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Archives de la catégorie ‘Culture et sport’

« Un sac de billes » : très touchant !

Dorian Le Clech et Batyste Fleurial dans une scène de «Un sac de billes».

J’ai déjà dit, je crois, la passion que j’ai pour les films qui racontent le sort des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. J’en rate rarement un. Pour moi, c’est l’émotion garantie. Un sac de billes n’a pas fait exception. À la fin, ma compagne et moi sommes restés un long moment assis, le temps de nous ressaisir. Quand nous nous sommes retournés, il n’y avait plus personne dans la salle, exception faite des deux proposés à l’entretien.

Ce film français réalisé par le Québécois Christian Duguay raconte l’histoire vraie de Joseph Joffo et de son frère Maurice, deux enfants forcés de fuir Paris d’abord, puis Nice pour échapper aux nazis ou aux milices des collabos. (En 1975, Jacques Doillon avait déjà porté à l’écran le récit de Joseph, mais je n’ai jamais vu cette version.)

En regardant l’appréciation des critiques et des spectateurs sur Allociné, on constate qu’il y a un grand écart entre les uns et les autres. Je n’en suis pas étonné. Pour beaucoup de critiques, le scénario est trop mélo, trop convenu, trop cliché. Je peux convenir que le film de Duguay ne se distingue pas du lot des oeuvres réalisées sur le sujet par son originalité. Mais en tant qu’ex-critique de cinéma redevenu simple spectateur, je suis ici du côté du public. « Quel beau film très touchant et plein d’amour, de tendresse et d’espoir… malgré un contexte fort difficile », écrit Éliette sur Cinéma Montréal, résumant fort bien l’impression très forte que m’a laissée Un sac de billes.

J’ajoute que l’interprétation exceptionnelle de tous les acteurs compte pour beaucoup dans mon enthousiasme. Une mention spéciale doit être accordée à Dorian Le Clech, dans le rôle du petit Joseph, qu’on reverra sans doute à l’écran, et à Patrick Bruel, dans celui de son père.

Cycliste, sexagénaire et dopé

Photo Martin Chamberland, La Presse

Une nouvelle intéressante est tombée la semaine dernière : un Québécois de 68 ans a été condamné pour dopage. Il faut dire que Gérard-Louis Robert n’est pas un coureur du dimanche. Comme le rapporte Gabriel Béland, dans La Presse, l’homme « détient deux records du monde sur piste dans la catégorie des 65-69 ans ». Il prenait donc de la testostérone pour se hisser au sommet de l’élite mondiale de sa catégorie d’âge.

Sur les réseaux sociaux, il semble qu’on n’ait pas ménagé ce sexagénaire dopé. Au point qu’un professeur de l’Université d’Ottawa, Nicolas Moreau, s’en soit indigné dans La Presse. Soulignons que M. Moreau a déjà rencontré M. Robert pour un ajustement ergonomique et qu’il l’a trouvé bien sympathique. « Est-ce qu’il existerait un bel âge pour se doper ? » se demande le professeur.

Sans doute pas. Mais comme beaucoup, je comprends mieux qu’on se dope à 25 ans pour gagner le Tour de France qu’à 68 ans pour être recordman chez les « vieux ». L’âge, il me semble, devrait nous aider à mieux résister aux appels tyranniques d’un ego titanesque.

Mais peut-être suis-je incapable de saisir la psychologie d’un sportif de haut niveau ? Quand je pars avec mes bâtons de marche nordique le matin, je ne porte même plus ma montre. Que m’importe de réussir mon parcours de cinq kilomètres en 49 minutes plutôt qu’en 50 ? L’important pour l’homme de 72 ans que je suis, c’est de marcher régulièrement, pour le plaisir. Ce n’est pas de battre des records, surtout si, pour y parvenir, il faut se gaver de produits dangereux. Je préfère le chocolat noir et le vin rouge.

Je veux bien, comme le souhaite le Pr Moreau, qu’on ne s’acharne pas sur Gérard-Louis Robert. Je n’aime pas non plus le moralisme. Un point cependant me titille : ce sportif dopé se considérait comme « une source d’inspiration ». Déjà que les héros ne m’inspirent pas beaucoup. Mais si de surcroît ils sont gonflés à la testostérone, eh bien voyez-vous, ça me gonfle !

 

 

Le cercle ou l’Empire du Bien

Tom Hanks et Emme Watson dans Le cercle.

Le cercle (***)

Deux superstars, un sujet au goût du jour, un gros budget. Le cercle devait être un gros succès. C’est plutôt une grosse déception pour beaucoup. Seize pour cent seulement de critiques favorables au Tomatometer, c’est un score totalement imprévu pour un film qui réunit Tom Hanks et Emma Watson. Les spectateurs américains sont à peine plus indulgents : 25 % d’opinions favorables. À Montréal, le public se montre moins féroce. Mais la note générale plafonne à 5,7, pas même suffisante pour obtenir la note de passage avec le logiciel du ministère de l’Éducation. Un commentaire résume bien un certain consensus : « Le film avait un bon potentiel, mais il n’a pas été exploité. Il est trop superficiel pour lancer une véritable réflexion sur les dangers des réseaux sociaux. »

Rappelons, sans en dire trop, que Le cercle raconte l’arrivée d’une jeune femme dans un empire qui constitue une sorte d’alliage de Facebook, Google et Apple. Elle est d’abord fascinée par la beauté des lieux et séduite par les objectifs apparemment altruistes de l’entreprise, avant de déchanter, car derrière ces innovations technologiques merveilleuses se cache un envahissement totalitaire de la vie privée.

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« C’est le cœur qui meurt en dernier » (****)

Denise Filiatrault fait à 85 ans un grand retour au cinéma.

J’ai trouvé réussi et touchant ce film Alexis Durand-Brault inspiré par un livre de Robert Lalonde. De prime abord, on aurait pu penser que le réalisateur aurait confié le scénario au romancier. Mais il a plutôt délégué cette tâche au comédien principal, Gabriel Sabourin, qui s’en est fort habilement acquitté.

C’est le cœur qui meurt en dernier raconte la relation trouble d’un fils chéri avec sa mère adorée. Au moment où débute le film, il vient de publier un livre qui raconte son enfance. Elle vient d’être hospitalisée, souffrant de la maladie d’Alzheimer. Ils ne se sont pas vus depuis la mort du père, huit ans plus tôt. Manifestement, il y a entre eux tous un lourd secret de famille qu’on découvrira peu à peu. Le scénario nous balade abruptement entre le passé et le présent. Il faut rester bien attentif pour ne pas s’y perdre, d’autant que de nombreux personnages apparaissent. Mais l’histoire s’éclaire peu à peu, sans pour autant révéler tous ses mystères.

On a beaucoup vanté, et avec raison, le jeu de Denise Filiatrault, qui fait à 85 ans un grand retour au cinéma. Mais à mon avis, le rôle le plus difficile est celui tenu par Sabourin, qui joue un personnage blessé, secret et introverti. Son interprétation tout en nuances est remarquable.

Un petit mot aussi pour souligner la qualité de la musique de Cœur de pirate. Bref, un très beau film. Un de mes films québécois préférés depuis un bon moment.

Frantz (****)

Osons, s’est dit Ozon (si vous me permettez ce mauvais jeu de mots) en concevant ce film qui a pour théâtre les lendemains de la Première Guerre mondiale. Il fallait du culot en effet pour convaincre les producteurs d’investir dans un film tourné pour l’essentiel en noir et blanc et dont la moitié des dialogues sont en allemand. Apparemment, ce ne fut pas sans mal. Mais les audacieux ont souvent raison ; son pari est pleinement réussi.

Frantz est un remake de Broken Lullaby, réalisé par Ernst Lubitsch en 1932. Mais Ozon en a tiré une œuvre personnelle en adoptant le point de vue de la jeune veuve plutôt que celui du jeune soldat. La dernière partie est de plus du pur Ozon.

L’histoire, que je ne vous raconterai surtout pas, est forte et les acteurs sont tous remarquables, en particulier Pierre Niney, presque à contre-emploi, qui pour ce film a appris l’allemand, le violon et la valse. À noter aussi la jeune Allemande Paula Beer, que certains voient comme la future Romy Schneider. Je ne sais pas si elle se rendra aussi loin. Mais dans Frantz, elle crève l’écran.

La femme du gardien du zoo (***1/2)

Ce film est lui aussi inspiré par la guerre, mais par la seconde, celle qui a pour toile de fond l’Holocauste. Je rate rarement un film sur ce sujet qui continue à me bouleverser, peut-être parce que je suis né à la toute fin de cette grande guerre. La femme du gardien du zoo se situe dans la lignée de La liste de Schindler. Il ne s’agit pas, bien sûr, d’une œuvre aussi réussie. Mais ce film de Nick Caro n’en est pas moins intense et poignant. Je pense notamment à cette scène où de jeunes enfants, en toute confiance, lèvent les bras pour être hissés dans des trains qui les mèneront dans les camps de la mort.

Le film s’inspire de faits véridiques. Il raconte l’histoire de Jan Zabinski, gardien d’un zoo de Varsovie, et de sa femme Antonina, à qui quelques centaines de juifs emprisonnés dans le ghetto de Varsovie doivent la vie. C’est le ventre noué et la larme à l’œil qu’on suit pendant deux heures le récit de leur héroïsme.

Ma seule réserve : le doublage de Jessica Chastain n’a m’a pas paru très bon. Si votre anglais est solide, vaut mieux voir la version originale.

Cézanne et moi (*)

Difficile d’être plus raté que ce dernier opus de Danièle Thompson censé raconter la relation difficile entre Émile Zola et Paul Cézanne. Je sais bien qu’un réalisateur qui s’inspire de personnages célèbres jouit d’une certaine liberté. Mais pas d’une liberté totale. Thompson aurait dû écrire au générique : « Toute ressemblance avec des personnages ayant réellement existé ne peut être que le fruit du hasard. » Pour peu que l’on connaisse l’écrivain et le peintre, on verra vite que les portraits qu’en trace la réalisatrice sont hautement fantaisistes, voire franchement ridicules. Et le jeu des comédiens, en particulier celui de Guillaume Canet, prisonnier de ce personnage figé, qui ressemble autant à Zola que moi à M. Univers, est à l’avenant. Reste quelques belles images. C’est bien peu !

(*) Pas du tout. (**) Un peu. (***) Bien. (****) Beaucoup. (*****) Passionnément.

Federer : l’incroyable doublé Indian Wells – Miami

Roger Federer a gagné sa demi-finale contre Nick Kyrgios au terme de trois jeux décisifs fous, fous, fous, qu’il aurait tous pu perdre.

Lorsque Roger Federer a gagné l’Open d’Australie, j’étais plus heureux qu’impressionné. C’est sans doute parce que le Maestro a fini par rendre presque banals les exploits les plus extraordinaires. Mais le doublé Indian Wells-Miami me renverse, m’ébahit, me stupéfait, m’abasourdit, me souffle, m’époustoufle, me coupe le souffle. D’autant qu’il vient d’être réussi à 35 ans.

Revenons d’abord à Indian Wells. Rodgeur y a brillé comme à sa grande époque en survolant les courts. Il a tellement bien joué qu’il a mal fait paraître Rafael Nadal, un rival qui l’avait pourtant battu 23 fois déjà. En finale, Stan Wawrinka, le malheureux perdant, a avoué que son compatriote avait toutes les solutions.

J’ai applaudi bien fort ce nouveau fait d’armes, tout en me disant que Federer n’allait probablement pas faire de vieux os à Miami. Mais j’avais tout faux, puisque c’est lui qui a encore levé le trophée du champion au terme du second des deux grands Masters américains.

(suite…)

« Gazouillis » ou « tweet » ?

La Presse Plus utilise désormais les termes gazouillis et gazouiller pour traduire les termes tweet et tweeter. Ne comptez pas sur moi pour applaudir ; ça m’énerve plutôt. Mon quotidien favori n’est pas le seul à avoir suivi cette recommandation du Bureau de la traduction. Parcs Canada, Développement économique Canada et l’Agence canadienne de développement international ont également versé dans l’anglophobie.

Gazouillis au sens de tweet n’est pas tout à fait inconnu en France, comme le montre cet exemple tiré de L’Express dès le 18 juillet 2012 : « Les gazouillis de Twitter sont-ils dignes des écrivains ? » Mais je serais très étonné que cette traduction se répande dans l’Hexagone, où le mot courriel, pourtant très bien formé, n’est pas parvenu à concurrencer durablement les mots mail ou e-mail. Chez nous, les termes gazouillis et gazouiller auront sans doute plus de succès, surtout s’ils sont appuyés par un puissant média comme La Presse. Mais faut-il pour autant les adopter ?

Vous vous demanderez pourquoi je râle contre une tentative honnête et de bonne foi de remplacer des anglicismes. C’est du pur purisme ! Devant un mot anglais apparu en français, il faut se demander, comme le fait habituellement la maison Larousse, 1) s’il répond à un besoin, 2) s’il s’intègre bien à notre langue. De toute évidence, tweet comble un besoin puisqu’il décrit une réalité nouvelle pour laquelle notre langue n’avait pas de mot. Sa morphologie, en revanche, n’est pas vraiment française. Les mots commençant par un tw en français sont rarissimes et viennent tous de l’anglais. Mais leur intégration ne pose pas vraiment problème comme le montrent des termes comme tweed, twist ou twister. Preuve de son intégration, tweet a rapidement engendré les verbes tweeter et retweeter.

De plus, gazouillis, contrairement à courriel, n’est pas une création brillante. C’est plutôt la traduction littérale d’un mot qui en anglais désigne le « petit bruit agréable que font les oiseaux en chantant ». Avez-vous l’impression, vous, que Donald Trump gazouille quand il met en ligne ses gazouillis furibonds au petit matin ? Bien entendu, les tweets ne sont pas tous des brûlots. Reste que pour moi, le terme gazouillis décrit fort mal ces « micromessages du réseau Twitter dont la taille est limitée à 140 caractères ». À mon avis, il n’y avait pas de bonnes raisons de s’opposer à l’arrivée de tweet dans notre langue.

En matière d’anglicismes, je préfère choisir mes batailles. Il faut lutter avec passion contre ces mots anglais ou ces locutions anglaises qui remplacent, tout à fait inutilement, des termes bien français. Par exemple, news au sens de nouvelles ; low cost au sens de bas prix ; fun au sens de plaisir ; en replay au lieu de en reprise, etc. Il faut aussi se battre contre l’emploi de l’anglais dans les slogans, les publicités ou les titres d’événement. Moi aussi, comme je l’écrivais récemment, je déteste voir des We run Paris ou des Made for sharing.

Mais gazouillis, vraiment ! Peut-on cesser de voir tout emprunt à l’anglais comme une trahison et un enlaidissement de notre belle langue ?

Cœur de pirate, merveilleuse interprète !

Je ne connais pas beaucoup Cœur de pirate comme auteure et je la connaissais peu comme interprète avant de découvrir récemment les 12 magnifiques chansons qu’elle a enregistrées pour la série Trauma. J’avais déjà entendu, il est vrai, sa belle interprétation de Mistral gagnant de Renaud. Je l’avais aussi vue chanter de très jolis duos avec Mark Lavoine (Le paradis blanc) et Nicola Sirkis (J’ai demandé à la lune). Son Trauma m’a complètement envoûté.

Il faut dire que j’ai un faible pour Cœur de pirate. Cette Béatrice-là, je la suivrais sans hésiter dans l’enfer de Dante. J’aime tout d’elle, même ses tatouages ; c’est vous dire. Ce n’est pas très original, je le sais. Notre Montréalaise a déjà une armée d’admirateurs, qui la trouve absolument « sublime ». Mais mon emballement pour Trauma ne tient pas aux grands yeux de la petite blonde. Dès la première écoute, j’ai adoré le disque. Je l’ai ensuite écouté très attentivement en suivant les paroles. Puis, j’ai comparé quelques-unes de ses interprétations avec celles des auteurs des chansons. C’est là que tout son talent éclate.

Prenez Lucille. Le texte est bien, mais l’interprétation et la musique de Kenny Rogers sont plutôt banales. Cœur de pirate en a tiré une chanson très personnelle, transformant ce country sans grande originalité en un petit chef-d’œuvre qui vous arrache une larme ou deux. Même la comparaison avec la grande Amy Winehouse ou avec les célébrissimes Rolling Stones n’est pas du tout à son désavantage. Béatrice donne de You Know I’m no Good une version déchirante et de Dead Flowers une version intimiste, sans la grosse caisse qui enterre tout. Notre pirate vole les chansons des autres, mais sans rien saccager.

Béatrice Martin n’a pourtant pas une grande voix. Elle ne pourrait assurément pas se lancer dans les vocalises de la Reine de la Nuit dans La flûte enchantée, que je viens de réentendre. Mais cette musicienne sait tirer pleinement profit de sa jolie petite voix. Là où je la préfère, c’est seule au piano. Ce n’est pas que ses orchestrations ne soient pas belles. Mais la rencontre de sa voix si singulière et des accords minimalistes qu’elle tire du clavier me propulse au septième ciel. C’est mieux que l’enfer, après tout !

TRAUMA (Chansons de la série télé), Cœur de Pirate, 2013.

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