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Archives de la catégorie ‘Réflexions et impressions’

Des monologues pour lever le voile

Dès la sortie du livre, j’ai eu envie de lire Les monologues du voile tant les extraits publiés dans La Presse étaient passionnants. Mais ce n’est qu’au Salon du livre que j’ai fini par acheter l’ouvrage de Kenza Bennis. J’en ressors enthousiasmé. C’est le bouquin qu’il faut lire pour mieux comprendre ce sujet, ô combien polémique.

Que les pourfendeurs inconditionnels du foulard se rassurent. Ces monologues ne sont pas un plaidoyer en faveur du hijab. Mais ce n’est pas non plus un réquisitoire contre le port du voile. Kenza Bennis a longuement interviewé 83 Québécoises, de 17 à 75 ans, de milieux économiques divers et de toutes les régions du Québec. Le groupe était composé pour un tiers de non-musulmanes, pour un tiers de musulmanes non voilées et pour un tiers de musulmanes voilées. L’auteure en a tiré 21 monologues très bien écrits, instructifs et fascinants.

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« Bonjour, Hi ! »

Photo La Presse

Cette banale formule d’accueil est devenue le symbole de l’anglicisation de Montréal. À tel point que l’Assemblée nationale, à l’unanimité, a voté la semaine dernière pour que le mot « bonjour » soit désormais utilisé seul dans les commerces. Et c’est ainsi que, dans la Belle Province, on règle un problème en deux coups de cuiller à pot. Une déclaration solennelle de notre auguste Assemblée, et on passe au suivant. C’est fou ce qu’on peut être efficace !

Pour ma part, j’avais fini par m’habituer à ce « Bonjour, Hi ! » si représentatif de notre belle métropole. « Bonjour, Hi ! », ça veut juste dire : « Je peux vous servir en français ou en anglais. » Et dès que vous répondez « Bonjour ! », la conversation se poursuit en français. « What’s the problem ? », demandent d’ailleurs nos Anglos, qui n’en reviennent pas qu’on fasse autant de bruit pour si peu.

C’est sans doute que la majorité francophone aimerait bien que Montréal soit aussi française que…, j’allais dire Paris, mais je ne suis pas sûr que ce soit désormais un très bon exemple. On voudrait, en fait, que le visage de la métropole soit entièrement français. Le bilinguisme, même quand notre langue y est prioritaire, c’est déjà trop pour la plupart. Mais cette nostalgie ne repose sur rien, car la ville n’a jamais été tout à fait française, sinon du temps de Ville-Marie.

Comme l’a souligné Alain Dubuc dans sa chronique de samedi dernier, Montréal est une « ville officiellement française par son statut et par son mode de vie, mais bilingue de facto par sa population et son activité économique ». Non seulement on y trouve une importante communauté anglophone, qui compte des universités, des collèges, des hôpitaux, des postes de télé et de radio, un grand journal et même un théâtre, mais la métropole est notre lien économique, notre avant-poste, avec le reste du monde. C’est également un grand centre pour le jeu vidéo, l’intelligence artificielle, la recherche médicale, le tourisme, l’aviation, toutes activités dont la langue commune est l’anglais. Moi aussi, j’aurais préféré que la « lingua franca » soit restée le français, mais le XIXe siècle est fini depuis bientôt 118 ans.

Le refus du caractère bilingue de Montréal n’est pas que nostalgie, c’est surtout une peur. La peur que nous, petite minorité francophone en Amérique du Nord, disparaissions. Cette crainte obsessive, je peux la comprendre. Mais je ne la partage pas. D’abord parce que le bilinguisme de la métropole n’est pas une menace, mais un élément central de sa vitalité et de son dynamisme. Ensuite, parce que le voisinage de l’anglais et du français n’a pas empêché l’éclosion et le rayonnement d’une culture québécoise francophone et solidement enracinée. Craindre que nous disparaissions, c’est ne pas nous faire confiance.

Bien sûr, tout n’est pas parfait. Il y aura toujours des manifestations d’arrogance comme lors du lancement de la boutique Adidas, mais elles ne sont pas représentatives de la vie montréalaise. Notre statut de minoritaires nord-américains nous obligera toujours à une grande vigilance. Et il faudra continuer à faire respecter la loi 101, notamment à l’école.

Mais nous ne vivons pas en territoire occupé. Le français survivra à Montréal.

La cheffe et la mairesse

Photo La Presse

La cheffe (et non le chef) de Projet Montréal est devenue mairesse (et non maire) de Montréal. Je n’ai rien contre la féminisation des titres de fonction. Dès 1980, j’avais titré dans Le Soleil : « Marguerite Yourcenar, première écrivaine à l’Académie française ». Aujourd’hui, ce féminin est courant au Québec, mais en France, beaucoup d’auteures ou d’autrices continuent à le refuser. Pour ce qui est de mairesse, les Cousins n’ont pas retenu ce mot, considéré comme vieilli, mais ils emploient madame le maire ou la maire. Parfois, ils écrivent aussi cheffe, qui a remplacé cheffesse.

À mon avis, refuser le féminin des titres de fonction est un combat d’arrière-garde. Chez nous, comme en Belgique et en Suisse, la cause est presque entendue. Dans l’Hexagone, la résistance se fait encore sentir, même du côté des femmes. Mais elle s’effrite peu à peu, malgré les hauts cris de l’Académie.

En revanche, je suis presque aussi réfractaire que les Immortels à la féminisation systématique, car elle rend les textes difficiles à lire. Et parfois même, un peu ridicules, comme dans cet exemple : Les employé.e.s sont prié.e.s de se rendre à la réunion à 10 h, sauf ceux.elles qui ne peuvent être absent.e.s de leur poste. C’est politiquement correct sans doute, mais grammaticalement incorrect. Je suis donc tout à fait opposé aux points, aux traits d’union, aux parenthèses ou aux barres obliques pour marquer le féminin. Je n’irai pas jusqu’à affirmer, comme les Académiciens, que ces formes font courir au français un « mortel péril ». Mais incontestablement, elles nuisent à la clarté de la communication.

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L’invasion du niqab ! Quelle invasion ?

Certaines craignent que leurs petites-filles ne soient obligées, un jour, de porter le voile intégral. C’est pourquoi elles appuient avec ferveur la loi 62, qui interdit le port d’une telle tenue dans le réseau public. Mais d’après mes savants calculs, le risque que les petites Québécoises soient un jour forcées de porter le niqab ou la burqa est de 0,0 % en région, de 0,00002 % à Québec et de 0,0001 % à Montréal.

Il y a de quoi trembler, avouez-le. Surtout si on compare ce taux à la violence physique ou sexuelle, qui au pays touche, écoutez bien, 50 % des femmes depuis l’âge de 16 ans, selon la Fondation canadienne des femmes. Si vous vous inquiétez de l’avenir de vos petites-filles, craignez plutôt qu’elles ne deviennent comédiennes. Les niquées, si je puis dire, sont pas mal plus nombreuses que les niqabs.

Depuis que je suis arrivé à Montréal il y a 26 ans, j’ai croisé au total quatre femmes portant le niqab, aucune la burqa. On est bien loin de l’invasion qu’on imagine volontiers en région. Aucune ne portait de kalachnikov sous sa tenue. Aucune ne s’est précipitée sur moi pour me convaincre d’embrasser l’islam. Aucune ne s’est ruée sur ma compagne pour la persuader de porter le voile.

Leur rencontre me plaît-elle ? Pas trop, pour être honnête. Est-ce « malaisant », pour employer un affreux néologisme ? Un peu, bien sûr. Mais le voile intégral n’est pas la seule chose qui me turlupine. Les hommes qui arborent des tatouages agressifs jusque sur le dessus du crâne, ce n’est pas trop mon truc non plus. Les punks encore moins, d’autant que, contrairement aux femmes voilées, ils peuvent être violents. J’en ai fait l’expérience un soir dans un autobus, quand trois d’entre eux m’ont cherché noise. Mais il ne me viendrait pas à l’esprit de réclamer une loi limitant les droits des tatoués, fussent-ils intégraux, ou des punks, fussent-ils malotrus.

On m’accusera sans doute, à l’instar de certaines féministes, de banaliser et de légitimer le niqab. Moi, j’ai plutôt l’impression que ses opposantes le dramatisent en prétendant qu’il menace rien de moins que « les acquis du Québec ». Nos valeurs sont bien plus solides que ça.

Selon le collectif qui a publié une lettre mercredi dans La Presse, le voile intégral favorise l’emprise des chefs religieux. Si c’est vrai, cette loi répressive n’y changera rien. Ces femmes n’en seront que doublement opprimées, prises en souricière entre les intégristes de l’islam et les intégristes de la laïcité. Elles refuseront de se dévoiler ou elles resteront chez elles.

Pire encore : leur nombre risque d’augmenter. Comme cela s’est produit pour le foulard, il y a quelques années, lorsque le PQ a présenté sa charte des valeurs. Est-ce bien cela qu’on veut ?

 

 

«Paradise Papers» ou les bonbons volés

Un lecteur a demandé aux journalistes du Monde, Jérémie Baruch et Maxime Vaudano, comment expliquer à son fils de 8 ans l’affaire des « Paradise Papers ». Voici la réponse :

« Écoute fiston, tu te souviens après Halloween, je t’avais expliqué que ceux qui avaient reçu beaucoup de bonbons devaient partager avec ceux qui n’en avaient pas.

«Certains des grands, qui avaient eu beaucoup de bonbons, sont allés se cacher au fond de leur jardin pour tout manger tout seuls. Du coup, certains de tes copains n’ont pas eu de friandise.

«Quand tout le monde a découvert ce que les grands avaient fait, ils ont eu un peu honte. On ne sait pas encore s’ils seront punis. Mais je préférerais que tu ne fasses pas cela quand tu seras grand. »

Ce que j’aime bien de cette historiette toute simple, c’est qu’elle est racontée sous l’angle de la moralité plutôt que de la légalité. Car bien entendu, la plupart des révélations des « Paradise Papers » concernent des montages financiers qui en principe sont légaux, puisqu’ils sont basés sur une optimisation fiscale permise, ou tout au moins tolérée, par les États. Mais, comme le note Le Monde, «l’ampleur des sommes échappant à l’impôt est telle que la question se pose aussi en termes d’éthique».

Selon les estimations de l’économiste Gabriel Zucman, le total des bonbons cachés, c’est-à-dire «le manque à gagner de l’évasion fiscale (grandes fortunes et entreprises) dépasse 350 milliards d’euros par an pour les États du monde entier». Pour le Canada, la perte de revenus fiscaux, selon Le Monde, est estimée entre 12 et plus de 20  milliards de dollars. Ça fait beaucoup de bonbons pour les ultrariches.

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Jeunes filles au cellulaire

(Crédit photo : Rozenn Nicolle)

Mercredi soir, j’ai assisté à une conférence. Devant moi, trois jeunes filles ont passé une bonne partie de ces deux heures à consulter leur téléphone cellulaire. Jusque-là, rien de surprenant. Moi qui vis dans un immeuble où la plupart des gens ont moins de 30 ans, je n’avais pas de mal à les imaginer le téléphone à la main, que ce soit dans la rue, dans l’ascenseur, au gymnase, à la piscine ou au restaurant.

Sauf que ce soir-là, elles assistaient à une conférence sur la méditation. Elles étaient  venues entendre, à 40$ le billet, le moine Matthieu Ricard expliquer que la méditation est un entraînement à la pleine conscience, précisément le contraire du multitâches.

À quelques reprises, je suis venu à deux doigts de taper sur l’épaule d’une des jeunes filles tant la clarté de l’écran ouvert dans la pénombre m’agaçait. Mais comme le conférencier ne cessait de parler de bienveillance, d’amour altruiste et de paix intérieure, je me suis retenu. Le moment me semblait particulièrement malvenu de me montrer irritable et désagréable.

À la fin, une des trois a demandé au vieux moine comment faire pour ne pas s’endormir en méditant. Ricard lui a lancé avec un grand sourire : « Réveillez-vous ! », ajoutant : « Si on s’ennuie pendant la méditation, ce n’est pas parce que la méditation est ennuyeuse. » Et il s’est retourné pour répondre à une autre question.

Œil au beurre noir pour la télé française

Christine Angot et Sandrine Rousseau dans «On n’est pas couché».

J’ai déjà dit à quelques reprises toute l’affection que j’ai pour On n’est pas couché, émission que je préfère de beaucoup à notre Tout le monde en parle. Mais peut-être devrais-je commencer à parler de cet attachement au passé tant la nouvelle année me déçoit jusqu’ici.

La raison tient beaucoup à l’arrivée de Christine Angot en remplacement de Vanessa Burggraf. Vanessa, c’était déjà un étage au-dessous de Léa Salamé, qui, pendant deux ans, avait permis à ONPC d’atteindre des sommets. Mais avec Angot, là vraiment, on est descendu au sous-sol. Passons vite sur le fait qu’elle est aussi chaleureuse qu’un congélateur pour s’en tenir à ses commentaires. Longs, pour ne pas dire interminables, imprécis, flous, souvent confus. On se demande où elle veut en venir. Bref, avec elle, on s’ennuie.

Ce serait un moindre mal si Yann Moix, l’autre chroniqueur de l’émission, était excellent. Mais l’écrivain était déjà depuis deux ans l’élément faible du tandem. Lui aussi est mauvais intervieweur, ses propos sont souvent obscurs et ses jugements sont aussi blessants que discutables. Il est vrai qu’il peut être drôle, voire lumineux à l’occasion. Le plus souvent toutefois, il est pénible.

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