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Archives de mai, 2019

« Jusqu’ici tout va bien » : nous aussi !

Gilles Lellouche s’impose de plus en plus comme un des meilleurs comédiens de sa génération.

Voilà un beau sujet casse-gueule : une agence de communication, bien établie à Paris, doit déménager dans une de ces banlieues dites sensibles par suite d’un contrôle fiscal accablant. Mais on a vu avec « La vache » que Mohamed Hamadi est capable de faire rire en abordant des sujets délicats. Ce Français d’origine algérienne sait marcher sur un fil.

Il nous amène donc cette fois à La Courneuve, où Fred et sa bande devront poursuivre leur carrière tout en embauchant des jeunes du coin. Un beau choc des cultures en perspective, riche en rebondissements certes, mais périlleux, où le scénario risque de dégringoler à tout instant. Le réalisateur-scénariste devait décrire cette banlieue de façon sympathique, sans pour autant gommer ses problèmes de délinquance, de violences urbaines, de règlements de compte et de dealers. Mission réussie. Hamadi se rend jusqu’au bout, sans faux pas. C’est joyeux, enlevé, drôle. On sort de « Jusqu’ici tout va bien » plus heureux que lorsqu’on est entré ; ce n’est pas rien.

Il faut dire que Hamadi a réuni pour son nouvel opus une belle brochette de comédiens, menée par Gilles Lellouche, qui s’impose de plus en plus comme un des meilleurs comédiens de sa génération.

En revanche, j’ai trouvé à demi-réussi « The White Crow », le biopic consacré à Rudolf Noureev. Les scénaristes ont eu la bonne idée de se limiter à la première partie de la vie du grand danseur et chorégraphe. Elle se termine de façon spectaculaire par sa demande d’asile politique en 1961, en pleine Guerre froide, dans un aéroport de Paris. Mais la réalisation, comme dans beaucoup de films américains, est plutôt académique. L’action traîne parfois en longueur, notamment dans la première heure. Il faut attendre la grande scène de l’aéroport du Bourget pour que le film monte enfin en intensité.

Je dois reconnaître, en revanche, que le caractère oppressant du régime soviétique est bien décrit et que le danseur Oleg Ivenko est très crédible en Noureev.

Le danseur Oleg Ivenko est très crédible en Noureev.

« Jusqu’ici tout va bien » ****

« The White Crow » ***

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Paris sans magie

Vu de notre appartement, le ciel de Paris était bien gris ce matin.

Le feu est sur le point de virer au rouge. Une mère et son enfant à trottinette traversent néanmoins l’intersection, sans doute pour rejoindre le mari, déjà rendu de l’autre côté. En sens inverse, un motocycliste appuie violemment sur son klaxon tout en fonçant sur la mère et l’enfant, qu’il frôle intentionnellement, histoire sans doute de leur apprendre la vie dans la métropole. Lise et moi, on se regarde incrédules et un brin découragés.

C’est un acte individuel, bien sûr ; je me garderai donc de généraliser. Reste que cette scène décrit bien, à mes yeux, l’atmosphère viciée de Paris cette année. Il y a dans l’air, outre les particules fines qui piquent les yeux et font tousser, un fond d’agressivité qu’on sent un peu partout, particulièrement dans les rues.

Lorsqu’un feu passe au vert, par exemple, si le premier conducteur a le malheur d’être un peu distrait ou un peu lent, ne serait-ce qu’une seconde ou deux, il se fait inévitablement klaxonner. Ce qui frappe quand on marche dans Paris, outre le bruit irritant des motos, qui foncent comme des dingues à travers les autos, c’est ce concert incessant de coups de klaxon. Je ne suis pas sûr qu’Yves Montand chanterait encore : « J’aime marcher sur les grands boulevards. » Il y encore « tant de choses à voir », certes. Mais quand on est piéton, il faut faire gaffe au coin des rues, où les motards ne respectent pas notre priorité. Les automobilistes, eux, s’arrêtent, mais à condition que le feu soit rouge. Aux passages piétons, vaut mieux rester prudent.

(suite…)

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