Voyages, lectures, films, impressions, humeurs, la vie quoi!

Archives de la catégorie ‘Vie quotidienne’

Le cuistot qui parlait anglais

Avant de me rendre au cinéma du Parc, je me suis arrêté à la petite crêperie située juste au-dessus. Quand j’ai commandé, pourtant très clairement, une crêpe œuf-fromage, j’ai tout de suite saisi à son air inquiet que le cuistot, un jeune Asiatique, n’avait compris que dalle. Surpris, je suis spontanément passé à l’anglais. Aurais-je réfléchi que j’aurais sans doute fait le même choix, car je ne conçois pas mon quotidien comme un champ de bataille linguistique.

Mon étonnement tient surtout au fait que cette situation, contrairement à ce qu’on peut croire lorsqu’on vit hors Montréal, est rarissime. J’ai beau habiter depuis plus de 25 ans tout près du centre-ville, je compte sur les doigts le nombre de fois où j’ai eu affaire à quelqu’un qui ne parlait pas français dans un commerce. Selon les enquêtes, cela se produit presque uniquement dans de petites boutiques où il n’y a qu’un employé, comme c’était le cas ce jour-là. Peut-être est-ce différent dans le West Island ou à Westmount, mais ce sont des lieux que je connais peu.

Bien sûr, un peu partout au centre-ville ou en périphérie, on vous accueille avec le « bonjour, hi ! », qui déplaît à bien des francophones. Perso, cette formulation ne me choque pas, car dès que vous répondez « bonjour ! », la conversation se poursuit en français. Il peut arriver que ce soit dans un français hésitant. Mais souvent, c’est dans un bon français, même quand l’interlocuteur est anglophone ou allophone.

(suite…)

Publicités

Mon cardiologue et le stress

Je n’aime pas aller chez le médecin. Mais je fais une exception pour mon cardiologue. C’est toujours un plaisir d’aller le rencontrer une fois l’an depuis maintenant sept ans. Pourtant, on ne peut dire que le centre ambulatoire de cardiologie du CHUM soit un endroit particulièrement agréable. Le lieu lui-même est aussi laid qu’inconfortable. Quant à l’accueil que nous font les réceptionnistes, on ne saurait toujours le qualifier d’hospitalier. Une fois, l’une d’elles m’a même engueulé parce que je n’avais pas apporté la lettre confirmant mon rendez-vous. Pourtant, toutes les informations pertinentes étaient dans l’ordinateur juste devant elle. Enfin…

Mais le Dr Raymond, lui, m’accueille toujours avec le sourire, que je sois son premier ou son dernier patient. On prend d’abord quelques minutes pour parler de tennis, une passion commune. Mon médecin n’est pas un tenant du « lean management », une théorie de gestion de la production axée sur l’élimination du gaspillage. C’est ce qu’on appelle parfois au Québec la méthode Toyota.

(suite…)

Blanc ou rouge ?

– Lise, j’ai une grande question à te poser : « Devrait-on prendre du blanc ou du rouge avec notre poulet ? »

– Ce soir, j’irais pour le blanc. (Une pause) Je croyais qu’il s’agissait d’une grande question existentielle.

– Mais c’en est une. Pour moi, à cet instant précis, il est plus important de connaître la couleur du vin que de savoir si Dieu existe.

 

Scènes de la vie montréalaise (3)

– Rue Notre-Dame, au niveau de l’ÉTS, un cycliste coupe dangereusement la route d’un véhicule pour emprunter Peel en direction nord. Le conducteur réagit en appuyant fermement sur le klaxon. Le cycliste réplique en lui faisant un doigt d’honneur.

– Au coin de Robert-Bourassa et de Saint-Antoine, à deux pas de la Place Bonaventure, le feu vire au rouge. Au lieu de s’arrêter, un automobiliste accélère à fond la caisse tout en klaxonnant bruyamment tout le long des six voies.

En revanche, dans les transports en commun, le comportement des Montréalais, il faut le souligner, est admirable.

Scènes de la vie montréalaise (2)

– Au coin de René-Lévesque et de La Cathédrale, le feu passe au vert. Les yeux rivés sur son téléphone, une jeune femme, toute menue, s’engage en diagonale, traversant à pas de tortue les six voies du boulevard. Un mètre derrière, un gros autobus de la STM la suit lentement. Le chauffeur résiste à la tentation de klaxonner, vraisemblablement parce qu’elle est jolie. Sa dépendance au cellulaire aurait pu la conduire à l’hôpital ou au cimetière, mais sa beauté l’a sauvée.

 

– Je marche le long du canal de Lachine. Trois jeunes cyclistes viennent en direction inverse. Soudain, ils interrompent leur balade. Pourquoi ? Pour consulter tous trois leur cellulaire, voyons ! Les textos et les courriels ne pouvaient attendre une demi-heure de plus.

Scènes de la vie montréalaise (1)

– Par une chaude journée de juillet, deux jeunes femmes s’amènent dans la piscine sur le toit de l’immeuble. Malgré la chaleur, ce n’est pas pour nager. En fait, elles se mouillent à peine. C’est qu’elles ont chacune en main leur précieux cellulaire. Bien qu’elles soient ensemble, elles ne se parlent pas. L’une téléphone, l’autre envoie un texto. Quand je quitte la piscine, une vingtaine de minutes plus tard, elles n’ont toujours pas levé les yeux de leur téléphone, sauf un instant pour répondre à une connaissance qui passait.

 

– Dans la baignoire à remous, toujours sur le toit de l’immeuble, un jeune homme s’est installé bien confortablement pour faire ses appels professionnels. Il a étendu des papiers autour de la baignoire commune, comme s’il était seul dans son bureau. Il parle fort et accapare toute la place. D’habitude, j’évite ces baignoires bouillantes, pleines de bactéries dégueu. Mais là, c’est plus fort que moi : je vais m’y installer. Dès que j’arrive, je sens un peu de panique, mon voisin craignant sans doute que son beau téléphone et ses documents ne soient éclaboussés, et beaucoup d’irritation. Je réprime un sourire. Après quelques minutes, je le laisse à ses occupations.

Nuage de Tags