Voyages, lectures, films, impressions, humeurs, la vie quoi!

Archives de la catégorie ‘Réflexions et impressions’

Jolin-Barrette et le « bonjour-hi »

Il faut croire que le succès de la loi 21 est monté à la tête du ministre Simon Jolin-Barrette. Voilà que l’homme qui a fait disparaître, à coup de clause dérogatoire, hidjabs, kippas et turbans des écoles, veut interdire le « bonjour-hi ». Cette formule d’accueil typiquement montréalaise avait déjà été condamnée il y deux ans par l’Assemblée nationale elle-même. Qui plus est à l’unanimité.

Le ministre responsable de la Langue française envisage maintenant de rendre le « bonjour-hi » illégal. Son usage sera-t-il passible d’une amende ? D’une peine de prison ? Les fautifs seront-ils condamnés à la déportation à Toronto ? À la torture ? Attendons. Le politicien-qui-ne-doute-de-rien nous promet « des mesures au cours des prochains mois ».

Le Mouvement Québec français a évidemment applaudi, ce qui n’est pas bon signe. Cela dit, je sais que bien des Québécois francophones, pourtant plus modérés, détestent eux aussi cet accueil bilingue qu’ils voient comme un symbole de l’anglicisation de Montréal.

Pour ma part, comme je l’ai écrit il y a deux ans déjà, je ne m’offusque pas de ce « bonjour-hi ! » si représentatif de notre métropole multiculturelle. « Bonjour, Hi ! », écrivais-je, ça veut juste dire : « Je peux vous servir en français ou en anglais. » Et dès que vous répondez « Bonjour ! », la conversation se poursuit habituellement en français.

(suite…)

Publicités

Affaire ukrainienne : « quid pro quo », une mauvaise traduction

Dans l’affaire ukrainienne qui pourrait mener à la destitution de Donald Trump, les médias anglophones utilisent fréquemment l’expression « quid pro quo ». Le président américain a-t-il, oui ou non, commis un « quid pro quo » lors de son appel avec le président Volodymyr Zelensky ?

L’ennui, c’est que cette expression-là, même si elle est parfois employée en traduction, n’a aucun sens en français. On trouve bien dans notre langue le mot « quiproquo », mais il désigne une « erreur qui consiste à prendre une personne, une chose pour une autre » ou encore la « situation qui en résulte ». Ce n’est manifestement pas de cela qu’il s’agit.

La locution « quid pro quo », empruntée par l’anglais au latin, désigne plutôt un « service obtenu en contrepartie, en échange de quelque chose ». Dans le cas qui nous occupe, le « quid pro quo » de Trump peut donc se traduire par un service (une enquête de l’Ukraine sur les Biden) obtenu en échange de fonds accordés à ce pays. Autrement dit, le président républicain, tel un chef mafieux, a-t-il « forcé la main » d’un dirigeant étranger pour obtenir une enquête susceptible de nuire à un rival démocrate ? C’est ce que les démocrates tenteront de prouver.

On pourrait aussi croire, dans la mesure où l’Ukraine y trouve son compte (les 391 millions promis par les États-Unis ayant été débloqués), qu’il s’agit de ce qu’on appelle en français un « échange de bons procédés ». Dans son article du jour sur l’affaire, Le Monde parle de « donnant-donnant » et de « troc ». Et si l’on trouve ces traductions trop neutres, on pourrait choisir « chantage diplomatique ».
  •  Trump a-t-il exercé un chantage diplomatique sur Zelensky ?
  •  Trump nie tout troc avec Zelensky.
Comme on le voit, le français ne manque pas de ressources pour traduire « quid pro quo ».

Beau temps pour manifester

Entre deux journées de pluie, il faisait un soleil magnifique sur Montréal quand nous avons gagné le mont Royal pour participer à la grande marche sur le climat. Je n’avais pas participé à un tel événement depuis la manifestation contre la guerre en Irak, dont j’avais conservé un souvenir mitigé. Pendant toute la marche, une voiture de la CSN nous avait suivis, coiffée de gros haut-parleurs qui crachaient les slogans militants et pas très subtils. Exaspérant !

Mais cette fois, on s’en est rendu compte dès qu’on est arrivés au parc Jeanne-Mance, l’ambiance était festive et bon enfant. Même si le thème du jour, l’avenir de la planète bleue, était dramatique, les gens riaient beaucoup et on sentait çà et là des effluves de marijuana. Des groupes de jeunes arrivaient d’un peu partout munis de pancartes qui rivalisaient d’inventivité. On retrouvait pêle-mêle « Make the planet great again » ou sa version « Make the planet Greta again », « Le climat change, pourquoi pas nous? », « Aimes-tu ta planète bleue ou bien cuite ? ». Plusieurs étaient franchement drôles. Celle qui nous a fait le plus rire : « Bouffe mon clito, pas mon climat ». On a aussi vu un chien arborant une pancarte : « J’aime les arbres ».

(suite…)

Environnement : dur, dur d’être optimiste

Greta Thunberg, remarquable militante de la cause écologique.

Je continue à militer pour la cause écologique, mais je ne suis pas optimiste pour autant. Ma foi souvent vacille.

Prenez les sacs de plastique qu’on vous fournit encore dans les épiceries. Chaque fois que je vais au supermarché, je remarque plein de gens qui n’apportent toujours pas de sacs réutilisables. Pourtant, je vis dans un quartier, Griffintown, où le monde est éduqué et où la moyenne d’âge dépasse à peine les 30 ans. Moi, il y 30 ans, je commençais déjà à magasiner avec des sacs de coton. Je ne le dis surtout pas pour me vanter tellement c’est ridiculement basique. Magasiner avec des sacs réutilisables, c’est le b.a.-ba de la conscience écologique. C’est le changement le plus simple, le moins dérangeant que l’on puisse imaginer.

(suite…)

Sommes-nous trop pessimistes ?

Au début de l’année, je trouvais que ma vie allait bien mais que le monde, lui, se portait plutôt mal. Je me voyais glisser sereinement vers le grand âge. Mais l’avenir de la planète bleue m’inquiétait de plus en plus. J’en étais venu à me dire : heureusement que je vieillis, car l’avenir ne s’annonce pas rose. Si l’humanité est foutue, au moins je n’en verrai pas la fin. L’ennui, c’est que plus le monde se portait mal, moins j’allais bien.

Devant tant de pessimisme, j’ai éprouvé le besoin de donner un grand coup de barre. Je savais que certains penseurs estiment que l’humanité va beaucoup mieux que ce que les médias catastrophistes nous en donnent à voir. Il était temps d’aller jeter un œil sur leurs livres.

Je suis d’abord tombé sur le Français Jacques Leconte. Je n’avais pas fini de lire le premier chapitre du « Monde va beaucoup mieux que vous ne le croyez » que j’avais déjà rempli une pleine page de notes outrées. J’avais l’impression de lire un de ces jovialistes dont Yvon Deschamps s’était moqué jadis.

Je me suis ensuite plongé dans le dernier ouvrage du Suédois Hans Rosling, « Factfulness », à qui Alexandre Sirois a consacré récemment un bon édito dans La Presse. Ça ne manquait pas d’intérêt. Mais il y a chez cet auteur une volonté de convaincre qui peut être agaçante et qui a vite fini par m’agacer. Je veux bien être convaincu, mais je n’aime pas qu’on cherche à me prouver à tout prix que j’ai tort.

C’est alors que j’ai découvert Steven Pinker. On doit déjà à cet ex-Montréalais devenu professeur de psychologie à Harvard quelques ouvrages majeurs, dont « La part d’ange en nous », où il démontre, chiffres à l’appui, que le monde est de moins en moins violent. Dans son dernier livre, « Le triomphe des lumières », son chef-d’œuvre sans doute, il va plus loin encore. Il y soutient que l’humanité, en dépit de problèmes inévitables et de solutions imparfaites, ne s’est jamais mieux portée.

 

Le livre qui aura changé ma vie

Je vous vois déjà sourciller. Vous vous dites peut-être : il suffit d’ouvrir les journaux chaque jour pour avoir la preuve du contraire. C’est ce que je pensais aussi. Quelques milliers de pages plus tard, j’ai changé d’avis. Dans l’émission « La grande librairie », on demande au libraire de la semaine le livre qui a changé sa vie. Je me suis souvent demandé quelle serait ma réponse. J’hésitais entre « Les clochards célestes », de Jack Kirouac, et le « Plaidoyer pour le bonheur », de Matthieu Ricard. Mais ces deux choix me laissaient insatisfait. Désormais, je n’aurai pu le moindre doute. La livre qui aura changé ma vie, c’est ce « Triomphe des lumières ».

Je n’étais pourtant pas l’homme le plus facile à convaincre. Mais la force du Pr Pinker justement, c’est peut-être qu’il ne cherche pas à convaincre. « Je me contente de vouloir faire connaître l’état véritable du monde », dit-il, exposant son point de vue à l’aide de faits et de statistiques, et démolissant au passage les légendes urbaines. À vous ensuite d’appuyer, ou non, ses conclusions.

Voici quelques faits. « À l’échelle de la planète, disait-il dans un entretien au Monde, l’espérance de vie moyenne est passée en un peu plus d’un siècle de 30 ans à 71 ans. Dans les pays développés, elle dépasse les 80 ans. Les pires maladies infectieuses, comme la malaria, la pneumonie, la diarrhée, le sida, tuent de moins en moins de gens et sont en déclin. » Dans le livre, il ajoute que le taux de mortalité infantile a été divisé par cent.

« Le monde, souligne-t-il, devient en outre plus prospère, le taux d’extrême pauvreté a chuté de 75 % au cours des trente dernières années… Savoir lire et écrire était auparavant un privilège accessible aux plus fortunés, maintenant 90 % des moins de 20 ans sont alphabétisés. Les guerres sont également moins fréquentes et moins létales. Les famines sont plus rares. » Et en prime, aucune époque n’a été plus favorable à la culture que la nôtre.

Pinker nous annonce même « un scoop ébouriffant : le monde a fait des progrès spectaculaires dans chaque domaine mesurable du bien-être humain, sans exception ». L’ennui, ajoute-t-il, c’est que « presque personne n’est au courant ».

 

Ni optimiste ni pessimiste

Tout cela, bien entendu, ne signifie pas que le monde soit parfait, qu’il n’y ait plus rien à améliorer. Pinker refuse d’ailleurs de se dire optimiste, même si son ouvrage est un long et vibrant plaidoyer contre le pessimisme. L’auteur aborde avec beaucoup de franchise les problèmes actuels, reconnaissant volontiers que certains sont graves et pressants. Le chapitre consacré à l’environnement, par exemple, comprend à lui seul plus d’une centaine de pages. Il consacre aussi de nombreuses pages à la menace nucléaire ainsi qu’à Donald Trump, ce réactionnaire autoritaire dont l’élection, de son propre aveu, l’a inquiété.

Malgré tout, il réfute avec ardeur le pessimiste ambiant voulant que « l’état du monde se dégrade, alors même que le progrès existe de façon tangible ». L’idée clé de son ouvrage est que tous les problèmes, y compris les problèmes environnementaux, « peuvent être résolus », à condition de disposer des bonnes connaissances et de faire les bons gestes.

Selon lui, le pessimisme est dangereux. Pourquoi ? « Ce biais pessimiste, a-t-il expliqué au Monde, nous conduit au fatalisme, à croire que tout effort pour améliorer le monde est une perte de temps… Pire, ce biais peut aussi nous pousser au radicalisme… Dans la sphère politique, ce radicalisme a permis l’essor du populisme et l’élection de Donald Trump. »

« Le cynisme, a-t-il ajouté, s’est aussi installé, et il a, lui aussi, contribué à la montée du populisme. Plusieurs de nos concitoyens croient qu’il n’y a pas de différence entre les populistes et les centristes. Ils font le choix de l’abstention… Et ils permettent aux électeurs les plus radicaux de peser plus lourd. »

Dans « Le Triomphe des Lumières », Pinker présente la raison, la science et l’humanisme comme les meilleurs moyens de surmonter les défis de notre siècle. « Nous avons su créer, au cours du siècle des Lumières, deux précieuses institutions qui reconnaissent les limites de la nature humaine et fonctionnent de manière à permettre une amélioration de notre bien-être : la démocratie et les marchés. La démocratie prévoit des contre-pouvoirs et repose sur une déclaration de droits inaliénables qui empêchent un dirigeant corrompu d’abuser de son autorité. » Quant au « doux commerce », comme l’appelle le professeur, il a engendré des échanges internationaux qui ont rendu la guerre moins attrayante.

Pour Pinker cependant, rien ne s’oppose davantage aux idéaux des Lumières que les mouvements populistes actuels. « Tribalistes plutôt que cosmopolites, autoritaires plutôt que démocratiques, méprisants vis-à-vis des experts et peu respectueux du savoir, ils préfèrent la nostalgie d’un passé idyllique à l’espoir en un avenir meilleur. » Mais l’auteur reste convaincu que ces mouvements réactionnaires et passéistes ne feront qu’un temps et seront incapables de faire dérailler la course vers le progrès.

 

Quelques réserves

Mon enthousiasme pour cet ouvrage ne signifie pas pour autant que j’en appuie tous les points de vue. Je ne partage pas, par exemple, le mépris que Pinker manifeste à l’égard de l’agriculture biologique, qu’il présente comme sous-performante, mais dont les rendements se sont beaucoup améliorés au cours des dernières années. De plus, le bio règle d’un coup le problème des pesticides dangereux, ce qui n’est pas rien.

D’autres affirmations me laissent pour l’heure dubitatif. Par exemple, quand le chercheur vante l’essor de réacteurs nucléaires modulaires de quatrième génération. Tant mieux s’il est vrai qu’ils ne produiront pas de déchets radioactifs et seront plus sûrs. Mais ça reste à voir. Sa confiance à l’égard des technologies capables de capter les émissions de CO2 me semble aussi excessive, sa certitude que la croissance est soutenable ne me convainc pas tout à fait et je suis moins optimiste quant à l’échec du populisme.

Cela dit, il n’est pas nécessaire d’adhérer à toutes les opinions de Pinker pour être enthousiasmé par son travail. Comme l’ancien patron de Microsoft Bill Gates, j’y vois « un message d’espoir, la démonstration qu’il est possible de changer le monde, puisqu’il a déjà changé ».

xxxxx

« Le Triomphe des Lumières », traduction française du livre « Enlightenment now », éditions des Arènes, Paris, 2018.

Loi 21 : le combat continue

Pendant le débat sur le projet de loi 21, je me suis interdit d’écrire sur le sujet. Le Québec était à ce point polarisé que je refusais de participer à un dialogue de sourds. Mais la loi sur la laïcité étant désormais adoptée, je ne peux plus me taire. Je veux au moins témoigner qu’il y a des Québécois profondément en désaccord avec cette législation qui réduit nos droits fondamentaux.

Vous me direz que je suis minoritaire. J’en suis conscient. Dans ce débat, plus on est francophone et surtout, plus on est vieux, plus on appuie le coup de force de la CAQ. Ça me rappelle le Brexit, où les vieux, justement, ont voté pour limiter l’avenir des jeunes Britanniques en coupant les liens avec l’Union européenne.

Mais j’ai l’habitude d’être minoritaire. J’ai quitté l’Église à 16 ans, à une époque où le Québec était quasiment une théocratie. Au cours d’une retraite fermée, j’avais annoncé à l’imposant directeur spirituel du séminaire Saint-Joseph, au risque d’être mis à la porte, que je n’avais pas l’intention de me confesser étant donné que je n’avais plus la foi. On ne pourra donc me reprocher de défendre les religions ; je n’en pratique aucune depuis bientôt 60 ans. Ce qui fait de moi un laïc québécois de longue date.

Toutefois, je n’ai jamais cru que la laïcité consistait à démoniser les religions en général et l’islam en particulier, fût-elle pratiquée par des femmes voilées. La laïcité, au contraire, c’est la liberté. Liberté de ne pas pratiquer de religion, bien sûr. Mais liberté également d’en pratiquer une de son choix.

C’est pourquoi cette liberté, jugée fondamentale, a été enchâssée dans les chartes des droits et libertés. Pas seulement dans la charte canadienne, à l’égard de laquelle on montre bien peu de respect, mais dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme, que les Nations unies, faisant œuvre de pionniers, ont adoptée après la Deuxième Guerre mondiale. Et bien sûr, dans notre propre charte québécoise. En imposant de force le projet de loi 21, ce n’est pas au Canada anglais qu’on s’est attaqué, comme on aimerait bien nous le faire croire. C’est à nos propres libertés. Autrement dit, des Québécois ont renié les droits d’autres Québécois.

Je n’ai pas vu venir que l’intolérance catholique de mon enfance (on priait même pour le salut des protestants, c’est vous dire) serait remplacée par une intolérance qui se donne des allures de laïcité. Vous m’en voyez désolé. Permettez-moi de ne pas partager votre allégresse.

Vous venez de gagner, assez habilement d’ailleurs, la première manche. Réjouissez-vous, c’est de bonne guerre. Mais ne croyez pas que vous pourrez (enfin) passer à autre chose, car le combat va se déplacer vers les tribunaux, où cette loi populiste et tribale, dont les mamelles sont le bâillon et la clause de dérogation, risque d’être malmenée. On ne tire pas un trait, en effet, sur les libertés fondamentales sans motif grave ou urgent. Or notre gouvernement n’a démontré ni la gravité ni l’urgence de la situation. Il n’a surfé que sur les peurs cultivés depuis des années par le Journal de Montréal.

À votre place, j’éviterais donc de trop exulter, car à la fin, c’est nous, les opposants, qui allons gagner. Si, si, ce n’est pas une bravade. Les idéaux des Lumières ne s’éteignent pas. Vive la liberté !

 

P.-S. Si vous partagez mon point de vue, n’hésitez pas à partager ce texte largement. La loi adoptée, il ne faut pas se décourager. Nous devons au contraire faire la démonstration de notre détermination et de notre résilience.

Notre-Dame de Paris brûle !

Photo AFP

Nous sommes passés tout près de Notre-Dame hier en nous rendant aux Halles. Avoir su, nous aurions fait un petit détour par l’île de la Cité pour lui faire nos adieux. Nous serions même allés admirer son intérieur, ce que nous n’avons pas fait depuis fort longtemps. Chaque année, on se disait, on y va. Mais chaque fois, la queue formée sur le parvis par les touristes venus du monde entier nous décourageait, et on passait notre chemin. On y a tant à voir à Paris.

Hier soir à la télé, tous les intervenants ont répété que Notre-Dame était le cœur de la cité. Ne dit-on pas d’ailleurs : Notre-Dame de Paris ! C’est un cliché, bien sûr, mais qui contient une part de vérité. Ce magnifique édifice, immortalisé par la littérature, le cinéma et même la comédie musicale, trônait en effet en plein centre de Paris. La Ville Lumière a heureusement d’autres cœurs, dont la tour Eiffel, le Louvre et les Champs-Élysées. Mais sa cathédrale à demi détruite, Paris ressemblera désormais à un grand brûlé.

Je la croyais pourtant indestructible, cette grande cathédrale, qui, vieille de presque neuf siècles, avait survécu à la Révolution française, à Hitler et aux deux guerres mondiales. Elle me semblait immortelle, particulièrement lorsque je la voyais de face, tellement ses deux tours sont imposantes.

Moi, je l’aimais beaucoup vue de l’arrière, sans doute parce que c’est l’image qu’on en avait quand on marchait le long de la Seine, rive droite ou rive gauche, en direction du centre. De dos, Notre-Dame était moins impressionnante mais plus en dentelle, grâce aux arcs-boutants de la nef. Tirant profit de ce bel arrière-plan, Lise avait fait de moi une photo dont je me suis servi comme profil sur Facebook.

Même à Montréal, la nouvelle m’aurait touché, car Notre-Dame appartient au patrimoine architectural, culturel et religieux de l’humanité. Mais être si proche du sinistre est plus bouleversant encore. C’est les larmes aux yeux que j’ai écouté pendant quelques heures le reportage de France 2.

Seul le tweet de Trump m’a arraché un sourire. Quel expert en tout que ce Donald, notamment en matière d’incendie ! Après avoir suggéré, pour prévenir les feux meurtriers en Californie, de balayer les feuilles dans la forêt, comme le feraient les Norvégiens, le voilà recommandant d’envoyer rapidement des Canadairs pour sauver Notre-Dame. Comme a plaisanté un lecteur du blogue de Richard Hétu, on imagine ces gros bombardiers d’eau volant sous les ponts de la Seine pour refaire le plein avant d’aller survoler dangereusement l’île de la Cité, en plein centre d’une mégapole. Je suggère donc qu’on nomme Donald chef des pompiers de Paris, d’autant que sa couleur de cheveux irait si bien avec le casque.

 

 

Nuage de Tags