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Archives de la catégorie ‘Culture et sport’

L’amie prodigieuse, tome 4 : interminable !

Mise en garde : si vous n’avez pas encore lu ce livre, ma critique révèle quelques éléments de l’intrigue.

J’ai acheté L’enfant perdue, tome 4 de la célébrissime quadrilogie de la non moins célébrissime Elena Ferrante dès sa sortie. J’avais adoré les trois premiers opus. Je brûlais d’impatience de dévorer le dernier. Mais je serai honnête : il m’a beaucoup déçu.

En lisant les commentaires sur le site de Babelio, je me rends compte que je suis minoritaire. « À mon grand désespoir, écrit Michfred, j’ai achevé ce matin le dernier volume de L’Amie Prodigieuse. » « Je trouve que ce livre achève en beauté la quadrilogie. C’est de loin mon tome préféré », renchérit Lipinha. Comme beaucoup de fidèles lecteurs, Diablotin dit ressentir un grand vide de voir cette histoire se terminer.

Moi, j’ai plutôt l’impression qu’il était temps qu’elle finisse. Et je ne suis pas seul. PaulineSuzanne lance : « Très franchement, je pense que ce 4ème tome est celui de trop… ! » Miriam aussi se montre déçue : « Les premiers chapitres ont traîné : Elena va-t-elle quitter Pietro ? Va-t-elle rejoindre Nino ? Vont-ils fonder un nouveau couple ? Les atermoiements, les longueurs m’ont un peu agacée. »

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Quelques films à l’affiche

Le Post ****½

J’ai adoré le dernier opus de Steven Splielberg. Le célèbre réalisateur ne réinvente pas le cinéma, j’en conviens. Comme je reconnais qu’il y a dans ce Post des scènes un peu didactiques. Mais sans doute Spielberg a-t-il jugé essentiel, en cette ère de trumpisme, de faire l’éloge de la liberté de presse et du féminisme, quitte à appuyer un peu sur le crayon. Cela dit, ce récit qui oppose le Washington Post à la Maison-Blanche, tout juste avant le Watergate, est bien joué et mené rondement. L’atmosphère fiévreuse d’une salle de rédaction les jours de grandes nouvelles est bien rendue. C’est passionnant et prenant de bout en bout.

Il faut dire que j’ai été journaliste pendant 45 ans. On comprendra donc mon intérêt pour ce grand fait d’armes de la profession. J’ai été d’autant plus touché par cette histoire de journalisme sur fond de mensonges d’État et de guerre du Vietnam qu’elle se déroule à l’époque où j’ai débuté dans le métier. J’ai même eu la larme à l’œil quand j’ai revu ces ateliers de typographie qui utilisaient encore le plomb. Elles sembleront presque irréelles aux jeunes spectateurs d’aujourd’hui, qui peuvent lire des journaux où il n’y a même plus de presses.

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Deux films français : un bon et un moins bon

Dans «Le sens de la fête», le jeu des acteurs est absolument remarquable, de Jean-Pierre Bacri (ci-dessous), vedette de cette œuvre chorale, au moindre petit rôle.

Je viens de voir coup sur coup deux films français, l’un excellent, l’autre, disons… moins bon. Commençons par le premier, Le sens de la fête. C’est le genre de comédie intelligente que j’aimerais voir plus souvent. Il y a longtemps que je n’avais pas ri d’aussi bon cœur au cinéma. Le film a été réalisé par un tandem composé d’Éric Toledano et d’Olivier Nakache, à qui on doit déjà Intouchables, qui était déjà pas mal lui aussi. Mais leur dernier opus, c’est mieux encore.

Tout dans cette comédie est réussi, à commencer par le jeu des acteurs, absolument remarquable, de Jean-Pierre Bacri, qui tient la vedette de cette œuvre chorale, au moindre petit rôle. Il faut dire que Toledano et Nakache, qui sont aussi scénaristes, ont travaillé avec soin chacun des personnages. Ces deux-là arrivent à faire de la critique sociale, mais sans méchanceté et en faisant rire. C’est un talent rare.

Au revoir là-haut, en revanche, me paraît nettement moins fort. Vous me direz que les spectateurs aiment beaucoup ce film, tant au Québec qu’en France. Tant mieux ! Mais je n’arrive pas à partager leur enthousiasme. Je dois dire que j’ai adoré le roman de Pierre Lemaitre, à qui j’ai fait une place dans ma liste des dix meilleurs romans.  Le film qu’en a tiré Albert Dupontel n’est pas mauvais certes, mais je ne pourrais dire qu’il soit est jouissif, jubilatoire, épatant, savoureux, insolite, saisissant, magnifique, éclairant, picaresque, mordant, émouvant, comme j’avais dit du roman. (suite…)

Le cinéma au temps des mangeurs de pop-corn

J’ai l’habitude d’aller au cinéma en matinée et en semaine. Si l’on excepte les mardis, que j’évite habituellement, nous sommes peu nombreux à le faire. Il m’est même arrivé une fois cette année d’être tout à fait seul dans une des salles du Forum. Le bonheur pour un vieux râleur cinéphile !

C’est loin d’être le cas durant les Fêtes, particulièrement cette année où le froid pousse les vacanciers dans les salles obscures. En principe, je devrais me réjouir qu’elles soient envahies. Si nous n’étions, à longueur d’année, que quelques happy few à les fréquenter, il faudrait bientôt se résigner à ne regarder les films qu’à la télé. Pour un passionné de cinéma, ce serait terrible.

Cela dit, je dois avouer que je deviens facilement ronchon quand j’arrive dans une salle déjà presque pleine, même dans les premières rangées où je m’assoie habituellement. J’ai bien du mal à endurer qu’on parle fort et sans arrêt pendant la projection des bandes-annonces. Même dans les cafés où je m’arrête avant d’aller au cinoche, c’est plus tranquille.

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« Crise R. H. » ou le management par la terreur

Céline Sallette, impeccable dans son rôle de «killeuse» dans le film «Crise R. H.».

« Les personnages sont fictifs, les méthodes de management sont réelles », nous avertit-on dès le début de Crise R. H. Les méthodes utilisées au siège parisien d’une multinationale consistent à pousser des employés à démissionner. Ce qui présente l’avantage de réduire le personnel, mais à faible coup, l’entreprise n’ayant pas à payer les indemnités de licenciement, particulièrement lourdes en France.

Pour parvenir à « dégraisser » ainsi le personnel, les Ressources humaines recrutent ce qu’on appelle dans le métier une « killeuse», une experte du « management par la terreur ». Elle s’appelle Émilie Tesson-Hansen. Derrière ses beaux yeux gris, se cache une femme froide et implacable, capable de pousser à la démission les éléments jugés indésirables.

Mais l’un d’eux se montre particulièrement récalcitrant. Tant et si bien que l’affaire tourne mal, qu’une enquête est ouverte par l’inspection du travail et qu’un scandale menace d’éclabousser l’entreprise. Inquiète, la hiérarchie risque de se retourner contre son exécutrice des basses œuvres. Mais la « killeuse » n’est pas du genre à se laisser tuer, d’où une kyrielle de rebondissements.

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Pourquoi se limiter aux écrivains québécois ?

J’ai bien aimé l’éditorial de Paul Journet sur la lecture, un domaine où les Québécois traînent la patte. L’auteur y va de quelques intéressantes suggestions pour combler notre retard. Mais un paragraphe m’a fait sursauter :

– Demander aux profs de français de s’inspirer de la liste de 150 œuvres québécoises dressée par l’Union des écrivains lorsqu’ils choisissent les livres au programme.

Je pourrais souligner que plusieurs des œuvres de cette liste ne sont guère inspirantes. Je doute, par exemple, que Les Canadiens Français et l’Empire britannique, d’Henri Bourassa, ou le soporifique Angéline de Montbrun, de Laure Conan, puissent convaincre les élèves de lâcher leur cellulaire. Mais là n’est pas la question.

Il faut plutôt se demander pourquoi il faudrait se limiter aux livres québécois quand la littérature française, passée et actuelle, regorge de grandes œuvres. Pourquoi ne pas inclure dans le cursus un Modiano, un Camus, ou un Maupassant ; une Ernaux, une de Vigan ou une Colette ? Je ne suggère pas que l’on retourne à l’enseignement de Racine et de Corneille, comme à l’époque du cours classique. Nos petits loups en sortiraient traumatisés et ce serait mauvais pour leur estime de soi. Mais pourquoi pas, en poussant un peu l’audace, un Balzac ou un Flaubert ?

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Cinémania pour oublier la grisaille

Louis Garrel est génial en Godard et que Stacy Martin est une parfaite Anne Wiazemsky.

Novembre, c’est souvent le froid, la pluie et la grisaille. Mais heureusement, il y a Cinémania, ce festival du cinéma français qui arrive chaque année à point nommé. L’événement qui a débuté jeudi a démarré sur les chapeaux de roue.

J’ai d’abord vu Le redoutable, le «biopic» de Michel Hazanavicius sur Jean-Luc Godard. Ou plus précisément sur les quelques années où, après avoir tourné La chinoise, Godard a vécu avec l’actrice Anne Wiazemsky. Ce sont également les années où le cinéaste le plus en vue de sa génération a renié le cinéma qu’il avait fait jusque-là pour se consacrer corps, pellicule et âme à la «révolution».

Je n’en dirai pas plus parce que Le redoutable ne prendra l’affiche à Montréal qu’au mois de mai. Mais je peux vous dire tout de suite que l’œuvre est brillante, souvent drôle, mais sérieuse aussi, comme les premiers films de Godard en fait. Hazanavicius n’hésite d’ailleurs pas à pasticher l’auteur du Mépris au début de son long métrage.

En un mot, j’ai adoré. D’autant que Louis Garrel est génial en Godard et que Stacy Martin est une parfaite Anne Wiazemsky.

Je suis également sorti bouleversé de Barbara. Il me faut toutefois préciser illico que certains détestent cette biographie. «Film ennuyeux», «film vide», «immense déception», «d’un ennui mortel», peut-on lire, entre autres gentillesses, sur l’œuvre  de Mathieu Amalric. Ce n’est évidemment pas mon avis, bien au contraire. Mais je peux comprendre que le film qu’a tiré Amalric de la carrière de Barbara ne plaise pas à tout le monde.

Il ne s’agit d’ailleurs aucunement d’une biographie classique, où l’on aurait raconté les grands moments de la carrière de Barbara, comme on l’a fait récemment pour Dalida. Il s’agit plutôt d’une œuvre originale, personnelle et parfois même un peu déroutante. Mais, comme l’écrit fort joliment Amélie Cordonnier dans Femme actuelle, c’est une œuvre «où se dessine par petites touches le portrait de la grande Barbara, un peu dévoilée, mais toujours aussi mystérieuse».

L’accent a été mis moins sur la femme que sur la chanteuse. Si l’on aime les chansons de Barbara, on aimera probablement le film. D’autant que Jeanne Balibar est merveilleuse dans ce rôle, au point où on a l’impression, par moments, de voir réapparaître la grande interprète. Si elle ne remporte pas le césar de la meilleure actrice en 2018, c’est que Balibar aura été volée. À moins, bien entendu, qu’une autre actrice n’ait réalisé une performance encore plus remarquable.

Jeanne Balibar est merveilleuse dans le film de Mathieu Amalric, au point où on a l’impression, par moments, de voir réapparaître la grande Barbara.

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