Voyages, lectures, films, impressions, humeurs, la vie quoi!

Archives de la catégorie ‘Montréal’

Jolin-Barrette et le « bonjour-hi »

Il faut croire que le succès de la loi 21 est monté à la tête du ministre Simon Jolin-Barrette. Voilà que l’homme qui a fait disparaître, à coup de clause dérogatoire, hidjabs, kippas et turbans des écoles, veut interdire le « bonjour-hi ». Cette formule d’accueil typiquement montréalaise avait déjà été condamnée il y deux ans par l’Assemblée nationale elle-même. Qui plus est à l’unanimité.

Le ministre responsable de la Langue française envisage maintenant de rendre le « bonjour-hi » illégal. Son usage sera-t-il passible d’une amende ? D’une peine de prison ? Les fautifs seront-ils condamnés à la déportation à Toronto ? À la torture ? Attendons. Le politicien-qui-ne-doute-de-rien nous promet « des mesures au cours des prochains mois ».

Le Mouvement Québec français a évidemment applaudi, ce qui n’est pas bon signe. Cela dit, je sais que bien des Québécois francophones, pourtant plus modérés, détestent eux aussi cet accueil bilingue qu’ils voient comme un symbole de l’anglicisation de Montréal.

Pour ma part, comme je l’ai écrit il y a deux ans déjà, je ne m’offusque pas de ce « bonjour-hi ! » si représentatif de notre métropole multiculturelle. « Bonjour, Hi ! », écrivais-je, ça veut juste dire : « Je peux vous servir en français ou en anglais. » Et dès que vous répondez « Bonjour ! », la conversation se poursuit habituellement en français.

(suite…)

Publicités

Beau temps pour manifester

Entre deux journées de pluie, il faisait un soleil magnifique sur Montréal quand nous avons gagné le mont Royal pour participer à la grande marche sur le climat. Je n’avais pas participé à un tel événement depuis la manifestation contre la guerre en Irak, dont j’avais conservé un souvenir mitigé. Pendant toute la marche, une voiture de la CSN nous avait suivis, coiffée de gros haut-parleurs qui crachaient les slogans militants et pas très subtils. Exaspérant !

Mais cette fois, on s’en est rendu compte dès qu’on est arrivés au parc Jeanne-Mance, l’ambiance était festive et bon enfant. Même si le thème du jour, l’avenir de la planète bleue, était dramatique, les gens riaient beaucoup et on sentait çà et là des effluves de marijuana. Des groupes de jeunes arrivaient d’un peu partout munis de pancartes qui rivalisaient d’inventivité. On retrouvait pêle-mêle « Make the planet great again » ou sa version « Make the planet Greta again », « Le climat change, pourquoi pas nous? », « Aimes-tu ta planète bleue ou bien cuite ? ». Plusieurs étaient franchement drôles. Celle qui nous a fait le plus rire : « Bouffe mon clito, pas mon climat ». On a aussi vu un chien arborant une pancarte : « J’aime les arbres ».

(suite…)

Fuir Montréal ou l’aimer

On apprenait il y a quelques jours que Montréal avait perdu 25 000 personnes au profit de la banlieue en 2018. Une fois de plus. Ce n’est pas demain la veille que l’étalement urbain va s’arrêter. Chaque année, cette mauvaise nouvelle, car c’en est une, m’attriste.

Je ne blâme pas les gens qui partent. J’aime trop la liberté pour ne pas accepter qu’on aille vivre là où l’on veut. Je les critique d’autant moins que j’ai déjà moi-même cédé aux sirènes de la banlieue. En 1982, en effet, ma compagne et moi avons quitté Québec pour aller vivre à Neuville, un charmant village de la Rive-Nord. Trente-sept ans plus tard, il m’arrive encore de le regretter.

Pourtant, nous habitions une jolie maison sur la plus haute colline du village. De notre grande terrasse, nous pouvions admirer le Saint-Laurent sur une soixante de kilomètres, depuis les ponts de Québec jusqu’à Lotbinière. Derrière, des champs de maïs s’étendaient à perte de vue. Et au bout de rue, il y avait une belle pente où l’on pouvait aller glisser l’hiver.

À la différence d’Ulysse, le chant des sirènes ne nous avait pas entraîné vers des récifs, mais dans d’interminables bouchons de circulation où l’on perdait un temps fou et qui généraient un stress aussi considérable qu’inutile. En particulier en hiver, où nous avons connu notre large part de verglas, de tempêtes et de giboulées.

(suite…)

Vacances au pays des gilets jaunes

Nice et la baie des Anges depuis la colline du Château, où nous montons chaque matin.

La météo nous annonce, avec des trémolos dans la voix des madames ou des messieurs Météo, une grosse tempête. Mais j’ai envie de vous chanter la chanson de Charlebois : « Demain l’hiver, je m’en fous / Je m’en vais dans le Sud, au soleil… » C’est que nous prenons vendredi l’avion pour Nice, où nous passerons le reste de l’hiver à déambuler sur la promenade des Anglais au lieu de patauger dans la sloche de la rue Saint-Catherine ou de risquer la chute le long du canal de Lachine.

Comme la plupart des Québécois, je n’ai pas la fibre nordique. Je ne me suis jamais habitué à notre hiver ; il me glace. Le plus difficile, ce n’est pas la neige ; j’habite Montréal et je n’ai pas d’auto. Ce sont les grands froids, surtout lorsqu’ils sont poussés par de forts vents et chargés d’humidité.

Et en la matière, nous sommes gâtés cette année. Ils me paraissent d’autant plus pénibles, ces moins 20, avec des ressentis de moins 150, qu’ils sont entrecoupés de dégels mettant à rude épreuve notre adaptabilité et laissant des trottoirs de glace où l’on pratique la marche extrême.

(suite…)

Fin du monde, fin de mois et spa

Photo Ville de Montréal

Pour nous aider à supporter la grisaille et le froid, ma compagne et moi avons décidé d’aller passer une journée au Bota Bota. « Si vous vous promenez parfois au Vieux-Port de Montréal, avais-je écrit après notre première visite, vous aurez remarqué sans doute un bateau un peu étrange, qui ne bouge jamais. Sur ses ponts, on peut voir, notamment l’hiver, une vapeur qui s’échappe de ses grands bains à remous. » Dans son intérieur chic et zen, on peut recevoir des massages, des soins pour le visage ou pour le corps, paresser dans le hammam ou les saunas, se vautrer dans les grands bains, s’allonger dans les salles de détente, se sustenter ou se désaltérer au restaurant.

Cette fois encore, nous avions opté pour le forfait Calypso, qui comprend un massage, l’accès illimité aux saunas, au hammam et aux baignoires, une assiette de dégustation (délicieuse) et un verre de vin.

Dans ce bateau, réaménagé de fond en comble, tout a été conçu pour que vous soyez aux petits soins. Le charme commence dès la réception, où le personnel, jeune et beau, vous accueille avec le sourire, et dure jusqu’à la fin, où l’on vous souhaite au revoir, toujours avec la bouche fendue jusqu’aux oreilles. Sans doute parce qu’on souhaite vous revoir, mais aussi parce qu’une somme conséquente vient d’être débitée à votre carte de crédit.

Ça m’a rappelé une vieille blague qui circule depuis longtemps dans les milieux financiers : il y a des gens qui craignent plus la fin du monde que la fin du mois. C’est maintenant notre cas, ce qui nous permet de nous offrir de beaux luxes comme une journée dans un spa.

(suite…)

La rage du trottoir

On connaît bien la rage au volant ainsi que son pendant, la rage de l’air. Je découvre ces jours-ci la rage du trottoir. Il faut dire qu’il n’y a pas que les conducteurs à buter sur les cônes orange à Montréal. Depuis quelques mois notamment, les piétons sont eux aussi affectés, forcés çà et là de modifier leur trajet. La plupart le prennent bien, enfin pas trop mal. Mais pas tous, ni même toutes.

Il y a quelques jours, rue Jean-Talon, près du métro, il fallait changer de trottoir, celui du côté sud étant bloqué par de lourds travaux qui empiétaient même sur la chaussée. À moins de s’entêter à marcher, à ses risques et périls, dans la voie étroite laissée pour les véhicules, valait mieux faire un petit détour par le côté nord. Mais une dame ne l’entendait pas ainsi. Quand la personne chargée de la circulation l’a gentiment mais fermement empêchée d’aller plus loin, elle s’est indignée, protestant, gueulant, pestant, vociférant. Ciel ! Que de bruit pour rien !

(suite…)

Nos petits-enfants seront-ils anglophones ?

Les trois quarts des émigrés se retrouvent dans la métropole et sa couronne.

Le président de la CAQ, François Legault, craint que nos petits-enfants parlent anglais plutôt que français. La hantise de la disparition de notre langue n’est pas nouvelle ; elle est propagée depuis longtemps par bien des nationalistes. Ce qui est relativement récent, c’est son motif. Jadis, la menace venait des Anglais ; aujourd’hui, elle émane des immigrants. Autre temps, autres peurs. Cette appréhension résiste-t-elle à l’analyse ?

Commençons par les régions du Québec. Plus on s’éloigne de Montréal, moins on trouve de nouveaux arrivants. Quelques-uns s’y aventurent, mais ils parlent déjà français ou l’apprennent à la vitesse grand V. Leur présence rarissime menace-t-elle la survie du français en région ? Bien sûr que non !

Le problème, si problème il y a, se situe dans sa métropole et sa couronne immédiate, où se concentrent grosso modo les trois quarts des émigrés. Leur nombre pèse-t-il sur l’avenir du français dans la Belle Province ?

(suite…)

Nuage de Tags