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Archives de la catégorie ‘Montréal’

Sommes-nous « envahis » ?

Aujourd’hui dans La Presse, une dame disait craindre de ne pas reconnaître son pays dans 20 ans devant l’arrivée massive de demandeurs d’asile haïtiens en provenance des États-Unis. J’ai envie de suggérer à cette résidante du Vieux-Boucherville de venir faire un tour à Montréal. Grâce à ce saut dans le futur, elle pourra voir à quoi rassemblera peut-être son pays dans quelques décennies. Si elle entre dans une pharmacie du centre-ville, par exemple, elle verra aux caisses, dans une image télescopée de l’avenir, un Noir venu d’Haïti ou d’Afrique, un jeune homme d’origine vietnamienne, une jeune femme hispanophone et une Maghrébine voilée. On n’en meurt pas, chère Madame. Ils ne sont pas contagieux. On ne disparaît pas non plus. On ne perd même pas sa culture ; on l’élargit, c’est tout.

Non seulement beaucoup de Québécois souhaitent-ils le moins d’immigration possible, mais il faudrait que les rares immigrants, de préférence polis, propres et très scolarisés, s’intègrent au quart de tour. Or, on ne traverse pas la frontière en lançant : «Calvaire, chu ben arrivé ! Crisse qu’on é ben icitte ! » On ne se précipite pas au premier casse-croûte pour réclamer sa poutine. Et on ne court pas au cinéma le lendemain pour voir les Bougon. L’intégration, c’est un peu plus long. Certains le font rapidement, mais c’est plutôt rare. S’incorporer à une nouvelle collectivité prend généralement du temps. Le processus s’étend parfois sur deux ou trois générations. Faut juste se montrer un peu patient.

Un dernier mot : l’intégration sera d’autant plus rapide et réussie que les nouveaux arrivants seront en contact fréquent avec les autochtones. C’est-à-dire, chez nous, avec les Québécois de naissance. Mais si ces derniers quittent la métropole parce qu’ils se sentent « envahis », l’intégration sera un peu plus problématique, forcément.

Scènes de la vie montréalaise (2)

– Au coin de René-Lévesque et de La Cathédrale, le feu passe au vert. Les yeux rivés sur son téléphone, une jeune femme, toute menue, s’engage en diagonale, traversant à pas de tortue les six voies du boulevard. Un mètre derrière, un gros autobus de la STM la suit lentement. Le chauffeur résiste à la tentation de klaxonner, vraisemblablement parce qu’elle est jolie. Sa dépendance au cellulaire aurait pu la conduire à l’hôpital ou au cimetière, mais sa beauté l’a sauvée.

 

– Je marche le long du canal de Lachine. Trois jeunes cyclistes viennent en direction inverse. Soudain, ils interrompent leur balade. Pourquoi ? Pour consulter tous trois leur cellulaire, voyons ! Les textos et les courriels ne pouvaient attendre une demi-heure de plus.

Scènes de la vie montréalaise (1)

– Par une chaude journée de juillet, deux jeunes femmes s’amènent dans la piscine sur le toit de l’immeuble. Malgré la chaleur, ce n’est pas pour nager. En fait, elles se mouillent à peine. C’est qu’elles ont chacune en main leur précieux cellulaire. Bien qu’elles soient ensemble, elles ne se parlent pas. L’une téléphone, l’autre envoie un texto. Quand je quitte la piscine, une vingtaine de minutes plus tard, elles n’ont toujours pas levé les yeux de leur téléphone, sauf un instant pour répondre à une connaissance qui passait.

 

– Dans la baignoire à remous, toujours sur le toit de l’immeuble, un jeune homme s’est installé bien confortablement pour faire ses appels professionnels. Il a étendu des papiers autour de la baignoire commune, comme s’il était seul dans son bureau. Il parle fort et accapare toute la place. D’habitude, j’évite ces baignoires bouillantes, pleines de bactéries dégueu. Mais là, c’est plus fort que moi : je vais m’y installer. Dès que j’arrive, je sens un peu de panique, mon voisin craignant sans doute que son beau téléphone et ses documents ne soient éclaboussés, et beaucoup d’irritation. Je réprime un sourire. Après quelques minutes, je le laisse à ses occupations.

L’ePrix ou l’apologie du « char »

Quand les voitures électroniques auront remplacé les voitures à essence ou au diésel, ce qui devrait se produire d’ici 25 ans, n’en déplaise aux Trump de ce monde, l’air sera plus propre et les rues moins bruyantes. L’ePrix, qui doit avoir lieu à Montréal en fin de semaine, peut-il contribuer à accélérer cette mutation, comme l’affirme notre bon maire Coderre ? Espérons-le, mais il est permis d’en douter.

Pour ma part, ce qui m’ennuie dans cette nouvelle manifestation montréalaise, ce n’est pas tant la fermeture des rues et autres nuisances liées à ce type d’événements.  Ce n’est pas non plus le coût. C’est plutôt qu’elle fasse l’apologie de la sacro-sainte automobile et de la vitesse qui y est associée.

L’ennui, c’est qu’on aura beau passer à la voiture électrique, il y aura toujours trop de chars sur nos routes, dans nos sociétés construites en fonction de la voiture. Et on aura beau construire des véhicules capables de rouler de plus en plus vite, ils iront, en fait, de plus en plus lentement, bloqués par ceux qui précèdent. « Tasse-toi, mon’oncle ! », ça ne marche que dans les pubs.

Le monde des parcs à chiens

Nous héritons parfois de la chienne de notre fils Étienne. Elle est adorable, on ne s’en plaint pas. Comme elle a un grand besoin d’exercice, nous l’amenons au parc canin Gallery, à Griffintown, même si c’est un endroit dont on se méfie. Il y a quelques mois, nous avions été témoins de la charge d’un gros pitbull contre un labrador, qui ne lui avait pourtant rien fait. Les maîtres du chien agressé étaient intervenus à coups de bâton de hockey, sans trop de succès, avant que le maître de l’agresseur ne vienne nonchalamment chercher sa bête féroce. En quelques minutes, le parc s’était vidé. Ne restaient plus que le méchant pitbull et son maître indolent.

Nous n’y étions pas retournés depuis. Mais comme nous avons Roxy pour 15 jours, pas question de ne pas y aller. Les choses s’y passent mieux jusqu’ici. Reste que les chiens agressifs sont la plaie de ces lieux. Ainsi il y a quelques jours s’est pointé un berger allemand dominateur. Il n’était pas dangereux comme le pitbull, tant s’en faut, mais il s’est amusé à terroriser un grand mâle en jappant à ses oreilles et en menaçant de le mordre, histoire de démontrer qu’il est bien le patron du parc. Selon ses maîtres, il n’aime pas les grands danois et autres grands dogues. Ils ont bien tenté d’intervenir. Mais ils paraissaient avoir bien peu d’emprise sur leur «honey dog», qui les narguait en tournant autour d’eux.

Je suis mal placé pour le leur reprocher. Le dernier cabot que j’ai eu était un territorial asocial. J’ai eu beau lui payer des leçons particulières, je ne suis jamais parvenu à l’empêcher de japper à la vue de tout ce qui bouge, humains ou animaux, ou de menacer de mordre ceux et celles qui avaient le malheur de s’en approcher. Mais j’avais compris qu’il valait mieux éviter les parcs canins.

Malgré tout, la plupart des promenades au parc en compagnie de Roxy sont agréables. Je découvre un monde. Le parc Gallery est un lieu d’habitués. Beaucoup y viennent chaque jour, voire deux fois par jour. Les maîtres se connaissent bien, les chiens aussi. Les premiers parlent ensemble pendant que les seconds jouent entre eux. En principe du moins. Parfois, en effet, les relations entre clébards ne sont pas plus harmonieuses qu’entre Donald Trump et Kim Jong-Un. Et puis, plusieurs de ces clebs, plus à l’aise dans une maison que dans une meute, préfèrent la compagnie des humains. C’est ainsi qu’ils se retrouvent sous, voire sur les tables où les maîtres s’installent, quêtant compliments et caresses. Et ils en reçoivent des tonnes, évidemment, les gens qui fréquentent ces parcs étant complètement gagas des chiens.

L’expression « une vie de chien » perd ici tout son sens, car non seulement ces toutous sont nourris et logés, mais ils sont aussi bichonnés, cajolés, choyés, caressés, chouchoutés et gâtés. Leur fourrure est impeccable, les griffes sont bien taillées. Je n’ai pas pour autant envie d’avoir un autre chien. Mais je ne répugnerais pas, en revanche, à me réincarner en pitou. Ce serait quand même mieux que de renaître comme migrant dans une embarcation sans moteur au milieu de la Méditerranée.

Même pas un Starbucks

La vue est jolie depuis le belvédère du chalet de la Montagne.

J’adore le mont Royal, même si, pour m’y rendre, il me faut traverser le centre-ville à pied. Ce n’est évidemment pas la partie la plus agréable, surtout à l’heure du midi. Mais comme je traîne presque toujours trop tard au lit, je me retrouve souvent au coin de Sainte-Catherine et de Peel, pile à l’heure où ceux et celles qui bossent sortent dîner.

Puis, une fois passée l’avenue du Docteur-Penfield, la pente de Peel devient raide. Sur le plat, je peux suivre ma compagne. Mais là, quand je lève les yeux, je constate platement qu’elle a pris quinze mètres d’avance. C’est parce qu’elle prend des stéroïdes (mais non voyons, c’est juste qu’elle est meilleure).

À l’entrée Peel, je reprends mon souffle. Après, le chemin Olmsted est tonique mais aisé. Il nous mène doucement au belvédère du chalet de la Montagne. Nous en profitons pour admirer notre ville, jolie de ce point de vue, et pour nous désaltérer.

Une complainte toutefois : pas le moindre café où acheter un sandwich et boire un expresso. On se croirait le long d’une autoroute aux États-Unis. Pas même un Starbucks, c’est vous dire. Ils sont pourtant partout ceux-là. On a parfois l’impression que pas une parcelle de Montréal n’échappe à l’Empire. Mais le mont Royal, oui. On croirait que c’est un no-Starbucks land. Pourtant, des milliers de gens se rendent sur le mont Royal. Tout ce qu’on leur offre, ce sont des distributrices. C’est à n’y rien comprendre.

Apparemment, on a multiplié les études pour revamper le chalet de la Montagne. Mais son destin ressemble de plus en plus à celui du silo no 5.

Festival de jazz : la magie n’opère plus

Lise et moi avions reçu en cadeau des billets pour le spectacle de Charlotte Cardin dimanche soir. J’ai suggéré à ma compagne que nous en profitions pour effectuer notre pèlerinage annuel au Festival de jazz. Nous sommes arrivés sur les lieux un peu avant 17 h. Hormis le Urban Science Brass Band, qui ne nous intéressait pas trop, il n’y avait pas grand-chose à se mettre dans l’oreille. Malgré tout, il y avait un monde fou.

Au bistro de la SAQ, c’était plein. Les serveuses, en revanche, étaient rares et plutôt désorganisées. Elles passaient près de notre table sans jamais s’arrêter pour prendre la commande. Au bout de 20 minutes, n’étant toujours pas servis, nous avons décidé de mettre les bouts.

Petit arrêt à l’excellent café du Théâtre du Nouveau-Monde, où l’on nous dit gentiment que l’attente est d’au moins 40 minutes. Le chiffre était d’ailleurs aléatoire, car les nuages, qui noircissaient à vue d’œil, risquaient d’inonder la belle terrasse. Décidément, « la poque roulait pas pour nous autres ». Cette fois, c’est Lise qui suggère que nous allions souper à La Gargotte dans le Vieux-Montréal. C’est un peu loin du Quartier des spectacles, mais on a le temps. Et puis de toute façon, on a très envie de fuir le site du Festival.

(suite…)

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