époque de malveillance, je la trouve malsaine. C’est pourquoi cet été, je vais préférer le chant des rossignols dans notre cour ou celui des carouges le long du canal de Lachine.

Cycliste, sexagénaire et dopé

Photo Martin Chamberland, La Presse

Une nouvelle intéressante est tombée la semaine dernière : un Québécois de 68 ans a été condamné pour dopage. Il faut dire que Gérard-Louis Robert n’est pas un coureur du dimanche. Comme le rapporte Gabriel Béland, dans La Presse, l’homme « détient deux records du monde sur piste dans la catégorie des 65-69 ans ». Il prenait donc de la testostérone pour se hisser au sommet de l’élite mondiale de sa catégorie d’âge.

Sur les réseaux sociaux, il semble qu’on n’ait pas ménagé ce sexagénaire dopé. Au point qu’un professeur de l’Université d’Ottawa, Nicolas Moreau, s’en soit indigné dans La Presse. Soulignons que M. Moreau a déjà rencontré M. Robert pour un ajustement ergonomique et qu’il l’a trouvé bien sympathique. « Est-ce qu’il existerait un bel âge pour se doper ? » se demande le professeur.

Sans doute pas. Mais comme beaucoup, je comprends mieux qu’on se dope à 25 ans pour gagner le Tour de France qu’à 68 ans pour être recordman chez les « vieux ». L’âge, il me semble, devrait nous aider à mieux résister aux appels tyranniques d’un ego titanesque.

Mais peut-être suis-je incapable de saisir la psychologie d’un sportif de haut niveau ? Quand je pars avec mes bâtons de marche nordique le matin, je ne porte même plus ma montre. Que m’importe de réussir mon parcours de cinq kilomètres en 49 minutes plutôt qu’en 50 ? L’important pour l’homme de 72 ans que je suis, c’est de marcher régulièrement, pour le plaisir. Ce n’est pas de battre des records, surtout si, pour y parvenir, il faut se gaver de produits dangereux. Je préfère le chocolat noir et le vin rouge.

Je veux bien, comme le souhaite le Pr Moreau, qu’on ne s’acharne pas sur Gérard-Louis Robert. Je n’aime pas non plus le moralisme. Un point cependant me titille : ce sportif dopé se considérait comme « une source d’inspiration ». Déjà que les héros ne m’inspirent pas beaucoup. Mais si de surcroît ils sont gonflés à la testostérone, eh bien voyez-vous, ça me gonfle !

 

 

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