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Archives de juin, 2018

Pourquoi Montréal boude le cinéma québécois

Les blagues lancées par Michel Côté et Louis-José Houde ont fait beaucoup rire hors métropole.

Dans La Presse+ du 20 juin, André Duchesne nous apprenait d’intéressantes statistiques sur le cinéma québécois. Selon un rapport de l’Observatoire de la culture et des communications du Québec, notre cinéma national est moins populaire à Montréal qu’en région. Et la différence n’est pas minime. Prenez De père en flic 2 : dans 13 des 16 régions administratives de la Belle Province, ce film est arrivé en première place en 2017, devançant même les grands succès américains. Mais dans la métropole, la comédie d’Émile Gaudreault glisse au 30e rang. Toute une chute !

Mon ex-collègue a interrogé la productrice Denise Robert sur ce phénomène. Sans surprise, elle a trouvé une série de plates excuses. Ainsi, il n’y aurait pas « tant de salles pour le cinéma québécois » à Montréal. On se demande si elle a déjà visité les petites villes du Québec, où il n’y a souvent qu’un cinéma. La productrice a aussi souligné que la fréquentation des salles était basse en juillet, au moment où son grand succès est sorti dans la métropole. Et « à cela, a-t-elle enchaîné sans rire, s’ajoutent la congestion routière et les travaux. » C’est vraiment du grand n’importe quoi !

J’ai pour ma part une explication bien différente. De père en flic 2 est non seulement un film québécois. C’est aussi une œuvre écrite, tournée et jouée en québécois. Sans sous-titres, elle est incompréhensible dans le reste de la francophonie. Comme l’est d’ailleurs, il faut bien le dire, la majeure partie de notre cinéma. J’en vois faire la grimace. Et pourtant, ce n’est pas une accusation, c’est un fait. Sans sous-titres, même les Français les plus québécophiles ne comprennent que dalle à des œuvres comme Mommy ou J’ai tué ma mère. Alors, imaginez les Maghrébins ou les Africains.

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Un monde fou, fou, fou

Plus Trump se montre brutal, erratique, dangereux et dément, plus sa popularité monte.

Il faut avoir un moral d’acier ou une bonne dose d’indifférence pour suivre les actualités en ce moment. Prenez seulement l’enregistrement audio réalisé à l’intérieur d’un des centres de rétention pour enfants de migrants au Texas. On peut entendre, raconte Richard Hétu sur son excellent blogue, des pleurs des enfants et des blagues d’un agent frontalier qui dit : « Nous avons un orchestre ici. Tout ce qui manque, c’est un chef ! »

Pourtant, un chef, il y en a un. Il se nomme Donald Trump et trône à la Maison-Blanche, d’où il a orchestré cette triste misère. Plus de 2000 enfants ont déjà été séparés de leurs parents depuis que celui qu’on appelle « le chef du monde libre » a décrété la tolérance zéro en matière d’immigration clandestine.

Dire que les « peace and love » des années 60 pensaient qu’en 2018, à l’ère du Verseau, le monde vivrait dans la paix et l’amour. Il faut avouer que nous nous sommes complètement fourvoyés.

Dès le début de l’année, j’avais prédit que la deuxième année de Trump serait plus terrible encore que la première. « Les évangéliques qui l’ont porté au pouvoir vont devoir sortir les pancartes La fin du monde est proche avant la fin de l’année », avais-je écrit. Reste que ce nouvel exemple de son inhumanité me fait plus mal encore, sans doute parce qu’il touche des enfants.

Mais ce qui me scie les jambes, c’est que, plus il se montre brutal, erratique, dangereux et dément, plus sa popularité monte. Elle atteint maintenant 45 %, en hausse de cinq points, un record personnel qui me fait craindre qu’on ait à subir ses frasques jusqu’en 2024.

Mais fort heureusement, la vie ne se limite pas aux folies trumpiennes. Ma compagne et moi avons passé la journée de lundi à choisir un appartement à Marseille, où nous irons séjourner l’hiver prochain. Nous avons le choix entre la vue sur le port de la ville et la vue sur la Méditerranée, un dilemme qui n’a absolument rien de cornélien.

Ce monde est devenu fou. Mais il me semble que j’en verrai plutôt l’immense beauté en admirant les couchers de soleil sur la Grande bleue, assis sur la terrasse aux côtés de mon amoureuse, un verre de rouge du Languedoc à la main. Nous avons bien besoin d’un antidote.

J’irai admirer à Marseille les couchers de soleil sur la Grande bleue.

 

Scène de la vie montréalaise : un café glacé

Depuis mon retour de Paris, j’ai pris l’habitude, comme on le fait en France, de dire « sur place » quand je commande un café que je désire boire sans l’emporter. La formulation me paraît plus élégante et moins calquée sur l’anglais que « pour ici ». C’est ce que j’ai fait encore cette semaine dans un café du Ghetto McGill.

J’ai remarqué que le français de la barista était un peu boiteux, mais sans plus. Après tout, ce n’est pas si étonnant dans un quartier montréalais situé près de l’Université McGill et en bonne partie anglophone. J’aurais cependant dû tiquer quand elle m’a demandé, de façon un peu hésitante, si c’était « pour ici » puisque je venais de le préciser.

Je suis allé m’asseoir. Le temps m’a semblé un peu long. C’était, j’imagine, le temps qu’il a fallu pour refroidir l’expresso, car lorsqu’il a fini par arriver, il était rempli, à ma grande surprise, de glaçons. La barista avait compris « sur glace » et non « sur place ».

« FIRST REFORMED », SOMBRE ET REMARQUABLE

Ethan Hawke et Amanda Seyfried.

J’aurais volontiers donné quatre étoiles et demie à « First Reformed », mais sa fin en queue de poisson m’oblige à une certaine retenue. Il me semble que Paul Schrader ne savait pas comment achever son drame. Il a sans doute songé à un dénouement apocalyptique, mais c’eût été trop fort. Alors, il a laissé la fin ouverte. Mais souvent, une fin ouverte cache une fin inachevée. C’est l’impression que l’on a ici. Dommage, car jusqu’aux derniers plans, j’ai été totalement séduit par cet opus sombre et austère sur les tourments d’un pasteur.

Ce dernier a décidé de confier les grandes questions existentielles qui le déchirent à un journal intime, en espérant y trouver la paix de l’âme. Il y est beaucoup question de sa relation avec une jeune femme enceinte, qui lui a demandé de rencontrer son mari, un militant écologiste que ses actions ont mené en prison. L’homme est un désespéré qui croit la planète en si mauvais état qu’il ne voit plus l’intérêt de donner la vie à un enfant. « Dieu nous pardonnera-t-il tout le mal que l’on fait à sa création ? » demande-t-il au pasteur.

Grande question qui finit à son tour par obséder cet homme d’Église déjà secoué par le fait que son fils est allé mourir en Irak pour une guerre « moralement condamnable ». Tout le film pose la question : peut-on conserver l’espérance dans un monde qui semble sans espoir ?

Comme vous pouvez le voir, ce n’est pas le genre de film qu’on va voir pour se divertir. Mais si vous aimez les  œuvres fortes, capables d’aborder de front les grandes préoccupations contemporaines, « First Reformed » vous touchera sans doute. D’autant que Ethan Hawke, en pasteur torturé, joue un des grands rôles d’une carrière remarquable qui en compte déjà pas mal.

UN FAUX CHEF-D’OEUVRE

Je suis allé voir « Les fantômes d’Ismaël » un peu méfiant, car si les critiques français ont adoré ce film, le public, lui, a détesté. Les premiers, en effet, accordent quatre sur cinq étoiles à ce film d’Arnaud Desplechin, alors que les spectateurs ne lui en donnent que deux ; 27 % des gens ne lui en concèdent même qu’une. Je veux bien croire que certains films remarquables ne sont pas grand public. Mais une telle différence d’avis entre la bobosphère et Monsieur Tout-le-Monde me m’inspirait pas confiance.

J’avais bien raison. Le film, pourtant, démarre assez bien. Le retour d’une femme disparue 21 ans plus tôt et qu’on croyait morte constituait un point de départ qui me semblait riche. Mais après une première demi-heure intrigante, le scénario s’égare, part dans toutes les directions, devient de plus en plus confus avant de sombrer définitivement dans le ridicule. Ce dernier, contrairement à ce que l’on dit, ne tue pas, mais il ennuie beaucoup. La première partie terminée, je n’ai cessé de bâiller.

Ma seule consolation : avoir revu Marion Cotillard, dont je suis fan fini. Non qu’elle joue ici un de ses grands rôles ; le scénario est bien trop bancal. Mais un film dans lequel elle apparaît ne peut être complètement nul. Malgré tout, il faut bien convenir, comme le dit un commentateur d’Allociné, que ce long métrage est « creux, ennuyeux, boursouflé, sans ni queue ni tête ».

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