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Archives de la catégorie ‘Cinéma’

Enfin de retour au cinoche !

Les deux comédiennes principales, Anne Dorval et Leanna Chea, sont d’autant plus remarquables que, dans cette histoire d’adoption, les silences sont au moins aussi importants que les dialogues.

Premier jour, première représentation : nous étions là, Lise et moi, pour la réouverture des cinémas. Pour des passionnés du septième art, rien de plus normal. Netflix, c’est bien, bien sûr, mais surtout pour les séries. Pour le cinoche, le vrai, rien ne remplace le grand écran.

Nous n’étions qu’une poignée au Cineplex Odéon, ce qui ne m’a pas surpris. Le retour du public risque de prendre du temps. Je le crains d’autant plus que je ne voudrais pas voir les salles disparaître. Le septième art survivrait sans doute. Mais malgré l’amélioration constante des téléviseurs (nous venons d’acheter un 8 K), il serait triste que le cinéma y soit confiné.

J’aimerais dire à ceux et celles qui craignent le retour dans les salles obscures qu’il est bien plus simple de s’y rendre, au temps du coronavirus, que d’aller magasiner ou de visiter un musée. En achetant vos billets, vous choisissez vos places, lesquelles sont programmées de façon à ce que vous ne soyez pas trop proches les uns des autres. Ma compagne et moi avons porté un couvre-visage à l’entrée et à la sortie, mais nous l’avons enlevé pendant la projection.

À la sortie, nous sommes allées célébrer ce grand moment de déconfinement en allant prendre un cappuccino au soya sur la terrasse du Végo, dans la rue Saint-Denis piétonne. Un très beau temps, vraiment !

Pour ce qui est de « 14 jours et 12 nuits », c’est un beau film, lent, attachant et touchant. Les résumés que j’ai lus en disent trop, à mon avis. Aussi, je ne vous raconterai pas ce qui s’y passe, sinon pour vous dire que l’action (et souvent l’inaction) se déroule au Vietnam, avec des retours en arrière au Bic, dans le Bas-du-Fleuve. Les deux comédiennes principales, Anne Dorval et Leanna Chea, sont d’autant plus remarquables que, dans cette histoire d’adoption, les silences sont au moins aussi importants que les dialogues.

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De Simenon à « La casa de papel »

J’avais envie depuis un bon moment de relire un Simenon. Je ne me rappelle pas avoir fréquenté le commissaire Maigret depuis 50 ans. Comme mon ami Jean-Luc, dont les goûts littéraires sont très sûrs, avait placé « Le port des brumes » dans sa liste de 10 meilleurs romans, c’est celui-là que j’ai choisi.

Je ne suis pas mécontent d’avoir retrouvé le plus célèbre des auteurs francophones de polars et son enquêteur vedette. J’ai retrouvé ce qui fait le charme de Simenon : le style limpide, la création subtile des atmosphères, les dialogues savoureux, les personnages forts, la description juste des états d’âme, les intrigues simples mais fines, dénouées avec art.

Pourtant, je n’ai pu m’empêcher de penser qu’il y a dans les romans de Simenon des éléments qui datent. À commencer par sa peinture très stéréotypée des dames. Ou elles sont sans charme, revêches, aigries, et acariâtres. Ou elles sont mignonnes, mais alors elles sont émotives, en pâmoison ou en hyperventilation, promptes à s’évanouir pour un rien, incapables d’actions et de décisions. De bien faibles créatures ! Mais ne parlait-on pas à l’époque du sexe faible ? Les caractères forts, en tout cas, sont chez Simenon des hommes.

Dans la France de 1932, il est vrai, les femmes n’occupaient pas la place qu’elles ont prise aujourd’hui. Reste qu’il y a chez notre célèbre romancier une vision plutôt machiste de la femme, vision qui à mon sens n’a pas très bien vieilli.

  • Le port des brumes ***1/2

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Quarantaine : jour 11

« Isi et Ossi », une comédie sentimentale à l’allemande.

La plupart des films dont je parle aujourd’hui ont été vus, comme les séries du carnet d’hier, sur Netflix. Ce n’est pas que je veuille faire la promotion de ce géant, qui n’en a pas besoin. Reste que, en ces temps de confinement où les salles sont fermées, je ne connais pas de meilleures façons de me nourrir de cinéma.

D’ailleurs, l’offre de cette plateforme est si grande que, lorsque nous allons déménager cet été, il est fort possible que je ne me réabonne pas au câble, la télé ordinaire m’intéressant fort peu de toute façon.

Je n’ai pas vu de grandes réalisations au cours des dernières semaines. En fait, les séries étaient d’un meilleur niveau. Il faut dire que nous avons évité, temps de crise oblige, les films sombres, ce qui limite le choix. Il faut ajouter que les bonnes comédies sont rares. Il faut dire enfin que le cinéma sur un téléviseur, c’est forcément un pis-aller, les longs métrages, contrairement aux séries, étant généralement conçus pour le grand écran.

Voici néanmoins quelques films qui m’ont plu.

« Isi et Ossi » commence comme une sociale à l’italienne. Mais après une première demi-heure sur les chapeaux de roue, ce film allemand se transforme peu à peu en une comédie sentimentale, mais sans pour autant décevoir. Même si la seconde moitié est moins originale, elle se laisse regarder agréablement. On y croit, à cette attirance improbable entre une richissime héritière et un jeune boxeur paumé. Le personnage du grand-père taulard est génial.

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Quarantaine : jour 10

Si on m’avait dit que j’adorerais une série qui se déroule chez les haridim (les « Craignant-Dieu »), j’en aurais été le premier surpris. Mais ce que « Shtisel » m’a fait découvrir, c’est que, au-delà des différences criantes et des divergences fondamentales, j’ai plus en commun avec les membres de cette communauté que je l’aurais cru.

Cette série israélienne, que diffuse Netflix et qui s’étend sur deux saisons, nous amène au cœur d’une famille ultra-orthodoxe de Jérusalem. On suit plus particulièrement le père Shulem, et son fils Akiva, lequel s’intéresse plus à l’art qu’à la Torah et qui veut bien se marier, mais avec une femme qu’il aimerait. On imaginera facilement que cette attitude inorthodoxe suscitera des conflits incessants.

« Shtisel » ne gomme pas l’intégrisme de cette communauté réunie autour des rabbins. Son rejet de la modernité, sa piété obsessive et scrupuleuse, son isolement même en Israël, sa méfiance, voire son hostilité à l’égard des autres groupes, la place presque exclusive accordée à la religion, rien de cela n’est caché.

Mais les scénaristes nous amènent à découvrir, au-delà de la religion, des êtres humains qui aiment, veulent être aimés, rient, souffrent, voire qui prennent plaisir à manger, boire, rire ou chanter.

La série est bien écrite, bien réalisée et les acteurs sont mieux que bons. J’ajoute qu’il y a dans « Shtisel » beaucoup d’humour. Bref, une très belle surprise !

– Shtisel ****1/2

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Mes films de l’année 2019

(1) Parasite ****1/2

Comment définir cet étonnant « Parasite » ? Je l’ai vu comme une comédie noire. Le réalisateur, lui, présente son œuvre comme « une tragicomédie impitoyable et cruelle ». Quelle que soit la définition retenue, disons que le nouvel opus du réalisateur sud-coréen appartient à un genre casse-gueule, particulièrement difficile à maîtriser. Mais quand c’est réussi, et c’est le cas ici, c’est absolument jubilatoire !

On trouve dans ce bijou de film, le meilleur de l’année 2019 à mon sens, des influences multiples, mais bien assumées. On pense, bien entendu, aux frères Cohen, notamment à ce chef-d’œuvre qu’est « Fargo », à Quentin Tarantino pour la violence stylisée, à Woodie Allen pour l’humour philosophique, ou encore au Ettore Scola de « Affreux, sales et méchants » pour l’humour sociologique. Comme on le voit, on est en bonne compagnie.

(2) Dolor y Gloria ****1/2

À Cannes, « Douleur et gloire » s’est fait doubler par « Parasite ». Le dernier-né de Pedro Almodovar risque de se faire jouer le même tour pour l’Oscar du meilleur film étranger. C’est pourtant un grand film, un des meilleurs du réalisateur espagnol. Il est sans doute moins déjanté que des œuvres comme « Parle avec elle » ou « Talons aiguilles », mais plus personnel, toujours juste, généreux et sincère, très touchant et d’une grande tendresse.

Almodovar a choisi de nous raconter une histoire faite de souvenirs de sa propre vie. Antonio Banderas se glisse brillamment dans la peau de ce réalisateur célèbre, malade et vieillissant, qui réfléchit sur l’existence.

Le film est traversé par une Penelope Cruz particulièrement solaire. Elle y joue le rôle de la mère du réalisateur quand il était enfant.

(3) Les éblouis ****1/2

Ce long métrage pourrait avoir pour sous-titre : « Comment une secte qui vous promet le ciel vous mène tout droit en enfer ». L’histoire que nous raconte la comédienne Sarah Suco, dans son premier film comme réalisatrice, est beaucoup inspirée de la sienne. On y suit un couple bien-pensant, ébloui et aveuglé, qui entraîne ses trois enfants dans une petite communauté spirituelle où vivent côte à côte prêtres, religieux et laïques. Le glissement devient vite insidieux, anxiogène et toxique, notamment pour les enfants qui, embrigadés par la force des choses, se retrouvent incapables de mener une vie normale. C’est un récit-choc dont je suis sorti secoué et ébranlé.

Sarah Suco a su tirer de son enfance un scénario bouleversant, oppressant et suffocant. Et elle a su mener ses interprètes à de grandes performances. Camille Cottin, connue pour ses comédies, se dépasse dans ce contre-emploi de mère catho inconsciente. Mais Céleste Brunnquell, en adolescente qui veut sauver ses frères, Éric Caravaca, en père faible et bien intentionné, et Jean-Pierre Darroussin, en chef spirituel autoritaire, sont eux aussi extraordinaires.

(4) Les misérables ****

Vous voulez saisir ce qui se passe dans les quartiers dits sensibles de la banlieue de Paris, où la police craint de se rendre et où sont parqués Maghrébins et Africains, allez voir ce film coup de poing. C’est mieux qu’un traité de sociologie.

Ladj Ly, qui est né dans ces quartiers et qui y vit toujours, a créé une fiction basée sur des choses vécues, notamment sur l’arrivée d’un nouveau flic et sur l’histoire d’un drone qui surveille le travail des policiers.

Pendant la première partie du film, on se balade dans un milieu que l’on découvre. C’est filmé sans clichés sur la banlieue, sans simplification outrancière et sans manichéisme. Comme le dit le réalisateur, ce n’est pas « les gentils jeunes contre les méchants flics ou le contraire ». Ly montre sans juger. Les gens, dit-il encore, sont « tour à tour sympas, dégueulasses, humains ».

Puis brusquement, tout s’accélère, tout devient dur et brutal. La tension, presque insoutenable, monte de plusieurs crans. Du grand cinéma, digne de s’appeler « Les misérables » !

(5) Le meilleur reste à venir ****

J’ai écrit récemment, en commentant « La belle époque », que pour les films qui reposent sur une bonne idée, mais sur une seule, deux heures, c’est trop long. J’ai craint que ce soit également le cas du « Meilleur reste à venir ». Mais cette fois, le scénario tient la distance, sans s’épuiser.

Le point de départ, pourtant, était assez mince : à la suite d’un énorme malentendu, un ami est convaincu que son pote est sur le point de mourir. Mais les réalisateurs et scénaristes Alexandre de La Pattelière et Matthieu Delaporte parviennent à faire de cette comédie de situation un petit chef-d’œuvre d’humour et de tendresse, sur l’âge et la maladie, sur l’amitié et l’amour, où l’on rit beaucoup et où parfois on pleure. J’adore !

La réussite repose sur un scénario bien ficelé et sur des dialogues à la française, percutants comme je les aime, sans le moindre remplissage. Mais elle tient aussi au jeu génial de Fabrice Luchini et de Patrick Bruel, qui nous convainquent en quelques plans de la solidité de leur improbable amitié. Le premier se glisse dans la peau d’un de ces névrosés dont il a le secret ; le second incarne avec brio le raté flamboyant et sympathique.

Une magnifique surprise ! La critique française a un peu boudé son plaisir. Ne boudez surtout pas le vôtre.

(6) Nous finirons ensemble ****

La critique française et la critique québécoise ont également snobé « Nous finirons ensemble », jugé trop petit-bourgeois. En revanche, dans la Belle Province comme dans l’Hexagone, les spectateurs ont été ravis de redécouvrir la bande d’amis neuf ans plus tard. C’est aussi mon cas. D’autant que la suite, chose rare, m’a paru supérieure au premier opus. Un critique a reproché à ce film d’osciller entre le drame et la comédie. C’est justement ce qui m’a plu. Canet a su faire revivre sa bande de potes en dosant finement rires et émotions. Dans « Nous finirons ensemble », il est toujours question d’amitié, de fidélité, de séparations, d’accidents de la vie, mais avec au compteur une dizaine d’années de plus. C’est tantôt drôle, tantôt touchant, mais ça fait toujours du bien !

(7) Tout ce qu’il me reste de la révolution ****

Quelle belle surprise que ce « Tout ce qu’il me reste de la révolution » ! Elle prouve au moins deux choses. Primo, il n’est pas indispensable de disposer de grands moyens pour produire un grand film : un bon scénario et de bons comédiens suffisent. Surtout, un bon scénario. Secundo, on peut aborder les sujets les plus graves avec grâce et légèreté, comme nous le prouve la scénariste Judith Davis, qui est aussi réalisatrice et comédienne principale (quel talent !). La thématique du film est riche. Il y est question, entre autres, des luttes idéalistes des années 60-70, du difficile militantisme d’aujourd’hui, de parentalité, d’amour et d’amitié. Mais un thème ressort encore davantage : le monde du travail, vu comme précaire ou comme aliénant. Mais on ne se prend pas pour autant la tête. On rit beaucoup, surtout au début. Puis à la fin, on est ému aux larmes. « Tout ce qu’il me reste de la révolution » est une comédie politique pleine d’humour et d’amour. Un petit bijou, qui fait lui aussi du bien !

(8) Antigone ****

Pour créer son « Antigone » des temps modernes, Sophie Deraspe s’est inspirée à la fois de la célèbre pièce de Sophocle et de l’affaire Fredy Villanueva, mort en 2008 d’une bavure policière à Montréal-Nord. La réalisatrice s’est donc permis beaucoup de libertés par rapport au mythe originel. Mais elle a conservé l’essentiel : Antigone, la sœur cadette, se dressant devant une justice injuste et plaçant son amour pour la fratrie au-dessus des lois des hommes.

L’opération était risquée, d’autant que le chef-d’œuvre de Sophocle a déjà été repris par des auteurs aussi imposants qu’Anouilh et Brecht. Mais l’audace de Deraspe a été récompensée. Son « Antigone » est à mon avis un des films les plus forts du cinéma québécois.

(9) Il pleuvait des oiseaux ****

Je craignais un peu que le long métrage ne soit pas à la hauteur de l’excellent roman de Jocelyne Saucier, même si Louise Archambault, à qui on doit le touchant « Gabrielle », m’inspirait confiance. Habituellement, je préfère voir le film d’abord. Les adaptations sont souvent décevantes. Mais dès que j’ai su que les principaux personnages allaient être joués par Andrée Lachapelle, Gilbert Sicotte et Remy Gérard, j’ai été rassuré. Non seulement parce que ce sont de formidables acteurs, mais parce que tous les trois avaient le physique de l’emploi.

La réalisatrice s’est montrée fidèle à l’œuvre, même si elle s’est permis quelques libertés. J’ai trouvé son adaptation très touchante. J’en suis heureux, car le roman de Jocelyne Saucier méritait une mise en images aussi respectueuse.

(10) Ma vie avec John F. Donovan ****

« Ma vie avec John F. Donovan » a été si mal accueilli par la critique nord-américaine, lors de sa sortie au Festival de Toronto, que je redoutais un bide complet. En France, il est vrai, le film a été mieux reçu, même si la critique est plutôt divisée. Pour me faire ma propre opinion, je me suis finalement décidé à voir cette œuvre qu’on descend en flammes ou qu’on porte aux nues. Mon avis : de tous les films du jeune Québécois surdoué, c’est mon préféré ! Le scénario est inspiré, raconte-t-on, de la vie de Xavier Dolan lui-même. À huit ans, il a écrit une lettre à son idole Leonardo DiCaprio, qui ne lui a pas répondu. Mais dans « Ma vie avec John F. Donovan », la lettre ne reste pas sans réponse. La vedette de cinéma et son jeune admirateur entreprennent même une correspondance qui s’étend sur plusieurs années et devient la trame du film. Pour peu qu’on aime le style de Dolan, c’est tout à fait réussi. « Ma vie avec John F. Donovan » est de bout en bout un film inspiré, profond et prenant. Excellent metteur en scène, le Québécois a très bien dirigé ses interprètes, dont plusieurs sont des stars du cinéma américain.

 

The Crown : on a volé ma reine !

Ci-dessus, Claire Foy en Élisabeth II. Ci-dessous, sa remplaçante Olivia Colman.

Je n’aurais jamais cru me passionner pour une série qui raconte la vie de la reine Élisabeth II et de son entourage. Pour les Québécois de ma génération, la reine d’Angleterre, c’est le samedi de la matraque et une photo à chapeau, pas très attrayante, sur la monnaie canadienne. Mais le créateur de la série, Peter Morgan, connaît bien son sujet et sait le rendre captivant.

Claire Foy, qui incarne Élisabeth pour les deux premières années, y est pour beaucoup. Par son jeu subtil, l’actrice a su donner profondeur, complexité et même charme au personnage de la reine. Elle parvient à être réservée et effacée, comme le lui commande son rôle de représentante de la monarchie, tout en se montrant par ailleurs curieuse, attentive et attachante.

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Une « Belle Époque » un peu décevante

Daniel Auteuil et Guillaume Canet.

Comme tous les films qui reposent sur une bonne idée, mais sur une seule, deux heures, c’est trop long. Rapidement, l’idée qui paraissait géniale s’épuise, laissant dans son sillage des longueurs, des trous, des chutes de rythme, des temps morts et un peu d’ennui. C’est ce qui arrive avec cette « Belle Époque » où un homme âgé revit, grâce à la magie d’une reconstitution en studio, l’heureux jour où il a rencontré sa femme en 1974.

Doria Tillier : le sourire plus radieux depuis la Julia Roberts de « Pretty Woman ».

C’est loin d’être mauvais. Il y a même çà et là de beaux moments de cinéma, parfois drôles, parfais touchants. Mais ce n’est pas un grand film. Les « réussite totale » et autres « absolument magistral » qu’a lancés une partie de la critique ne me paraissent absolument pas mérités. D’autant que la fin est banale, sage et vertueuse. La morale est sauve. Bref, je suis un peu déçu et vous m’en voyez désolé, car j’attendais davantage de ce deuxième film de Nicolas Bedos.

Cela dit, les comédiens sont excellents. À commencer par Daniel Auteuil, qui trouve ici un rôle à la mesure de son talent. Guillaume Canet, que je n’aime pas toujours comme comédien, est excellent dans ce personnage de producteur qui se prend pour Dieu. Et la sublime Doria Tillier illumine l’écran dès qu’elle apparaît. Le cinéma n’avait pas connu de sourire plus radieux depuis la Julia Roberts de « Pretty Woman ».

L’« Antigone » de Sophie Deraspe, un pari risqué et réussi !

Nahéma Ricci, une grande Antigone.

Pour créer son « Antigone », Sophie Deraspe s’est inspirée à la fois de la célèbre pièce de Sophocle et de l’affaire Fredy Villanueva, mort en 2008 d’une bavure policière à Montréal-Nord. C’est en effet en voyant une interview d’une des sœurs du jeune homme tué par un policier que la cinéaste québécoise a imaginé cette Antigone des temps modernes. Dans cette nouvelle version, le frère aîné tombe aussi sous la balle d’un agent et le frère cadet est menacé d’expulsion.

Sophie Deraspe s’est donc permis beaucoup de libertés par rapport au mythe originel. Mais elle a conservé l’essentiel : Antigone, la sœur cadette, se dressant devant une justice qu’elle juge injuste et mettant son amour pour la fratrie au-dessus des lois des hommes.

L’opération était risquée, d’autant que le chef-d’œuvre de Sophocle a déjà été repris par des auteurs aussi imposants qu’Anouilh et Brecht. Mais l’audace de Deraspe a été récompensée. Son « Antigone » est à mon avis un des films les plus forts du cinéma québécois.

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Petit éloge du cinéma français ou pourquoi Scorsese a raison

Ladj Ly a remporté le Prix du jury à Cannes pour «Les misérables», film qui représentera la France aux Oscars.

Comme chaque année au début du mois de novembre, je me rends chaque jour au cinéma Impérial pour le festival Cinémania, qui célèbre depuis 25 ans le cinéma francophone. Parfois, quand je fais la file, qui n’avance désespérément pas alors que le vent souffle des glaciers polaires à travers les édifices du centre-ville, je me demande ce que je suis venu faire là. Mais dès que je pénètre dans la belle salle de la rue Bleury, la bonne humeur revient.

Il est évidemment trop tôt pour tirer un bilan de Cinémania 2019. Mais après avoir vu quatre films, je ne peux m’empêcher de penser à la polémique créée par Martin Scorsese, pour qui les films de super-héros en général et les Marvel en particulier ne sont pas vraiment du cinéma. Pour le réalisateur de « Taxi Driver », il s’agit plutôt de spectacles de parcs d’attractions. Pour ma part, je dirais que si ces superproductions coûteuses sont du cinéma, c’est du cinéma produit en usine sur de grandes chaînes de montage. Leur public, c’est le monde entier, qu’on réunit par le plus petit dénominateur commun.

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« Parasite », une palme d’or bien méritée

Bong Joon Ho a supplié les journalistes de ne pas mentionner ce qui va se passer après que le fils et la fille ont commencé à travailler chez les Park, une famille de riches en Corée du Sud. Je respecterai volontiers sa volonté de ne rien divulgâcher, car l’intrigue, après un début lent, s’accélère, réservant aux spectateurs bien des surprises et bien des rebondissements. Plaisir assuré ! Je me bornerai à dire qu’on a affaire une famille de Bougon. Mais des Bougon qui auraient de la classe et dont les membres seraient brillants, ce qui nous mène bien loin de la télésérie québécoise.

Comment définir cet étonnant « Parasite » ? Je l’ai vu comme une comédie noire. Le réalisateur, lui, présente son œuvre comme « une tragicomédie impitoyable et cruelle ». Ailleurs, il la définit « comme une comédie sans clowns, une tragédie sans méchants ». Quelle que soit la définition retenue, disons que le nouvel opus du réalisateur sud-coréen appartient à un genre casse-gueule, particulièrement difficile à maîtriser. Mais quand c’est réussi, et c’est le cas ici, c’est absolument jubilatoire !

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