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Des merles citadins dans notre cour

Quand nous avons choisi de vivre dans Griffintown, près de l’ÉTS, nous avons opté pour un appartement sur cour, la rue Notre-Dame nous paraissant trop bruyante. Et du point de vue de la tranquillité, nous ne l’avons jamais regretté. Les dix étages de notre immeuble nous protègent bien des bruits de la rue. Côté cour, on n’entend ni les autos, ni les camions, ni les centaines de bus de la Rive-Sud qui apportent leurs cargaisons de banlieusards au terminus du 1000 de la Gauchetière, ni les trains bruyants qui arrivent ou partent de la gare Bonaventure.

Cependant, nous avions imaginé, quand nous avons acheté sur plan, que notre cour serait aussi belle que celle de la précédente phase de condos. Or elle ne l’était pas. La directrice des ventes, un peu gênée de la montrer à ses clients, a réclamé, et on l’en remercie encore, qu’on plante quatre arbres en son milieu. Ils ont poussé depuis. À tel point que leur cime atteint maintenant le troisième étage où nous vivons. L’endroit ne gagnera pas de prix d’aménagement paysager, mais les arbres l’ont rendu presque coquet.

Est-ce à cause d’eux justement ? Toujours est-il que ce printemps des merles citadins ont commencé à fréquenter notre cour. Une maman y a même fait un nid, où, sous nos yeux ébahis, elle a couvé ses œufs et nourri ses petits. Nous espérions les voir s’envoler. Mais un matin, nous avons constaté que le départ du nid avait déjà un lieu. Où sont passés les oisillons ? Mystère ! J’ai bien essayé de les apercevoir ; sans succès jusqu’ici. Mais désormais, on entend le chant si charmant des merles. Lise croit même distinguer, à travers les branches, des sons qui ne seraient pas ceux d’oiseaux adultes. J’espère qu’elle a raison, car j’aimerais bien que s’installe dans notre cour une belle colonie de merles citadins.

Les chats du voisinage ont eux aussi remarqué la présence des oiseaux. Celui de la voisine du quatrième est en train de devenir fou à forcer de voir sauter les merles d’un balcon à l’autre. Il passe des heures à les observer dans une immobilité que seule sa queue trahit. Un autre chat miaule fréquemment, apparemment exaspéré lui aussi par le va-et-vient des merles. Mais pour nous, au contraire, c’est un pur ravissement !

 

Du 350e au 375e

Je suis arrivé à Montréal à temps pour célébrer le 350e anniversaire de la ville. Je rêvais d’y vivre depuis des années. Mais il n’avait pas été facile de concrétiser mon rêve. J’avais entrepris des démarches pour travailler à La Presse quelques années plus tôt, mais la récession avait stoppé toute embauche. Finalement, à l’automne 1991, on m’a offert un poste de surnuméraire pour trois mois. Je suis venu en courant.

Un mois plus tard, avant d’entrer au travail, je suis allé marcher rue de la Commune. J’ai été frappé par le charme du Vieux-Port et par la beauté du Saint-Laurent en direction du pont Jacques-Cartier, celui-là même qu’on a illuminé mercredi soir. Je me souviens très bien de m’être dit : je me plais ici, c’est vraiment dans cette ville que je veux vivre désormais. À mon arrivée au bureau, le directeur de l’information m’a fait venir : heureux de mon travail, il m’a promis un poste permanent. Quelques mois plus tard, nous avons acheté une maison sur le Plateau et Lise est venue me rejoindre.

Commença alors une lune de miel qui a duré cinq ans. Ma compagne et moi n’arrêtions pas de dire à quel point nous étions heureux de vivre dans la grande métropole après 25 ans passés dans la capitale. À l’époque, il me semblait que j’aimais tout de cette ville : sa vie culturelle, ses 60 salles de cinéma ouvertes en matinée, ses nombreux festivals, son métro où l’on croisait des visages venus de tous les coins du monde, son français parlé avec des dizaines d’accents, qui se mêlait à l’anglais, à l’arabe, à l’espagnol ou au chinois, ses restaurants et ses cafés, son mont Royal si joli, son superbe Jardin botanique, son grand parc des Îles, ses quartiers si différents les uns des autres. J’aimais même son architecture, c’est tout dire.

Jusque ce que, en 1997, je passe un mois en Italie à visiter Sienne, Florence, Pise et Rome, sans compter Lucca, Montalcino, Volterra et San Gimignano. J’ai déjà raconté comment revenir à Montréal après avoir passé un mois dans quelques-unes des plus belles villes du monde avait été un choc. Soudain, la laideur de ma ville me sautait aux yeux. Certes, nous avions toujours une très jolie maison. Mais elle était entourée de demeures plus ou moins laissées à l’abandon. Certes, il y avait çà et là de beaux immeubles. Mais pour un bel édifice, combien de bâtiments sans style, voire franchement laids ? Il m’a fallu des mois pour m’en remettre.

L’engouement pour l’Italie a duré une dizaine d’années. Puis ce furent les années françaises, dominées par Paris et Nice. Ensuite, à ma retraite, nous nous sommes lancés sur les routes de l’Amérique du Nord en caravaning. Au début, j’aimais tellement cette vie que j’ai envisagé de vendre l’appartement et de vivre à plein temps sur les routes. Mais au bout de deux ans, ma bipolarité nature-civilisation a commencé à s’inverser. La vie urbaine me manquait de plus en plus. C’est ainsi que nous sommes revenus chez nous. À 71 ans, il me paraissait important de rechoisir Montréal et d’y planter mes racines.

Bien sûr, nous continuons à voyager. Il arrive que Paris me manque, ou Nice, ou Rieti. Mais ma ville maintenant, c’est Montréal. Ou peut-être devrais-je dire mon pays, car je ne me sens guère ni Québécois ni Canadien.

Pourtant, l’architecture est toujours aussi banale. Le nombre de bâtisses laides n’a pas diminué, bien au contraire. Les graffitis sont en train d’enlaidir tous les quartiers. Les trottoirs sont sales. Nos policiers banlieusards, en pantalon de clowns, gueulent et sifflent aux carrefours du centre-ville. Le nombre de cônes jaunes pourrait entrer dans le Livre Guinness des records. Nos cols bleus comblent les nids-de-poule à coups de pelle (trois jours après, tout est à refaire). Et pourtant, je l’aime ce laideron un peu malpropre et mal géré.

Pourquoi ? Parce Montréal a un secret. Et ce secret, comme l’a si bien expliqué François Cardinal dans sa Lettre d’amour aux Montréalais, publiée mercredi dans La Presse, ce sont ses habitants. « Il n’y a qu’à se demander, écrivait-il, ce qui distingue la ville des autres villes nord-américaines. La qualité de vie, le dynamisme des quartiers, l’effervescence de certaines rues commerciales, la fougue des institutions culturelles, le sentiment de sécurité… autant d’atouts qui émanent des habitants eux-mêmes. »

Vingt-cinq ans après mon arrivée, je participerai donc avec plaisir et fierté aux festivités du 375e.

Prochaine étape : le 400e. Si je compte bien (autant le faire tout de suite avant que la mémoire me joue des tours), j’aurais alors 97 ans. Ça me ferait 50 ans dans la métropole. Ce serait merveilleux, non !

 

Le prix du paradis

Si vous vous promenez parfois au Vieux-Port de Montréal, vous aurez remarqué sans doute un bateau un peu étrange, qui ne bouge jamais. Sur ses ponts, on peut voir, notamment l’hiver, une vapeur qui s’échappe de ses grands bains à remous. Dans son intérieur chic et luxueux, on peut recevoir des massages, des soins pour le visage ou pour le corps, paresser dans le hammam ou les saunas, barboter dans ses grands bains à remous. C’est le Bota Bota, le spa sur l’eau.

Bien qu’il soit amarré à notre Vieux-Port depuis quelques années déjà, Lise et moi n’y étions encore jamais allés. Pourtant, nous aimons beaucoup ces centres de détente où l’on passe des heures à se laisser dorloter. Il faut dire que nous avons beaucoup voyagé depuis. Mais c’est aussi parce que nos revenus de retraite augmentent moins vite, disons, que la rémunération des chefs de la direction de Bombardier.

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Piétons en danger

Chaque fois que nous traversons René-Lévesque, Lise et moi, nous nous disons que les petits vieux ont intérêt à rester en santé à Montréal. Il ne faudrait pas que nous nous engagions sur les six voies avec un déambulateur, ou même avec une simple canne. Seize secondes, c’est tout le temps dont nous disposons pour nous rendre de l’autre côté de ce large boulevard avant que les automobilistes ne foncent sur nous pour tourner. Et encore, certains n’attendent pas les 16 secondes réglementaires avant de s’engager qui à gauche, qui à droite. Il faut être vite en titi.

S’il faut en croire les dernières statistiques, nos intuitions et nos craintes étaient fondées, car le nombre de piétons tués augmente, à Montréal bien sûr, mais même dans le reste du Québec. Dans la seule année 2016, 63 piétons sont allés rejoindre ce lieu tranquille où l’on ne paie plus d’impôts, disait mon père. De ce nombre, plus de la moitié dépassait les 65 ans, ce qui n’est pas rassurant quand on en compte plus de 70.

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Café et piano pour survivre à l’interminable hiver

J’aime m’arrêter dans les cafés. J’aime cette boisson, que ce soit en expresso, en allongé ou en cappuccino. J’aime son goût, son arôme, sa saveur. Mais j’aime aussi l’atmosphère des cafés. Je ne m’arrête pas toujours au même endroit. J’ai tout un réseau. Parfois aussi j’en essaie de nouveaux, quitte à être déçu. J’évite habituellement les Starbucks de Montréal, même si la décoration est plutôt jolie. Mais au risque de me répéter, du café dans des verres de carton, c’est un crime, peut-être pas contre l’humanité, mais assurément contre le café. Et puis, je préfère encourager les cafés locaux ou les petites chaînes. Je ne rêve pas d’un monde où l’on se retrouverait tous dans des Starbucks à texter sur son iPhone ou à consulter ses courriels sur son iPad avant d’aller faire ses courses chez Walmart.

Un de mes bons amis estime que je fais une fixation sur le café. Il a sans doute raison. Mais tout comme la sociologue Monique Eleb, je crois que « ces lieux n’ont rien de banal ». Au début des années 2000 à Los Angeles, elle a observé que les cafés créaient une « nouvelle sociabilité ». « Il y avait des quartiers très tristes, très plats, a-t-elle raconté samedi dans La Presse+, et quand des cafés allaient s’y installer, le quartier reprenait vie. Dans cette ville où la voiture est reine, on recommençait à marcher pour aller au café. » Bref, de beaux cafés, c’est un signe de vitalité pour une société.

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« L’hiver, maudit hiver ! »

La plus grosse tempête de l’hiver nous frappe de plein fouet. (Photo La Presse)

Ces jours-ci, je regarde le tournoi de tennis d’Indian Wells, qui se déroule dans le désert de la Californie. Les spectateurs sont en T-shirt et en bermuda. Il y a deux ans, nous y étions, Lise et moi. Ce lieu grand, chic et luxueux m’avait beaucoup impressionné. « En comparaison, avais-je écrit à l’époque, le tournoi de Montréal, à l’étroit dans un coin du parc Jarry, a presque l’air tiers-mondiste. » Nous nous y rendions en marchant sur de beaux et larges trottoirs, à travers des banlieues proprettes, coquettes, fleuries et cossues.

Cette année, je suis plutôt devant ma télé. Quand je jette un œil dehors, tout ce que je vois, c’est un couple de voisins, chaudement vêtus, fumant et grelottant sur leur terrasse. Le week-end dernier, il a gelé à pierre fendre. En ce moment même, la plus grosse tempête de l’hiver nous frappe de plein fouet. Tout un contraste avec le mois de mars 2015 sous le soleil californien. Ça m’a donné un choc.

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Habiter Griffintown

La vue sur les immeubles de Griffintown et les gratte-ciel du centre-ville, avec le mont Royal à l’arrière-plan, est une des plus belles de la métropole.

La vue sur les immeubles de Griffintown et les gratte-ciel du centre-ville, est une des plus belles de la métropole.

J’habite Griffintown depuis plus de six ans maintenant, et il est bien possible que j’y demeure jusqu’à la fin de mes jours, car je ne vois pas de quartier à Montréal qui me convienne mieux.

Pourquoi Griffintown ? Pour être près du centre-ville, mais sans l’agitation qui y règne. Pour la vue qu’on y a de la montagne et du centre-ville. Pour la proximité du Vieux-Montréal, du Vieux-Port, du parc Jean-Drapeau et du canal de Lachine. Mais surtout, pour faire (presque) tout à pied, ce qui est bien commode quand on a choisi de vivre sans auto. C’est ce qu’on appelle savamment aujourd’hui le transport actif, un mode de déplacement qui comprend, outre la marche, le vélo ainsi que le patin ou la planche à roulettes, des bidules bien sympas qu’on peut voir également dans notre quartier mais que je préfère laisser aux autres.

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