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Archives de la catégorie ‘Montréal’

Magasiner avec son char

De grosses voitures, conçues pour le désert ou la montagne, circulent dans les rues de Montréal.

Devant la grogne des commerçants de la Petite Italie, la Ville a reculé. Ce secteur ne sera donc pas inclus dans les quelque 300 kilomètres de rues et d’artères commerciales réaménagés pour faire plus de place aux piétons et aux cyclistes en cet été de coronavirus. Apparemment, c’est la présence de la Fruiterie Milano, devenue un supermarché au gré des agrandissements, qui a fait reculer les élus.

Dans La Presse, Yves Boisvert a défendu cette décision avec le brio qu’on lui connaît. Selon le chroniqueur, le boulevard Saint-Laurent ne fait pas partie des rues que l’on devrait piétonniser, même temporairement. Peut-être a-t-il raison ?

Cependant, je suis moins impressionné que mon ex-collègue par tous ces commerçants qui crient au loup dès qu’on fait disparaître une place de stationnement devant leur porte. Ils vivent, il me semble, dans le passé, encore convaincus en 2020 que l’automobile est nécessaire pour faire ses courses. C’est sans doute vrai, malheureusement, pour les grands centres commerciaux, où les immenses parkings occupent plus d’espace que les boutiques. Mais dans les artères commerciales d’une grande ville comme Montréal, le mélange magasinage et char est toxique.

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Notre condo est vendu !

Lorsque nous avons quitté Montréal pour l’Espagne, nous savions que notre appartement était en principe vendu. Après quatre jours sur un marché en ébullition, nous avions reçu deux offres, dont une supérieure au prix demandé. Mais notre agente, la merveilleuse Mélanie, a vite freiné notre exultation. Une offre acceptée, nous a-t-elle dit, n’est pas une vente. Et elle avait bien raison, car il a fallu presque trois semaines avant que l’acheteuse et sa banque ne parviennent à un accord de financement. Trois semaines au cours desquelles, de prolongation en prolongation, le suspense a duré. Nous n’avons jamais paniqué. L’offre était bonne et notre agente avait confiance qu’une solution allait être trouvée. Reste que nous avons été soulagés, Lise et moi, d’apprendre vendredi que tout était enfin bouclé.

Nous reviendrons au Québec à la mi-mai. Nous aurons douze jours pour faire les boîtes et les envoyer dans un garde-meubles pour deux mois. En effet, nous n’aménagerons pas avant le mois d’août dans le bel appartement que nous avons loué pour quatre ans au complexe Humaniti. Deux mois d’errance donc, qui ne font pas peur à deux ex-itinérants en Mercedes.

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Van Gogh, chefs-d’œuvre et selfies

On peut voir « Imagine Van Gogh » au centre Arsenal art contemporain.

J’ai longtemps eu dans ma chambre d’adolescent, au sous-sol de la maison familiale, une reproduction de Van Gogh, celle de la chambre de l’auberge Ravoux. J’adorais la peinture de ce génie fou mais sublime, qui du fond de sa détresse nous faisait découvrir la beauté du monde. Soixante ans plus tard, il reste mon peintre favori. Pourtant, l’exposition immersive « Van Gogh, La nuit étoilée », que j’ai vue cette année à l’Atelier des lumières à Paris, m’avait un peu déçu. Je l’avais trouvée nettement moins inspirée que celle consacrée à Gustav Klimt l’année précédente.

Quand j’ai su que le grand peintre néerlandais passerait l’hiver à Montréal, j’ai craint qu’il s’agisse de la même exposition. Mais ce n’est pas le cas. « Imagine Van Gogh », qu’on peut voir au centre Arsenal art contemporain, est aussi une exposition immersive. Comme à l’Atelier des lumières ou aux Baux-de-Provence, on peut donc se promener entourée d’images géantes tirées de tableaux et projetées sur les murs. Mais j’ai trouvé la réalisation d’Annabelle Mauger et de Julien Baron bien plus réussie.

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Jolin-Barrette et le « bonjour-hi »

Il faut croire que le succès de la loi 21 est monté à la tête du ministre Simon Jolin-Barrette. Voilà que l’homme qui a fait disparaître, à coup de clause dérogatoire, hidjabs, kippas et turbans des écoles, veut interdire le « bonjour-hi ». Cette formule d’accueil typiquement montréalaise avait déjà été condamnée il y deux ans par l’Assemblée nationale elle-même. Qui plus est à l’unanimité.

Le ministre responsable de la Langue française envisage maintenant de rendre le « bonjour-hi » illégal. Son usage sera-t-il passible d’une amende ? D’une peine de prison ? Les fautifs seront-ils condamnés à la déportation à Toronto ? À la torture ? Attendons. Le politicien-qui-ne-doute-de-rien nous promet « des mesures au cours des prochains mois ».

Le Mouvement Québec français a évidemment applaudi, ce qui n’est pas bon signe. Cela dit, je sais que bien des Québécois francophones, pourtant plus modérés, détestent eux aussi cet accueil bilingue qu’ils voient comme un symbole de l’anglicisation de Montréal.

Pour ma part, comme je l’ai écrit il y a deux ans déjà, je ne m’offusque pas de ce « bonjour-hi ! » si représentatif de notre métropole multiculturelle. « Bonjour, Hi ! », écrivais-je, ça veut juste dire : « Je peux vous servir en français ou en anglais. » Et dès que vous répondez « Bonjour ! », la conversation se poursuit habituellement en français.

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Beau temps pour manifester

Entre deux journées de pluie, il faisait un soleil magnifique sur Montréal quand nous avons gagné le mont Royal pour participer à la grande marche sur le climat. Je n’avais pas participé à un tel événement depuis la manifestation contre la guerre en Irak, dont j’avais conservé un souvenir mitigé. Pendant toute la marche, une voiture de la CSN nous avait suivis, coiffée de gros haut-parleurs qui crachaient les slogans militants et pas très subtils. Exaspérant !

Mais cette fois, on s’en est rendu compte dès qu’on est arrivés au parc Jeanne-Mance, l’ambiance était festive et bon enfant. Même si le thème du jour, l’avenir de la planète bleue, était dramatique, les gens riaient beaucoup et on sentait çà et là des effluves de marijuana. Des groupes de jeunes arrivaient d’un peu partout munis de pancartes qui rivalisaient d’inventivité. On retrouvait pêle-mêle « Make the planet great again » ou sa version « Make the planet Greta again », « Le climat change, pourquoi pas nous? », « Aimes-tu ta planète bleue ou bien cuite ? ». Plusieurs étaient franchement drôles. Celle qui nous a fait le plus rire : « Bouffe mon clito, pas mon climat ». On a aussi vu un chien arborant une pancarte : « J’aime les arbres ».

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Fuir Montréal ou l’aimer

On apprenait il y a quelques jours que Montréal avait perdu 25 000 personnes au profit de la banlieue en 2018. Une fois de plus. Ce n’est pas demain la veille que l’étalement urbain va s’arrêter. Chaque année, cette mauvaise nouvelle, car c’en est une, m’attriste.

Je ne blâme pas les gens qui partent. J’aime trop la liberté pour ne pas accepter qu’on aille vivre là où l’on veut. Je les critique d’autant moins que j’ai déjà moi-même cédé aux sirènes de la banlieue. En 1982, en effet, ma compagne et moi avons quitté Québec pour aller vivre à Neuville, un charmant village de la Rive-Nord. Trente-sept ans plus tard, il m’arrive encore de le regretter.

Pourtant, nous habitions une jolie maison sur la plus haute colline du village. De notre grande terrasse, nous pouvions admirer le Saint-Laurent sur une soixante de kilomètres, depuis les ponts de Québec jusqu’à Lotbinière. Derrière, des champs de maïs s’étendaient à perte de vue. Et au bout de rue, il y avait une belle pente où l’on pouvait aller glisser l’hiver.

À la différence d’Ulysse, le chant des sirènes ne nous avait pas entraîné vers des récifs, mais dans d’interminables bouchons de circulation où l’on perdait un temps fou et qui généraient un stress aussi considérable qu’inutile. En particulier en hiver, où nous avons connu notre large part de verglas, de tempêtes et de giboulées.

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Vacances au pays des gilets jaunes

Nice et la baie des Anges depuis la colline du Château, où nous montons chaque matin.

La météo nous annonce, avec des trémolos dans la voix des madames ou des messieurs Météo, une grosse tempête. Mais j’ai envie de vous chanter la chanson de Charlebois : « Demain l’hiver, je m’en fous / Je m’en vais dans le Sud, au soleil… » C’est que nous prenons vendredi l’avion pour Nice, où nous passerons le reste de l’hiver à déambuler sur la promenade des Anglais au lieu de patauger dans la sloche de la rue Saint-Catherine ou de risquer la chute le long du canal de Lachine.

Comme la plupart des Québécois, je n’ai pas la fibre nordique. Je ne me suis jamais habitué à notre hiver ; il me glace. Le plus difficile, ce n’est pas la neige ; j’habite Montréal et je n’ai pas d’auto. Ce sont les grands froids, surtout lorsqu’ils sont poussés par de forts vents et chargés d’humidité.

Et en la matière, nous sommes gâtés cette année. Ils me paraissent d’autant plus pénibles, ces moins 20, avec des ressentis de moins 150, qu’ils sont entrecoupés de dégels mettant à rude épreuve notre adaptabilité et laissant des trottoirs de glace où l’on pratique la marche extrême.

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