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Archives de la catégorie ‘Vie quotidienne’

Rues piétonnes (bis)

Une des choses qui me fait beaucoup sourire en ce moment, ce sont ces témoignages de banlieusards qui, découvrant les expériences de piétonnisation de Montréal, jurent qu’ils n’y mettront plus les pieds, alors qu’ils fuient la métropole depuis des années déjà. À ceux-là, j’aimerais dire, sans agressivité : laissez-nous réorganiser notre ville comme on l’entend.

La pandémie, qui a touché les grandes cités plus durement, les force à apporter des correctifs. Pendant tout le XXe siècle, elles ont commis l’erreur d’accorder aux chevaux-vapeur une trop grande place. C’en était fini du crottin, mais le début d’une pollution, qui au fil des ans est devenue énorme, gigantesque. Le confinement provoqué par le Covid-19 l’a montré à l’évidence. À New Delhi, par exemple, les gaz à effet de serre ont chuté de 70 % et les enfants ont pu voir, pour la première fois de leur vie, les montagnes à l’horizon. La circulation automobile entraîne aussi bruits, bouchons et engorgements, et c’est sans compter les dangers pour les piétons et les cyclistes.

C’est pourquoi les métropoles du XXIe siècle ne peuvent plus aller dans cette direction. C’est un cul-de-sac. Comme l’a écrit Justin Gillis, dans le New York Times, les cités doivent désormais être pensées en fonction du bien-être et de la santé de leurs populations, et non pour les véhicules.

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J’ai enfin retrouvé ma coiffeuse

Je suis enfin retourné chez la coiffeuse cette semaine. Cela faisait cinq mois déjà. Elle était en vacances quand je suis parti pour l’Espagne où, un mois plus tard, le confinement a été décrété pour cause de Covid-19. Puis le Québec était déjà confiné quand je suis revenu. Mes cheveux étaient condamnés à pousser. Pendant cinq longs mois !

J’avais depuis un bon moment dépassé le stade d’un Félix Leclerc vieillissant. Ma compagne disait que je ressemblais à Einstein, ce qui eut été plus flatteur si elle avait désigné ce que ce génie avait dans la tête et non sur la tête. Pour ma part, je redoutais de plus en plus le look rebelle attardé du bon Dr Raoul. Et franchement, je ne me voyais pas buvant du Lestoil le matin en avalant ma chloroquine.

J’ai beau ne pas sortir souvent par les temps qui courent, j’avais bien hâte de me sentir un peu plus présentable, ne serait-ce qu’à mon miroir.

Comme ma coiffeuse ne faisait pas partie des employés des gouvernements payés à ne rien faire, elle était ravie de reprendre le travail. Il en allait de même pour le propriétaire du salon, qui m’a dit, avec son bel accent italien : « Ça été un peu long. » Cathy trouvait aussi que trois mois de fermeture, c’était « un peu » excessif. Vous aurez compris que les « un peu » étaient un peu ironiques.

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Rues piétonnières

La rue de la Commune est enfin fermée à la circulation dans le Vieux-Montréal, mais sur un petit bout seulement.

On a présenté comme révolutionnaires les quelque 300 kilomètres de rues et d’artères commerciales réaménagés pour faire plus de place aux piétons et aux cyclistes en cet été de coronavirus à Montréal. C’est sans doute audacieux dans une ville qui a eu besoin d’une vingtaine d’années de discussions et de consultations avant de fermer un petit bout de la rue Saint-Paul, et même pas en permanence.

Je suis quant à moi plutôt frappé par la timidité du projet, du moins dans le Vieux-Montréal. La rue de la Commune est maintenant fermée la circulation, il est vrai, mais seulement de Bonsecours à Saint-Laurent ; bref, trois fois rien. Ailleurs dans le quartier, les voitures continuent à faire un tapage d’enfer dans des rues qu’on a pavées à grands frais, qui se détériorent à la vitesse grand V et où les piétons restent cantonnés à des trottoirs si petits qu’il est difficile de s’y croiser.

Même si la circulation n’y est pas fluide, la métropole demeure une ville aménagée pour les véhicules.

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Nos vies en photos

Ma compagne et moi avons profité du confinement pour numériser nos vieilles photos. Entendez par là nos clichés antérieurs à 2006, année de notre premier appareil numérique. Nous en avions presque 2000 à faire, une grosse tâche. C’est pourquoi nous nous sommes mis à deux. Lise numérisait les photos et rédigeait les légendes. Je récupérais le tout dans Google Photos, où je recadrais et retouchais les images au besoin avant de les classer. Nos vies entières tiennent maintenant dans une soixante d’albums, dont plus de la moitié relatent nos nombreux voyages.

Ce qui montait à la fin de ce travail de moine, outre la satisfaction d’être passé à travers, ce n’était pas la nostalgie. Non, plutôt un grand sentiment de gratitude, le sentiment d’avoir beaucoup vécu et d’en être rempli. Car, comme le dit bien le philosophe Épicure, il ne faut pas pleurer pour ce qui n’est plus, mais se réjouir de ce qui a été.

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Séries policières

Une scène de SUBURRA.

Est-ce à cause du confinement ? Toujours est-il que nous regardons beaucoup de séries policières en ce moment. Il faut croire que, en ces temps de pandémie, nous n’avons pas trop envie de nous prendre la tête. Après « Ozark » et « Il Processo », dont j’ai déjà parlé, nous nous sommes lancés dans « Secret City » et « Suburra ».

La première est australienne. Elle s’étend sur deux saisons de six épisodes chacune et met en vedette une journaliste politique, qui enquête, non sans mal, sur un monde politique dévoyé et sans morale. C’est assez manichéen, il faut le dire, mais on se laisse facilement porter par ces intrigues complexes, pleines de rebondissements. La série est si agréable qu’on a avalé les deux saisons en moins d’une semaine, sans indigestion.

« Suburra » nous amène aussi dans le monde politique, mais pas seulement. Nous sommes ici à Rome, où la mafia, qui est au centre du récit, tisse ses liens avec les politiciens, bien sûr, mais aussi jusqu’au Vatican. Nous sommes au royaume de la corruption.

Je craignais que cette série italienne ne soit trop brutale, et il est vrai qu’elle n’est pas destinée aux enfants de chœur. Mais je n’ai pas vu de complaisance dans la violence, même si les meurtres et les passages à tabac sont nombreux et souvent crus. C’est la loi du milieu.

Le scénario met plutôt l’accent sur les rivalités et les complicités mouvantes, qui opposent ou unissent les personnages principaux de cette œuvre chorale. Chaque soir, on avait hâte de retrouver mafieux et corrompus. C’était passionnant !

Du moins la première saison. Dans la deuxième, qui se termine en queue de poisson, les scénaristes n’ont pu résister au piège de la surenchère dans la méchanceté, la violence, l’amoralité et le cynisme. Ça reste excitant, mais le récit perd en vraisemblance.

Espérons que la troisième ressemblera plus à la première qu’à la deuxième.

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Les écouteurs de retour

Comme je pars marcher tous les matins depuis que je suis sorti de la quarantaine, il y a deux mois, j’ai repris les écouteurs. Depuis quelque temps, mon esprit se mettait à tourner comme le hamster dans sa roue. Je n’arrivais plus à le stopper. Pendant quelques jours, j’ai écouté en boucle Joan Baez. J’avais délaissé « la reine du folk » depuis des décennies. Mais après lu que plusieurs fans de Pomme trouvaient des similitudes entre la voix de la jeune Française et celle de la célèbre Américaine, j’ai eu envie d’entendre si la comparaison tenait la route. Et c’est bien le cas. Il n’y a pas des tonnes de chanteuses populaires capables de se hisser allégrement dans les aigus avant de redescendre, comme si de rien n’était, dans ces graves si difficiles à maîtriser. Ces deux sopranos à la voix céleste savent magnifiquement le faire.

La comparaison est frappante quand on compare les deux voix au même âge, c’est-à-dire au début de la vingtaine. Écoutez, par exemple, « Donna, Donna ». C’est une jolie chanson de Baez que Pomme pourrait intégrer à son répertoire.

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Une découverte : Graeme Allwright

Il y a des destinées atypiques. Ce sont souvent celles qui me plaisent le plus. Prenez Graeme Allwright. Je l’ai découvert grâce à Spotify, qui lui a trouvé des ressemblances avec Joan Baez. Il arrive que l’intelligence, même artificielle, ne soit pas stupide.

Ce Néo-Zélandais immigre d’abord à Londres pour y étudier le théâtre, en s’engageant comme mousse sur un bateau. C’est là qu’il rencontre Catherine Dasté, qu’il suit en France et qu’il épouse. Après avoir exercé de très nombreux métiers, il finit par se lancer dans la chanson. Il a 39 ans quand sort son premier disque, grâce à Mouloudji. C’est le début d’une carrière longue mais discrète, Allwright fuyant la célébrité. Dans son répertoire, les titres personnels alternent avec des traductions, notamment de Cohen et de Dylan.

Allwright chantait, disait-il, pour rendre les gens heureux. C’est ce que j’éprouve en l’écoutant : un grand bonheur.

La leçon des morts

Au moment où l’actualité n’est plus monopolisée par la seule pandémie, voilà que la place libérée est occupée par l’assassinat du Noir américain George Floyd, pour cause de racisme, par des policiers, blancs. On est encore dans la fatalité. Et dans ce cas-ci, dans une mort aussi triste que révoltante. D’autant que le führer Trump, plus furieux que jamais, ne cesse d’attiser les tensions raciales qui font flamber son pays.

Et pourtant en marchant récemment, je me suis senti particulièrement heureux. J’ai pensé à cette citation de Sylvain Tesson dans « Une très légère oscillation » : « La seule leçon que nous donnent les morts, c’est de nous hâter de vivre. De vivre plus, de vivre avidement. De s’échiner à un surplus de vie. De tout rafler. De bénir tout instant. Et d’offrir ce surcroît de vie à eux, les disparus, qui flottent dans le néant alors que la lumière du soir transperce les feuillages. »

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Enfin de bonnes nouvelles !

Il n’est pas arrivé souvent depuis le début de cette pandémie que les nouvelles soient bonnes. Mais depuis quelques jours, elles se multiplient. D’abord, le pire semble derrière nous au Québec. Ce n’est pas rien.

Conséquemment, le grand Montréal entreprend son déconfinement aujourd’hui, ce qui n’était pas le souhait des alarmistes de la Santé publique de la métropole, il y a peu de temps encore. Mais les chiffres sont suffisamment encourageants pour que le gouvernement caquiste donne le feu vert à une réouverture prudente et partielle des commerces ainsi que des musées et des bibliothèques.

Ça mettra un peu de vie dans cette grande métropole tristounette et désertée depuis deux mois. Certes, il faudra s’habituer à entrer dans les commerces en portant un masque et en s’adressant à des gens qui en porteront un ou qui seront cachés derrière un plexiglas. Mais on a déjà commencé à le faire dans les épiceries ou les pharmacies.

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Pour sortir du Grand Confinement

De retour d’un séjour de quelques mois en France, un ami nous disait à quel point il trouvait les Montréalais indisciplinés à l’égard du Covid-19. Jean-Louis ne revenait pas pourtant de l’austère Allemagne ou de la sage Suisse, mais d’un pays peu reconnu pour sa discipline.

Sur le coup, je me suis dit qu’il exagérait. Mais c’était sans doute parce que j’habite Griffintown, un quartier qui compte un grand nombre d’anglophones et d’allophones, ces drôles de Québécois qui auraient été effrayés par The Gazette, selon notre bon premier ministre. Dans mon coin de métropole, j’ai plutôt l’impression qu’au temps du coronavirus les gens respectent bien les consignes de distanciation. Sans compter que beaucoup, sans y être forcés, en particulier les Asiatiques, portent déjà un masque.

Cependant, j’ai pu constater que notre ami avait vu juste en me rendant à pied cueillir une commande chez NousRire, avenue Casgrain dans le Mile-End. En traversant le centre-ville, ça allait encore. Mais dès que Lise et moi avons atteint le Plateau francophone, nous avons été frappés, outre les graffitis envahissants, par le fait que la distance sanitaire était peu respectée. Le plus souvent, les passants ne faisaient pas le moindre effort pour s’écarter quand on les croisait. Rue Laurier, nous avons vu un groupe de boomers discutant serrés les uns contre les autres. Un peu plus tôt, nous avions remarqué une bande de jeunes, assis par terre, moins d’un mètre séparant chacun d’eux.

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Les limites du confinement

À Montréal, on a poussé le confinement jusqu’à l’absurde, en confinant même les tables de ping-pong en plein air. 

Il faudra attendre encore au moins deux semaines avant que n’ouvrent les magasins à Montréal. Encore trop de cas de Covid-19, nous dit notre bon premier ministre. D’accord. L’enfermement ne peut perdurer, mais quelques semaines de plus ou de moins… j’allais écrire « ne feront mourir personne ». Mais cette formulation, au temps du coronavirus, serait de mauvais goût.

J’avais hâte de faire réparer mes bâtons de marche nordique ou, s’ils sont irréparables, d’en acheter de nouveaux. Mais pour le reste, je n’ai pas une envie furieuse de courir les magasins. Comme nous ne déménageons que dans deux mois et demi, les quelques achats que nous aurons à faire peuvent attendre. Nous aurons besoin d’un nouveau téléviseur et d’un nouvel amplificateur. Mais au pire, on pourra faire ces achats en ligne.

Ce qui commence à me manquer en revanche, ce sont les restos, les cafés et le cinéma. Voir des gens aussi. J’éprouve, comme l’écrivait hier Rima Elkouri, un déficit d’humanité. J’aimais bien en particulier les après-midi au cinoche où des amis se joignaient à nous. Après, nous allions discuter du film et de la vie devant une pizza et une bouteille de rouge. Si ce n’était pas le bonheur ça, on en était bien près.

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Coronavirus : ville, banlieue ou campagne ?

Pour le coucounage, le complexe Humaniti, ce n’est pas mal, non !

La semaine dernière, j’écrivais que Lise et moi serions heureux de déménager nos pénates dans le complexe Humaniti. Si j’y reviens aujourd’hui, ce n’est pas que nous ayons changé d’idée. C’est pour montrer à quel point le Covid-19 vient tout bouleverser.

Petit retour en arrière : nous avons décidé de mettre notre appartement du Lowney en vente au mois de janvier. C’était il y a quelques mois à peine, et pourtant c’est comme la vente s’était faite dans une vie antérieure : la vie d’avant le coronavirus.

Notre décision mettait fin, comme je l’ai écrit, à une valse-hésitation de quatre ans, au cours desquelles nous avions hésité entre reprendre notre vie de nomade sur les routes, passer plus de temps en Europe, nous établir à la campagne ou à L’Île-des-Sœurs, ou encore nous installer pour de bon au centre-ville de Montréal.

Le plus difficile avait été de renoncer à la vie de caravaning, dont nous avons longtemps gardé la nostalgie. À plusieurs reprises, nous avons songé à racheter une autocaravane et à repartir. Le deuil était difficile à faire, douloureux même.

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Grand Confinement et voyages

 

Paul et Lise en arrivant à Yosemite.

Je profite du Grand Confinement pour retoucher nos photos de voyage. Elles étaient déjà classées et traitées, car je ne laisse jamais nos clichés s’accumuler dans le désordre pendant nos périples. Chaque jour, j’élimine les prises peu réussies, je recadre et je retouche celles que nous gardons. Je rédige même les légendes. Mais en voyant défiler les photos sur l’écran de veille de mon ordinateur, il m’a semblé que beaucoup manquaient de vivacité et de contraste, notamment celles qui n’avaient pas été traitées avec Google Photos. J’en ai profité pour donner un coup de jeunesse aux souvenirs de voyage des 12 dernières années.

Lise devant un beau trullo de la vallée de l’Itrea.

L’opération m’a permis de revivre le bonheur de nos pérégrinations. Depuis le début de notre retraite, nos déambulations totalisent plus de quatre années complètes. Pendant 20 mois, nous avons même parcouru l’Amérique du Nord sans jamais revenir à Montréal.

Nous avons adoré bourlinguer ! Quand je vois défiler les images de nos périples, j’ai du mal à ne pas être happé par la nostalgie. Nous avons eu beaucoup de chance de voir des paysages aussi magnifiques, des villes aussi superbes. Ce qui me frappe aussi, c’est de voir à quel point Lise et moi avons l’air heureux sur ces cartes postales. Nous affichons le plus souvent un sourire de béatitude, presque d’extase, qui n’a rien de forcé.

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Le bonheur de la marche

Grâce à la marche, l’enfermement me paraît beaucoup moins difficile. Une fois dehors, j’éprouve une impression de bonheur. Sauf peut-être quand le froid fait plus penser à l’hiver qu’au printemps. Mais je m’endurcis. J’ai même éprouvé quelques moments d’extase dimanche sous la pluie.

Je ne pars généralement pas avant 10 h 30 et je reviens une heure plus tard. Me mettre en marche vers 7 h, voire plus tôt, comme le fait ma compagne, très peu pour moi. À cette heure-là, je suis encore au lit. Je fais maintenant sonner le réveil à 8 h. C’est pour faire plaisir à Lise, qui au retour de sa promenade a faim. Sinon, je roupillerais sans doute davantage. Mais une fois debout, je suis content.

Un jour, je mets le cap vers l’ouest, où m’attend le canal de Lachine, l’autre vers l’est, où je déambule dans le Vieux-Port. Cette alternance me semble plus stimulante. Je pourrais aussi opter pour le nord, en me rendant à la montagne. Mais c’est un parcours plus long et plus exigeant, que je réserve habituellement pour les week-ends. Depuis quelques jours, j’ai repris les bâtons de marche. Ce sont les super-cannes des super-vieux.

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