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hassidim

En vantant la chronique de Michèle Ouimet sur les hassidim d’Outremont, je faisais un peu de provoc. Je savais que ce coup de chapeau à mon ex-collègue allait susciter quelques réactions. Je savais même de qui elles viendraient.

Précisons un point tout de suite : Michèle, que je connais depuis 25 ans, ne s’est certainement pas sentie humiliée en allant rencontrer un leader hassidique qui ne lui a pas donné la main. Non seulement cette femme croit à l’égalité entre les hommes et les femmes, mais elle la pratique depuis des lustres. Elle n’a de leçon de féminisme à recevoir de personne.

Venons-en à l’essentiel. La cause de cette petite communauté repliée sur elle-même ne suscite pas beaucoup d’empathie chez nous, où l’on tient pour suspect tout ce qui est religieux. Je peux le comprendre. Je n’ai pas non plus de grandes affinités avec une communauté dont la vie est axée sur la religion et qui refuse obstinément de s’intégrer, y compris au reste de la communauté juive. Abraham Ekstein l’admet sans détour. «Nous avons nos propres vêtements, a-t-il dit à Michèle Ouimet, notre langue, le yiddish, nos journaux, notre religion et notre culture. Nos enfants ne fréquentent pas les mêmes écoles que vous.»

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Le dictionnaire Oxford a fait de post-truth son mot de l’année après l’élection de Donald Trump, dont la campagne a été marquée par de nombreux mensonges et par d’abondantes fausses nouvelles, relayées notamment par les médias sociaux.

En français, on traduit parfois littéralement post-truth par post-vérité. De quoi s’agit-il? Oxford définit la post-vérité comme une époque où l’opinion publique est plus influencée par l’émotion que par la réalité et où les croyances l’emportent sur les faits. Selon Marc Thibodeau, dans La Presse, «le terme aurait d’abord été utilisé dans ce sens par un écrivain serbo-américain dans un essai paru en 1992 dans la revue The Nation et portant sur la première guerre du Golfe».

Je me suis demandé si nous avions besoin d’un terme nouveau, car le français, comme l’anglais du reste, est déjà riche pour désigner le mensonge. Dans notre langue, par exemple, on peut parler de demi-vérité, de fausseté, de fausse nouvelle, d’information erronée ou de tromperie. Mais selon Vinay Menon, de Star Touch, la post-vérité diffère de la traditionnelle falsification de la vérité en ce sens qu’elle rend secondaire la véracité. Autrement dit, la perception devient plus importante que la réalité. C’était déjà un grand classique de la politique, mais il a atteint des sommets sous Trump.

Quand les préjugés sont profondément enracinés, comme l’a montré Yves Boisvert dans sa brillante tournée des États trumpistes, parue dans La Presse, la vérité et les faits n’ont plus d’importance. C’est aussi ce qu’a soutenu le président Barack Obama en expliquant que Trump comprenait très bien «le nouvel écosystème médiatique». Les gens peuvent croire dur comme fer, comme l’a noté Alexandre Sirois, dans un éditorial très juste, que le pape François a appelé les fidèles à voter pour le milliardaire ou que des courriels obtenus par le site WikiLeaks prouvent hors de tout doute qu’Hillary Clinton a vendu des armes au groupe État islamique. Pourquoi s’embarrasser de la vérité, surtout si elle dessert la cause pour laquelle on milite?

Reste que, même à l’ère de la post-vérité, ceux qui diffusent ces informations erronées sont des menteurs et que ceux qui les croient sont au mieux des naïfs, au pire des ignares.

Cela dit, que l’on parle de post-truth ou de post-vérité ne me paraît pas génial. Le terme désinformation, qui désigne l’«utilisation des techniques de l’information pour induire en erreur, cacher ou travestir les faits» pourrait remplacer avantageusement post-vérité. On pourrait aussi parler de l’ère de l’illusion, de l’irréalité, du mensonge ou même de l’ère de la téléréalité ; voire carrément, si l’on tient à créer un néologisme, de l’ère de la trumperie.

Le dictionnaire Oxford a également entériné le terme alt-right, qui désigne un groupe idéologique «associé à un point de vue extrêmement conservateur ou réactionnaire». Je ne vois pas l’intérêt de traduire ce terme par droite alternative, car le français dispose déjà de l’expression extrême droite, qui dit bien ce qu’elle veut dire. Droite alternative m’apparaît comme une sorte d’euphémisme, aussi insignifiant qu’inutile. Il est vrai, comme le note Marc Thibodeau, que cette droite «rejette les partis politiques traditionnels et utilise les médias en ligne pour diffuser ses positions controversées». Mais c’est aussi ce que fait l’extrême droite, il me semble.

En revanche, j’aime bien brexiteer (en français brexiteur), qui découle de Brexit, terme né de la contraction de Britain et de exit. Il s’agit d’un synonyme britannique du mot isolationniste, qui décrit les tenants d’une politique d’isolement. Ils sont, comme on le voit un peu partout, de plus en plus nombreux. Hélas!

Goodbye Cohen !

cohen2Avec la mort de Leonard Cohen, mon dernier chanteur préféré vient de disparaître. Gian Maria Testa l’avait précédé plus tôt cette année. Je suis en deuil pour la deuxième fois. Cette disparition, je l’avais pressentie. Mercredi, j’étais allé acheter le dernier CD de Leonard et jeudi je l’avais écouté en boucle en me disant que je ne le reverrais sans doute jamais plus sur scène et qu’un jour, prochain peut-être, on apprendrait son décès. La nouvelle tombait quelques heures plus tard.

Mon amour pour Cohen n’a pas été immédiat. Certes, j’ai aimé ces premières chansons. Mais j’étais si angoissé à l’époque que je les trouvais déprimantes. Je préférais l’humour acide de Georges Brassens, l’anarchie tonique de Léo Ferré ou la fantaisie légère de Guy Béart. Pourtant, j’avais tant en commun avec Cohen : son amour des femmes et la vie tumultueuse qui vient avec, son sens de l’autodérision, son humour propre aux anxieux, sa longue quête de la sérénité, sa recherche d’une lumière dans un monde sombre, sa volonté de trouver un sens à une existence apparemment absurde.

C’est à mon arrivée à Montréal au début des années 90 que j’ai commencé à me passionner pour Cohen. J’ai eu la chance de le voir en spectacle dans l’ancien Forum. Un grand moment! Contrairement à ce qu’on pourrait croire en écoutant ses disques, cet homme a une immense présence sur scène. En 2012, j’ai eu le bonheur de le revoir pour la dernière fois, au Centre Bell.

Par la suite, je me suis réjoui de voir que ses dernières années étaient enfin plus sereines. Je me suis dit qu’il y avait de l’espoir pour ceux qui ne sont pas nés avec un talent spontané pour le bonheur.

Aujourd’hui, je me sens plus ému que triste. Cohen est mort, mais il a eu une vie bien remplie et il nous laisse une œuvre forte, qui lui survivra. J’ai été heureux d’apprendre par son fils qu’il avait vu venir la mort avec sérénité.

La grande trumperie

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Petite conversation entre amis Facebook ce matin. «En ce lendemain de veille (électorale), écrit Daniel, force est de constater que la trinité formée par le Crétinisme, sa grande sœur l’Ignorance et son autre sœur la Peur a la couenne dure.» Si ce commentaire m’a fait sourire, il a fait bondir Alain, qui a aussitôt répliqué : «Cher M. Rheault, c’est à ce genre de dictat que les « crétins, les ignorants et les peureux » des États-Unis ont clamé hier « C’est assez! »»

Philosophe, André a cherché à concilier les deux propos : «Bien que je sois 100% en accord avec le paragraphe de l’ami Daniel, je comprends néanmoins la réaction de M. Bouchard.» Et pour renchérir sur son point de vue, André nous a incités à lire un texte dans lequel l’écrivain Jim Gaffigan souligne que beaucoup de démocrates associent spontanément Trump à imbécile (moron), ce qui tue tout dialogue. Le journaliste Michael Shermer y renchérit en affirmant que la meilleure façon de s’opposer à un préjugé n’est pas la critique, mais le respect et la gentillesse. Autrement, les gens se braquent.

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Nous avons adoré Paris

Au bassin de La Villette.

Au bassin de La Villette.

Ce n’est pas sans un pincement au cœur que nous avons repris l’avion après un mois merveilleux dans la capitale française. Le départ était d’autant moins tentant que le soleil était omniprésent et que le mercure marquait dix bons degrés de plus qu’à Montréal. Heureusement qu’il y a plein de gens que l’on aime chez nous. Sinon, l’idée même du retour aurait été pénible.

À Paris, ai-je écrit à une de mes sœurs, presque tout est tellement mieux! Bon, je viens de ruiner mes chances de recevoir l’Ordre national du Québec. Mais elles étaient bien minces, alors allons-y franchement.

Prenons la vie culturelle : il n’y a pas de commune mesure. Cinéma, théâtre, musique, arts visuels, tout est plus abondant. Même la télé est de meilleure qualité. Chaque jour, nous avons suivi avec plaisir les bulletins d’information, chose que nous ne faisons plus chez nous tant le bulletin de Radio-Canada nous insupporte. L’excellence des émissions d’enquête est étonnante. En prime sur les chaînes publiques, les émissions ne sont jamais interrompues par des pubs, même lorsqu’il s’agit de variétés et qu’elles durent des heures comme Le plus grand cabaret du monde, Taratata ou On n’est pas couché. Ça donne à ces émissions un rythme d’enfer qu’elles n’ont pas quand elles passent à TV5 truffées d’annonces.

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Paul à la Coulée verte, en compagnie de Céline, une Québécoise rencontrée à Paris.

Paul à la Coulée verte, en compagnie de Céline, une Québécoise rencontrée à Paris.

Malgré les attentats terroristes, nous n’avons pas hésité à venir à Paris. Si j’ai peur des araignées, des lieux clos, de l’eau, des hauteurs et des cons, je ne crains pas les attentats. On ne peut pas avoir peur de tout, après tout. Je n’ai pas trop peur de la mort non plus, car je m’efforce d’être un bon épicurien. «La mort, disait le grand Épicure, n’est rien pour nous puisque, tant que nous existons nous-mêmes, la mort n’est pas, et que, quand la mort existe, nous ne sommes plus.»

Resto de Saint-Germain-des-Prés.

Resto de Saint-Germain-des-Prés.

Nous avons eu raison. Jusqu’ici, en tout cas. Bien sûr, la sécurité est omniprésente dans la capitale française. Les contrôles des musées, par exemple, ressemblent à ceux des aéroports. Les sacs sont fouillés et il faut traverser les détecteurs de métal. On va jusqu’à nous demander d’ouvrir nos manteaux pour s’assurer que les petits bedons ne sont pas des ceintures d’explosifs. Même pour se rendre à la billetterie de l’Opéra Bastille, il faut montrer patte blanche. Idem dans les grandes surfaces, où il y a des gardiens à chaque entrée. Heureusement, ils font généralement preuve de gentillesse. De toute façon, vaut mieux qu’ils soient présents et qu’il n’y ait pas de nouvel attentat. On ne se plaint donc pas de cette surprotection, qui est plutôt rassurante.

Les Parisiens sont-ils préoccupés par la menace terroriste, qui les a frappés si durement, notamment depuis deux ans? Sans doute. Mais ils ne le laissent pas trop paraître. La vie continue dans cette ville résiliente qui a survécu aux guerres, aux émeutes et aux révolutions.

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«Un mois à Paris, c’est pas un peu long?» m’a dit un ami avant notre départ. Pour visiter la Ville lumière en touriste, sans doute. Pour aller voir la tour Eiffel, la cathédrale Notre-Dame, les Invalides, la Madeleine, l’Opéra, le Louvre, quelques jours suffisent. C’est ce que font d’ailleurs la plupart des visiteurs. Mais pour vivre dans cette magnifique ville, que beaucoup considèrent comme la plus belle du monde, un mois, c’est peu. En fait, nous savons déjà que nous allons manquer de temps.

Prenez juste le cinéma. Il y a quelques jours, au seul MK2, près de la bibliothèque Mitterrand, nous avons hésité entre sept films. Eh oui sept! Ils n’étaient pas tous des chefs-d’œuvre, tant s’en faut. N’empêche qu’au moins sept nous attiraient. Dire qu’il y a des semaines à Montréal où l’on se demande s’il y a un film à voir. Ce lundi-là, nous sommes allés en voir deux, ce qui portait à six le nombre de films visionnés depuis que nous sommes en France. Et deux jours plus tard, c’était l’arrivée très attendue du nouveau film de Nicole Garcia, Mal de pierres, avec Marion Cotillard, du nouvel opus des frères Dardenne, La fille inconnue, et de L’odyssée, un biopic, comme on dit ici, sur le commandant Cousteau. (Nous l’avons vu dès sa sortie. Il est plutôt classique, voire conventionnel.)

Rien d’étonnant à cela. Paris, c’est la ville du cinéma. On peut y voir, bien entendu, tous les films français, alors qu’une petite partie seulement trouve son chemin jusque chez nous. On peut aussi y voir une bonne partie des films américains, et qui plus est, en version originale sous-titrée et non dans un affreux doublage. Et on peut y voir des œuvres d’un peu partout dans le monde, y compris du Québec. On a l’impression de se retrouver tous les jours en plein festival.

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