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Archives de la catégorie ‘Vie quotidienne’

Scène de la vie montréalaise : un café glacé

Depuis mon retour de Paris, j’ai pris l’habitude, comme on le fait en France, de dire « sur place » quand je commande un café que je désire boire sans l’emporter. La formulation me paraît plus élégante et moins calquée sur l’anglais que « pour ici ». C’est ce que j’ai fait encore cette semaine dans un café du Ghetto McGill.

J’ai remarqué que le français de la barista était un peu boiteux, mais sans plus. Après tout, ce n’est pas si étonnant dans un quartier montréalais situé près de l’Université McGill et en bonne partie anglophone. J’aurais cependant dû tiquer quand elle m’a demandé, de façon un peu hésitante, si c’était « pour ici » puisque je venais de le préciser.

Je suis allé m’asseoir. Le temps m’a semblé un peu long. C’était, j’imagine, le temps qu’il a fallu pour refroidir l’expresso, car lorsqu’il a fini par arriver, il était rempli, à ma grande surprise, de glaçons. La barista avait compris « sur glace » et non « sur place ».

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Retour au gym

Notre hiver en dents de scie acérées était en train de torpiller mes résolutions. Tantôt je renonçais à ma séance de marche nordique le long du canal de Lachine parce qu’il faisait trop froid. Tantôt parce qu’il pleuvait. Tantôt parce que c’était trop glacé. Tant et si bien que mon objectif de 2000 kilomètres de marche en 2018 paraissait irréalisable avant même la fin du mois de janvier. Du coup, ma bedaine risquait de grossir à vue d’œil.

Ma belle-fille, une grande marathonienne devant l’Éternel, a dit : « Vous avez un beau gymnase. Vous pouvez en profiter quand il fait mauvais. » C’est ainsi que je suis retourné dans notre beau gym. Je l’avais fréquenté à notre arrivée dans notre nouveau condo. Mais les deux télés ouvertes, la musique, les voix, le bruit m’irritaient souvent. J’avais donc troqué la salle d’exercices pour le canal à deux pas.

Côté bruit, ça s’est beaucoup calmé depuis. Les écrans de télé sont encore ouverts, mais la plupart du temps sans voix. Ceux qui le désirent regardent la télé, mais avec sous-titres. S’ils veulent écouter de la musique, ils se branchent généralement à leur cellulaire et mettent des écouteurs. De plus, mon statut de retraité me permet de choisir des heures où la salle d’exercices n’est pas bondée.

Je m’entraîne surtout sur tapis roulant. Je peux ainsi varier les vitesses et l’inclinaison. Comme j’aime les gadgets, ça me branche. Je peux du coup mesurer mes performances et mes progrès. C’est ainsi que j’atteins l’expérience optimale, un état que Wikipédia définit comme « un sentiment de joie spontané, voire d’extase pendant une activité ». Ce concept, mieux connu sous le nom anglais de flow (qu’on traduit parfois en flux), a été élaboré par le psychologue Mihály Csíkszentmihályi. Pour être honnête, je n’ai pas encore connu l’extase. Mais sur mon tapis, je me sens vraiment bien. C’est déjà ça.

Pour parvenir à cet état de flux, il faut relever un défi, mais le coefficient de difficulté ne doit pas être trop élevé, sans quoi le stress s’invite. Il faut également avoir des buts clairs et recevoir un feedback instantané. Toutes ces conditions sont réunies sur un tapis roulant.

Reste à dépasser l’ego, un défi peut-être plus exigeant encore, car je m’entraîne entouré de jeunes gens. Si je veux être pleinement satisfait d’atteindre les 7 km/h, il me faut impérativement éviter de regarder tout à côté ce jeunot qui, lui, dépasse allégrement les 10 km/h. D’autant que le jeunot en question est souvent une fille.

À la fin de ma séance d’hier, j’ai fait un peu de muscu. J’ai enchaîné quelques exercices simples, que j’ai dû apprendre de Ben Weider dans les années cinquante, avec des haltères de cinq livres. Tout à côté de moi, il y avait deux jeunes femmes qui manipulaient sans mal des haltères de dix livres tout en faisant des pas de gymnastique compliqués. Et je ne parle pas des mâles qui soulèvent bruyamment de grosses charges d’acier.

Dans ces moments, pépé doit se rappeler qu’il vient d’avoir 73 ans, pas 23.

Le cuistot qui parlait anglais

Avant de me rendre au cinéma du Parc, je me suis arrêté à la petite crêperie située juste au-dessus. Quand j’ai commandé, pourtant très clairement, une crêpe œuf-fromage, j’ai tout de suite saisi à son air inquiet que le cuistot, un jeune Asiatique, n’avait compris que dalle. Surpris, je suis spontanément passé à l’anglais. Aurais-je réfléchi que j’aurais sans doute fait le même choix, car je ne conçois pas mon quotidien comme un champ de bataille linguistique.

Mon étonnement tient surtout au fait que cette situation, contrairement à ce qu’on peut croire lorsqu’on vit hors Montréal, est rarissime. J’ai beau habiter depuis plus de 25 ans tout près du centre-ville, je compte sur les doigts le nombre de fois où j’ai eu affaire à quelqu’un qui ne parlait pas français dans un commerce. Selon les enquêtes, cela se produit presque uniquement dans de petites boutiques où il n’y a qu’un employé, comme c’était le cas ce jour-là. Peut-être est-ce différent dans le West Island ou à Westmount, mais ce sont des lieux que je connais peu.

Bien sûr, un peu partout au centre-ville ou en périphérie, on vous accueille avec le « bonjour, hi ! », qui déplaît à bien des francophones. Perso, cette formulation ne me choque pas, car dès que vous répondez « bonjour ! », la conversation se poursuit en français. Il peut arriver que ce soit dans un français hésitant. Mais souvent, c’est dans un bon français, même quand l’interlocuteur est anglophone ou allophone.

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Mon cardiologue et le stress

Je n’aime pas aller chez le médecin. Mais je fais une exception pour mon cardiologue. C’est toujours un plaisir d’aller le rencontrer une fois l’an depuis maintenant sept ans. Pourtant, on ne peut dire que le centre ambulatoire de cardiologie du CHUM soit un endroit particulièrement agréable. Le lieu lui-même est aussi laid qu’inconfortable. Quant à l’accueil que nous font les réceptionnistes, on ne saurait toujours le qualifier d’hospitalier. Une fois, l’une d’elles m’a même engueulé parce que je n’avais pas apporté la lettre confirmant mon rendez-vous. Pourtant, toutes les informations pertinentes étaient dans l’ordinateur juste devant elle. Enfin…

Mais le Dr Raymond, lui, m’accueille toujours avec le sourire, que je sois son premier ou son dernier patient. On prend d’abord quelques minutes pour parler de tennis, une passion commune. Mon médecin n’est pas un tenant du « lean management », une théorie de gestion de la production axée sur l’élimination du gaspillage. C’est ce qu’on appelle parfois au Québec la méthode Toyota.

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Blanc ou rouge ?

– Lise, j’ai une grande question à te poser : « Devrait-on prendre du blanc ou du rouge avec notre poulet ? »

– Ce soir, j’irais pour le blanc. (Une pause) Je croyais qu’il s’agissait d’une grande question existentielle.

– Mais c’en est une. Pour moi, à cet instant précis, il est plus important de connaître la couleur du vin que de savoir si Dieu existe.

 

Scènes de la vie montréalaise (3)

– Rue Notre-Dame, au niveau de l’ÉTS, un cycliste coupe dangereusement la route d’un véhicule pour emprunter Peel en direction nord. Le conducteur réagit en appuyant fermement sur le klaxon. Le cycliste réplique en lui faisant un doigt d’honneur.

– Au coin de Robert-Bourassa et de Saint-Antoine, à deux pas de la Place Bonaventure, le feu vire au rouge. Au lieu de s’arrêter, un automobiliste accélère à fond la caisse tout en klaxonnant bruyamment tout le long des six voies.

En revanche, dans les transports en commun, le comportement des Montréalais, il faut le souligner, est admirable.

Scènes de la vie montréalaise (2)

– Au coin de René-Lévesque et de La Cathédrale, le feu passe au vert. Les yeux rivés sur son téléphone, une jeune femme, toute menue, s’engage en diagonale, traversant à pas de tortue les six voies du boulevard. Un mètre derrière, un gros autobus de la STM la suit lentement. Le chauffeur résiste à la tentation de klaxonner, vraisemblablement parce qu’elle est jolie. Sa dépendance au cellulaire aurait pu la conduire à l’hôpital ou au cimetière, mais sa beauté l’a sauvée.

 

– Je marche le long du canal de Lachine. Trois jeunes cyclistes viennent en direction inverse. Soudain, ils interrompent leur balade. Pourquoi ? Pour consulter tous trois leur cellulaire, voyons ! Les textos et les courriels ne pouvaient attendre une demi-heure de plus.

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