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Archives de la catégorie ‘Montréal’

La marche nordique, afghane, indienne

Notre long été semble bel et bien terminé. Hier matin, quand je suis sorti pour ma promenade, il ne faisait que 5 degrés. C’était d’autant plus frisquet que la rue de L’Inspecteur est venteuse. Mais il ne faut pas trop se vêtir pour autant, car la température monte vite avec la marche nordique.

Je ne me plains pas de cette fraîcheur automnale. On peut marcher à fond, sans risque de surchauffe. Il manquait un peu de soleil, mais il ne pleuvait pas. Il n’y a que la pluie, ou la paresse, pour me garder chez moi. Si elle est légère (la pluie, pas la paresse), je sors. S’il tombe des cordes toutefois, j’allonge ma séance de yoga ou je me rends au gymnase de l’immeuble. Mais je n’adore pas marcher sur un tapis roulant face à une fenêtre givrée. Je préfère, et de loin, le canal de Lachine, d’où j’ai une belle vue sur Griffintown et sur le centre-ville. Et c’est sans compter la vue sur l’eau, toujours changeante, toujours agréable.

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Franglais, chiac et franglais plus

Je croise deux jeunes hommes le long du canal de Lachine. « Il faut juste que tu te set-up, according to me… » dit l’un d’eux. On emploie habituellement le terme franglais pour désigner un français émaillé d’emprunts à l’anglais ou de calques de l’anglais. Mais le français reste dominant.

Dans la phrase citée ci-dessus cependant, on est plus proche du chiac du Nouveau-Brunswick que du franglais québécois. Le chiac, en effet, mélange allégrement mots français et mots anglais. Un exemple classique, cité par Wiki : « Espère-moi su’l’corner, j’traverse le chmin et j’viens right back. »

Une partie de notre belle jeunesse montréalaise parle maintenant un sabir semblable. Certains y verront les effets pervers du bilinguisme dans la métropole. Mais pour moi, c’est plutôt le contraire du bilinguisme véritable. Comme l’a souligné récemment Xavier Dolan, il ne faut surtout pas mal apprendre le français et mal apprendre l’anglais. Autrement, on finit par mêler maladroitement l’un et l’autre, créant une langue hybride et pauvre, qui réunit à la fois mauvais français et mauvais anglais.

On aurait tort de penser que ce « franglais plus » est le lot exclusif des enfants de la loi 101. Selon mes observations, ce serait plutôt le contraire. L’accent du jeune homme entendu ce matin ne laissait en tout cas aucun doute : c’était celui d’un francophone de naissance.

Les futurs enseignants recalés

La Presse nous a appris lundi que, « à leur premier essai, près de la moitié des futurs enseignants québécois ont échoué à l’examen de français obligatoire pour l’obtention de leur brevet d’enseignement l’an dernier ». C’est l’exemple même du cercle vicieux : des étudiants maîtrisant mal le français enseigneront mal notre langue à des enfants qui, plus tard, le parleront et l’écriront mal, et qui, un jour, l’enseigneront mal à leur tour. Comment en est-on arrivé là ?

Bien entendu, il faut éviter de jeter la pierre aux seuls enseignants. Comme le dit Patrick Lagacé, « ils sont le produit d’une culture qui se fiche de l’école ». Et j’ajouterais : le produit d’une école qui se fiche du français. D’année en année, on n’a cessé de diminuer les heures d’apprentissage de notre langue. On a multiplié les réformes mal avisées. On a gonflé les notes pour cacher les problèmes. De plus, comme l’a si bien expliqué le Pr Pierre Paradis à Caroline Touzin, « dans les écoles d’aujourd’hui, on priorise la créativité, l’expression d’idées », ajoutant : « C’est écrit tout croche, mais ce n’est pas important, les jeunes s’expriment. » Il me semble que « sa sarait plus mieux » de maîtriser les règles de grammaire avant d’essayer de disserter sur les grands sujets de l’heure.

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Le cuistot qui parlait anglais

Avant de me rendre au cinéma du Parc, je me suis arrêté à la petite crêperie située juste au-dessus. Quand j’ai commandé, pourtant très clairement, une crêpe œuf-fromage, j’ai tout de suite saisi à son air inquiet que le cuistot, un jeune Asiatique, n’avait compris que dalle. Surpris, je suis spontanément passé à l’anglais. Aurais-je réfléchi que j’aurais sans doute fait le même choix, car je ne conçois pas mon quotidien comme un champ de bataille linguistique.

Mon étonnement tient surtout au fait que cette situation, contrairement à ce qu’on peut croire lorsqu’on vit hors Montréal, est rarissime. J’ai beau habiter depuis plus de 25 ans tout près du centre-ville, je compte sur les doigts le nombre de fois où j’ai eu affaire à quelqu’un qui ne parlait pas français dans un commerce. Selon les enquêtes, cela se produit presque uniquement dans de petites boutiques où il n’y a qu’un employé, comme c’était le cas ce jour-là. Peut-être est-ce différent dans le West Island ou à Westmount, mais ce sont des lieux que je connais peu.

Bien sûr, un peu partout au centre-ville ou en périphérie, on vous accueille avec le « bonjour, hi ! », qui déplaît à bien des francophones. Perso, cette formulation ne me choque pas, car dès que vous répondez « bonjour ! », la conversation se poursuit en français. Il peut arriver que ce soit dans un français hésitant. Mais souvent, c’est dans un bon français, même quand l’interlocuteur est anglophone ou allophone.

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Sommes-nous « envahis » ?

Aujourd’hui dans La Presse, une dame disait craindre de ne pas reconnaître son pays dans 20 ans devant l’arrivée massive de demandeurs d’asile haïtiens en provenance des États-Unis. J’ai envie de suggérer à cette résidante du Vieux-Boucherville de venir faire un tour à Montréal. Grâce à ce saut dans le futur, elle pourra voir à quoi rassemblera peut-être son pays dans quelques décennies. Si elle entre dans une pharmacie du centre-ville, par exemple, elle verra aux caisses, dans une image télescopée de l’avenir, un Noir venu d’Haïti ou d’Afrique, un jeune homme d’origine vietnamienne, une jeune femme hispanophone et une Maghrébine voilée. On n’en meurt pas, chère Madame. Ils ne sont pas contagieux. On ne disparaît pas non plus. On ne perd même pas sa culture ; on l’élargit, c’est tout.

Non seulement beaucoup de Québécois souhaitent-ils le moins d’immigration possible, mais il faudrait que les rares immigrants, de préférence polis, propres et très scolarisés, s’intègrent au quart de tour. Or, on ne traverse pas la frontière en lançant : «Calvaire, chu ben arrivé ! Crisse qu’on é ben icitte ! » On ne se précipite pas au premier casse-croûte pour réclamer sa poutine. Et on ne court pas au cinéma le lendemain pour voir les Bougon. L’intégration, c’est un peu plus long. Certains le font rapidement, mais c’est plutôt rare. S’incorporer à une nouvelle collectivité prend généralement du temps. Le processus s’étend parfois sur deux ou trois générations. Faut juste se montrer un peu patient.

Un dernier mot : l’intégration sera d’autant plus rapide et réussie que les nouveaux arrivants seront en contact fréquent avec les autochtones. C’est-à-dire, chez nous, avec les Québécois de naissance. Mais si ces derniers quittent la métropole parce qu’ils se sentent « envahis », l’intégration sera un peu plus problématique, forcément.

Scènes de la vie montréalaise (3)

– Rue Notre-Dame, au niveau de l’ÉTS, un cycliste coupe dangereusement la route d’un véhicule pour emprunter Peel en direction nord. Le conducteur réagit en appuyant fermement sur le klaxon. Le cycliste réplique en lui faisant un doigt d’honneur.

– Au coin de Robert-Bourassa et de Saint-Antoine, à deux pas de la Place Bonaventure, le feu vire au rouge. Au lieu de s’arrêter, un automobiliste accélère à fond la caisse tout en klaxonnant bruyamment tout le long des six voies.

En revanche, dans les transports en commun, le comportement des Montréalais, il faut le souligner, est admirable.

Scènes de la vie montréalaise (2)

– Au coin de René-Lévesque et de La Cathédrale, le feu passe au vert. Les yeux rivés sur son téléphone, une jeune femme, toute menue, s’engage en diagonale, traversant à pas de tortue les six voies du boulevard. Un mètre derrière, un gros autobus de la STM la suit lentement. Le chauffeur résiste à la tentation de klaxonner, vraisemblablement parce qu’elle est jolie. Sa dépendance au cellulaire aurait pu la conduire à l’hôpital ou au cimetière, mais sa beauté l’a sauvée.

 

– Je marche le long du canal de Lachine. Trois jeunes cyclistes viennent en direction inverse. Soudain, ils interrompent leur balade. Pourquoi ? Pour consulter tous trois leur cellulaire, voyons ! Les textos et les courriels ne pouvaient attendre une demi-heure de plus.

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