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Archives de avril, 2017

« C’est le cœur qui meurt en dernier » (****)

Denise Filiatrault fait à 85 ans un grand retour au cinéma.

J’ai trouvé réussi et touchant ce film Alexis Durand-Brault inspiré par un livre de Robert Lalonde. De prime abord, on aurait pu penser que le réalisateur aurait confié le scénario au romancier. Mais il a plutôt délégué cette tâche au comédien principal, Gabriel Sabourin, qui s’en est fort habilement acquitté.

C’est le cœur qui meurt en dernier raconte la relation trouble d’un fils chéri avec sa mère adorée. Au moment où débute le film, il vient de publier un livre qui raconte son enfance. Elle vient d’être hospitalisée, souffrant de la maladie d’Alzheimer. Ils ne se sont pas vus depuis la mort du père, huit ans plus tôt. Manifestement, il y a entre eux tous un lourd secret de famille qu’on découvrira peu à peu. Le scénario nous balade abruptement entre le passé et le présent. Il faut rester bien attentif pour ne pas s’y perdre, d’autant que de nombreux personnages apparaissent. Mais l’histoire s’éclaire peu à peu, sans pour autant révéler tous ses mystères.

On a beaucoup vanté, et avec raison, le jeu de Denise Filiatrault, qui fait à 85 ans un grand retour au cinéma. Mais à mon avis, le rôle le plus difficile est celui tenu par Sabourin, qui joue un personnage blessé, secret et introverti. Son interprétation tout en nuances est remarquable.

Un petit mot aussi pour souligner la qualité de la musique de Cœur de pirate. Bref, un très beau film. Un de mes films québécois préférés depuis un bon moment.

Frantz (****)

Osons, s’est dit Ozon (si vous me permettez ce mauvais jeu de mots) en concevant ce film qui a pour théâtre les lendemains de la Première Guerre mondiale. Il fallait du culot en effet pour convaincre les producteurs d’investir dans un film tourné pour l’essentiel en noir et blanc et dont la moitié des dialogues sont en allemand. Apparemment, ce ne fut pas sans mal. Mais les audacieux ont souvent raison ; son pari est pleinement réussi.

Frantz est un remake de Broken Lullaby, réalisé par Ernst Lubitsch en 1932. Mais Ozon en a tiré une œuvre personnelle en adoptant le point de vue de la jeune veuve plutôt que celui du jeune soldat. La dernière partie est de plus du pur Ozon.

L’histoire, que je ne vous raconterai surtout pas, est forte et les acteurs sont tous remarquables, en particulier Pierre Niney, presque à contre-emploi, qui pour ce film a appris l’allemand, le violon et la valse. À noter aussi la jeune Allemande Paula Beer, que certains voient comme la future Romy Schneider. Je ne sais pas si elle se rendra aussi loin. Mais dans Frantz, elle crève l’écran.

La femme du gardien du zoo (***1/2)

Ce film est lui aussi inspiré par la guerre, mais par la seconde, celle qui a pour toile de fond l’Holocauste. Je rate rarement un film sur ce sujet qui continue à me bouleverser, peut-être parce que je suis né à la toute fin de cette grande guerre. La femme du gardien du zoo se situe dans la lignée de La liste de Schindler. Il ne s’agit pas, bien sûr, d’une œuvre aussi réussie. Mais ce film de Nick Caro n’en est pas moins intense et poignant. Je pense notamment à cette scène où de jeunes enfants, en toute confiance, lèvent les bras pour être hissés dans des trains qui les mèneront dans les camps de la mort.

Le film s’inspire de faits véridiques. Il raconte l’histoire de Jan Zabinski, gardien d’un zoo de Varsovie, et de sa femme Antonina, à qui quelques centaines de juifs emprisonnés dans le ghetto de Varsovie doivent la vie. C’est le ventre noué et la larme à l’œil qu’on suit pendant deux heures le récit de leur héroïsme.

Ma seule réserve : le doublage de Jessica Chastain n’a m’a pas paru très bon. Si votre anglais est solide, vaut mieux voir la version originale.

Cézanne et moi (*)

Difficile d’être plus raté que ce dernier opus de Danièle Thompson censé raconter la relation difficile entre Émile Zola et Paul Cézanne. Je sais bien qu’un réalisateur qui s’inspire de personnages célèbres jouit d’une certaine liberté. Mais pas d’une liberté totale. Thompson aurait dû écrire au générique : « Toute ressemblance avec des personnages ayant réellement existé ne peut être que le fruit du hasard. » Pour peu que l’on connaisse l’écrivain et le peintre, on verra vite que les portraits qu’en trace la réalisatrice sont hautement fantaisistes, voire franchement ridicules. Et le jeu des comédiens, en particulier celui de Guillaume Canet, prisonnier de ce personnage figé, qui ressemble autant à Zola que moi à M. Univers, est à l’avenant. Reste quelques belles images. C’est bien peu !

(*) Pas du tout. (**) Un peu. (***) Bien. (****) Beaucoup. (*****) Passionnément.

« Tous pourris, tous pareils » ?

Les onze candidats à la présidentielle française.

C’est demain dimanche qu’on connaîtra les deux survivants du premier tour de la présidentielle française. Vous n’avez pas suivi cette campagne ? Tant pis pour vous, car c’est un super spectacle ! D’abord parce que les politiques français ont l’art de la parole. La comparaison est encore plus gênante quand elle est faite avec nos politiciens fédéraux, qui pour la plupart, Justin Trudeau compris, s’expriment mieux en anglais qu’en français. Dans l’Hexagone, pas de bafouillages, pas de jargon, pas de charabia, peu d’approximations, peu de confusions. Les propos peuvent être discutables ou critiquables, mais ils sont rarement insipides. Sans doute les candidats français glissent-ils çà et là quelques imprécisions, mais elles sont en général volontaires. Des mensonges également, mais eux aussi sont délibérés.

De plus, le suspense, contrairement à 2012, est cette année total. S’il faut en croire les sondages, quatre des onze candidats se retrouvent en tête, presque à égalité. On a cru pendant quelques semaines que la candidate de l’extrême droite, Marine Le Pen, et le centriste Emmanuel Macron se feraient la lutte au deuxième tour. Mais ils auraient été presque rattrapés par le candidat de la droite, François Fillon, et par le candidat de la gauche radicale, Jean-Luc Mélenchon, que le metteur en scène Jacques Weber voit comme « le poète de la politique » et « l’héritier de  Victor Hugo ».

Pour ma part, je souhaite un deuxième tour opposant Macron à Mélenchon, deux anciens socialistes qui ont siphonné les votes du socialiste Benoît Hamon. Compte tenu de la marge d’erreur toutefois, toutes les combinaisons sont possibles, y compris un affrontement désespérant entre Fillon et Le Pen, bien qu’ils soient l’un et l’autre englués dans des affaires sentant mauvais. D’autant que l’attentat de cette semaine à Paris ajoute de l’eau à leur moulin à faire peur.

Si je me fie aux reportages réalisés par France 2 durant la campagne, plutôt qu’aux sondages, il ne serait pas surprenant que le prochain président vienne de la droite, voire de l’extrême droite. L’expression qui revient le plus souvent dans la bouche des citoyens interviewés, c’est « Tous pourris ! » Or selon Éric Montpetit, professeur au département de science politique de l’Université de Montréal, interviewé par La Presse, « le cynisme, c’est ce qui prépare le mieux le terrain pour des chefs populistes », qui proposent des solutions simplistes.

On a aussi beaucoup répété, lors de ce tour de France, « Tous pareils ! » Pourtant, les Français ont le choix entre onze candidats qui occupent tout le spectre des tendances politiques, de l’extrême droite à l’extrême gauche. Il est vrai que la plupart des promesses n’ont pas été tenues au cours des deux derniers quinquennats, ce qui a augmenté la défiance. Cela dit,  j’ai beaucoup de mal à croire que rien ne distingue des personnalités aussi différentes que Le Pen, Fillon, Macron et Mélenchon. Mais c’est aussi à la faveur de cette confusion indifférenciée que le cynisme s’étend.

Donald Trump

« Tous pourris, tous pareils », c’est un commentaire qu’on a beaucoup entendu quand les Américains ont eu à choisir entre Donald Trump et Hillary Clinton. La seconde n’est sans doute pas parfaite, mais je doute qu’elle aurait lancé au président chinois, en mangeant du gâteau au chocolat : « By the way, on vient de larguer 49 missiles sur l’Irak. » En fait, il s’agissait plutôt de la Syrie. Mme Clinton n’aurait assurément pas confondu les deux pays.

Il est probable également que la candidate démocrate, bien au fait de la situation mondiale, aurait résisté à la tentation d’aller provoquer, tout à fait inutilement, Kim Jung-un, au risque de provoquer un affrontement nucléaire avec la Corée du Nord, ou voulu remettre en question l’accord sur le nucléaire iranien.

Recep Tayyip Erdogan

Voulez-vous de moi comme dictateur ?

Preuve aussi que notre démocratie ne se porte pas très bien, le président turc Recep Tayyip Erdogan a demandé à ses concitoyens, dimanche dernier, s’il voulait bien de lui comme dictateur jusqu’en 2029, et ils ont répondu oui. Jadis, un dictateur devait s’emparer du pouvoir. Dans les démocratures d’aujourd’hui, il suffit de se faire voter des pouvoirs, et le tour est joué.

C’est ainsi que des Turcs vivant en toute quiétude dans des pays démocratiques comme le Canada, la France ou l’Allemagne ont voté allégrement pour donner les pleins pouvoirs à un homme qui, avant même de les recevoir, avait déjà envoyé en prison des dizaines de milliers d’opposants. Mais il est vrai que ces expatriés n’auront pas à vivre avec les conséquences de leur vote. Dans quel monde merveilleux vivons-nous !

Je compte donc sur les électeurs français pour nous donner demain quelques motifs d’espoir. Allez la France !

Retour vers le futur

À mon arrivée à Québec en 1965, j’ai eu l’impression de venir habiter la Sibérie.

Samedi dernier, je me suis retrouvé à Château-Richer. Vous ne savez pas où c’est. Ne vous inquiétez pas, vous n’êtes pas pour autant nuls en géographie. Moi-même qui ai vécu 25 ans à Québec, j’ai eu du mal à me rappeler que ce village était situé sur la Côte-de-Beaupré. Une ex-collègue du Soleil, qui y vit désormais au milieu d’une érablière, y fêtait ses 60 ans. Quelques ex-collègues (au cours d’un repas bien arrosé, m’a-t-on rapporté) avaient décidé de m’inviter.

La dernière fois que j’avais vu Claudette, c’est il y a près de 20 ans. Elle n’était pas la seule que je n’avais pas revue depuis un bail. Après mon départ de Québec en 1991, je n’avais rencontré pour ainsi dire personne, sauf lors de rares visites au Soleil au cours des premières années de ma vie montréalaise. Si nous ne nous sommes pas perdus complètement de vue, c’est en bonne partie grâce à Facebook. On dit souvent beaucoup de mal des réseaux sociaux, et parfois à juste titre, mais ils ont aussi des vertus.

C’est une bien belle bande que j’ai retrouvée là. Je me suis rappelé du coup combien j’avais été bien entouré au Soleil. Je l’avais un peu oublié parce que les dernières années dans ce journal avaient été par moments pénibles. Et aussi, il faut bien le dire, parce que j’avais été brutalement licencié de cette boîte après 22 ans. À l’époque, l’Empire devait se départir de quelques cadres pour financer le train de vie princier de Conrad Black. La malhonnêteté de ce baron de la presse l’a par la suite mené en prison. Ce fut un petit baume.

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Le prix du paradis

Si vous vous promenez parfois au Vieux-Port de Montréal, vous aurez remarqué sans doute un bateau un peu étrange, qui ne bouge jamais. Sur ses ponts, on peut voir, notamment l’hiver, une vapeur qui s’échappe de ses grands bains à remous. Dans son intérieur chic et luxueux, on peut recevoir des massages, des soins pour le visage ou pour le corps, paresser dans le hammam ou les saunas, barboter dans ses grands bains à remous. C’est le Bota Bota, le spa sur l’eau.

Bien qu’il soit amarré à notre Vieux-Port depuis quelques années déjà, Lise et moi n’y étions encore jamais allés. Pourtant, nous aimons beaucoup ces centres de détente où l’on passe des heures à se laisser dorloter. Il faut dire que nous avons beaucoup voyagé depuis. Mais c’est aussi parce que nos revenus de retraite augmentent moins vite, disons, que la rémunération des chefs de la direction de Bombardier.

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Piétons en danger

Chaque fois que nous traversons René-Lévesque, Lise et moi, nous nous disons que les petits vieux ont intérêt à rester en santé à Montréal. Il ne faudrait pas que nous nous engagions sur les six voies avec un déambulateur, ou même avec une simple canne. Seize secondes, c’est tout le temps dont nous disposons pour nous rendre de l’autre côté de ce large boulevard avant que les automobilistes ne foncent sur nous pour tourner. Et encore, certains n’attendent pas les 16 secondes réglementaires avant de s’engager qui à gauche, qui à droite. Il faut être vite en titi.

S’il faut en croire les dernières statistiques, nos intuitions et nos craintes étaient fondées, car le nombre de piétons tués augmente, à Montréal bien sûr, mais même dans le reste du Québec. Dans la seule année 2016, 63 piétons sont allés rejoindre ce lieu tranquille où l’on ne paie plus d’impôts, disait mon père. De ce nombre, plus de la moitié dépassait les 65 ans, ce qui n’est pas rassurant quand on en compte plus de 70.

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Federer : l’incroyable doublé Indian Wells – Miami

Roger Federer a gagné sa demi-finale contre Nick Kyrgios au terme de trois jeux décisifs fous, fous, fous, qu’il aurait tous pu perdre.

Lorsque Roger Federer a gagné l’Open d’Australie, j’étais plus heureux qu’impressionné. C’est sans doute parce que le Maestro a fini par rendre presque banals les exploits les plus extraordinaires. Mais le doublé Indian Wells-Miami me renverse, m’ébahit, me stupéfait, m’abasourdit, me souffle, m’époustoufle, me coupe le souffle. D’autant qu’il vient d’être réussi à 35 ans.

Revenons d’abord à Indian Wells. Rodgeur y a brillé comme à sa grande époque en survolant les courts. Il a tellement bien joué qu’il a mal fait paraître Rafael Nadal, un rival qui l’avait pourtant battu 23 fois déjà. En finale, Stan Wawrinka, le malheureux perdant, a avoué que son compatriote avait toutes les solutions.

J’ai applaudi bien fort ce nouveau fait d’armes, tout en me disant que Federer n’allait probablement pas faire de vieux os à Miami. Mais j’avais tout faux, puisque c’est lui qui a encore levé le trophée du champion au terme du second des deux grands Masters américains.

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