Voyages, lectures, films, impressions, humeurs, la vie quoi!

La Presse nous a appris lundi que, « à leur premier essai, près de la moitié des futurs enseignants québécois ont échoué à l’examen de français obligatoire pour l’obtention de leur brevet d’enseignement l’an dernier ». C’est l’exemple même du cercle vicieux : des étudiants maîtrisant mal le français enseigneront mal notre langue à des enfants qui, plus tard, le parleront et l’écriront mal, et qui, un jour, l’enseigneront mal à leur tour. Comment en est-on arrivé là ?

Bien entendu, il faut éviter de jeter la pierre aux seuls enseignants. Comme le dit Patrick Lagacé, « ils sont le produit d’une culture qui se fiche de l’école ». Et j’ajouterais : le produit d’une école qui se fiche du français. D’année en année, on n’a cessé de diminuer les heures d’apprentissage de notre langue. On a multiplié les réformes mal avisées. On a gonflé les notes pour cacher les problèmes. De plus, comme l’a si bien expliqué le Pr Pierre Paradis à Caroline Touzin, « dans les écoles d’aujourd’hui, on priorise la créativité, l’expression d’idées », ajoutant : « C’est écrit tout croche, mais ce n’est pas important, les jeunes s’expriment. » Il me semble que « sa sarait plus mieux » de maîtriser les règles de grammaire avant d’essayer de disserter sur les grands sujets de l’heure.

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Photo: Shayne Laverdière (L’actualité)

Je ne suis pas un inconditionnel de Xavier Dolan. Si j’ai aimé J’ai tué ma mère et adoré Juste la fin du monde, je n’ai pu supporter Les amours imaginaires et Mommy jusqu’à la fin. Mais j’aime ce jeune homme, à qui je pardonne tout. J’aime son génie, sa sincérité, sa franchise, sa polyvalence, son audace, sa détermination, son originalité. Et je me réjouis de ses succès, même pour des films qui ne me plaisent pas.

J’ai déjà souligné dans la belle entrevue (1) qu’il a accordée à L’actualité les propos que le jeune réalisateur a tenus sur l’éducation au Québec. Je me permets de les répéter tant ils sont importants. « On n’a pas un système d’éducation qui prépare des enfants à la vie, au marché, à la concurrence, à la compétence. On ne prépare pas des individus forts intellectuellement. On est mou, on est laxiste, on est dépassé, on manque de rigueur, de curiosité, de culture. » C’est dur mais mérité.

Je partage également ce qu’il a dit sur le bilinguisme et l’ouverture aux autres. « La solution, ce n’est jamais le repli sur soi, ce n’est jamais l’unilinguisme. Parce que ça, c’est une forme d’inculture. Ce qu’il faut faire, c’est non pas se couper de la culture des autres, c’est renforcer la nôtre. »

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Avant de me rendre au cinéma du Parc, je me suis arrêté à la petite crêperie située juste au-dessus. Quand j’ai commandé, pourtant très clairement, une crêpe œuf-fromage, j’ai tout de suite saisi à son air inquiet que le cuistot, un jeune Asiatique, n’avait compris que dalle. Surpris, je suis spontanément passé à l’anglais. Aurais-je réfléchi que j’aurais sans doute fait le même choix, car je ne conçois pas mon quotidien comme un champ de bataille linguistique.

Mon étonnement tient surtout au fait que cette situation, contrairement à ce qu’on peut croire lorsqu’on vit hors Montréal, est rarissime. J’ai beau habiter depuis plus de 25 ans tout près du centre-ville, je compte sur les doigts le nombre de fois où j’ai eu affaire à quelqu’un qui ne parlait pas français dans un commerce. Selon les enquêtes, cela se produit presque uniquement dans de petites boutiques où il n’y a qu’un employé, comme c’était le cas ce jour-là. Peut-être est-ce différent dans le West Island ou à Westmount, mais ce sont des lieux que je connais peu.

Bien sûr, un peu partout au centre-ville ou en périphérie, on vous accueille avec le « bonjour, hi ! », qui déplaît à bien des francophones. Perso, cette formulation ne me choque pas, car dès que vous répondez « bonjour ! », la conversation se poursuit en français. Il peut arriver que ce soit dans un français hésitant. Mais souvent, c’est dans un bon français, même quand l’interlocuteur est anglophone ou allophone.

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Mon cardiologue et le stress

Je n’aime pas aller chez le médecin. Mais je fais une exception pour mon cardiologue. C’est toujours un plaisir d’aller le rencontrer une fois l’an depuis maintenant sept ans. Pourtant, on ne peut dire que le centre ambulatoire de cardiologie du CHUM soit un endroit particulièrement agréable. Le lieu lui-même est aussi laid qu’inconfortable. Quant à l’accueil que nous font les réceptionnistes, on ne saurait toujours le qualifier d’hospitalier. Une fois, l’une d’elles m’a même engueulé parce que je n’avais pas apporté la lettre confirmant mon rendez-vous. Pourtant, toutes les informations pertinentes étaient dans l’ordinateur juste devant elle. Enfin…

Mais le Dr Raymond, lui, m’accueille toujours avec le sourire, que je sois son premier ou son dernier patient. On prend d’abord quelques minutes pour parler de tennis, une passion commune. Mon médecin n’est pas un tenant du « lean management », une théorie de gestion de la production axée sur l’élimination du gaspillage. C’est ce qu’on appelle parfois au Québec la méthode Toyota.

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Blanc ou rouge ?

– Lise, j’ai une grande question à te poser : « Devrait-on prendre du blanc ou du rouge avec notre poulet ? »

– Ce soir, j’irais pour le blanc. (Une pause) Je croyais qu’il s’agissait d’une grande question existentielle.

– Mais c’en est une. Pour moi, à cet instant précis, il est plus important de connaître la couleur du vin que de savoir si Dieu existe.

 

De gîte en gîte

La salle à manger de l’auberge Wanta-Qo-Ti, à Escuminac.

N’ayant plus d’autocaravane, nous avions choisi cette année de nous arrêter dans des chambres d’hôtes, mieux connues au Québec sous l’appellation bed and breakfast. C’est une expérience que nous n’avions pas faite depuis une vingtaine d’années. On nous avait dit que ces gîtes s’étaient beaucoup améliorés depuis. C’est vrai, en tout cas si l’on se fie aux trois dans lesquels nous nous sommes arrêtés.

Le premier, Comme au premier jour, à Saint-Pacôme, tenait même plus de l’auberge que de la chambre d’hôtes. On y trouvait, outre quatre luxueuses chambres à l’étage, un restaurant-café et une petite boutique au rez-de-chaussée. Tout y est joli et tout était bon. Mais les prix étaient plutôt élevés et le service un tantinet guindé. Généralement, dans ce type d’établissement, on s’attend à plus de convivialité.

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Combien y a-t-il de haltes routières sur la 40 entre Trois-Rivières et Québec ? Si vous avez répondu zéro, vous gagnez un mauvais café à la prochaine halte où vous vous arrêterez. Il nous a donc fallu sortir de l’autoroute pour manger les bons sandwichs que Lise nous avait préparés, justement pour ne pas avoir à quitter la route.

Une fois sur la 20 en direction de Rivière-du-Loup, les choses s’améliorent un peu. Il y a trois haltes après Québec. Mais une est fermée en raison de travaux qui risquent de s’éterniser et l’autre est située à deux pas de Rivière-du-Loup. Il est donc préférable de ne pas boire trop de thé vert ou toute autre boisson qui fait faire pipi.

À partir de la vallée de la Matapédia, en revanche, les haltes sont nombreuses, les municipalités ayant pris la relève de notre gouvernement radin. Rien à voir, bien sûr, avec les grandes haltes de l’Ontario, avec station-service, casse-croûte et grandes toilettes. Mais au moins, il y a des tables à pique-nique, des arbres, parfois un beau cours d’eau et à l’occasion, quand les budgets le permettent, des toilettes qui ne sentent pas mauvais.

Heureusement, les paysages sont beaux et les gens sont si gentils. Ce n’est pas moi qui le dis, ce sont les Français, nombreux à venir chez nous, qui n’arrêtent pas de répéter combien nous sommes fins. Au début, je trouvais qu’ils beurraient un peu épais. Mais au cours de ce voyage, j’ai essayé de nous voir à travers les yeux des Cousins, et je dois admettre qu’ils ont parfaitement raison. Partout où l’on passe, les gens sont extraordinairement accueillants. Même quand vous leur dites que vous venez de Montréal, ils ne se départissent pas de leur sourire. C’est vous dire.

Le destin

Quand nous avons pris la route, l’attentat de Barcelone venait de se produire. Je me suis dit qu’à Chandler, notre destination, on ne risquait pas d’être percuté par une camionnette-bélier qui zigzague en essayant d’envoyer en enfer le plus grand nombre d’impies. Tout au plus faudrait-il se méfier des camionnettes conduites par des jeunes à casquette, épris de vitesse et chargés de testostérone. Mais le risque, il faut bien le dire, reste minime.

N’empêche que même en Gaspésie, le destin peut frapper. En regardant les nouvelles mercredi, j’ai appris qu’un touriste français se rendant aux chutes à Picot, près de Matapédia, avait reçu une balle en pleine tête. La police détient un suspect. Imaginez le drame que la compagne de l’homme tué a vécu. On l’imagine marchant joyeusement dans les bois vers de jolies chutes par une splendide journée d’été. Puis soudain, une détonation, son amoureux s’écroule, le sang jaillit de sa tête. L’horreur absolue !

Elle est parfois bizarre, la vie.

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