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Archives de la catégorie ‘Réflexions et impressions’

Été et sérénité

L’été est enfin arrivé, même si ce vendredi est pluvieux. Je ne sais pas pour vous, mais moi, la belle saison me fait un bien énorme, surtout après l’interminable printemps timide et humide que nous avons connu. Au cours des derniers jours, j’ai créé des albums avec les centaines de photos que nous avons rapportées de notre longue traversée de l’Amérique en caravaning. Certes, il n’a pas toujours fait beau. Mais dans le sud-ouest des États-Unis notamment, nous avons eu droit à de longues périodes de soleil. Depuis notre retour, et notamment depuis la fin de l’hiver, la belle lumière du Sud m’a beaucoup manqué.

Quand il fait beau, il y a dans l’air une douceur, une sérénité, une joie de vivre qui me réchauffe tout autant le cœur que la couenne. Depuis une semaine, nous avons pris presque tous nos repas sur notre balcon. Nous ne sommes pas les seuls. L’été, la cour de notre immeuble reprend vie. Nous sommes aussi montés sur le toit pour jouir de la piscine, nous allonger sur les transats et profiter de notre belle vue sur le centre-ville.

Je me suis mis en mode estival. Je continue à lire La Presse+, mais je la feuillette plus vite. Je saute quelques mauvaises nouvelles, quelques dossiers qui m’arracheraient sans doute une larme. J’aime beaucoup mon ancien journal, mais j’ai parfois l’impression qu’il est rédigé par un bataillon de travailleurs sociaux pendant la Grande Dépression. Notre société y paraît tellement déprimante ! Pour ma santé mentale, il me faut à l’occasion m’en éloigner.

Même distance à l’égard de Facebook. En un sens, c’est dommage, car j’ai parmi mes amis des gens aussi brillants qu’adorables. Je me prive sans doute de propos passionnants. Mais depuis quelques semaines, exception faite de la page Les as du tennis, je ne lis presque rien. C’est qu’on ne rencontre pas que des amis sur ce réseau. On y croise aussi bien des pisse-vinaigre qui en veulent au monde entier. Leurs propos sont parfois si outranciers que ça gâte ma journée. Alors, je m’abstiens. Ou encore, j’attends que Lise me dise : « As-tu lu untel ou unetelle ? C’est bien intéressant ! »

Dans son éditorial d’hier, Alexandre Sirois soulignait une « intensification des discours haineux à l’égard des politiciens » aux États-Unis. Il est vrai que le règne de Trump n’invite pas à la sérénité. Mais je crois que le phénomène ne touche pas que les Américains. On sent aussi pareille hargne chez nous dans les commentaires. Et bien sûr en France. Hier, Nathalie Kosciusko-Morizet, candidate LR à Paris, a même dû être hospitalisée à la suite d’une agression.

Cette époque de malveillance, je la trouve malsaine. C’est pourquoi cet été, je vais préférer le chant des rossignols dans notre cour ou celui des carouges le long du canal de Lachine.

Des merles citadins dans notre cour

Quand nous avons choisi de vivre dans Griffintown, près de l’ÉTS, nous avons opté pour un appartement sur cour, la rue Notre-Dame nous paraissant trop bruyante. Et du point de vue de la tranquillité, nous ne l’avons jamais regretté. Les dix étages de notre immeuble nous protègent bien des bruits de la rue. Côté cour, on n’entend ni les autos, ni les camions, ni les centaines de bus de la Rive-Sud qui apportent leurs cargaisons de banlieusards au terminus du 1000 de la Gauchetière, ni les trains bruyants qui arrivent ou partent de la gare Bonaventure.

Cependant, nous avions imaginé, quand nous avons acheté sur plan, que notre cour serait aussi belle que celle de la précédente phase de condos. Or elle ne l’était pas. La directrice des ventes, un peu gênée de la montrer à ses clients, a réclamé, et on l’en remercie encore, qu’on plante quatre arbres en son milieu. Ils ont poussé depuis. À tel point que leur cime atteint maintenant le troisième étage où nous vivons. L’endroit ne gagnera pas de prix d’aménagement paysager, mais les arbres l’ont rendu presque coquet.

Est-ce à cause d’eux justement ? Toujours est-il que ce printemps des merles citadins ont commencé à fréquenter notre cour. Une maman y a même fait un nid, où, sous nos yeux ébahis, elle a couvé ses œufs et nourri ses petits. Nous espérions les voir s’envoler. Mais un matin, nous avons constaté que le départ du nid avait déjà un lieu. Où sont passés les oisillons ? Mystère ! J’ai bien essayé de les apercevoir ; sans succès jusqu’ici. Mais désormais, on entend le chant si charmant des merles. Lise croit même distinguer, à travers les branches, des sons qui ne seraient pas ceux d’oiseaux adultes. J’espère qu’elle a raison, car j’aimerais bien que s’installe dans notre cour une belle colonie de merles citadins.

Les chats du voisinage ont eux aussi remarqué la présence des oiseaux. Celui de la voisine du quatrième est en train de devenir fou à forcer de voir sauter les merles d’un balcon à l’autre. Il passe des heures à les observer dans une immobilité que seule sa queue trahit. Un autre chat miaule fréquemment, apparemment exaspéré lui aussi par le va-et-vient des merles. Mais pour nous, au contraire, c’est un pur ravissement !

 

Trump et le climat dans un siècle

J’ai vu cette semaine à la télé Les Suffragettes, un bon film qui raconte le combat des femmes anglaises pour obtenir le droit de vote au début du siècle dernier. L’histoire est touchante, mais avec un siècle de recul, on a un peu de mal à comprendre la résistance farouche des mâles de l’époque.

J’imagine que dans un siècle, quand on fera un film sur la décision de Donald Trump, appuyé par les religieux, les ultraconservateurs et les climatosceptiques américains, de résilier l’Accord de Paris sur le climat, les spectateurs auront la même réaction d’incrédulité, en se disant : « Quels réacs ! Quels bornés ! » La bêtise s’entête, disait Camus.

Québec, le char et le troisième lien

Le pont de Québec, où aurait pu être implanté un système rapide par bus, sur voie réservée, pour relier les deux rives.

Lorsque j’ai entendu parler d’un troisième pont entre Québec et Lévis, j’ai naïvement cru que ce projet allait rapidement mourir de sa belle mort. En 2017, pouvait-on encore croire, sans rire, que la solution aux problèmes de transport dans une grande ville était l’ajout d’un nouveau pont ? Mais j’avais oublié que Québec est Québec, à savoir une ville charmante certes, mais un tantinet mystérieuse, où une partie de la population vit encore à l’èpoque du duplessisme. À moins qu’elle ne soit très moderne et ne vive à l’ère du trumpisme.

Toujours est-il que l’idée d’un « troisième lien », comme on l’appelle là-bas, loin d’avoir fait long feu, a plutôt enflammé la capitale, s’il faut en croire le récent reportage de Vincent Marissal, dans La Presse. Pour parler en dialecte laurentien, ce nouveau lien, « c’est winner » et « ça score fort ». Au point, paraît-il, de menacer la réélection du tout-puissant maire Labeaume, un chaud partisan d’un système rapide par bus, sur voie réservée, pour relier les deux rives. Soit dit en passant, je n’aurais jamais cru que je prendrais un jour la défense du petit Napoléon de Québec.

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Je crains une victoire de Le Pen

Le national-populisme de Marine Le Pen n’est que le nouveau visage du fascisme.

Un jeune Français fraîchement débarqué, rencontré dans mon groupe de conversation anglaise, ne comprenait pas mon inquiétude. Lui est convaincu que Marine Le Pen ne deviendra pas présidente de la France dimanche. Mais comme il est partisan de Jean-Luc Mélanchon, je le soupçonne de s’en foutre un peu. Et c’est bien ce qui m’alarme. Selon une consultation menée auprès de 240 000 militants de La France insoumise, les deux tiers d’entre eux préfèrent voter blanc ou s’abstenir plutôt que de voter Emmanuel Macron. Seulement le tiers des partisans de Mélanchon entend voter pour le candidat d’En marche ! Ce qui ouvre toute grande la porte à la candidate du Front national au second tour.

J’ai beau regarder les sondages qui continuent à la donner perdante, je me fais un sang d’encre. Je me souviens trop bien que les enquêtes prédisaient la victoire d’Hillary Clinton sur Donald Trump aux États-Unis. Mais là aussi, les partisans déçus de Bernie Sanders avaient boudé en masse le scrutin. On connaît la suite.

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« Tous pourris, tous pareils » ?

Les onze candidats à la présidentielle française.

C’est demain dimanche qu’on connaîtra les deux survivants du premier tour de la présidentielle française. Vous n’avez pas suivi cette campagne ? Tant pis pour vous, car c’est un super spectacle ! D’abord parce que les politiques français ont l’art de la parole. La comparaison est encore plus gênante quand elle est faite avec nos politiciens fédéraux, qui pour la plupart, Justin Trudeau compris, s’expriment mieux en anglais qu’en français. Dans l’Hexagone, pas de bafouillages, pas de jargon, pas de charabia, peu d’approximations, peu de confusions. Les propos peuvent être discutables ou critiquables, mais ils sont rarement insipides. Sans doute les candidats français glissent-ils çà et là quelques imprécisions, mais elles sont en général volontaires. Des mensonges également, mais eux aussi sont délibérés.

De plus, le suspense, contrairement à 2012, est cette année total. S’il faut en croire les sondages, quatre des onze candidats se retrouvent en tête, presque à égalité. On a cru pendant quelques semaines que la candidate de l’extrême droite, Marine Le Pen, et le centriste Emmanuel Macron se feraient la lutte au deuxième tour. Mais ils auraient été presque rattrapés par le candidat de la droite, François Fillon, et par le candidat de la gauche radicale, Jean-Luc Mélenchon, que le metteur en scène Jacques Weber voit comme « le poète de la politique » et « l’héritier de  Victor Hugo ».

Pour ma part, je souhaite un deuxième tour opposant Macron à Mélenchon, deux anciens socialistes qui ont siphonné les votes du socialiste Benoît Hamon. Compte tenu de la marge d’erreur toutefois, toutes les combinaisons sont possibles, y compris un affrontement désespérant entre Fillon et Le Pen, bien qu’ils soient l’un et l’autre englués dans des affaires sentant mauvais. D’autant que l’attentat de cette semaine à Paris ajoute de l’eau à leur moulin à faire peur.

Si je me fie aux reportages réalisés par France 2 durant la campagne, plutôt qu’aux sondages, il ne serait pas surprenant que le prochain président vienne de la droite, voire de l’extrême droite. L’expression qui revient le plus souvent dans la bouche des citoyens interviewés, c’est « Tous pourris ! » Or selon Éric Montpetit, professeur au département de science politique de l’Université de Montréal, interviewé par La Presse, « le cynisme, c’est ce qui prépare le mieux le terrain pour des chefs populistes », qui proposent des solutions simplistes.

On a aussi beaucoup répété, lors de ce tour de France, « Tous pareils ! » Pourtant, les Français ont le choix entre onze candidats qui occupent tout le spectre des tendances politiques, de l’extrême droite à l’extrême gauche. Il est vrai que la plupart des promesses n’ont pas été tenues au cours des deux derniers quinquennats, ce qui a augmenté la défiance. Cela dit,  j’ai beaucoup de mal à croire que rien ne distingue des personnalités aussi différentes que Le Pen, Fillon, Macron et Mélenchon. Mais c’est aussi à la faveur de cette confusion indifférenciée que le cynisme s’étend.

Donald Trump

« Tous pourris, tous pareils », c’est un commentaire qu’on a beaucoup entendu quand les Américains ont eu à choisir entre Donald Trump et Hillary Clinton. La seconde n’est sans doute pas parfaite, mais je doute qu’elle aurait lancé au président chinois, en mangeant du gâteau au chocolat : « By the way, on vient de larguer 49 missiles sur l’Irak. » En fait, il s’agissait plutôt de la Syrie. Mme Clinton n’aurait assurément pas confondu les deux pays.

Il est probable également que la candidate démocrate, bien au fait de la situation mondiale, aurait résisté à la tentation d’aller provoquer, tout à fait inutilement, Kim Jung-un, au risque de provoquer un affrontement nucléaire avec la Corée du Nord, ou voulu remettre en question l’accord sur le nucléaire iranien.

Recep Tayyip Erdogan

Voulez-vous de moi comme dictateur ?

Preuve aussi que notre démocratie ne se porte pas très bien, le président turc Recep Tayyip Erdogan a demandé à ses concitoyens, dimanche dernier, s’il voulait bien de lui comme dictateur jusqu’en 2029, et ils ont répondu oui. Jadis, un dictateur devait s’emparer du pouvoir. Dans les démocratures d’aujourd’hui, il suffit de se faire voter des pouvoirs, et le tour est joué.

C’est ainsi que des Turcs vivant en toute quiétude dans des pays démocratiques comme le Canada, la France ou l’Allemagne ont voté allégrement pour donner les pleins pouvoirs à un homme qui, avant même de les recevoir, avait déjà envoyé en prison des dizaines de milliers d’opposants. Mais il est vrai que ces expatriés n’auront pas à vivre avec les conséquences de leur vote. Dans quel monde merveilleux vivons-nous !

Je compte donc sur les électeurs français pour nous donner demain quelques motifs d’espoir. Allez la France !

Retour vers le futur

À mon arrivée à Québec en 1965, j’ai eu l’impression de venir habiter la Sibérie.

Samedi dernier, je me suis retrouvé à Château-Richer. Vous ne savez pas où c’est. Ne vous inquiétez pas, vous n’êtes pas pour autant nuls en géographie. Moi-même qui ai vécu 25 ans à Québec, j’ai eu du mal à me rappeler que ce village était situé sur la Côte-de-Beaupré. Une ex-collègue du Soleil, qui y vit désormais au milieu d’une érablière, y fêtait ses 60 ans. Quelques ex-collègues (au cours d’un repas bien arrosé, m’a-t-on rapporté) avaient décidé de m’inviter.

La dernière fois que j’avais vu Claudette, c’est il y a près de 20 ans. Elle n’était pas la seule que je n’avais pas revue depuis un bail. Après mon départ de Québec en 1991, je n’avais rencontré pour ainsi dire personne, sauf lors de rares visites au Soleil au cours des premières années de ma vie montréalaise. Si nous ne nous sommes pas perdus complètement de vue, c’est en bonne partie grâce à Facebook. On dit souvent beaucoup de mal des réseaux sociaux, et parfois à juste titre, mais ils ont aussi des vertus.

C’est une bien belle bande que j’ai retrouvée là. Je me suis rappelé du coup combien j’avais été bien entouré au Soleil. Je l’avais un peu oublié parce que les dernières années dans ce journal avaient été par moments pénibles. Et aussi, il faut bien le dire, parce que j’avais été brutalement licencié de cette boîte après 22 ans. À l’époque, l’Empire devait se départir de quelques cadres pour financer le train de vie princier de Conrad Black. La malhonnêteté de ce baron de la presse l’a par la suite mené en prison. Ce fut un petit baume.

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