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Archives de la catégorie ‘Culture et sport’

Zverev, le meilleur depuis…

L’affrontement entre Roger Federer et Alexander Zverev n’a pas vraiment eu lieu, tant le premier a paru diminué, notamment au deuxième set. Mais le Maestro eût-il été en grande forme, il n’est pas certain qu’il aurait remporté son premier titre à Montréal. Malgré ses jeunes 20 ans, Sacha dégage déjà, quand il est dans un bon jour (et ça lui arrive de plus en plus souvent), une impression d’invincibilité. Il me rappelle, tenez, un certain Federer, et avant lui, un certain Pete Sampras.

Il y a quelques mois, on disait que le coup droit du cadet des Zverev était encore très perfectible. Aujourd’hui en finale, ce coup a plutôt frôlé la perfection. Je ne vois désormais aucun point faible dans son jeu. D’autant que, bien entouré par son papa, son grand frère et maintenant Juan Carlos Ferrero, il semble en mesure de gérer le stress en champion.

On attendait depuis des années une relève digne de ce nom. Qu’il s’agisse de Grigor Dimitrov, de Kei Nishikori, de Milos Raonic, de Martin Cilic, de David Goffin, aucun ne s’était montré capable de succéder au Big Four. Je crois que Zverev, lui, ne décevra pas. Il compte déjà cinq titres cette année, dont deux Masters 1000, un arraché à Djokovic à Rome, le second à Federer aujourd’hui. Son premier Grand Chelem ne devrait pas tarder.

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Un cynique heureux

« Je cherchais un endroit tranquille où mourir. Quelqu’un me conseilla Brooklyn et, dès le lendemain matin, je m’y rendis… Il y avait cinquante-six ans que je n’étais pas revenu là et je ne me souvenais de rien. Je n’avais que trois ans lorsque mes parents avaient quitté la ville, et pourtant je m’aperçus que je retournais d’instinct au quartier que nous avions habité, à la manière d’un chien blessé qui se traîne vers le lieu de sa naissance. »

Ainsi parle Nathan Glass. Le personnage principal des Brooklyn Follies est sur le point d’avoir soixante ans au moment où débute ce très beau roman de Paul Auster. Après une carrière dans les assurances, plutôt réussie, un divorce, pas du tout réussi, et un cancer, en rémission, Nathan quitte sa vie de banlieue pour aborder le dernier versant de son existence.

De prime abord, l’homme paraît plutôt cynique. À sa fille unique qui lui conseille de se trouver un projet pour occuper sa vie, il répond qu’il sera probablement mort avant la vie de l’année. Mais on découvre vite qu’il est plus impertinent que désabusé, plus provocateur que désillusionné. À preuve, au moment où se termine le livre, Nathan écrit : « Pour l’instant il est encore huit heures et je marchais dans l’avenue sous ce ciel d’un bleu éclatant, heureux, mes amis, aussi heureux qu’un homme le fut jamais en ce monde. »

Ce bonheur, « ces instants rares et inattendus où la voix intérieure se tait et où l’on se sent à l’unisson avec le monde », notre retraité divorcé le découvre peu à peu à travers une histoire passionnante d’amitié et de solidarité. Qu’on ne s’y trompe pas, cette quête de la félicité n’a rien de mièvre. Elle n’a pas grand-chose à voir avec les traités sur l’art de vivre qu’on peut trouver à la tonne dans les librairies. C’est l’histoire d’un libre penseur, lucide, critique et frondeur, souvent moqueur mais jamais amer, qui parvient à trouver la joie dans ce monde plutôt fou où nous vivons aujourd’hui.

D’ailleurs, au moment où ce roman se termine, une catastrophe est sur le point de frapper New York. Je ne vous en dis pas plus.

N.B. – J’ai lu ce roman en anglais. Les citations en français sont tirées du site Babelio.

BROOKLYN FOLLIES, Paul Auster, Faber and Faber, 257 pages, 2005 (la version française est publiée par Actes Sud).

 

« Après toutes ces années dans les faubourgs, je m’aperçois que la ville me va bien et que je me suis déjà attaché à mon quartier, avec son mélange changeant de blanc, de brun et de noir, sa polyphonie d’accents étrangers, ses enfants et ses arbres, ses familles de petits-bourgeois laborieux, ses couples de lesbiennes, ses épiceries coréennes, le saint homme indien barbu en robe blanche qui me salue en s’inclinant chaque fois que nous nous croisons dans la rue, ses nains et ses invalides, ses vieux retraités marchant à petits pas sur les trottoirs, les cloches de ses églises et ses dix mille chiens, sa population clandestine de pilleurs de poubelles solitaires et sans logis poussant leurs caddies au long des avenues et fouillant les ordures en quête de bouteilles. »

Al Gore : « J’aurais aimé avoir tort ! »

Au début de An Inconvenient Sequel : Truth to Power, le nouvel opus d’Al Gore sur les changements climatiques, on entend des commentateurs américains ridiculisant son documentaire oscarisé de 2006. Et pourtant, c’est l’ex-vice-président américain qui avait raison. Comme le souligne Nathalie Collard, dans une excellente interview parue dans La Presse, « l’eau a bel et bien monté à Manhattan, jusqu’à inonder le site du Mémorial du 11-Septembre », des « poissons ont nagé dans les rues de Miami après une inondation » et d’énormes « morceaux d’iceberg se sont détachés des glaciers dans le Grand Nord ». Gore aurait pu lancer : « Je vous l’avais bien dit ! » Il se contente d’un sobre « j’aurais aimé avoir tort ».

Onze ans plus tard, il revient à la charge, avec la complicité de Bonni Cohen et de Jon Shenk, en rappelant que les catastrophes liées aux changements climatiques « ont gagné en intensité et en fréquence ». Mais son documentaire, tout en étant alarmant, n’est pas pour autant alarmiste. C’est que An Inconvenient Sequel met beaucoup l’accent sur les solutions apparues au cours de la dernière décennie, notamment la baisse spectaculaire du coût de l’électricité engendrée par l’énergie solaire, désormais moins chère que celle produite à partir des énergies fossiles.

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« Dunkerque » : grand film et petite histoire

Le film de Christopher Nolan raconte un épisode important mais méconnu de la Seconde Guerre mondiale. Au printemps 1940, après la capitulation de la Belgique et l’écroulement de la ligne Maginot, 400 000 soldats alliés sont pris au piège près de Dunkerque, dans le nord de la France. Leur seul espoir, gagner la Grande-Bretagne par la mer. Le commandement anglais n’est pas très optimiste. Mais l’évacuation est un grand succès : contre toute attente, 338 000 hommes, dix fois plus qu’espéré, parviendront à s’embarquer, sous les bombes allemandes.

C’est le miracle de Dunkerque, comme l’appelle le Paris Match. Il est dû, bien entendu, au courage et à la débrouillardise des Britanniques, qui sont parvenus à réunir 750 bateaux, des yachts de luxe aux petits voiliers, pour aller chercher les soldats entassés sur la rive française de la Manche. Mais cette « débâcle victorieuse » n’aurait pas été possible sans le courage des Français, qui se sont vaillamment battus pour protéger l’évacuation de leurs alliés. Le prix de leur fait d’armes a été lourd : 18 000 morts et  34 000 soldats faits prisonniers à Dunkerque.

De cet héroïsme, pas une image, pas même un petit mot dans Dunkerque. Tout au plus mentionne-t-on que les Français résistent aux Allemands pendant que les Britanniques embarquent les leurs en premiers. Comme hommage, on a vu mieux.

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Le triomphe d’un maître zen

La chose ne m’arrive pas souvent, mais oui, je cherche mes mots pour célébrer la huitième victoire de Roger Federer à Wimbledon, un nouveau record évidemment. Qui plus est, sa dix-neuvième victoire en Grand Chelem, un autre record, bien sûr. Le voilà qui s’approche dangereusement d’un mythique vingtième titre majeur. Cet exploit paraissait impossible. Mais avec le Maestro, rien ne semble impossible. Il disparaît l’an dernier, blessé au genou et au dos. Six longs mois sans jouer. On craint que sa carrière ne soit terminée. Mais il revient en 2017 et remporte l’Open d’Australie, Indian Wells, Miami, Halle et Wimbledon.

L’Équipe vient de titrer : « Federer est éternel ». Comme les diamants. Dans la page Les as du tennis, André Lambert l’a qualifié de demi-dieu et d’extraterrestre. Que dire de plus ? Tous les superlatifs ont déjà été employés pour parler du champion suisse. Étonnant, fabuleux, fantastique, hors du commun, incroyable, inouï, miraculeux, phénoménal, prodigieux, admirable, brillant, éblouissant, excellent, fantastique, magistral, magnifique, merveilleux, parfait, prodigieux, remarquable, sensationnel, sublime : mon dictionnaire des synonymes est épuisé.

C’est pourquoi je m’attarderai plutôt sur un élément souvent négligé, mais souligné par l’entraîneur Emmanuel Planque aujourd’hui dans L’Équipe. À ses débuts, Federer, a-t-il dit,  « était ultra-talentueux mais ultra-fragile. C’était du cristal. Si une mouche volait dans le stade, il pouvait casser trois raquettes. À force de travail et d’introspection, c’est devenu un maître zen. »

Un maître zen, c’est ce que je veux retenir aujourd’hui. Cet homme est parvenu à un maximum d’efficacité combiné à un minimum d’ego. Son huitième sacre au All England Club, c’est la victoire du talent, bien sûr. Aucun doute que Federer est un surdoué. C’est le Mozart du tennis. Mais c’est aussi le résultat d’un formidable travail sur lui-même. En vingt ans, le jeune prodige a métamorphosé le cristal en diamant.

Garbine Muguruza, le triomphe du tennis tout en puissance

Garbine Muguruza a battu Venus Williams 7-5, 6-0.

Venus a perdu aujourd’hui à Wimbledon, mais le tennis des Williams, lui, a triomphé. En vingt ans, Venus et Serena auront changé définitivement le tennis féminin, désormais tout en puissance. Garbine Muguruza, la nouvelle, championne, en est un bon exemple. Pendant deux manches, elle a répondu coup pour coup à l’aînée des Williams, ne reculant jamais et tapant la balle aussi fort qu’elle. Le mois dernier à Roland-Garros, c’est une autre jeune joueuse, Jelena Ostapenko, qui avait fait une belle démonstration de « power tennis », cognant ses coups de fond aussi puissamment que bien des joueurs. En l’absence de Serena, pour cause de maternité, ses émules ont pris la relève.

Dans cette finale, Venus et Garbine se sont tenu tête jusqu’à 5-4, 15-40. C’est là que la plus jeune s’est révélée bien plus forte mentalement que son aînée, en sauvant deux balles de manche. On ne le savait pas encore, mais le match était déjà fini, l’Espagnole remportant les neuf derniers jeux.

Je suis très heureux de la revoir au sommet. Après son triomphe à Roland-Garros l’an dernier, elle a connu une période difficile. Compte tenu de son âge et des attentes qu’elle avait suscitées en s’imposant à Paris, qui plus est contre la Serenissima elle-même, c’était bien normal. Mais Muguruza est de retour, probablement pour de bon. Je l’espère en tout cas. Aujourd’hui, on a bien vu qu’elle avait non seulement les coups, mais aussi le mental pour devenir une grande championne. On n’a sans doute pas fini de voir son beau sourire quand elle soulève le trophée de la gagnante.

 

Federer contre Cilic : une belle finale en perspective

Roger Federer arrive en finale de Wimbledon sans avoir perdu la moindre manche.

Roger Federer n’aura pas à affronter un membre du Big Four en finale de Wimbledon. Mais n’allez pas lui concéder tout de suite son huitième titre au All England Club. C’est que Marin Cilic joue du grand tennis depuis le début de ce tournoi. Encore aujourd’hui contre Sam Querrey, le grand Croate a fait très fort : 25 aces et 70 coups gagnants pour seulement 21 fautes directes. Je veux bien croire que les British se montrent plutôt parcimonieux en matière de fautes directes, fair-play oblige. Reste qu’un ratio coups gagnants/fautes directes de +49 est très impressionnant.

Marin Cilic joue du grand tennis depuis le début de ce tournoi.

D’autant que dans la défaite le cowboy américain n’a pas démérité. Bien au contraire. Il arrive que le grand Sam joue très bien, le temps d’un match, à tel point qu’on se demande alors pourquoi il végète autour du 25e rang. Mais je ne l’avais jamais vu maintenir un tel niveau pendant tout un tournoi. Malheureusement pour lui, la fatigue, bien normale après trois victoires en cinq manches, l’a rattrapé au dernier set.

Federer, lui, arrive en finale sans avoir perdu la moindre manche. On disait pourtant, avant le tournoi, que son tableau serait difficile. Et de fait, il a dû écarter notamment Mischa Zverev, Grigor Dimitrov, Milos Raonic et Tomas Berdych, en route vers sa onzième finale dans le Grand Chelem anglais. C’était du lourd. Mais le Maestro joue souvent son meilleur tennis quand son parcours s’annonce féroce.

Aujourd’hui contre Berdych, Federer n’avait pas son coup droit des grands jours. Le Tchèque a même réussi presque deux fois plus de coups gagnants de ce côté. Mais le revers du Suisse, très performant cette année, était au rendez-vous, de même que son service et sa volée, toujours fiables. Et bien sûr, il a pu compter une fois de plus sur sa concentration de champion dans les moments-clés. Je pense notamment à ce recul de 15-40 au dernier set, effacé en maître par trois aces et un service gagnant. Qui dit mieux ?

Pour ma part, je crois qu’il va remporter son huitième titre à Wimbledon, ce qui constituerait un nouveau record, un de plus. Mais ce ne sera pas facile, car Cilic se débrouille aussi bien que Berdych du fond du court tout en servant aussi bien que Raonic. Dans ma boule de cristal, je vois une victoire en quatre manches. Mais il pleut en ce moment et l’image n’est pas très nette.

 

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