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Depuis mon retour de Paris, j’ai pris l’habitude, comme on le fait en France, de dire « sur place » quand je commande un café que je désire boire sans l’emporter. La formulation me paraît plus élégante et moins calquée sur l’anglais que « pour ici ». C’est ce que j’ai fait encore cette semaine dans un café du Ghetto McGill.

J’ai remarqué que le français de la barista était un peu boiteux, mais sans plus. Après tout, ce n’est pas si étonnant dans un quartier montréalais situé près de l’Université McGill et en bonne partie anglophone. J’aurais cependant dû tiquer quand elle m’a demandé, de façon un peu hésitante, si c’était « pour ici » puisque je venais de le préciser.

Je suis allé m’asseoir. Le temps m’a semblé un peu long. C’était, j’imagine, le temps qu’il a fallu pour refroidir l’expresso, car lorsqu’il a fini par arriver, il était rempli, à ma grande surprise, de glaçons. La barista avait compris « sur glace » et non « sur place ».

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Ethan Hawke et Amanda Seyfried.

J’aurais volontiers donné quatre étoiles et demie à « First Reformed », mais sa fin en queue de poisson m’oblige à une certaine retenue. Il me semble que Paul Schrader ne savait pas comment achever son drame. Il a sans doute songé à un dénouement apocalyptique, mais c’eût été trop fort. Alors, il a laissé la fin ouverte. Mais souvent, une fin ouverte cache une fin inachevée. C’est l’impression que l’on a ici. Dommage, car jusqu’aux derniers plans, j’ai été totalement séduit par cet opus sombre et austère sur les tourments d’un pasteur.

Ce dernier a décidé de confier les grandes questions existentielles qui le déchirent à un journal intime, en espérant y trouver la paix de l’âme. Il y est beaucoup question de sa relation avec une jeune femme enceinte, qui lui a demandé de rencontrer son mari, un militant écologiste que ses actions ont mené en prison. L’homme est un désespéré qui croit la planète en si mauvais état qu’il ne voit plus l’intérêt de donner la vie à un enfant. « Dieu nous pardonnera-t-il tout le mal que l’on fait à sa création ? » demande-t-il au pasteur.

Grande question qui finit à son tour par obséder cet homme d’Église déjà secoué par le fait que son fils est allé mourir en Irak pour une guerre « moralement condamnable ». Tout le film pose la question : peut-on conserver l’espérance dans un monde qui semble sans espoir ?

Comme vous pouvez le voir, ce n’est pas le genre de film qu’on va voir pour se divertir. Mais si vous aimez les  œuvres fortes, capables d’aborder de front les grandes préoccupations contemporaines, « First Reformed » vous touchera sans doute. D’autant que Ethan Hawke, en pasteur torturé, joue un des grands rôles d’une carrière remarquable qui en compte déjà pas mal.

UN FAUX CHEF-D’OEUVRE

Je suis allé voir « Les fantômes d’Ismaël » un peu méfiant, car si les critiques français ont adoré ce film, le public, lui, a détesté. Les premiers, en effet, accordent quatre sur cinq étoiles à ce film d’Arnaud Desplechin, alors que les spectateurs ne lui en donnent que deux ; 27 % des gens ne lui en concèdent même qu’une. Je veux bien croire que certains films remarquables ne sont pas grand public. Mais une telle différence d’avis entre la bobosphère et Monsieur Tout-le-Monde me m’inspirait pas confiance.

J’avais bien raison. Le film, pourtant, démarre assez bien. Le retour d’une femme disparue 21 ans plus tôt et qu’on croyait morte constituait un point de départ qui me semblait riche. Mais après une première demi-heure intrigante, le scénario s’égare, part dans toutes les directions, devient de plus en plus confus avant de sombrer définitivement dans le ridicule. Ce dernier, contrairement à ce que l’on dit, ne tue pas, mais il ennuie beaucoup. La première partie terminée, je n’ai cessé de bâiller.

Ma seule consolation : avoir revu Marion Cotillard, dont je suis fan fini. Non qu’elle joue ici un de ses grands rôles ; le scénario est bien trop bancal. Mais un film dans lequel elle apparaît ne peut être complètement nul. Malgré tout, il faut bien convenir, comme le dit un commentateur d’Allociné, que ce long métrage est « creux, ennuyeux, boursouflé, sans ni queue ni tête ».

De la Fondation Vuitton, on a de belles vues de Paris.

« I love Paris in the morning », dit la chanson, qui ajoute :  « Toute la vie, tous les jours… Dans le noir, le soleil, le brouillard ou la grêle, dans les fleurs, en couleur… Un peu, beaucoup, passionnément. » Je ne saurais dire mieux, si ce n’est d’ajouter que j’aime cette ville de plus en plus.

Le Parc floral est un des beaux lieux du Bois de Vincennes.

Je me souviens à peine de mon premier séjour dans la Ville Lumière en 1969. Je revenais du Festival du cinéma francophone de Dinard, où, jeune journaliste, j’avais très peu dormi. J’étais si fatigué pendant les deux jours passés à Paris que je m’endormais un peu partout.

Le deuxième séjour, le premier en compagnie de Lise, avait duré neuf jours. J’avais aimé la ville, mais en bon Québécois, je m’étais vite « tanné » de ses résidants. On disait volontiers à l’époque : « Paris est une ville merveilleuse. Dommage qu’il y ait autant de Parisiens ! » Un aphorisme qui se voulait drôle mais qui cachait bien des préjugés.

Nous sommes revenus à Paris trente ans plus tard, cette fois pour cinq semaines. J’ai enfin adoré et la ville et ses résidants. Pourtant, en relisant mes carnets, je trouve que je râle beaucoup. Je m’y plains souvent des hordes de touristes, cette engeance à laquelle j’ai parfois honte d’appartenir. « Quand nous sommes arrivés au pied de la basilique du Sacré-Cœur, ai-je par exemple écrit, j’ai failli rebrousser chemin. On excusera, je l’espère, cette montée de snobisme, mais j’ai dû mal à me voir parmi ce troupeau à qui l’on a dit C’est là qu’il faut aller et qui s’y rend docilement, son petit guide de voyage à la main. »

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Il y a 20 ans, un pépin nous avait obligés à faire appel à l’ambassade canadienne à Rome. Même si c’était un samedi, on nous avait reçus rapidement et, qui plus est, chaleureusement. En peu de temps, le problème avait été résolu. Nous en avions conservé un excellent souvenir. Mais depuis, il y a eu le 11 septembre 2001 et dix ans de règne conservateur où l’on a sabré allégrement les services consulaires. La différence sautait aux yeux à l’ambassade de Paris.

La personne à qui j’ai d’abord parlé au téléphone s’est montrée aimable. Mais elle a dû me souligner que l’ambassade ne recevait que le lundi, le mercredi et le vendredi matin entre 9 h 30 et midi. Après, tout le monde s’arrête pour deux heures et au retour, je ne sais pas ce qu’ils font.

En cas de grande urgence, il est possible de se présenter à l’ambassade. Mais pour être reçu, il faudra convaincre les garde-chiourmes de la gravité de la situation. Et comme ils ont été croisés avec des pitbulls, bonne chance ! « Si vous venez l’après-midi, m’a conseillé la porte-parole, qui connaît bien son monde, ne leur dites surtout pas que vous repartez dans trois semaines. »

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Quand on est victime d’un vol comme cela nous est arrivé à la gare de Nice, il faut le signaler à la police. Pas dans l’espoir qu’on retrouvera les voleurs, car on n’enquêtera sans doute pas. Mais sans déclaration de vol, pas de réclamation possible à l’assureur. Pas d’aide non plus de l’ambassade du Canada. Bref, le passage dans un commissariat français était une figure imposée. Encore fallait-il pouvoir le faire !

Après les téléphones au consulat et à l’ambassade, nous nous sommes rendus au commissariat de Nice-Centre, où le couloir d’attente était déjà rempli de plaignards en mal de policiers. Le responsable de l’accueil nous a conseillé de nous rendre plutôt à Nice-Ouest, où le temps d’attente, nous a-t-il dit, serait plus court.

Mais à Nice-Ouest, le temps d’attente était de trois heures trente. Et encore, était-ce un minimum. Je n’ai pas osé imaginer ce que pourrait être le maximum. On se serait presque cru aux urgences d’un hôpital québécois. La jeune policière qui nous a accueillis nous a souligné que la déclaration de vol pouvait être faite ultérieurement et dans n’importe quel commissariat. À Paris, par exemple. Pas trop rassurés, nous avons néanmoins décidé de partir pour l’Italie, remettant à plus tard le procès-verbal.

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De retour chez nous

La vallée de Rieti est entourée de montagnes.

Nous voilà de retour d’un bien beau voyage de dix semaines en France et en Italie. Un bien beau voyage qui a pourtant failli virer au cauchemar juste avant de quitter Nice, où nous étions allés abréger l’interminable hiver québécois.

Nous étions chez Hertz pour prendre possession de l’auto qui devait nous mener dans la Grande Botte. C’est là que mon sac à dos a été subrepticement subtilisé. Le plus ironique, c’est qu’il était « antivol ». Mais pour résister aux détrousseurs des gares, encore faut-il le garder sur soi. Pas le laisser derrière soi par terre. Quand on s’est retournés, Lise et moi, le sac avait disparu.

Il contenait, entre autres, nos passeports, mon ordinateur, la tablette de Lise, nos deux liseuses, un GPS tout neuf et pas mal d’euros. Sans compter mes médicaments contre l’arythmie. La catastrophe, quoi !

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« I love Nice », bien sûr, où je passe un mois merveilleux. Mais j’aimerais encore davantage la ville si elle ne faisait pas sa promotion en anglais. « J’aime Nice », il me semble que ça ne serait pas si difficile à comprendre, même pour des étrangers. Après tout, ils viennent visiter la France, pas la Grande-Bretagne ou les États-Unis. Mais sur la Côte d’Azur comme un peu partout en France, on a capitulé devant l’anglais, langue universelle du tourisme et des affaires (ici on dirait plutôt du business).

Pourtant, le français occupe une position plutôt enviable, comme l’a rappelé le président Macron devant l’Académie française, à l’occasion de la Journée internationale de la Francophonie. Notre langue occupe le cinquième rang mondial, le quatrième sur la Toile. Elle est la seule, hormis l’anglais, qui soit parlée sur les cinq continents. C’est aussi la deuxième langue la plus apprise dans le monde, juste après l’anglais.

Mais quand on séjourne longuement dans l’Hexagone, comme il m’arrive de le faire, ce n’est pas l’impression que l’on a.

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