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Archives de la catégorie ‘Réflexions et impressions’

Magasiner avec son char

De grosses voitures, conçues pour le désert ou la montagne, circulent dans les rues de Montréal.

Devant la grogne des commerçants de la Petite Italie, la Ville a reculé. Ce secteur ne sera donc pas inclus dans les quelque 300 kilomètres de rues et d’artères commerciales réaménagés pour faire plus de place aux piétons et aux cyclistes en cet été de coronavirus. Apparemment, c’est la présence de la Fruiterie Milano, devenue un supermarché au gré des agrandissements, qui a fait reculer les élus.

Dans La Presse, Yves Boisvert a défendu cette décision avec le brio qu’on lui connaît. Selon le chroniqueur, le boulevard Saint-Laurent ne fait pas partie des rues que l’on devrait piétonniser, même temporairement. Peut-être a-t-il raison ?

Cependant, je suis moins impressionné que mon ex-collègue par tous ces commerçants qui crient au loup dès qu’on fait disparaître une place de stationnement devant leur porte. Ils vivent, il me semble, dans le passé, encore convaincus en 2020 que l’automobile est nécessaire pour faire ses courses. C’est sans doute vrai, malheureusement, pour les grands centres commerciaux, où les immenses parkings occupent plus d’espace que les boutiques. Mais dans les artères commerciales d’une grande ville comme Montréal, le mélange magasinage et char est toxique.

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Pour sortir du Grand Confinement

De retour d’un séjour de quelques mois en France, un ami nous disait à quel point il trouvait les Montréalais indisciplinés à l’égard du Covid-19. Jean-Louis ne revenait pas pourtant de l’austère Allemagne ou de la sage Suisse, mais d’un pays peu reconnu pour sa discipline.

Sur le coup, je me suis dit qu’il exagérait. Mais c’était sans doute parce que j’habite Griffintown, un quartier qui compte un grand nombre d’anglophones et d’allophones, ces drôles de Québécois qui auraient été effrayés par The Gazette, selon notre bon premier ministre. Dans mon coin de métropole, j’ai plutôt l’impression qu’au temps du coronavirus les gens respectent bien les consignes de distanciation. Sans compter que beaucoup, sans y être forcés, en particulier les Asiatiques, portent déjà un masque.

Cependant, j’ai pu constater que notre ami avait vu juste en me rendant à pied cueillir une commande chez NousRire, avenue Casgrain dans le Mile-End. En traversant le centre-ville, ça allait encore. Mais dès que Lise et moi avons atteint le Plateau francophone, nous avons été frappés, outre les graffitis envahissants, par le fait que la distance sanitaire était peu respectée. Le plus souvent, les passants ne faisaient pas le moindre effort pour s’écarter quand on les croisait. Rue Laurier, nous avons vu un groupe de boomers discutant serrés les uns contre les autres. Un peu plus tôt, nous avions remarqué une bande de jeunes, assis par terre, moins d’un mètre séparant chacun d’eux.

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Les limites du confinement

À Montréal, on a poussé le confinement jusqu’à l’absurde, en confinant même les tables de ping-pong en plein air. 

Il faudra attendre encore au moins deux semaines avant que n’ouvrent les magasins à Montréal. Encore trop de cas de Covid-19, nous dit notre bon premier ministre. D’accord. L’enfermement ne peut perdurer, mais quelques semaines de plus ou de moins… j’allais écrire « ne feront mourir personne ». Mais cette formulation, au temps du coronavirus, serait de mauvais goût.

J’avais hâte de faire réparer mes bâtons de marche nordique ou, s’ils sont irréparables, d’en acheter de nouveaux. Mais pour le reste, je n’ai pas une envie furieuse de courir les magasins. Comme nous ne déménageons que dans deux mois et demi, les quelques achats que nous aurons à faire peuvent attendre. Nous aurons besoin d’un nouveau téléviseur et d’un nouvel amplificateur. Mais au pire, on pourra faire ces achats en ligne.

Ce qui commence à me manquer en revanche, ce sont les restos, les cafés et le cinéma. Voir des gens aussi. J’éprouve, comme l’écrivait hier Rima Elkouri, un déficit d’humanité. J’aimais bien en particulier les après-midi au cinoche où des amis se joignaient à nous. Après, nous allions discuter du film et de la vie devant une pizza et une bouteille de rouge. Si ce n’était pas le bonheur ça, on en était bien près.

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Coronavirus : ville, banlieue ou campagne ?

Pour le coucounage, le complexe Humaniti, ce n’est pas mal, non !

La semaine dernière, j’écrivais que Lise et moi serions heureux de déménager nos pénates dans le complexe Humaniti. Si j’y reviens aujourd’hui, ce n’est pas que nous ayons changé d’idée. C’est pour montrer à quel point le Covid-19 vient tout bouleverser.

Petit retour en arrière : nous avons décidé de mettre notre appartement du Lowney en vente au mois de janvier. C’était il y a quelques mois à peine, et pourtant c’est comme la vente s’était faite dans une vie antérieure : la vie d’avant le coronavirus.

Notre décision mettait fin, comme je l’ai écrit, à une valse-hésitation de quatre ans, au cours desquelles nous avions hésité entre reprendre notre vie de nomade sur les routes, passer plus de temps en Europe, nous établir à la campagne ou à L’Île-des-Sœurs, ou encore nous installer pour de bon au centre-ville de Montréal.

Le plus difficile avait été de renoncer à la vie de caravaning, dont nous avons longtemps gardé la nostalgie. À plusieurs reprises, nous avons songé à racheter une autocaravane et à repartir. Le deuil était difficile à faire, douloureux même.

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Grand Confinement et voyages

 

Paul et Lise en arrivant à Yosemite.

Je profite du Grand Confinement pour retoucher nos photos de voyage. Elles étaient déjà classées et traitées, car je ne laisse jamais nos clichés s’accumuler dans le désordre pendant nos périples. Chaque jour, j’élimine les prises peu réussies, je recadre et je retouche celles que nous gardons. Je rédige même les légendes. Mais en voyant défiler les photos sur l’écran de veille de mon ordinateur, il m’a semblé que beaucoup manquaient de vivacité et de contraste, notamment celles qui n’avaient pas été traitées avec Google Photos. J’en ai profité pour donner un coup de jeunesse aux souvenirs de voyage des 12 dernières années.

Lise devant un beau trullo de la vallée de l’Itrea.

L’opération m’a permis de revivre le bonheur de nos pérégrinations. Depuis le début de notre retraite, nos déambulations totalisent plus de quatre années complètes. Pendant 20 mois, nous avons même parcouru l’Amérique du Nord sans jamais revenir à Montréal.

Nous avons adoré bourlinguer ! Quand je vois défiler les images de nos périples, j’ai du mal à ne pas être happé par la nostalgie. Nous avons eu beaucoup de chance de voir des paysages aussi magnifiques, des villes aussi superbes. Ce qui me frappe aussi, c’est de voir à quel point Lise et moi avons l’air heureux sur ces cartes postales. Nous affichons le plus souvent un sourire de béatitude, presque d’extase, qui n’a rien de forcé.

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« Ça va bien aller ! » Vraiment ?

Le début des faillites à Montréal.

« Ça va bien aller ! » Tel est le slogan qu’on se répète pour s’encourager au temps du coronavirus et du confinement. Mais pour un vieux pessimiste, ce n’est pas évident. Tant mieux si c’est le cas. Je ne me complais pas dans le pessimisme et je ne tiens pas à ce que les choses aillent de mal en pis. Mais des doutes, j’en ai. Et nombreux.

Je ne suis pas pour autant malheureux. Je pratique, et depuis longtemps, un sain pessimisme qui m’immunise contre les illusions du jovialisme et un sain scepticisme qui me protège contre les grandes légendes urbaines.

Comme Sylvain Tesson, un de mes écrivains favoris, je n’ai pas une foi immense dans le genre humain. Je trouve qu’il a mauvais genre. Serais-je misanthrope ? Pas au sens du Robert, qui le définit comme une « personne qui manifeste de la haine, de l’aversion » pour l’espèce humaine. Je ne cultive ni haine ni aversion pour mes semblables.

Cependant, si j’aime beaucoup les humains, j’ai beaucoup moins d’affection pour l’humanité. Tant et si bien que j’ai du mal à croire aux lendemains qui chantent.

Prenez l’achat local. En ce moment, tout le monde apparemment veut aller chercher sa baguette à la boulangerie du quartier, où le pain est pétri sur place et qui utilise des farines du Québec. Mais j’ai bien hâte de voir, quand la bise sera revenue, comment réagira le citoyen-consommateur devant un étal où il aura le choix entre l’ail de Chine et l’ail du Québec. Le premier est bombardé de radiations et n’a pas de goût. Ce produit qui arrive du bout du monde est une aberration environnementale. Mais il coûte deux fois moins cher. Le mettra-t-on encore dans son panier ?

Sur les réseaux sociaux, on vilipende sans retenue les gouvernements, dits incompétents et corrompus, et les grandes entreprises, jugées pollueuses et immorales. Mais le citoyen-consommateur oublie vite qu’il a lui-même choisi les dirigeants qu’il critique rudement et qu’il fait vivre par ses achats le big business qu’il dénonce durement.

Prenons l’économie. Si l’on en croit les jovialistes comme Pierre Fortin, les affaires vont reprendre sur les chapeaux de roue l’été prochain ou au plus tard cet automne. Bravo ! Mais avant d’applaudir très fort devant tant d’optimisme débordant, je me garde quant à moi une petite gêne. Des millions de gens ont perdu leur emploi ; ils ne le retrouveront pas tous, tant s’en faut. Des milliers de petites entreprises sont condamnées à l’endettement, pire à la faillite. Des secteurs complets, durement touchés par la pandémie comme la restauration, la culture, les loisirs, le sport, le tourisme ou le transport aérien, ne sont pas près de s’en remettre.

Venons-en maintenant à l’environnement. Il est vrai que, le temps d’une pandémie, les émissions polluantes ont chuté de façon spectaculaire, tout comme la surconsommation et le surtourisme. Mais c’est au prix d’une récession terrible, que personne ne voudrait voir perdurer. Tout va donc repartir. Avec des ratés certes, mais la grande machine à produire, bien gourmande en pétrole, en charbon, en gaz, en métaux, en terres rares, en forêts, en eau, et j’en passe, va se remettre en marche. Et elle va le faire sans qu’aucune des causes du changement climatique, de la pollution et de la surexploitation des ressources n’ait entre-temps été éliminée.

Il y a toutefois une lueur d’espoir. « Les plans de relance seront d’une ampleur qui n’arrive qu’une fois par siècle », a fait remarquer le patron de l’Agence internationale de l’énergie, Fatih Birol, qui y voit une belle occasion de restructurer l’économie et de repenser le monde dans lequel nous allons vivre.

Au Québec, un groupe de 15 organismes a saisi la balle au bond pour conseiller le gouvernement. Son objectif, explique François Cardinal dans La Presse : « profiter de la pandémie pour basculer vers un monde plus prospère, plus solidaire, mais aussi plus vert ».

Est-ce assez pour qu’un vieux pessimiste se remette à croire que ça va aller mieux ? Ce plan de transition est incontestablement un pas dans la bonne direction. Mais il m’en faudra davantage. Il faudra d’abord que le gouvernement écoute, ce qui est loin d’être assuré. N’oublions pas, en effet, que le Québec a élu un parti pas très vert, qui promettait plus de routes et de ponts que de métros, de tramways ou d’autobus.

Et il faudra que les citoyens-consommateurs, qui s’indignent des oléoducs mais qui ont deux grosses voitures devant la porte, qui pestent contre la mondialisation mais qui commandent en ligne des produits du bout du monde en cherchant toujours les plus bas prix, acceptent de remettre en question leur mode de vie.

La transition vers une société plus verte et plus solidaire est souhaitable. Mieux encore, elle est nécessaire. Mais pour qu’elle soit possible, il faudra accepter de grands changements. Tant qu’on ne l’aura pas fait, je continuerai à changer le point d’exclamation de notre slogan par un point d’interrogation. « Ça va aller mieux ? » convient mieux, il me semble, à notre situation actuelle.

 

Super-vieux et « aînés vulnérables »

Il y a une quarantaine d’années, j’ai changé de mode de vie. J’ai cessé de fumer, je suis devenu végétarien, j’ai diminué ma consommation d’alcool, je me suis mis au yoga, j’ai redécouvert les plaisirs de la marche et j’ai commencé à méditer, dans l’espoir, selon le slogan de ParticipACTION, d’ajouter des années à ma vie et surtout de la vie à mes années. Et ça a marché. À 63 ans, mon père était hélas devenu un vieillard. À 75, je suis en voie de devenir un « super-vieux », comme on appelle aujourd’hui ces gens qui vieillissent tout en restant lucide, alerte, actif, en forme et en santé.

Si je vous raconte cette histoire, ce n’est surtout pas pour me donner en exemple, car je ne suis pas l’exception qui confirme la règle. Des super-vieux, il y en a de plus en plus, comme l’a montré le Rapport de l’Étude longitudinale canadienne sur le vieillissement, qui s’appuie sur un échantillon de plus de 50 000 personnes.

« C’est la nouvelle réalité : nous vivons dans une société qui compte de plus en plus de personnes très âgées en bonne santé », souligne le chercheur Judes Poirier, cité par L’actualité. Ce directeur du Service de neurobiologie moléculaire à l’Institut Douglas et auteur de « Jeune et centenaire » (Trécarré, 2017) précise même qu’un centenaire sur deux est aujourd’hui en bonne santé physique et mentale.

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