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Nice encore et encore

Cette année, pour faire changement, nous devions séjourner à Marseille plutôt qu’à Nice. Mais sitôt l’appartement trouvé et réservé, nous avons commencé à le regretter. Était-ce une si bonne idée d’aller sept semaines dans la ville de Pagnol ? Nous nous posions la question sans y répondre jusqu’à ce que deux immeubles s’effondrent au centre-ville, provoquant dans leur chute brutale morts et blessés. Inquiet, j’ai aussitôt vérifié les adresses sur Google Maps pour constater qu’elles étaient situées à deux pas de l’endroit où nous devions rester. Il n’en fallait pas plus pour nous décider à annuler notre réservation.

Nous voilà donc terminant l’hiver à Nice pour la quatrième fois. Et nous en sommes ravis. Nous regrettons d’autant moins notre volte-face que brille, pour le moment du moins, un magnifique soleil sur la Côte-d’Azur alors que le temps est maussade sur la Provence.

Si nous connaissons la ville à fond, l’appartement, lui, est nouveau. Nous n’avions pas envie de retourner dans le Vieux-Nice, fort joli mais touristique et bruyant. Au fil de nos promenades, nous avions découvert le quartier voisin, celui du Port, habité presque exclusivement par les Niçois. Nous nous étions dit, l’an dernier, qu’il serait agréable d’y vivre.

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Nice et la baie des Anges depuis la colline du Château, où nous montons chaque matin.

La météo nous annonce, avec des trémolos dans la voix des madames ou des messieurs Météo, une grosse tempête. Mais j’ai envie de vous chanter la chanson de Charlebois : « Demain l’hiver, je m’en fous / Je m’en vais dans le Sud, au soleil… » C’est que nous prenons vendredi l’avion pour Nice, où nous passerons le reste de l’hiver à déambuler sur la promenade des Anglais au lieu de patauger dans la sloche de la rue Saint-Catherine ou de risquer la chute le long du canal de Lachine.

Comme la plupart des Québécois, je n’ai pas la fibre nordique. Je ne me suis jamais habitué à notre hiver ; il me glace. Le plus difficile, ce n’est pas la neige ; j’habite Montréal et je n’ai pas d’auto. Ce sont les grands froids, surtout lorsqu’ils sont poussés par de forts vents et chargés d’humidité.

Et en la matière, nous sommes gâtés cette année. Ils me paraissent d’autant plus pénibles, ces moins 20, avec des ressentis de moins 150, qu’ils sont entrecoupés de dégels mettant à rude épreuve notre adaptabilité et laissant des trottoirs de glace où l’on pratique la marche extrême.

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Lise et moi à notre arrivée à Yosemite. « Comme on a l’air heureux ! » me dit-elle.

Il y a trois ans, presque jour pour jour, nous sommes revenus en catastrophe de la Floride. Même si l’État des petits vieux nous ennuyait un peu, nous y aurions passé volontiers la fin de l’hiver. Mais comme je l’avais expliqué à l’époque, le lit mural de notre autocaravane était resté coincé dans une position qui ne nous permettait plus de l’utiliser. Les deux premiers mécanos consultés nous avaient avoué ne pas pouvoir faire grand-chose (euphémisme qu’on peut traduire sans se tromper par « rien ». Chez Horizons Lussier, le concessionnaire Leisure pour le Québec, on m’avait confirmé par téléphone que ce type de réparations était généralement compliqué. Et coûteux.

Bien entendu, reprendre la route du nord avant la fin de l’hiver n’est pas une décision qu’on avait prise de gaieté de cœur, les larmes de ma campagne peuvent l’attester. Il a fallu hiverniser la bagnole en catastrophe et mettre le cap vers le froid, pour la première fois en six ans, en espérant que le ciel ne nous tombe pas sur la tête.

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74 ans déjà !

Photo prise par Lise l’été dernier à Percé.

Je fêterai demain mes 74 ans. « Fêter » est le mot juste. D’abord parce que je serai entouré de ma merveilleuse compagne et de nos meilleurs amis. Mais aussi, parce que je vais bien. Très bien même !

La vieillesse pourtant est censée être un naufrage. C’est en tout cas ce qu’on répète volontiers. J’ai même vu passer sur Facebook, il y a quelques mois, un texte affirmant qu’il ne faut pas souhaiter vivre plus de 75 ans. Quitte, le cas échéant, à précipiter le dénouement.

Ce qui m’a choqué, ce n’est pas l’appel au suicide. Lorsque la vie n’offre plus que souffrances, je comprends sans mal qu’on puisse aspirer à sa fin. C’est pourquoi j’appuie sans réserve ces deux Québécois lourdement handicapés qui viennent de contester en Cour supérieure notre loi trop restrictive sur le droit à mourir.

Mais nous ne sommes pas tous gravement malades. Quand je regarde autour de moi, je vois pas mal de « vieillards » qui n’en ont ni l’air ni la chanson. Et même malade, la vie ne perd pas son sens, du moins si la maladie n’est pas accompagnée d’insupportables douleurs.

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Mes coups de cœur en 2018

« La chute de l’empire américain », le dernier film de Denis Arcand, doit beaucoup à Maripier Morin et à Alexandre Landry. La première est convaincante dans son rôle de prostituée au grand coeur et le second rend crédible son personnage de livreur philosophe.

J’ai réuni dans ce carnet quelques œuvres qui m’ont marqué cette année. Toutes ne datent pas de 2018. En littérature en particulier, j’aime bien me promener entre les livres récents et ceux du passé.

Je commencerai d’ailleurs par la littérature. Plus précisément par Delphine de Vigan qui, avec Les loyautés, vient de confirmer son statut d’écrivain majeur. On lui devait déjà quelques œuvres fortes, notamment Les heures souterraines, sombre mais magistral, Rien ne s’oppose à la nuit, sur le suicide de sa mère, et D’après une histoire vraie, qui fait écho au précédent. Son dernier opus n’est pas plus joyeux que les premiers (dépressifs s’abstenir), mais il est aussi bien écrit et aussi poignant. On plonge cette fois dans la vie d’un adolescent qui se saoule jusqu’à perdre conscience.

Le grand marin est le premier roman d’une auteure, Catherine Poulain, qui a beaucoup bourlingué avant d’écrire. Elle a notamment exercé pendant une dizaine d’années le dur métier de pêcheur en Alaska. C’est cette expérience exceptionnelle qui lui a inspiré ce coup d’essai, qui s’est transformé en coup de maître. Vous ne vous intéressez pas à la pêche ? C’est sans importance. L’écrivaine vous amène dans une odyssée passionnante dont il est d’autant plus difficile de décrocher qu’elle est superbement écrite.

La perle et la coquille est un gros roman, comme les aiment bien les éditeurs américains, qui raconte une histoire. L’écriture, si on la compare aux deux livres précédents, est un peu banale. Mais quelle histoire ! Ou plutôt, quelles histoires ! Car Nadia Hashimi raconte l’itinéraire de deux Afghanes, l’une qui a vécu au début du 20e siècle, l’autre au début du 21e. L’auteure nous fait découvrir à travers cette œuvre la vie des femmes de son pays d’origine. Le roman a connu un grand succès depuis sa publication en 2014 ; c’est bien mérité.

Remontons encore dans le temps. L’angoisse du roi Salomon est le quatrième et dernier roman de Romain Gary écrit sous le pseudonyme d’Émile Ajar. C’était en 1979. L’année suivante, on apprenait que cet écrivain de génie s’était enlevé la vie. Comme je l’ai écrit plus tôt cette année, on rigole, on sourit, on est ému, on est bouleversé, on pleure, on pense en lisant ce dernier roman d’Ajar. Un bien grand livre ! D’une certaine façon, je comprends que son auteur soit parti après : il avait tout dit.

Remontons enfin jusqu’en 1913. Je termine en effet ce survol de mes meilleures lectures de 2018 avec Un amour de Swann, qui figure depuis longtemps sur ma liste des dix meilleurs romans. Il s’agit en fait de la deuxième partie du roman Du côté de chez Swann, le premier tome de À la recherche du temps perdu de Marcel Proust. Mais comme le fait remarquer Wikipédia, il est parfois publié comme un roman qui peut être lu indépendamment du reste de l’œuvre.

C’est à mon avis l’ouvrage le plus accessible de Proust, dont le style unique, fait de phrases longues et de digressions, effraie, voire rebute, bien des lecteurs. Pour ma part, je ne compte plus le nombre de fois où j’ai lu Un amour de Swann. J’y reviens chaque fois avec le même enthousiasme et le même bonheur. Les chefs-d’œuvre ne vieillissent pas.

 

Du côté du cinéma

Le Green Book de Peter Farelly est une des belles surprises de l’automne. De tous les films que j’ai vus sur le racisme de toute ma vie, c’est un des meilleurs. L’histoire de cette amitié surprenante et improbable entre deux hommes, un pianiste vedette et son chauffeur, au cours d’une tournée dans le sud des États-Unis, est passionnante de bout en bout. Grâce d’abord à deux grands acteurs, Viggo Mortensen et Mahershala Ali. Grâce aussi à un scénario super bien ficelé, qui mêle habilement drôleries et émotions. J’en suis ressorti ému et heureux.

J’ai adoré First Reformed, un film américain à qui j’aurais volontiers donné quatre étoiles et demie sans sa fin en queue de poisson. Il me semble que Paul Schrader ne savait pas comment achever son drame. Il a sans doute songé à un dénouement apocalyptique, mais c’eût été trop fort. Alors il a opté pour une fin ouverte, mais elle paraît plutôt inachevée. Cela dit, jusqu’aux derniers plans, j’ai été totalement séduit par cet opus sombre et austère sur les tourments d’un pasteur. Tout le film pose la question : peut-on conserver l’espérance dans un monde qui semble sans espoir ? Une interrogation bien d’actualité. Ethan Hawke, en pasteur torturé, joue un des grands rôles d’une carrière qui en compte déjà pas mal.

Je suis allé voir le dernier film de Denis Arcand sans trop d’attente, et j’en suis sorti séduit. La chute de l’empire américain renoue avec la truculence de La maudite galette, une œuvre ancienne et presque oubliée. Le nouvel opus m’a rappelé les comédies sociales italiennes. À partir d’une histoire d’argent volé et trouvé, le réalisateur nous décrit une société de ploutocrates où le fric des riches disparaît dans des paradis fiscaux, où l’on pratique l’optimisation fiscale à fond la caisse, avant de réapparaître dans de respectables fiducies caritatives.

J’ai beaucoup ri en voyant Le grand bain. Ce film de Gilles Lellouche sur un groupe d’hommes pratiquant la nage synchronisée est brillamment interprété par Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoît Poelvoorde, Philippe Katerine, Jean-Hugues Anglade et Alban Ivanov, ainsi que par Virginie Efira et Leïla Bekti. Les comédies drôles, touchantes et brillantes, il n’y en aura jamais assez.

Je m’attendais à ce que Fahrenheit 11/9 soit une satire mordante sur Donald Trump, mais le documentaire de Michael Moore est beaucoup plus qu’un brûlot jouissif. Ce que nous montre le réalisateur, c’est que l’actuel président des États-Unis, loin d’être un accident de l’histoire, est au contraire l’aboutissement logique de la politique américaine. Il est juste pire que ses prédécesseurs, creusant davantage les inégalités sociales et tournant résolument le dos aux défis du changement climatique.

On ne s’ennuie jamais en voyant ce documentaire tant Moore a le sens du spectacle et de la narration. Mais si on rit souvent, on rit jaune.

Mon dernier coup de cœur cinématographique, Maria par Callas, me permettra d’enchaîner ensuite avec la musique. Ce documentaire de Tom Volf est particulièrement réussi. Le réalisateur a trouvé le dosage parfait entre les interviews de la diva et ses concerts. C’est instructif, passionnant, splendide et émouvant.

 

Du côté de la musique

J’ai découvert Zaz par hasard, il y a quelques mois. Ce fut la révélation ! Depuis, je l’écoute presque tous les jours. Comme je l’ai écrit plus tôt, elle est venue rejoindre, dans la liste de mes favorites, Melina Merkouri, Billie Holiday,  Diana Krall et Cesaria Evora. Rien de moins ! J’adore sa voix un peu rauque, un peu cassée. Et j’adore ses interprétations si personnelles, si sensibles.

Si vous ne connaissez pas encore cette chanteuse française, je vous conseille de vous rendre sur YouTube pour entendre une de ses plus belles chansons, On ira.

https://www.youtube.com/watch?v=mXlyDwywq3Q

J’aime tout de cette vidéo, notamment ce couplet qui fait l’éloge de la diversité :

Oh qu’elle est belle notre chance

Aux mille couleurs de l’être humain

Mélangées de nos différences

À la croisée des destins

Je vous souhaite à toutes et à toutes une très belle année. Il y aura sans doute encore de mauvaises nouvelles. C’est inévitable. Mais il y aura encore, j’en suis sûr, de grandes œuvres qui sauront nous faire vibrer. Allez, soyons heureux !

 

Photo Ville de Montréal

Pour nous aider à supporter la grisaille et le froid, ma compagne et moi avons décidé d’aller passer une journée au Bota Bota. « Si vous vous promenez parfois au Vieux-Port de Montréal, avais-je écrit après notre première visite, vous aurez remarqué sans doute un bateau un peu étrange, qui ne bouge jamais. Sur ses ponts, on peut voir, notamment l’hiver, une vapeur qui s’échappe de ses grands bains à remous. » Dans son intérieur chic et zen, on peut recevoir des massages, des soins pour le visage ou pour le corps, paresser dans le hammam ou les saunas, se vautrer dans les grands bains, s’allonger dans les salles de détente, se sustenter ou se désaltérer au restaurant.

Cette fois encore, nous avions opté pour le forfait Calypso, qui comprend un massage, l’accès illimité aux saunas, au hammam et aux baignoires, une assiette de dégustation (délicieuse) et un verre de vin.

Dans ce bateau, réaménagé de fond en comble, tout a été conçu pour que vous soyez aux petits soins. Le charme commence dès la réception, où le personnel, jeune et beau, vous accueille avec le sourire, et dure jusqu’à la fin, où l’on vous souhaite au revoir, toujours avec la bouche fendue jusqu’aux oreilles. Sans doute parce qu’on souhaite vous revoir, mais aussi parce qu’une somme conséquente vient d’être débitée à votre carte de crédit.

Ça m’a rappelé une vieille blague qui circule depuis longtemps dans les milieux financiers : il y a des gens qui craignent plus la fin du monde que la fin du mois. C’est maintenant notre cas, ce qui nous permet de nous offrir de beaux luxes comme une journée dans un spa.

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Dès le 4 janvier, je me suis inquiété de l’effet que le twit aux tweets aurait sur la planète cette année. « Trump incarne tout ce à quoi je m’oppose, ai-je écrit sur ce blogue. Sa réforme des impôts et ses dérégulations massives ne feront qu’accroître les inégalités sociales, qui ont déjà doublé aux États-Unis en 30 ans. Ses politiques en matière d’environnement vont augmenter la pollution et accélérer le dérèglement climatique. Sa conception des relations internationales, fondée sur l’affrontement plutôt que sur la coopération, est archaïque, inefficace et dangereuse. En un mot, on ne pouvait imaginer pire président pour notre époque. »

Je n’avais pas complètement tort. Pour sa deuxième année au pouvoir, l’Agent orange, comme l’appellent certains détracteurs, s’est montré aussi imprévisible qu’hyperactif. On l’a vu faire séparer les familles de migrants à la frontière, envoyer l’armée pour bloquer leur arrivée, renier l’accord avec Iran sur le nucléaire, imposer des tarifs sur l’acier et l’aluminium à ses partenaires, se quereller avec ses alliés, entreprendre une guerre commerciale avec la Chine, imposer à la Cour suprême un juge soupçonné d’agressions sexuelles, passer l’éponge sur un meurtre commandité par le prince saoudien Ben Salmane, et j’en passe.

« À ce rythme, avais-je prédit, les évangéliques qui l’ont porté au pouvoir vont devoir sortir les pancartes LA FIN DU MONDE EST PROCHE avant la fin de l’année. » Mais il y avait dans cet humour inquiet une large part d’exagération. Certes, le président américain a étalé, quasi chaque jour, son incompétence et son ignorance. J’ai beaucoup ri, en particulier, quand il a confondu Balkans et pays baltes, reprochant aux dirigeants de la Lettonie, de la Lituanie et de l’Estonie, éberlués, d’avoir provoqué la guerre en ex-Yougoslavie.

Cela dit, je dois admettre que les fameux contre-pouvoirs ont tenu le coup. Les juges, parfois ceux que Trump a lui-même nommés, ont mis un frein à son autoritarisme. Les grands médias l’ont à l’œil. Le procureur Mueller poursuit son enquête sur les rapports troubles du président et de son entourage avec la Russie. C’est d’autant plus rassurant que le Congrès s’apprête à redevenir démocrate en janvier. Alors oui, Trump est détestable. Mais son pas lourd n’a pas empêché la Terre de continuer à tourner.

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