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Archives de la catégorie ‘Culture et sport’

« FIRST REFORMED », SOMBRE ET REMARQUABLE

Ethan Hawke et Amanda Seyfried.

J’aurais volontiers donné quatre étoiles et demie à « First Reformed », mais sa fin en queue de poisson m’oblige à une certaine retenue. Il me semble que Paul Schrader ne savait pas comment achever son drame. Il a sans doute songé à un dénouement apocalyptique, mais c’eût été trop fort. Alors, il a laissé la fin ouverte. Mais souvent, une fin ouverte cache une fin inachevée. C’est l’impression que l’on a ici. Dommage, car jusqu’aux derniers plans, j’ai été totalement séduit par cet opus sombre et austère sur les tourments d’un pasteur.

Ce dernier a décidé de confier les grandes questions existentielles qui le déchirent à un journal intime, en espérant y trouver la paix de l’âme. Il y est beaucoup question de sa relation avec une jeune femme enceinte, qui lui a demandé de rencontrer son mari, un militant écologiste que ses actions ont mené en prison. L’homme est un désespéré qui croit la planète en si mauvais état qu’il ne voit plus l’intérêt de donner la vie à un enfant. « Dieu nous pardonnera-t-il tout le mal que l’on fait à sa création ? » demande-t-il au pasteur.

Grande question qui finit à son tour par obséder cet homme d’Église déjà secoué par le fait que son fils est allé mourir en Irak pour une guerre « moralement condamnable ». Tout le film pose la question : peut-on conserver l’espérance dans un monde qui semble sans espoir ?

Comme vous pouvez le voir, ce n’est pas le genre de film qu’on va voir pour se divertir. Mais si vous aimez les  œuvres fortes, capables d’aborder de front les grandes préoccupations contemporaines, « First Reformed » vous touchera sans doute. D’autant que Ethan Hawke, en pasteur torturé, joue un des grands rôles d’une carrière remarquable qui en compte déjà pas mal.

UN FAUX CHEF-D’OEUVRE

Je suis allé voir « Les fantômes d’Ismaël » un peu méfiant, car si les critiques français ont adoré ce film, le public, lui, a détesté. Les premiers, en effet, accordent quatre sur cinq étoiles à ce film d’Arnaud Desplechin, alors que les spectateurs ne lui en donnent que deux ; 27 % des gens ne lui en concèdent même qu’une. Je veux bien croire que certains films remarquables ne sont pas grand public. Mais une telle différence d’avis entre la bobosphère et Monsieur Tout-le-Monde me m’inspirait pas confiance.

J’avais bien raison. Le film, pourtant, démarre assez bien. Le retour d’une femme disparue 21 ans plus tôt et qu’on croyait morte constituait un point de départ qui me semblait riche. Mais après une première demi-heure intrigante, le scénario s’égare, part dans toutes les directions, devient de plus en plus confus avant de sombrer définitivement dans le ridicule. Ce dernier, contrairement à ce que l’on dit, ne tue pas, mais il ennuie beaucoup. La première partie terminée, je n’ai cessé de bâiller.

Ma seule consolation : avoir revu Marion Cotillard, dont je suis fan fini. Non qu’elle joue ici un de ses grands rôles ; le scénario est bien trop bancal. Mais un film dans lequel elle apparaît ne peut être complètement nul. Malgré tout, il faut bien convenir, comme le dit un commentateur d’Allociné, que ce long métrage est « creux, ennuyeux, boursouflé, sans ni queue ni tête ».

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« Et si la beauté rendait heureux »

Nice entre la mer et les Alpes maritimes. (Photos Lise Roy)

J’ai emprunté le titre de mon carnet à l’excellent ouvrage de François Cardinal et Pierre Thibault (1). Dans leurs dialogues, les auteurs établissent un lien entre la beauté d’un lieu et le bonheur de ses habitants. Pour le journaliste et l’architecte, la ville la plus magnifique à cet égard est Copenhague.

Pour ma part, je n’ai jamais visité la capitale du Danemark. Parmi les villes où j’ai séjourné, les deux plus belles sont Paris et Rome. J’y ai passé de bien beaux moments. Il est vrai que le sentiment de beauté qu’on y éprouve est une joie pour les yeux comme pour l’âme et le cœur.

Cependant, le plaisir de s’y promener est amoindri par l’automobile. Ni l’une ni l’autre n’ont été conçues pour nos chevaux-vapeur polluants et bruyants. En tant que Parisien d’occasion, j’appuie donc avec enthousiasme les efforts de la mairie pour limiter la place de l’automobile en général et pour la piétonnisation des berges de la Seine en particulier.

Il y a aussi des autos à Nice, où nous passons tout le mois de mars. Mais on les sent moins, sans doute parce que la cité est plus petite et que son centre n’aimante pas des millions de banlieusards. Sans doute aussi parce qu’elle est desservie depuis quelques années par un rutilant tramway. Le Vieux-Nice où nous vivons est quant à lui interdit aux véhicules.

La beauté de Paris et de Rome tient presque essentiellement à leur architecture, exceptionnelle il faut bien le dire. Ce ne sont pas les sept petites collines de la Ville éternelle ou la butte Montmartre de la Ville lumière qui expliquent leur charme, mais la splendeur de leurs immeubles, de leurs monuments, de leurs parcs.

Les maisons, les palais et les édifices de Nice, quoique fort beaux, sont peut-être moins remarquables. Mais le site, entre la Méditerranée et les Alpes maritimes, est, lui, absolument splendide. Où que l’on soit dans la ville, le point de vue est ravissant. C’est encore plus vrai si la balade passe par la colline du Château.

Comme elle est tout à côté du vieux quartier, c’est par là que commence la promenade du matin. La pente qui mène à la colline est un peu raide mais tonique. Le premier jour, je pompais l’huile. Mais déjà, ça va mieux. Lise est beaucoup plus en forme. N’empêche qu’elle a ressenti quelques douleurs dans les cuisses au début.

Un peu partout, on peut s’arrêter pour admirer le point de vue, là sur la vieille ville, là sur le port, là sur la baie des Anges, là sur les monts environnants. Partout, la beauté vous saute aux yeux, particulièrement les jours où le soleil est au rendez-vous. Déjà, on peut voir des fleurs. D’ici une semaine ou deux, il devrait y en avoir partout. La colline en fleurs, au printemps, c’est un spectacle grandiose.

Nous redescendons par le grand escalier qui mène à la promenade des Anglais. C’est là en effet que commence ce grand chemin pour piétons et cyclistes qui longe la Méditerranée et qui s’allonge sur cinq ou six kilomètres. D’un côté la mer, de l’autre les immeubles cossus et colorés de Nice.

Quand Lise m’accompagne (car un jour sur deux, elle abandonne son vieux mari pour aller courir sur la promenade), nous nous arrêtons au grand marché public, où l’on trouve fruits, légumes, noix, fromages, œufs et j’en passe. Qui plus est, généralement à bon prix. Au besoin, on s’arrête ensuite dans une des boulangeries ou une des boucheries du quartier.

Il y a deux jours, ma compagne a proposé qu’on s’arrête sur la plage pour aller méditer. Sitôt dit, sitôt fait. On repère deux belles roches où nous nous installons. Bien sûr, c’est un peu dur pour les fesses, mais ça garde éveillé. Le seul souci, c’est que la mer est bien proche. Mais bon, les vagues viennent se fracasser l’une après l’autre à quelques mètres de nous, nous laissant les pieds au sec. Tout au plus, sommes-nous caressés par les embruns. C’est loin d’être désagréable. Le bruit de la mer, le ballet des vagues, la sensation du vent, l’air salin : les sensations sont bonnes.

Nous sommes restés là, en pleine conscience, jusqu’à ce qu’une vague plus forte que les autres ne vienne inonder mes baskets et mouiller le sac contenant les mets que nous venions d’acheter. Ça nous a ramenés sur le plancher des vaches, si je puis dire. Nous avons éclaté de rire avant de retourner gaiement à l’appartement. Oui, la beauté peut rendre heureux.

(1) « Et si la beauté rendait heureux », de François Cardinal et Pierre Thibault, éditions La Presse, Montréal, 2017.

Le port de Nice dominé par un yacht de milliardaire.

 

Retour sur l’Oscar de la meilleure actrice

Je suis allé revoir La forme de l’eau cette semaine. Est-ce à cause de Nice, que je redécouvre ces jours-ci, toujours est-il que j’ai préféré le deuxième visionnement. Ce film romantico-fantastique mérite bien l’Oscar du meilleur film, même si je continue à lui préférer 3 Billboards : Les panneaux de la vengeance. Par le passé, on a vu des choix pas mal pires que le nouvel opus de Guillermo del Toro.

Ce nouveau visionnement renforce également ma conviction que Sally Hawkins aurait dû remporter l’Oscar de la meilleure actrice, même si, je le répète, Frances McDormand est une grande actrice qui n’a pas volé sa statuette. Mais Hawkins, dans La forme de l’eau, c’est quasiment le rôle d’une vie. Je dis quasiment, car cette actrice britannique aurait déjà pu recevoir un Oscar pour son extraordinaire rôle dans Maudie. Mais ce petit film canadien n’était pas assez connu.

Il faut dire que la concurrence était rude cette année pour le titre de la meilleure actrice. Outre McDormand et Hawkins, on pouvait admirer Saoirse Ronan et Margot Robbie, toutes deux exceptionnelles, la première dans Lady Bird, la seconde dans I, Tonya. Meryl Streep, dans The Post, complétait cet extraordinaire quintette. On peut voir que les actrices, si elles restent moins payées que leurs partenaires, n’en sont pas moins remarquables.

Oscars : un palmarès couci-couça

Sally Hawkins est merveilleuse dans «La forme de l’eau».

La forme de l’eau a reçu l’Oscar du meilleur film. C’était sans doute le choix le plus consensuel. Pour ma part, j’aurais préféré Three Billboards : Les panneaux de la vengeance, un polar social que j’ai trouvé plus fort. En revanche, je n’aurais pas donné l’Oscar du meilleur rôle féminin à Frances McDormand, même si elle est, comme toujours, excellente. Il me semble que le rôle de rôle de Sally Hawkins, la muette du film fantastique de Guillermo del Toro, est bien plus exigeant. Il faut dire que l’Académie, peu audacieuse et plutôt paresseuse, aime bien récompenser le talent déjà largement reconnu. Comme ça, on croit être sûr de ne pas se tromper. Saoirse Ronan, étincelante dans Lady Bird, aurait aussi mérité bien des votes, mais les bonzes l’ont sans doute jugée trop jeune. Son tour viendra, espérons-le, car c’est une grande jeune comédienne.

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L’amie prodigieuse, tome 4 : interminable !

Mise en garde : si vous n’avez pas encore lu ce livre, ma critique révèle quelques éléments de l’intrigue.

J’ai acheté L’enfant perdue, tome 4 de la célébrissime quadrilogie de la non moins célébrissime Elena Ferrante dès sa sortie. J’avais adoré les trois premiers opus. Je brûlais d’impatience de dévorer le dernier. Mais je serai honnête : il m’a beaucoup déçu.

En lisant les commentaires sur le site de Babelio, je me rends compte que je suis minoritaire. « À mon grand désespoir, écrit Michfred, j’ai achevé ce matin le dernier volume de L’Amie Prodigieuse. » « Je trouve que ce livre achève en beauté la quadrilogie. C’est de loin mon tome préféré », renchérit Lipinha. Comme beaucoup de fidèles lecteurs, Diablotin dit ressentir un grand vide de voir cette histoire se terminer.

Moi, j’ai plutôt l’impression qu’il était temps qu’elle finisse. Et je ne suis pas seul. PaulineSuzanne lance : « Très franchement, je pense que ce 4ème tome est celui de trop… ! » Miriam aussi se montre déçue : « Les premiers chapitres ont traîné : Elena va-t-elle quitter Pietro ? Va-t-elle rejoindre Nino ? Vont-ils fonder un nouveau couple ? Les atermoiements, les longueurs m’ont un peu agacée. »

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Quelques films à l’affiche

Le Post ****½

J’ai adoré le dernier opus de Steven Splielberg. Le célèbre réalisateur ne réinvente pas le cinéma, j’en conviens. Comme je reconnais qu’il y a dans ce Post des scènes un peu didactiques. Mais sans doute Spielberg a-t-il jugé essentiel, en cette ère de trumpisme, de faire l’éloge de la liberté de presse et du féminisme, quitte à appuyer un peu sur le crayon. Cela dit, ce récit qui oppose le Washington Post à la Maison-Blanche, tout juste avant le Watergate, est bien joué et mené rondement. L’atmosphère fiévreuse d’une salle de rédaction les jours de grandes nouvelles est bien rendue. C’est passionnant et prenant de bout en bout.

Il faut dire que j’ai été journaliste pendant 45 ans. On comprendra donc mon intérêt pour ce grand fait d’armes de la profession. J’ai été d’autant plus touché par cette histoire de journalisme sur fond de mensonges d’État et de guerre du Vietnam qu’elle se déroule à l’époque où j’ai débuté dans le métier. J’ai même eu la larme à l’œil quand j’ai revu ces ateliers de typographie qui utilisaient encore le plomb. Elles sembleront presque irréelles aux jeunes spectateurs d’aujourd’hui, qui peuvent lire des journaux où il n’y a même plus de presses.

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Deux films français : un bon et un moins bon

Dans «Le sens de la fête», le jeu des acteurs est absolument remarquable, de Jean-Pierre Bacri (ci-dessous), vedette de cette œuvre chorale, au moindre petit rôle.

Je viens de voir coup sur coup deux films français, l’un excellent, l’autre, disons… moins bon. Commençons par le premier, Le sens de la fête. C’est le genre de comédie intelligente que j’aimerais voir plus souvent. Il y a longtemps que je n’avais pas ri d’aussi bon cœur au cinéma. Le film a été réalisé par un tandem composé d’Éric Toledano et d’Olivier Nakache, à qui on doit déjà Intouchables, qui était déjà pas mal lui aussi. Mais leur dernier opus, c’est mieux encore.

Tout dans cette comédie est réussi, à commencer par le jeu des acteurs, absolument remarquable, de Jean-Pierre Bacri, qui tient la vedette de cette œuvre chorale, au moindre petit rôle. Il faut dire que Toledano et Nakache, qui sont aussi scénaristes, ont travaillé avec soin chacun des personnages. Ces deux-là arrivent à faire de la critique sociale, mais sans méchanceté et en faisant rire. C’est un talent rare.

Au revoir là-haut, en revanche, me paraît nettement moins fort. Vous me direz que les spectateurs aiment beaucoup ce film, tant au Québec qu’en France. Tant mieux ! Mais je n’arrive pas à partager leur enthousiasme. Je dois dire que j’ai adoré le roman de Pierre Lemaitre, à qui j’ai fait une place dans ma liste des dix meilleurs romans.  Le film qu’en a tiré Albert Dupontel n’est pas mauvais certes, mais je ne pourrais dire qu’il soit est jouissif, jubilatoire, épatant, savoureux, insolite, saisissant, magnifique, éclairant, picaresque, mordant, émouvant, comme j’avais dit du roman. (suite…)

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