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Archives de la catégorie ‘Réflexions et impressions’

Racistes ou non-tolérants ?

Une statue de Robert Edward Lee, personnage controversé qui fut général en chef des armées des États confédérés.

Il y a quelque temps dans La Presse, un anthropologue accusait la rectitude morale et politique d’attiser les tensions et de museler certains points de vue, notamment sur les questions identitaires au Québec. Apparemment, ce qui préoccupait Yann Pineault, c’était moins les attitudes xénophobes, voire racistes, de certains de nos compatriotes que leur dénonciation.

J’ai failli lui répondre, puis je me suis dit que, s’il fallait réagir chaque fois que je lis des banalités ou des balivernes dans les médias, je n’aurais plus le temps de dormir. Mais depuis, il y a eu cet attentat de Charlottesville, où un militant d’extrême droite a foncé en automobile dans la foule, tuant une femme et blessant une vingtaine de manifestants. Et surtout, ces deux discours de Donald Trump renvoyant dos à dos militants antiracistes et suprémacistes blancs.

Je veux bien convenir que le mot raciste est grave et qu’il ne faut pas en abuser. J’ai donc cherché un mot qui conviendrait à notre anthropologue. J’ai d’abord opté pour personne-qui-n’aime-ni-les-noirs-ni-les-musulmans-ni-les-juifs-ni-les-immigrants-mais-qui-n’est-pas-raciste. Mais c’était un peu long, d’autant qu’au Québec il faudrait ajouter les anglos à la liste. J’ai  ensuite essayé non-tolérant (comme ont dit non-voyant) ou mal-acceptant (comme on dit mal-entendant). Puis, j’ai pensé à xénophobe anonyme, mais nos patriotards sont sortis du placard depuis l’apparition d’un président proche du Ku Klux Klan. Rien ne collant vraiment, je suis revenu à raciste. C’est un terme fort, il est vrai, mais il désigne bien une « attitude inégalitaire d’hostilité à l’égard d’un groupe ethnique ou d’un groupe social ». Selon le contexte, les mots xénophobe, suprémaciste ou ségrégationniste peuvent aussi convenir.

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Sommes-nous « envahis » ?

Aujourd’hui dans La Presse, une dame disait craindre de ne pas reconnaître son pays dans 20 ans devant l’arrivée massive de demandeurs d’asile haïtiens en provenance des États-Unis. J’ai envie de suggérer à cette résidante du Vieux-Boucherville de venir faire un tour à Montréal. Grâce à ce saut dans le futur, elle pourra voir à quoi rassemblera peut-être son pays dans quelques décennies. Si elle entre dans une pharmacie du centre-ville, par exemple, elle verra aux caisses, dans une image télescopée de l’avenir, un Noir venu d’Haïti ou d’Afrique, un jeune homme d’origine vietnamienne, une jeune femme hispanophone et une Maghrébine voilée. On n’en meurt pas, chère Madame. Ils ne sont pas contagieux. On ne disparaît pas non plus. On ne perd même pas sa culture ; on l’élargit, c’est tout.

Non seulement beaucoup de Québécois souhaitent-ils le moins d’immigration possible, mais il faudrait que les rares immigrants, de préférence polis, propres et très scolarisés, s’intègrent au quart de tour. Or, on ne traverse pas la frontière en lançant : «Calvaire, chu ben arrivé ! Crisse qu’on é ben icitte ! » On ne se précipite pas au premier casse-croûte pour réclamer sa poutine. Et on ne court pas au cinéma le lendemain pour voir les Bougon. L’intégration, c’est un peu plus long. Certains le font rapidement, mais c’est plutôt rare. S’incorporer à une nouvelle collectivité prend généralement du temps. Le processus s’étend parfois sur deux ou trois générations. Faut juste se montrer un peu patient.

Un dernier mot : l’intégration sera d’autant plus rapide et réussie que les nouveaux arrivants seront en contact fréquent avec les autochtones. C’est-à-dire, chez nous, avec les Québécois de naissance. Mais si ces derniers quittent la métropole parce qu’ils se sentent « envahis », l’intégration sera un peu plus problématique, forcément.

Dur, dur, d’être jeune

Notre GPS interne se met en veille lorsqu’on suit les indications d’un cellulaire.

S’il faut en croire l’actualité de cette semaine, ce sont les jeunes plutôt que les vieux qui devraient s’inquiéter. Commençons par cette grande étude, rapportée par La Presse, démontrant que le nombre de spermatozoïdes produits par les hommes des pays industrialisés a chuté de 60 % en 40 ans. Et rien n’indique que la chute est terminée. Or, une faible production de spermatozoïdes, font remarquer les chercheurs, est associée à un risque accru de mortalité et de morbidité. Sans compter qu’elle menace la fertilité de notre espèce. Voilà qui n’est pas très rassurant.

Mardi, c’est Le Monde qui dévoilait une étude publiée par Nature & Communications montrant que notre GPS interne se met en veille lorsqu’on suit les indications d’un cellulaire. Plus nous utilisons notre téléphone pour nous guider, « moins les zones de notre cerveau responsables de l’orientation, l’hippocampe et le cortex préfrontal, sont sollicitées ». L’équipe de chercheurs met en garde contre les conséquences à long terme de cette surutilisation. « Les utilisateurs intensifs de GPS, affirment-ils, pourraient ne plus être capables de se repérer sans cet outil, faute d’avoir entraîné leur cerveau à s’orienter seul. » Ce n’est vraiment pas une bonne nouvelle pour tous mes jeunes voisins que je croise rarement sans leur cellulaire à la main, que ce soit dans l’ascenseur, à la piscine ou même sur les tapis roulants du gymnase.

Et de plus, les jeunes, eh bien, ils sont en train de devenir sourds. Ce n’est pas une étude qui le révèle, mais mon expérience de cette semaine dans un cinéma Imax du Marché central. Le son était si fort que ma femme, nos amis et moi, on a failli sortir. Comme nous n’étions que quatre vieux dans la salle, je ne peux croire qu’ils ont haussé le volume juste pour nous. D’ailleurs, nous, je peux vous l’affirmer, on entend très bien. Non, non, ce sont les petits jeunes qui sont durs de la feuille.

L’ePrix ou l’apologie du « char »

Quand les voitures électroniques auront remplacé les voitures à essence ou au diésel, ce qui devrait se produire d’ici 25 ans, n’en déplaise aux Trump de ce monde, l’air sera plus propre et les rues moins bruyantes. L’ePrix, qui doit avoir lieu à Montréal en fin de semaine, peut-il contribuer à accélérer cette mutation, comme l’affirme notre bon maire Coderre ? Espérons-le, mais il est permis d’en douter.

Pour ma part, ce qui m’ennuie dans cette nouvelle manifestation montréalaise, ce n’est pas tant la fermeture des rues et autres nuisances liées à ce type d’événements.  Ce n’est pas non plus le coût. C’est plutôt qu’elle fasse l’apologie de la sacro-sainte automobile et de la vitesse qui y est associée.

L’ennui, c’est qu’on aura beau passer à la voiture électrique, il y aura toujours trop de chars sur nos routes, dans nos sociétés construites en fonction de la voiture. Et on aura beau construire des véhicules capables de rouler de plus en plus vite, ils iront, en fait, de plus en plus lentement, bloqués par ceux qui précèdent. « Tasse-toi, mon’oncle ! », ça ne marche que dans les pubs.

Le monde des parcs à chiens

Nous héritons parfois de la chienne de notre fils Étienne. Elle est adorable, on ne s’en plaint pas. Comme elle a un grand besoin d’exercice, nous l’amenons au parc canin Gallery, à Griffintown, même si c’est un endroit dont on se méfie. Il y a quelques mois, nous avions été témoins de la charge d’un gros pitbull contre un labrador, qui ne lui avait pourtant rien fait. Les maîtres du chien agressé étaient intervenus à coups de bâton de hockey, sans trop de succès, avant que le maître de l’agresseur ne vienne nonchalamment chercher sa bête féroce. En quelques minutes, le parc s’était vidé. Ne restaient plus que le méchant pitbull et son maître indolent.

Nous n’y étions pas retournés depuis. Mais comme nous avons Roxy pour 15 jours, pas question de ne pas y aller. Les choses s’y passent mieux jusqu’ici. Reste que les chiens agressifs sont la plaie de ces lieux. Ainsi il y a quelques jours s’est pointé un berger allemand dominateur. Il n’était pas dangereux comme le pitbull, tant s’en faut, mais il s’est amusé à terroriser un grand mâle en jappant à ses oreilles et en menaçant de le mordre, histoire de démontrer qu’il est bien le patron du parc. Selon ses maîtres, il n’aime pas les grands danois et autres grands dogues. Ils ont bien tenté d’intervenir. Mais ils paraissaient avoir bien peu d’emprise sur leur «honey dog», qui les narguait en tournant autour d’eux.

Je suis mal placé pour le leur reprocher. Le dernier cabot que j’ai eu était un territorial asocial. J’ai eu beau lui payer des leçons particulières, je ne suis jamais parvenu à l’empêcher de japper à la vue de tout ce qui bouge, humains ou animaux, ou de menacer de mordre ceux et celles qui avaient le malheur de s’en approcher. Mais j’avais compris qu’il valait mieux éviter les parcs canins.

Malgré tout, la plupart des promenades au parc en compagnie de Roxy sont agréables. Je découvre un monde. Le parc Gallery est un lieu d’habitués. Beaucoup y viennent chaque jour, voire deux fois par jour. Les maîtres se connaissent bien, les chiens aussi. Les premiers parlent ensemble pendant que les seconds jouent entre eux. En principe du moins. Parfois, en effet, les relations entre clébards ne sont pas plus harmonieuses qu’entre Donald Trump et Kim Jong-Un. Et puis, plusieurs de ces clebs, plus à l’aise dans une maison que dans une meute, préfèrent la compagnie des humains. C’est ainsi qu’ils se retrouvent sous, voire sur les tables où les maîtres s’installent, quêtant compliments et caresses. Et ils en reçoivent des tonnes, évidemment, les gens qui fréquentent ces parcs étant complètement gagas des chiens.

L’expression « une vie de chien » perd ici tout son sens, car non seulement ces toutous sont nourris et logés, mais ils sont aussi bichonnés, cajolés, choyés, caressés, chouchoutés et gâtés. Leur fourrure est impeccable, les griffes sont bien taillées. Je n’ai pas pour autant envie d’avoir un autre chien. Mais je ne répugnerais pas, en revanche, à me réincarner en pitou. Ce serait quand même mieux que de renaître comme migrant dans une embarcation sans moteur au milieu de la Méditerranée.

Saint-Apollinaire : un débat qu’il ne faut pas enterrer

Hier sur Facebook, j’ai commenté avec un peu d’humour l’actualité en écrivant : « À Saint-Apollinaire, 19 personnes sont parvenues à bloquer la création d’un lieu où les musulmans auraient pu enterrer les leurs, sur un terrain en friche dans un parc industriel. Le ridicule, dit-on, ne tue pas. C’est sans doute pourquoi dans ce village on croit pouvoir se passer de cimetière. »

« Pourquoi des cimetières séparés ? » a aussitôt réagi un « ami », qui ajoute : « N’est-ce pas du racisme ? » J’étais, si vous me permettez une image de circonstance, mort de rire.

Bien sûr, on peut se demander, et c’est légitime, s’il est utile d’avoir des cimetières catholiques, protestants, juifs ou orthodoxes, voire haïtiens ou congolais. Mais le fait est que de tels cimetières existent déjà. Alors, refuser à une confession (de surcroît, toujours la même) le droit de posséder son propre lieu de sépulture, si ce n’est pas du racisme, ça s’y apparente.

Ce qui ne cesse de me fasciner, ce n’est pas tant les préjugés raciaux que le déni de ceux qui en sont atteints. J’ai regardé en fin de semaine Denial (un bon film soit dit en passant), qui raconte le procès intenté par un célèbre négationniste, David Irving, à une historienne juive, Deborah Lipstadt, spécialiste de l’Holocauste. Cet universitaire extrémiste ne se contentait pas de nier l’existence de la Shoah. Il a même tenté de réhabiliter Hitler et le régime nazi. Mais lorsqu’on lui demande, au cours du procès, s’il est raciste, il répond, apparemment sincèrement : « Bien sûr que non ! », ajoutant : « J’ai des domestiques noirs. »

Je n’affirme pas pour autant que tous les opposants au cimetière musulman soient racistes. Mais je trouve qu’ils se voilent volontiers dans de beaux arguments. « Pourquoi un cimetière musulman ? Pourquoi doit-on discriminer les morts ? Pourquoi ne pas finir ensemble en paix dans le même cimetière ? se demande, par exemple, Pierre Lemelin dans La Presse.

Je répondrai tout simplement : pourquoi pas ? Pourquoi tant de peur et de méfiance à l’égard d’une communauté, voire d’aversion, d’hostilité, d’animosité, de détestation, et dans les pires cas, de haine ?

« Au lieu de voir dans le projet de cimetière musulman un exemple d’isolement confessionnel, comme l’ont fait valoir certains citoyens de Saint-Apollinaire, on devrait plutôt considérer que le désir de reposer en sol québécois, auprès de ses enfants et de ses petits-enfants, est un signe ultime d’appartenance à un pays. Que l’ont ait une croix, une étoile de David ou une lune sur sa pierre tombale », a écrit Laura-Julie Perreault, dans La Presse. Je n’aurais pu trouver mieux. C’est pourquoi je me suis empressé de lui voler sa conclusion.

Homme au bord de la crise de nerfs chez Costco

Encore une fois, je me suis retrouvé au bord de la crise de nerfs chez Costco. La semaine précédente aussi. En sortant, j’avais dit à Lise : « La prochaine fois, je pousserai le panier et tu géreras la liste d’épicerie. Ça devrait aller mieux. » Eh bien non, il a fallu se rendre à l’évidence : ça n’allait pas mieux. D’autant qu’elle a perdu mon beau stylo.

Il y a toujours quelque chose qui m’énerve chez Costco. D’abord, il y a trop de monde. Depuis que je suis membre, j’essaie de trouver la meilleure plage horaire. Mais deux ans plus tard, j’en suis venu à la conclusion qu’il n’y en a pas. Le week-end, c’est carrément infernal. Je n’y vais plus. Je m’étais dit, le lundi matin, vers 11 h, ça devrait aller. J’avais oublié les satanés baby-boomers. Ils sont à la retraite, ces gens-là, pas au bureau. Je vais finir par croire qu’ils passent leur vie dans les grandes surfaces à pousser un panier. C’est vrai que ça occupe.

Et puis, les gens ne sont pas aimables. Ils sont pressés. Je marche en ayant peur qu’un panier me percute les mollets. Souvent, il y en a un costcien qui plante son panier au beau milieu d’une allée, disparaissant pour aller chercher je ne sais quoi et bloquant du coup le chemin à ceux qui suivent. Il faut dire qu’ils sont énormes, ces paniers. Et puis, personne ne vous sourit. Personne ne vous cède le passage. Tout le monde a un air de bœuf, et pas juste devant le rayon des viandes.

Chez Costco, la personne que vous croisez, ce n’est pas le citoyen, ni même le voisin, encore moins l’ami. C’est le consommateur. Celui qui cherche le meilleur prix, la meilleure aubaine, et presto. Pas de temps à perdre à saluer les gens que l’on croise, encore moins à engager la conversation. L’important quand on va dans ce haut lieu de la consommation, et je dois malheureusement m’inclure, c’est de parcourir les allées le plus vite possible, de remplir son gros panier le plus possible et d’arriver à la caisse le plus rapidement possible.

Il faut dire que l’endroit n’est ni beau, ni avenant, ni chaleureux. Ni rien en fait. Juste un grand entrepôt où l’on entrepose des marchandises jusqu’au plafond. Il y a bien, postés un peu partout, des préposés qui s’empressent de vous faire goûter, qui des tartinades, qui des biscuits, qui des céréales. Mais ils ne sont pas là pour vous rendre la visite agréable, ils sont juste là pour vous faire consommer davantage. De plus, ils contribuent à encombrer encore plus des allées qui le sont déjà bien assez.

Habituellement, je retrouve mon sourire à la caisse quand je reçois la facture. Il faut bien admettre que les prix costciens sont difficiles à battre. Mais l’opération me met tellement les nerfs en boule que je commence à me demander si le prix en vaut la chandelle. Je viens justement de recevoir mon avis de renouvellement. J’ai jusqu’en septembre pour me décider. Y a-t-il une vie après Costco ?

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