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Quarantaine : jour 8

Les Bourses avaient survécu sans mal à trois ans de Brexit et de trumpitudes, mais elles n’ont pas résisté à trois mois de Covid-19.

J’ai attendu d’être de retour chez nous pour aller voir les dégâts qu’avait causés dans nos portefeuilles la débâcle financière. Tant que nous étions en Espagne, j’étais trop préoccupé par notre vol de retour pour m’inquiéter en plus de l’état de nos finances.

J’ai enfin osé y jeter un œil. Nos actions ont plongé en même temps que les Bourses du monde entier. Mais nous n’avons pas tout perdu, tant s’en faut. D’autant que les marchés boursiers pourraient remonter une fois la pandémie passée. C’est ce que croit notre conseiller financier, qui reste résolument optimiste. Mais c’est son métier. Moi ? On verra bien. Ce que je sais, et ça me suffit, c’est que nous n’aurons pas de mal à payer nos frais communs, pas plus que notre épicerie, le câble ou l’internet. Comme le dit une blague à la mode, je redoute plus la fin du monde, surtout en ce moment, que la fin du mois.

En revanche, je me fais du souci pour celles et ceux qui ont perdu leurs emplois, notamment pour celles et ceux qui ne les retrouveront pas. Je m’inquiète aussi pour les petits commerçants, pour les travailleurs autonomes, pour les artistes et pour les artisans. Pour bien du monde en fait, bien plus mal loti que moi.

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Quarantaine : jour 7

Comme j’ai été longtemps conseiller linguistique à La Presse, je m’intéresse toujours à la langue française. Voici quelques mots qui, dans cette pandémie, ont suscité mes réflexions.

 

Vieux, personne âgée, aîné, sénior ?

Le mot « vieux », note Le grand Robert, est souvent considéré de nos jours comme « un peu méprisant ou condescendant ». Aussi a-t-on trouvé pour le remplacer une foule de termes venus grossir la légion d’euphémismes du type « malentendant » ou « non-voyant ». Si les substituts sont nombreux, aucun à mon avis n’est vraiment satisfaisant.

Prenez le terme « aîné ». Il me déplaît particulièrement et je ne l’emploie jamais, même pas pour réclamer les réductions auxquelles j’ai droit. Les aînés, ce sont ceux qui nous précèdent dans le temps. Ce sont nos ancêtres, nos devanciers. Mais moi, suis-je vieux à ce point ? Bien que je sois né à Trois-Rivières, ai-je connu son fondateur, Monsieur de Laviolette, pour qu’on me qualifie d’« aîné » ?

Les locutions « membre de l’âge d’or » ou « personne du troisième âge » me paraissent d’un ridicule consommé. « Personne âgée » ne me semble guère mieux. Je veux bien qu’on soit une personne, mais pas si du coup on devient une personne dont la principale caractéristique est d’être âgée.

À tout prendre, je préfère « sénior » (qui n’est pas un synonyme de « sénile »). Ce mot d’origine latine, venu au français par l’intermédiaire de l’anglais, devrait être pleinement francisé. Je l’écris donc avec un accent sur le « e », comme le conseille Le Robert.

Cela dit, moi qui suis un jeune homme de 75 ans, je ne répugne pas à ce qu’on dise de moi « un vieux ». Pourquoi pas ! Je ne vois pas en quoi le terme est dépréciatif. J’aime mieux entendre parler « des vieux » que « des personnes âgées », surtout si on y ajoute, comme on le fait beaucoup en ce moment, « vulnérables ».

« Vieille », en revanche », me semble péjoratif. J’imagine tout de suite un vieux film grec ou italien, où les vieilles dames, toute de noir vêtues, portent des jupes jusqu’aux chevilles et marchent le dos voûté. Mais ma compagne estime que c’est un mot qu’il faut se réapproprier, tout comme « vieux », car la vieillesse est riche de toute l’expérience d’une vie.

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Quarantaine : jour 6

Le plus difficile depuis deux jours, c’était moins le confinement que l’absence de lumière, en raison de la pluie et des nuages. Comme je l’ai déjà dit, nous avons un bel appartement, mais qui donne sur cour. Nous l’avions choisi pour la tranquillité, mais depuis le début, la vue et l’ensoleillement nous manquent. Et encore davantage en quarantaine.

On compte plus d’une centaine d’appartements sur la cour intérieure. On sent davantage la présence de nos voisins en ce moment. Habituellement le jour, ils vont travailler à l’extérieur pour payer hypothèques ou loyers, laissant seuls les rares retraités de l’immeuble. Mais le confinement décrété par le gouvernement en a contraint plus d’un au télétravail quand il ne les a pas réduits au chômage. Aussi les voit-on davantage, en particulier les fumeurs des balcons.

Cependant, on les connaît trop peu pour sentir une présence chaleureuse. Même lorsqu’ils sortent sur leur balcon, les gens ne se saluent pas. On ne voit pas non plus, comme en Espagne, en France ou en Italie, les gens venir à la fenêtre à 20 h, pour applaudir, siffler ou chanter. Ce serait sympa pourtant.

Quand nous sommes revenus chez nous il y a une semaine, Lise était si contente qu’elle trouvait que notre appart était « le plus beau du monde ». Mais sept jours plus tard, on comprend pourquoi on a choisi de le vendre pour aller s’installer au 8e étage du complexe Humaniti, avec vue sur la place Riopelle.

Néanmoins, cette proximité avec nos voisins a quelque chose de rassurant, surtout le soir quand les fenêtres sont éclairées. Nous ne sommes pas seuls.

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Quarantaine : jour 5

Fini les promenades de santé pendant la quarantaine. Ce que le premier ministre avait autorisé vendredi, sa vice-première ministre l’a interdit le lendemain. Heureusement, nous n’avions pas regardé la conférence de presse de Geneviève Guilbault. On a donc pu faire une sortie supplémentaire. Mais pour les dix jours qui restent, on se limitera au balcon.

À mon avis, c’est néanmoins une mesure inutile, qui vise surtout à rassurer ceux qui craignent que les rapatriés les contaminent. Il n’y avait aucun risque, en effet, ni d’être infecté ni d’infecter qui que ce soit en allant marcher au grand air, à bonne distance les uns des autres. Au contraire, en période de confinement, aller prendre l’air, c’est à la fois bon pour le moral et pour le physique. La sédentarité est un des problèmes majeurs de notre époque. Ne nous l’a-t-on pas répété à satiété ? Mais la peur excessive engendre des mesures irrationnelles. L’interdiction totale de sortir pendant la quarantaine en est une.

Je ne suis pas en train de vous dire que le Covid-19 n’est pas dangereux. Je ne suis ni Donald Trump, ni Boris Johnson, ni Jair Bolsonaro. Cette pandémie est grave et, si on ne la combat pas, elle peut devenir incontrôlable. Mais j’essaie d’éviter qu’une crainte saine et normale ne se métamorphose en une angoisse terrifiante et paralysante.

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Quarantaine : jour 4

Photo CTV.news

Les gens qui me connaissent savent que je n’avais pas une très haute opinion de François Legault. Je l’ai d’ailleurs critiqué à plusieurs reprises dans mes carnets ou sur Facebook. Je ne crois pas que la pandémie me fera changer d’idée quant à ses orientations politiques. Je ne lui ai toujours pas pardonné la loi 21 sur les signes religieux et, en bon écolo, je deviens vert quand je l’entends dire que le troisième lien à Québec sera une mesure environnementale. C’est trop fort de café ! Bref, je ne suis pas sur le point de voter pour la CAQ.

Cela dit, il est vrai que notre premier ministre se comporte admirablement bien dans cette crise. Séjournant en Espagne au moment où le coronavirus a commencé à frapper le Québec, j’avais raté ses conférences de presse quotidiennes. Mais des proches, qui ne sont pas non plus des admirateurs, m’en avaient dit le plus grand bien.

De retour dans la Belle Province, nous nous sommes installés, mon amoureuse et moi, devant notre téléviseur à 13 h cette semaine. J’avais peur d’être déçu, ne serait-ce qu’un peu, car je partage rarement nos grands emballements collectifs. Les appuis massifs me rendent généralement méfiant. Mais non, pas cette fois. J’ai été séduit moi aussi.

J’ai trouvé que cet homme était capable de se montrer sérieux sans être sinistre, ferme sans être autoritaire, encourageant sans être jovialiste, apaisant sans être lénifiant. En un mot, le ton est juste. De plus, on le sent honnête et transparent. Chez lui, pas de populisme outrancier, pas de manipulations, pas de faux-fuyants. Tout au plus quelques cachotteries. À 13 h, chaque jour, on a (presque) l’heure juste. C’est sans doute pourquoi ce politique inspire la confiance.

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Quarantaine : jour 3

Vous êtes plusieurs à m’avoir signalé qu’au Québec les voyageurs, même en quarantaine, étaient autorisés à aller prendre l’air, à condition bien entendu de respecter la distance sanitaire de deux mètres. Il n’en fallait pas plus, le soleil aidant, pour que j’aille marcher le long du canal de Lachine hier après-midi.

Ai-je eu quelques hésitations ? Non ! L’enjeu, c’est de ne pas contaminer qui que ce soit, tout en évitant d’être soi-même contaminé. Objectif facile à atteindre si l’on ne se colle pas sur les gens. J’ai noté que les marcheurs ne se suivaient pas de trop près. En revanche, la plupart ne font pas beaucoup d’efforts pour s’écarter quand ils se croisent. J’ai donc zigzagué pour deux. Deux fois un mètre = les deux mètres sécuritaires. M. Legault aurait été content.

Je sais que notre premier ministre, par ailleurs admirable dans cette pandémie, aimerait beaucoup que nous, les vieux de plus de 70 ans, restions à la maison. Nous serions tellement vulnérables. S’il y a une chose qui m’agace dans cette crise, c’est bien cette association vieux = vulnérable.

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Quarantaine : jour 2

Lise et moi ne sommes pas du genre à avoir deux frigos et un congélateur. Nous n’avons qu’un réfrigérateur, au demeurant petit. Et la plupart du temps, il n’est même pas plein. En temps normal, ça ne m’inquiète pas, car nous sommes entourés de trois supermarchés, de deux boulangeries et de quelques épiceries fines. Même la perspective de manquer de papier-cul ne m’affole pas.

Mais nous ne vivons pas des temps normaux. En pleine pandémie et à l’aube de notre quarantaine, nous sommes confinés dans notre appartement, dont on ne peut sortir que pour une petite promenade de santé. Il nous est interdit, et cela va de soi, de se rendre à l’épicerie. Bref pour manger, il nous faut compter sur les autres ou sur les services en ligne.

Pour les premiers jours, nous pouvions compter sur les courses que Laurence et Étienne avaient faites pour nous. Pour la suite, nous misions sur Métro. Mais son site web est surchargé. Mercredi, impossible de trouver une plage horaire pour la livraison. Nous nous sommes dit : on essayera tôt jeudi matin. Mais à 7 h 45 hier matin, nous avons buté sur le message suivant : « En raison d’une très forte demande envers le service d’épicerie en ligne, toutes les plages horaires sont présentement occupées. Nous vous encourageons à revérifier le site web demain matin afin de connaître la mise à jour des disponibilités. »

Je me suis dit, à ce rythme, il va falloir se résigner à jeûner. Tant et si bien que j’ai été soudain effrayé à l’idée de manquer de nourriture. Mon opulence d’Occidental toujours bien nourri depuis sa naissance était soudain menacée.

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