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Archives de la catégorie ‘Culture et sport’

Mes coups de cœur en 2018

« La chute de l’empire américain », le dernier film de Denis Arcand, doit beaucoup à Maripier Morin et à Alexandre Landry. La première est convaincante dans son rôle de prostituée au grand coeur et le second rend crédible son personnage de livreur philosophe.

J’ai réuni dans ce carnet quelques œuvres qui m’ont marqué cette année. Toutes ne datent pas de 2018. En littérature en particulier, j’aime bien me promener entre les livres récents et ceux du passé.

Je commencerai d’ailleurs par la littérature. Plus précisément par Delphine de Vigan qui, avec Les loyautés, vient de confirmer son statut d’écrivain majeur. On lui devait déjà quelques œuvres fortes, notamment Les heures souterraines, sombre mais magistral, Rien ne s’oppose à la nuit, sur le suicide de sa mère, et D’après une histoire vraie, qui fait écho au précédent. Son dernier opus n’est pas plus joyeux que les premiers (dépressifs s’abstenir), mais il est aussi bien écrit et aussi poignant. On plonge cette fois dans la vie d’un adolescent qui se saoule jusqu’à perdre conscience.

Le grand marin est le premier roman d’une auteure, Catherine Poulain, qui a beaucoup bourlingué avant d’écrire. Elle a notamment exercé pendant une dizaine d’années le dur métier de pêcheur en Alaska. C’est cette expérience exceptionnelle qui lui a inspiré ce coup d’essai, qui s’est transformé en coup de maître. Vous ne vous intéressez pas à la pêche ? C’est sans importance. L’écrivaine vous amène dans une odyssée passionnante dont il est d’autant plus difficile de décrocher qu’elle est superbement écrite.

La perle et la coquille est un gros roman, comme les aiment bien les éditeurs américains, qui raconte une histoire. L’écriture, si on la compare aux deux livres précédents, est un peu banale. Mais quelle histoire ! Ou plutôt, quelles histoires ! Car Nadia Hashimi raconte l’itinéraire de deux Afghanes, l’une qui a vécu au début du 20e siècle, l’autre au début du 21e. L’auteure nous fait découvrir à travers cette œuvre la vie des femmes de son pays d’origine. Le roman a connu un grand succès depuis sa publication en 2014 ; c’est bien mérité.

Remontons encore dans le temps. L’angoisse du roi Salomon est le quatrième et dernier roman de Romain Gary écrit sous le pseudonyme d’Émile Ajar. C’était en 1979. L’année suivante, on apprenait que cet écrivain de génie s’était enlevé la vie. Comme je l’ai écrit plus tôt cette année, on rigole, on sourit, on est ému, on est bouleversé, on pleure, on pense en lisant ce dernier roman d’Ajar. Un bien grand livre ! D’une certaine façon, je comprends que son auteur soit parti après : il avait tout dit.

Remontons enfin jusqu’en 1913. Je termine en effet ce survol de mes meilleures lectures de 2018 avec Un amour de Swann, qui figure depuis longtemps sur ma liste des dix meilleurs romans. Il s’agit en fait de la deuxième partie du roman Du côté de chez Swann, le premier tome de À la recherche du temps perdu de Marcel Proust. Mais comme le fait remarquer Wikipédia, il est parfois publié comme un roman qui peut être lu indépendamment du reste de l’œuvre.

C’est à mon avis l’ouvrage le plus accessible de Proust, dont le style unique, fait de phrases longues et de digressions, effraie, voire rebute, bien des lecteurs. Pour ma part, je ne compte plus le nombre de fois où j’ai lu Un amour de Swann. J’y reviens chaque fois avec le même enthousiasme et le même bonheur. Les chefs-d’œuvre ne vieillissent pas.

 

Du côté du cinéma

Le Green Book de Peter Farelly est une des belles surprises de l’automne. De tous les films que j’ai vus sur le racisme de toute ma vie, c’est un des meilleurs. L’histoire de cette amitié surprenante et improbable entre deux hommes, un pianiste vedette et son chauffeur, au cours d’une tournée dans le sud des États-Unis, est passionnante de bout en bout. Grâce d’abord à deux grands acteurs, Viggo Mortensen et Mahershala Ali. Grâce aussi à un scénario super bien ficelé, qui mêle habilement drôleries et émotions. J’en suis ressorti ému et heureux.

J’ai adoré First Reformed, un film américain à qui j’aurais volontiers donné quatre étoiles et demie sans sa fin en queue de poisson. Il me semble que Paul Schrader ne savait pas comment achever son drame. Il a sans doute songé à un dénouement apocalyptique, mais c’eût été trop fort. Alors il a opté pour une fin ouverte, mais elle paraît plutôt inachevée. Cela dit, jusqu’aux derniers plans, j’ai été totalement séduit par cet opus sombre et austère sur les tourments d’un pasteur. Tout le film pose la question : peut-on conserver l’espérance dans un monde qui semble sans espoir ? Une interrogation bien d’actualité. Ethan Hawke, en pasteur torturé, joue un des grands rôles d’une carrière qui en compte déjà pas mal.

Je suis allé voir le dernier film de Denis Arcand sans trop d’attente, et j’en suis sorti séduit. La chute de l’empire américain renoue avec la truculence de La maudite galette, une œuvre ancienne et presque oubliée. Le nouvel opus m’a rappelé les comédies sociales italiennes. À partir d’une histoire d’argent volé et trouvé, le réalisateur nous décrit une société de ploutocrates où le fric des riches disparaît dans des paradis fiscaux, où l’on pratique l’optimisation fiscale à fond la caisse, avant de réapparaître dans de respectables fiducies caritatives.

J’ai beaucoup ri en voyant Le grand bain. Ce film de Gilles Lellouche sur un groupe d’hommes pratiquant la nage synchronisée est brillamment interprété par Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoît Poelvoorde, Philippe Katerine, Jean-Hugues Anglade et Alban Ivanov, ainsi que par Virginie Efira et Leïla Bekti. Les comédies drôles, touchantes et brillantes, il n’y en aura jamais assez.

Je m’attendais à ce que Fahrenheit 11/9 soit une satire mordante sur Donald Trump, mais le documentaire de Michael Moore est beaucoup plus qu’un brûlot jouissif. Ce que nous montre le réalisateur, c’est que l’actuel président des États-Unis, loin d’être un accident de l’histoire, est au contraire l’aboutissement logique de la politique américaine. Il est juste pire que ses prédécesseurs, creusant davantage les inégalités sociales et tournant résolument le dos aux défis du changement climatique.

On ne s’ennuie jamais en voyant ce documentaire tant Moore a le sens du spectacle et de la narration. Mais si on rit souvent, on rit jaune.

Mon dernier coup de cœur cinématographique, Maria par Callas, me permettra d’enchaîner ensuite avec la musique. Ce documentaire de Tom Volf est particulièrement réussi. Le réalisateur a trouvé le dosage parfait entre les interviews de la diva et ses concerts. C’est instructif, passionnant, splendide et émouvant.

 

Du côté de la musique

J’ai découvert Zaz par hasard, il y a quelques mois. Ce fut la révélation ! Depuis, je l’écoute presque tous les jours. Comme je l’ai écrit plus tôt, elle est venue rejoindre, dans la liste de mes favorites, Melina Merkouri, Billie Holiday,  Diana Krall et Cesaria Evora. Rien de moins ! J’adore sa voix un peu rauque, un peu cassée. Et j’adore ses interprétations si personnelles, si sensibles.

Si vous ne connaissez pas encore cette chanteuse française, je vous conseille de vous rendre sur YouTube pour entendre une de ses plus belles chansons, On ira.

https://www.youtube.com/watch?v=mXlyDwywq3Q

J’aime tout de cette vidéo, notamment ce couplet qui fait l’éloge de la diversité :

Oh qu’elle est belle notre chance

Aux mille couleurs de l’être humain

Mélangées de nos différences

À la croisée des destins

Je vous souhaite à toutes et à toutes une très belle année. Il y aura sans doute encore de mauvaises nouvelles. C’est inévitable. Mais il y aura encore, j’en suis sûr, de grandes œuvres qui sauront nous faire vibrer. Allez, soyons heureux !

 

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Le dernier Zaz, beau mais…

J’avais très hâte d’entendre le nouveau disque de Zaz, « Effet miroir », d’autant que la vidéo de « Que vendra », lancée en précurseur, était très prometteuse. Après avoir écouté le dernier CD à quelques reprises, je ne peux cacher une petite déception.

Bien sûr, la voix de Zaz, toujours un peu rauque, un peu cassée, reste extraordinaire. Bien sûr, son interprétation demeure si personnelle, si sensible. Et bien sûr, plusieurs titres sont tout à fait dignes des premiers albums. Je pense notamment, outre « Que vendra », à « Demain c’est toi », à « Mes souvenirs de toi », à « Ma valse » ou encore à la sublime « Laponie », qui termine en beauté ce nouvel album.

Alors, pourquoi cette petite déception ? À cause des arrangements, sur certains titres du moins. Sur les disques précédents, sur « Paris » en particulier, j’adorais leur côté jazzé. Je les ai trouvés cette fois plus pop, et surtout plus banals. Le batteur, notamment, tape bien trop fort, enterrant parfois la jolie voix de Zaz ; on se croirait presque à The Voice. Des chansons comme « On s’en remet jamais », « Plume » ou « Toute ma vie » seraient plus agréables, il me semble, sans un batteur qui marche sur les pieds de la chanteuse et des autres instrumentistes.

Pourtant, sur « Mes souvenirs de toi », la batterie est utilisée toute en subtilités. J’aurais aimé qu’il en soit ainsi pour l’ensemble du disque.

Cela dit, « Effet miroir » reste un album de Zaz. Donc, vous l’aurez compris, un beau CD. Je ne veux surtout pas gâcher votre plaisir.

Un mois avec Spotify

Voici un mois que je me suis branché à Spotify et je ne suis pas du tout déçu, bien au contraire. Comme je le soupçonnais, les titres sont nombreux. Rien de surprenant quand on sait que cette société se vante d’en offrir 30 millions. Mais encore fallait-il le vérifier dans les domaines qui m’intéressent, car à quoi bon disposer de millions de titres s’ils m’indifférent ou pire, s’ils m’insupportent ? Or l’abondance, en classique et en jazz notamment, est au rendez-vous, au-delà même de mes espérances.

Prenez les cantates de Bach. Dans mon premier carnet sur le sujet, je parlais d’une dizaine d’albums. Mais on trouve bien plus grâce aux playlists (1). Par exemple, une sélection créée par fred.ahsman et offerte aux abonnés réunit 1518 cantates, qui s’étalent sur 73 heures 30. C’est dire que, à raison de deux heures par matin, il me faudra plus d’un mois pour épuiser les cantates du Cantor de Leipzig. En attendant, chaque matin un chœur d’anges vient s’installer dans notre séjour et chanter juste pour nous.

Pour le soir, où nous glissons volontiers vers le jazz, j’ai découvert une très belle sélection regroupant 33 des meilleures œuvres de Diana Krall. Nous avons ainsi passé quelques soupers en compagnie de la diva de Departure Bay. Autre exemple : pour le 101e anniversaire de la grande Billie Holiday, sa maison de disques a créé une sélection de 101 titres. Vous en avez pour plus de cinq heures de ravissement.

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«Beautiful Boy» et «Boy Erased», deux films de travailleuse sociale

Russell Crowe et Lucas Hedges dans « Boy Erased ».

Je me suis tapé la semaine dernière deux films de travailleuse sociale. C’est ainsi que ma compagne, qui a exercé longtemps cette belle profession, appelle ces films dont la thématique sociale est lourde. Rien à voir avec « Le grand blond à la chaussure noire », « Week-end chez Bernie » ou « Le grand bain ». Ici, on n’est pas là pour rigoler. C’est du sérieux, du prenant, du touchant, du pathos. Je le dis avec un brin d’humour, mais sans ironie, car c’est un genre qui en lui-même n’est ni bon ni mauvais.

Il faut, bien sûr, être disponible pour aller au cinoche voir ce genre de film. Il faut ne pas avoir les bleus ce jour-là, être prêt à sortir les mouchoirs, être rempli d’humanisme et être capable d’empathie à l’égard de personnages qui souffrent. Pour le reste, tout dépend du talent des réalisateurs et des scénaristes.

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Indispensable cinéma français !

Ce film de Gilles Lellouche est brillamment interprété par Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoît Poelvoorde, Philippe Katerine, Jean-Hugues Anglade et Alban Ivanov, ainsi que par Virginie Efira et Leïla Bekti (qu’on ne voit pas sur la photo).

Cinémania, le festival du cinéma francophone, vient de se terminer. J’en ai profité pour voir neuf films en onze jours. Il aurait été possible d’en voir davantage, jusqu’à cinq par jour. Mais je ne suis plus capable de telles performances. D’autant que, lorsqu’un film est intense, je n’ai pas envie d’en voir un autre immédiatement après. Et le cinéma qu’on nous a offert cette année – un excellent cru – était souvent prenant.

J’adore ce festival qui me fait un peu oublier le passage de l’automne à l’hiver. Cette année encore, il a fallu souvent faire la file sous la bruine et dans le froid. C’est le prix à payer pour voir en abondance des films français, belges ou suisses.

Le reste de l’année, on n’est pas beaucoup gâté, il faut bien le dire. Les films de la francophonie européenne ne sont pas légion sur nos écrans ; et, qui pis est, ils restent à l’affiche peu longtemps. Il y a quelque temps, par exemple, je voulais voir le dernier film de Marion Cotillard, « Gueule d’ange », car je suis un fan fini de la belle Française. Mais il est resté à l’affiche une semaine, au cours de laquelle je n’étais malheureusement pas disponible.

Pourtant, il existe une clientèle pour ce cinéma. Il y a les baby-boomers, bien sûr, qui dans l’ensemble sont restés francophiles. Mais il y a aussi, à Montréal du moins, une communauté française de plus de 100 000 personnes qui semble s’ennuyer du cinéma de l’Hexagone. Il suffisait de tendre l’oreille cette semaine à Cinémania pour voir que notre minorité audible était bien représentée parmi les spectateurs.

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La musique sur Spotify

Nous sommes récemment allés chez des amis. « Qu’est-ce que vous aimeriez entendre ? » nous a demandé David. Nous lui avons fait quelques demandes, qu’il a aussitôt comblées, fussent-elles pointues. Non que sa discothèque soit immense, mais il est abonné à Apple Musique. Ça m’a donné des idées. De retour à l’appartement, je me suis inscrit à Spotify.

Pourquoi Spotify plutôt qu’Apple ? Parce que je n’aime pas beaucoup la compagnie aux mille milliards, qui produit au plus bas coût et vend au plus haut. Vous me direz que c’est l’essence même du capitalisme. C’est vrai, mais la société à la pomme est parmi les pires. Et au moins, en optant pour une société suédoise, je n’encourage pas un monstre américain.

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Connaissez-vous Zaz ?

Moi, il y a quelques semaines à peine, je ne la connaissais pas. J’en suis un peu gêné, car elle est aujourd’hui très connue, et pas seulement en France. Elle est même une des chanteuses françaises les plus populaires au Québec. Elle chantera d’ailleurs au Centre Bell et au Centre Vidéotron en avril. Mais manque de pot, je serai à Paris au moment où elle sera à Montréal. Sinon, bien sûr, j’aurais déjà acheté ma place.

J’ai découvert Zaz par hasard. Je cherchais sur YouTube des versions de La tendresse, la chanson culte de Bourvil. Je suis tombé sur un duo réunissant Zaz et Jenifer. C’est une jolie version, même si on sent que la première s’efforce de ne pas écraser la petite voix de la seconde. C’était assez pour que je tape « Zaz » dans la barre de recherche. Et ce fut la révélation !

Depuis, je l’écoute tous les jours. Il y a longtemps qu’une chanteuse ne m’avait fait un tel effet. Dans la liste de mes favorites, elle vient rejoindre Melina Merkouri, Billie Holiday,  Diana Krall et Cesaria Evora. Rien de moins !

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