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Archives de février, 2017

Oscars mérités et moins mérités

L'enveloppe de la confusion

L’enveloppe de la confusion

La cérémonie des Oscars s’est terminée dans une confusion si totale qu’elle en était drolatique. On aurait dit que Donald Trump avait lui-même remis à Warren Beatty la mauvaise enveloppe de l’Oscar du meilleur film, pour se venger d’avoir été moqué pendant toute la soirée. La plus grande cérémonie du genre au monde s’est terminée comme un vaudeville.

Pour ma part, il ne m’aurait pas déplu que La La Land reçoive le prix le plus prestigieux, car j’ai adoré cette comédie musicale. Mais le film de Damien Chazelle avait déjà obtenu six Oscars, dont celui de la meilleure actrice remis à la lumineuse Emma Stone. J’étais donc plutôt content. D’autant que Moonlight, de Barry Jenkins, lui est peut-être supérieur. Je n’en sais rien, ne l’ayant pas encore vu.

Soit dit en passant, j’ai trouvé Isabelle Huppert très bonne dans Elle, mais pas au point de mériter l’Oscar. Je ne lui aurais pas davantage attribué le César de la meilleure actrice, car Marion Cotillard, à mon avis, joue un rôle plus exigeant et plus fort dans Mal de pierres.

J’ai été déçu que Lion, un film puissant et émouvant, n’ait pas reçu le moindre Oscar. Et Dev Patel et Nicole Kidman auraient pu recevoir un Oscar, mais ils faisaient face à une forte concurrence. J’aurais aimé aussi que Les figures de l’ombre reçoivent au moins une petite statuette. La réalisation de Theodore Melfi, il est vrai, n’a rien de bien original, mais le rôle méconnu de ces trois femmes noires à la Nasa, c’est une belle histoire, qui a engendré un solide scénario.

Beaucoup plus intéressant que Manchester by The Sea, qui a pourtant reçu le prix du meilleur scénario original. Je me demande comment on a pu ainsi couronner un récit où il se passe si peu de choses en 135 interminables minutes. Enlevez les moments où l’on ouvre des portes, on l’on ferme des portes, où l’on fait démarrer un moteur, où l’on arrête un moteur, et il ne reste plus guère qu’une petite heure, chargée de lourds silences. Il y a, il est vrai, au beau milieu, un grand drame, mais il est souligné à grands coups d’archet par le pompeux Adagio d’Albinoni. J’aurais dû pleurer à chaudes larmes, j’ai plutôt décroché.

De prime abord, l’Oscar du meilleur acteur attribué à Casey Affleck pour ce (très) long métrage paraît plus justifié. Comme je l’ai écrit, l’Académie, tout comme bon nombre de critiques et de festivaliers, aime bien « ces personnages sombres et torturés, qui laissent une impression de profondeur ». Mais quand j’ai entendu le petit frère de Ben remercier ses pairs de sa voix monocorde, la même qu’il emploie d’un bout à l’autre de Manchester by The Sea, je me suis dit qu’il ne jouait peut-être pas si bien que ça.

L’autre mauvais Oscar de la soirée, c’est celui attribué pour le meilleur film étranger à The Salesman (Le client). Le réalisateur iranien Asghar Farhadi a beaucoup surfé sur sa réputation pour décrocher ce deuxième Oscar. À mon avis, le formidable Toni Erdmann, de Maren Ade, à l’humour si caustique, lui était nettement supérieur.

Mais en fouillant un peu, j’ai découvert que je ne suis pas le seul à avoir trouvé The Salesman surfait. L’Express a jugé le « final trop long et trop mélo ». Sud-Ouest «  se demande comment le jury cannois a pu consacrer un scénario somme toute assez filandreux ». Le Monde conclut que le « sentiment d’une déception l’emporte ». Et les Cahiers du cinéma, méchants comme d’habitude, voient dans Le client « le nouvel avatar d’un cinéma festivalier du tournant des années 2010 maintenant très vieux, vite oublié ».

Pour terminer sur une note plus positive, l’Oscar du mixage et du montage du son attribué à Sylvain Bellemare pour le film de Denis Villeneuve était bien sympa. Arrival n’est pas un chef d’œuvre, tant s’en faut, mais c’est un film qui méritait bien sa statuette dorée.

Après quelques années où les Noirs avaient fait chou blanc, il était sympa également de les voir obtenir une belle récolte d’Oscars.

 

 

 

« On a du bon stock » : un autre slogan putassier !

Photo tirée de La Presse Plus.

Photo tirée de La Presse Plus.

Hier, j’ai critiqué le choix du slogan de la candidature à l’organisation des Jeux olympiques de Paris 2024, Made for sharing, dont l’anglomanie a choqué les associations de défense de la langue française. Aujourd’hui, c’est le slogan des Rendez-vous du cinéma québécois qui m’interpelle : On a du bon stock.

On me dira peut-être, mais c’est quoi, le problème ? Il est vrai que, chez nous, on a tellement l’habitude de ce franglais joualisant qu’il ne nous fait pas sourciller. Nos publicitaires, il faut dire, utilisent rarement autre chose. Nos humoristes non plus. Lise Dion déclarait d’ailleurs samedi dans La Presse : « J’aime le joual parce que c’est nous autres. » L’humoriste ne voit pas, j’en suis sûr, à quel point son « nous autres » est réducteur, car il n’englobe que les « de souche ». De plus, les « pure laine » ne se reconnaissent pas tous dans notre dialecte laurentien. Moi, par exemple, « le joual, moé, ça me pâme pas une crisse de seconde », pour employer un vocabulaire que comprendra Mme Dion.

Dans ma chère Presse Plus, les artisans du cinéma québécois déploraient le peu d’intérêt des jeunes pour leurs oeuvres. D’après une enquête, à peine un pour cent des 15-24 regarde surtout des films québécois. Et chez les 25-34, notait le journaliste André Duchesne, les résultats ne sont guère meilleurs.

Du côté des artisans, on était prompts à critiquer, qui la distribution, qui l’exploitation, qui la promotion, qui la mise en marché, qui Hollywood, qui la multiplication des plateformes. Il n’y a que le gouvernement libéral qui n’a pas été blâmé ; j’en ai même été étonné. Mais apparemment, on s’est peu interrogés sur la raison majeure de cette indifférence : le peu d’intérêt de nombreux films québécois.

De toute évidence, le slogan franglais et la bande-annonce joualisante de ces 35es Rendez-vous visent les jeunes. Mais je doute que l’un et l’autre parviennent à toucher les jeunes Français qui envahissent Montréal ou les enfants de la loi 101 qui y ont grandi. Quant aux autres, pourrait-on de temps à autre s’adresser à eux en français ?

Au fond, Made for sharing et On a du bon stock, c’est la même putasserie !

« Made for sharing », un bel exemple de putasserie

Les responsables de la candidature à l’organisation des Jeux olympiques de Paris 2024 ont étalé leur slogan Made for sharing sur la tour Eiffel, au cours d'une cérémonie de lancement « intégralement en anglais ».

Les responsables de la candidature à l’organisation des Jeux olympiques de Paris 2024 ont étalé leur slogan Made for sharing sur la tour Eiffel, au cours d’une cérémonie de lancement « intégralement en anglais ».

Il m’est arrivé à quelques reprises déjà de prendre la défense du français des Cousins, au risque de me faire lancer quelques tomates bien mûres. J’aimerais en effet qu’on s’inquiète un peu moins de l’anglicisation de la France et un peu plus de la nôtre, qui est pire. Mais il y a des limites à tolérer l’anglomanie made in France.

Quand j’ai appris que les responsables de la candidature à l’organisation des Jeux olympiques de Paris 2024 avaient choisi pour slogan Made for sharing (« Venez partager »), mon sang de francophile n’a fait qu’un tour. S’il y avait eu des rideaux dans mon appartement, j’y aurais grimpé. Si j’avais porté une chemise, je l’aurais déchirée. Je ne suis pas le seul, heureusement. Ce choix a également suscité l’indignation de l’Académie française et des associations de défense de la langue française. Selon l’Agence France-Presse, un collectif a l’intention d’attaquer en justice ce slogan anglais, estimant que le Made for sharing enfreint tant la loi Toubon de 1994, relative à l’emploi de la langue française, que la charte olympique.

Étienne Thobois, le directeur général du comité de candidature de Paris 2024, s’en est étonné. « Nous avons deux signatures, l’une en français, qui est Venez partager, et une signature en anglais vers l’international, qui est Made for sharing », a-t-il expliqué, ajoutant : « Nous, notre travail, c’est de convaincre 95 membres du CIO, qui viennent de 67 pays. » On savait que les membres du Comité olympique aiment beaucoup les cadeaux. On apprend maintenant qu’ils sont incapables de comprendre un slogan de deux mots dans la langue officielle des Jeux.

Je ne carbure pas à l’indignation, mais je suis plutôt d’accord avec les défenseurs du français pour dire que ce slogan anglais tout comme la cérémonie de lancement de la candidature, « intégralement en anglais », constituent « une insulte à la langue française ».

D’autres exemples

Ces exemples s’ajoutent à une longue liste d’utilisations abusives de l’anglais dans l’Hexagone. Par exemple, la course de 5 km précédant le marathon de Paris s’appelle le Paris Breakfast Run. Évidemment, si l’événement portait un nom français, dans la capitale de la France, personne ne viendrait.

On peut aussi courir le B2RUN Paris, un parcours de 6 km qui conduit les coureurs à travers le Bois de Boulogne. Ou encore la Love Run un « challenge fou de courir 8 km à deux liés par le poignet au cœur de la ville » Si vous y participez, vous y apprendrez que cette course, c’est « more fun than just a run ».

Dans le même ordre d’idées, Paris propose un CityPass, c’est-à-dire un « titre unique d’accès aux transports et aux sites touristiques ». Les Parisiens n’ont pas l’air de s’en émouvoir. Mais pour un Québécois amoureux du français, ce CityPass fait grincer les dents. Tout comme ces slogans anglais sur la façade de certains commerces. Lors de notre dernier voyage, j’ai noté, entre autres, Make life a ride (chez un concessionnaire BMW), The Parisians’ favorite department store (chez BHV Marais), In pizza we trust (devant une pizzéria), The Power in your hands (slogan de la marque d’agendas Oxford) ou encore Innovation that excites (slogan de Nissan).

On ne s’étonnera pas ensuite d’être reçu au Louvre par un « Welcome ». Même prononcé à la française, ça reste insupportable !

Les victoires de la musique

Jain, 25 ans à peine et tenue d’adolescente, a été choisie Artiste féminine de l'année.

Jain, 25 ans à peine et tenue d’adolescente, a été choisie Artiste féminine de l’année.

J’ai regardé et écouté les Victoires de la musique au complet cette semaine. Les quatre heures ont passé très vite. Il faut dire que, contrairement à nos Félix, il n’y avait pas la moindre pub. Il faut dire aussi que la divulgation des résultats ne prenait pas un temps fou. Pour chaque catégorie, un des deux animateurs annonçait la liste des trois nommés (seulement trois, c’est génial !), ouvrait l’enveloppe et divulguait le nom du lauréat ou de la lauréate. Grâce à ce gain de temps appréciable, on a pu entendre la plupart des nommés, qui plus est, dans de très belles versions que les artistes avaient eu même conçues. Près d’une trentaine de chansons ou de pièces au total, ce qui m’a permis de me remettre à niveau.

Premier constat : la chanson française, que j’ai tellement aimée dans les années 50, 60 et 70, se porte plutôt bien, si j’en juge par ce que j’ai entendu.

Deuxième constat : la relève est au rendez-vous. Si l’on excepte Renaud, nommé Artiste masculin de l’année, la plupart des lauréats sont jeunes, voire très jeunes, comme Jain, la vedette de ce gala, 25 ans à peine et tenue d’adolescente, choisie Artiste féminine et dont le clip Makeba a été récompensé. Les trois filles de L.E.J. (Révélation scène) sont aussi dans la vingtaine, Kungs (Album de musiques électroniques) vient tout juste d’avoir 20 ans, et Jul (Album de musiques urbaines) en a 27. À leurs côtés, Benjamin Biolay (Album de chansons) fait presque figure de grand-père à 44 ans.

Cela dit, entre la chanson française de ma jeunesse et celle d’aujourd’hui, il y a de grandes différences. Est-ce l’influence de The Voice, toujours est-il que la voix a pris beaucoup d’importance. Les chanteurs et chanteuses à la mode ont de bien belles voix. Je pense notamment à Christophe Mae, à Claudio Capeo, à Amir et à Imany.

La musique occupe aussi beaucoup de place. Au détriment parfois du texte. Il faut dire qu’on n’entendait pas très bien les paroles. Non pas que l’acoustique était mauvaise, mais l’orchestration, soutenue par un grand orchestre soucieux de justifier son coût sans doute faramineux, prenait beaucoup de place. Mais même lorsqu’on écoute des versions moins sophistiquées sur You Tube, on s’aperçoit que le texte est parfois secondaire.

Troisième constat, et celui-là ne me réjouit pas, la chanson française est quelquefois devenue la chanson… anglaise. Je veux bien comprendre qu’Imany, par exemple, qui a passé sept ans aux États-Unis, où elle a découvert sa vocation musicale, chante en anglais. Je peux accepter à la rigueur que Jain, qui a vécu son enfance dans des pays étrangers, pousse la chansonnette en anglais. Mais j’ai bien du mal à accepter que le groupe L.E.J., que j’adore par ailleurs, et Broken Back aient choisi la langue du Brexit. Il m’est pénible aussi que certains, même s’ils chantent en français, donnent à leurs œuvres des titres anglais, comme Jul, dont le bel album de rap s’appelle My World. On se demande pourquoi.

Les temps changent, dit-on. Je veux bien. Mais c’est comme le climat, les changements ne vont pas tous dans la bonne direction.

 

Nous n’irons pas voir Trump

Lise et moi en arrivant à Yosemite.

Lise et moi en arrivant à Yosemite.

Ainsi donc, Yves Boisvert n’ira pas passer ses vacances aux États-Unis cette année et Patrick Lagacé se demande s’il ne fera pas la même chose. Pour ma part, je n’ai pas attendu l’opinion de ces deux chroniqueurs vedettes. Dès l’élection du milliardaire aux cheveux jaunes et à la moue légendaire, ma campagne et moi avions décidé de bouder la grande Trumperie. Pas question de mettre les pieds dans un pays qui venait d’élire, presque à 50 %, un « narcissique malveillant », comme le décrivent de nombreux psychiatres, un homme dangereux qui va accroître les inégalités déjà criantes, faire monter les préjugés, les divisions et la haine, relancer la course aux armements et faire reculer la cause écologique d’un siècle.

Heureusement pour nous, nos grands voyages aux États-Unis étaient déjà faits. À la fin de 2013, nous avions quitté Montréal pour 18 mois, passés en majeure partie chez l’Oncle Sam, 18 mois au cours desquels nous avons eu le bonheur de visiter les canyons de l’Arizona et de l’Utah, la Vallée de la Mort, Yosemite et le parc des Séquoias, entre autres merveilles. Comme le souligne Lagacé, c’est un bien beau pays.

Puis après quelques mois dans la métropole, nous avions repris la route du Sud pour l’hiver 2015-2016. C’est là que nous avons senti la montée du trumpisme. Il y avait déjà dans l’air un je-ne-sais-quoi d’irrespirable. Nous patienterons jusqu’à ce que l’atmosphère redevienne vivable, dussions-nous attendre plusieurs années.

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