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Archives de la catégorie ‘Culture et sport’

« L’angoisse du roi Salomon », un grand roman de Romain Gary

J’adore Romain Gary, et encore plus quand il se métamorphose en Émile Ajar. Il a alors une soixante d’années et une œuvre imposante derrière lui. Qu’à cela ne tienne : il se réinvente une personnalité et un style.  Son deuxième roman sous ce pseudonyme, « La vie devant soi », lui vaut le prix Goncourt pour la deuxième fois, un fait unique. Quatre ans plus tard, Gary publie « L’angoisse du roi Salomon », son quatrième et dernier roman en tant qu’Ajar. L’année suivante, on apprendra qu’il s’est enlevé la vie.

Si vous avez aimé « La vie devant soi », il est probable que vous aimerez « L’angoisse du roi Salomon ». On y retrouve la même écriture truculente, le même humour grave, la même fausse naïveté. Pour ma part, j’ai adoré les deux, mais plus encore le dernier, que je considère comme une œuvre majeure.

C’est l’histoire de Jean, un jeune chauffeur de taxi autodidacte, grand amateur de bibliothèques et de dictionnaires, qui fait la rencontre de Salomon Rubinstein, « le roi du pantalon », lequel a fait sa fortune dans le prêt-à-porter. « Il avait pris depuis quelques années sa retraite du pantalon, écrit le narrateur, et il occupait ses loisirs à des œuvres de bienfaisance, car plus on devient vieux et plus on a besoin des autres. Il avait donné une partie de son appartement à une association qui s’appelait S. O. S. Bénévoles, où l’on peut téléphoner jour et nuit quand le monde devient trop lourd à porter… »

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L’actualité rend-elle fou ?

Le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat a beaucoup touché une de mes ex-collègues, qui se demande quel effet il aura « sur le moral des êtres humains ». « J’en suis rendue, écrit Chantal avec son humour habituel, à être soulagée de ne pas avoir fait d’enfant, à envisager sereinement ma mort dans max 30 ans et à me demander pourquoi je mets tant d’efforts à essayer d’arrêter de fumer. »

Il faut dire que le rapport du GIEC tape fort. « L’humanité a déjà rejeté tant de gaz carbonique dans l’atmosphère, apprend-on dans le compte rendu de La Presse, qu’elle a fait grimper la température du globe de 1 ℃ par rapport à l’ère préindustrielle. »

Si l’on fait beaucoup d’efforts, on est capable de limiter cette hausse à un demi-degré supplémentaire, estiment les experts. Mais, s’empresse-t-on d’ajouter, on ne réussirait qu’à limiter les dégâts. Les vagues de chaleur extrême augmenteraient considérablement et le niveau des océans continuerait à monter jusqu’à la fin du siècle, au moins.

Et encore. Comme nous ne paraissons pas très enclins à entreprendre les actions nécessaires, on peut craindre que la hausse des températures atteigne 2 degrés, voire davantage. C’est un scénario de catastrophes annoncées ; il ne donne pas très envie de vivre vieux ou de venir se réincarner sur cette bonne vieille Terre. Contrairement à ce que chante la Compagnie Créole, ce n’est pas bon pour le moral. Mais là, pas du tout !

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Faut-il avoir peur de Trump ?

PHOTO NICHOLAS KAMM / AFP

Je viens de terminer « Fear » de Bob Woodword, un portrait peu flatteur de Donald Trump. Je ne crois pas que l’auteur ait eu à forcer le trait. Le premier entourage du président américain, qui n’était pas composé que de béni-oui-oui, n’est lui-même pas très tendre à son égard.

Ainsi, Rex Tillerson, le secrétaire d’État, au terme d’une réunion houleuse où plus de la moitié du cabinet a songé à démissionner, a qualifié le président de crétin. James Mattis, le secrétaire à la Défense, un homme calme et posé, a dit, au terme d’une autre confrontation pénible, que le niveau de compréhension du président était celui d’un élève de niveau primaire. Un autre général, John Kelly, devenu secrétaire général, décrit la Maison-Blanche sous Trump comme une maison de fous. Reince Priebus, qui avait précédé Kelly, estime que ce président, qui n’a aucune empathie et aucune pitié, s’est entouré de prédateurs. Rob Porter, le chef de cabinet, voit l’administration Trump comme un foutoir où le patron n’en fait qu’à sa tête. Gary Cohn, ex-président du Conseil économique national, qui a fini par quitter le navire, considère Trump comme un menteur professionnel. John Dowd, avocat personnel du président, va même jusqu’à le taxer de « maudit menteur » après avoir refusé de continuer à le défendre devant la commission Mueller.

Quand on parcourt l’ouvrage du journaliste du Washington Post, on voit bien que ce président peut se montrer raciste, suprémaciste, misogyne, malhonnête, paranoïaque, imprévisible, inconstant, inculte, ignorant, paresseux, borné, insensible, impitoyable, colérique, grossier et, bien entendu, narcissique. Jolie description !

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Irrésistible Colette !

 

 

Keira Knightley pendant le tournage de « Colette ».

Je n’ai pu résister à l’envie d’aller voir la version américano-britannique de « Colette ». C’est que j’adore cette écrivaine française, assurément ma préférée. Certes, j’étais loin d’être sûr d’aimer cette production. Mais la grande Colette vaut bien quelques risques.

Il m’a fallu quelques minutes pour accepter d’entendre l’auteure des « Claudine » s’exprimer dans la langue de la reine Elisabeth. Mais les traits ravissants de Keira Knightley ont rapidement dissipé ma gêne, d’autant que l’actrice britannique a aussi une jolie voix. Elle se glisse avec maestria dans le rôle de cette femme brillante qui avait beaucoup de charme.

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Lumineuse Pauline Julien !

Pour les vingt ans de la mort de Pauline Julien, Pascale Ferland lui a consacré un film, « Pauline Julien, intime et politique », que j’avais bien envie de voir. Je n’ai pas été déçu même si le documentaire n’est pas génial, tant s’en faut. Mais juste d’entendre chanter et parler la lumineuse Pauline m’a fait chaud au cœur. Je me suis souvenu de l’avoir interviewée pour le journal du collègue, au début des années 60. Gérald Godin, qui allait devenir son compagnon pour 32 ans, l’attendait dans sa loge pendant qu’elle répondait, d’un ton amusé, aux questions qu’un confrère et moi lui posions.

La réalisatrice s’attarde beaucoup au côté politique de la carrière de la chanteuse. On peut comprendre ce choix étant donné l’engagement de Pauline Julien, qui s’est donnée à fond pour la cause indépendantiste. Mais certains passages sont répétitifs, un peu ennuyeux et inutilement longs. Les images de la défaite référendaire, on les a vues un million de fois. Ce qui m’intéressait, c’est la vie de l’artiste bien plus que l’histoire du mouvement souverainiste. À tort ou à raison, j’ai cru voir le coup de chapeau d’une réalisatrice indépendantiste au PQ, à quelques jours des élections.

Les témoignages sur Pauline Julien se limitent à celui de son ami, l’artiste Alan Glass (qu’on ne prend même pas la peine de présenter comme s’il était connu comme Barabbas dans La Passion). J’en aurais pris davantage. Restent les chansons et les interviews. Ce n’est quand même pas rien.

Fahrenheit 11/9, du grand Moore !

Michael Moore dans une scène de «Fahrenhait 11/9».

J’ai tellement aimé Fahrenheit 11/9 que je vais certainement retourner le voir. Je m’attendais à une satire mordante sur Donald Trump, mais le documentaire de Michael Moore est beaucoup plus qu’un brûlot jouissif. Il est vrai que le Monstre Orange et ses républicains en prennent pour leur rhume, mais les démocrates reçoivent aussi une volée de bois vert. Même Barack Obama n’est pas épargné. Alors, imaginez Hillary et Bill Clinton.

Ce que nous montre le réalisateur dans ce documentaire, qui est une véritable leçon de politique, c’est que l’actuel président des États-Unis, loin d’être un accident de l’histoire, est au contraire l’aboutissement logique de la politique américaine. Il est juste pire que ses prédécesseurs, creusant davantage les inégalités sociales et tournant résolument le dos aux défis du changement climatique.

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Federer : de demi-dieu à simple mortel

Photo Culturevie.info

Depuis des lustres, on voyait les adversaires de Roger Federer suer à grosses gouttes sur les courts alors que lui paraissait se déplacer avec classe et élégance dans un cocktail mondain. Mais lundi soir, dans la cuve torride et humide du Arthur Ashe, lui aussi s’est mis à transpirer. On a vu son T-shirt changer de couleur. On a vu le joueur qui sert plus vite que son ombre étirer les secondes entre les coups. On l’a vu s’éponger le front. Comme un simple mortel. Et contre toute attente, il a été éliminé par John Millman, vaillant mais modeste 55e mondial.

Le match avait pourtant plutôt bien commencé pour le quintuple champion de l’US Open, qui avait réussi un bris rapide et conservé son avance jusqu’à la fin de la première manche. Pourtant, j’étais inquiet. Dès le début du deuxième set, j’ai écrit sur la page Facebook des As du tennis : « Ce n’est pas gagné pour le Maestro, qui sert particulièrement mal. D’autant que Millman joue plutôt bien. » J’ai cru m’être trompé quand le Suisse a eu deux balles de manche à 5-4, 40-15. Mais il les a toutes deux gaspillées sur une grosse faute, avant de perdre deux fois d’affilée son jeu de service, lui qui a déjà gagné des tournois entiers sans en perdre un seul.

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