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Archives de avril, 2016

Un vagabond idéologique

Pour qui votez-vous, a-t-on demandé au comédien Fabrice Luchini, qui a répondu à corsematin.com avec un brin de cabotinage : « Tout dépend de l‘heure. Le matin, je peux me lever extraordinairement réactionnaire. Vers 14 h, j‘ai un élan humain. Et vers 16 h, je redeviens pessimiste. Je suis un vagabond idéologique.» Vagabond idéologique, je n’avais pas encore trouvé mieux pour me définir. Comme lui, je pourrais dire : «Je ne suis pas du tout de droite, mais pas tellement de gauche, non plus.»

Voyons la droite d’abord. Bien sûr, je n’ai pas d’atomes crochus avec elle. Il y a quelques années, je me suis intéressé au mouvement Occupons Wall Street, qui dénonçait les abus du capitalisme financier et qui mettait en relief la richesse indécente de un pour cent de la population. Dans Hell, un roman de Lolita Pile, le personnage principal décrit cette situation avec une insolence désarmante : «Le monde est divisé en deux, il y a vous et puis il y a nous… Nous, nous pouvons tout faire, tout avoir, puisque nous pouvons tout acheter. Nés avec une petite cuiller en argent dans nos bouches VIP, nous enfreignons gaiement toutes les règles car la loi du plus riche est toujours la meilleure.»

Dans le même esprit, j’ai été choqué d’apprendre récemment que les avoirs de 62 personnes égalaient celles de la moitié de l’humanité. C’est-à-dire qu’une poignée d’individus possède autant que trois milliards et demi de personnes. L’ampleur de l’évasion fiscale révélée par les Panama Papers m’a aussi secoué. Je n’ai pas beaucoup la fibre de l’indignation, mais je dirais que c’est révoltant, non!

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Sans auto et sans regret

En caravaning, quand nous nous retrouvions sur des autoroutes à cinq ou six voies, encombrées dans les deux directions, je me disais souvent que je n’aimais pas faire partie de ce monde d’automobiles qui est en train de polluer la planète tout entière. C’est mon côté écolo. Comme vous savez, je ne suis pas très entiché par ces petits gestes qui nous donnent l’illusion qu’on est «tellement vert». Quand je pars faire mes courses avec mes sacs recyclables, ce que je fais consciencieusement depuis des années, je n’ai pas pour autant l’impression d’être en train de sauver la terre. Je suis plutôt partisan des grands changements, et notamment d’une réduction draconienne du nombre de véhicules.

Notre autocaravane vendue, nous avons retrouvé notre vie à pied. Elle avait commencé il y a 25 ans, à notre arrivée à Montréal. Lise m’avait alors dit : «Pourquoi on n’essaierait pas de vivre sans auto.» Nous ne l’avons jamais regretté.

Bien sûr, une telle décision suppose que les transports en commun sont de qualité, ce qui est à peu près le cas dans la métropole, même si la situation pourrait être améliorée. À mon avis, nos gouvernements de banlieusards investissent un peu trop dans les routes et pas assez dans les transports collectifs. Reste que le Plateau, où nous nous sommes d’abord installés, est desservi par trois stations de métro et par au moins six circuits d’autobus.

Dans Griffintown, où nous vivons maintenant, c’est mieux encore, car nous pouvons y faire presque tout à pied. Les boutiques du centre-ville ou de la rue Notre-Dame sont à dix minutes de marche, l’épicerie à cinq, le canal Lachine, où l’on va marcher ou courir, à dix. En vingt minutes, on est au pied du mont Royal ou chez Costco, en vingt-cinq, on se rend au marché Atwater. Notre dentiste, nos pharmaciens, nos coiffeuses et l’esthéticienne de Lise travaillent alentour. Et en prime, en marchant on garde la forme.

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La mode islamique

mode2De plus en plus de marques, y compris de luxe, se lancent sur le marché porteur de la mode islamique, apprenait-on récemment. La nouvelle n’a évidemment pas plu aux obsédés du voile, qui sont rapidement montés au créneau. Ainsi, la ministre française des Droits des femmes, Laurence Rossignol, s’est empressée de qualifier subtilement les femmes qui «choisissent» de porter ces vêtements de « nègres afr…, des nègres américains qui étaient pour l’esclavage».

Pierre Bergé, le président de la Fondation Bergé/Saint-Laurent, a enjoint aux créateurs de «ne pas enfermer les femmes dans des voiles, comme des prisons». Lui préfère «apprendre aux femmes à se dévêtir», sans doute comme ses mannequins maigrichons. Passons vite sur ses arguments les plus risibles. Ainsi, les créateurs de la mode islamique, selon lui, voudraient «faire du fric». «Les convictions doivent passer avant l’argent», a ajouté sans rire le président de l’empire Bergé/Saint-Laurent. Il jure aussi ne pas être islamophobe, étant donné qu’il vit «la plupart du temps au Maroc», comme si le fait de se retirer dans un pays où les impôts sont plutôt légers pour les Français est une grande preuve d’islamophilie.

Sans surprise, la militante féministe de la laïcité, Élisabeth Badinter, a sauté dans le train, appelant au boycott des marques islamiques.

Pendant ce temps, Laurent Sourisseau, dans un éditorial paru dans Charlie Hebdo, associait allégrement voile, alimentation arabe et terrorisme. «Depuis la boulangerie qui vous interdit de manger ce que vous aimiez jusqu’à cette femme qui vous interdit de lui dire que vous la préfériez sans voile, on se sent coupable d’avoir ces pensées. Dès cet instant, le terrorisme commence son travail de sape. La voie est alors tracée pour ce qui arrivera ensuite», écrit-il.

Et enfin, petite cerise sur le gros gâteau de la grande peur de l’islam, qui réunit gauche et droite, Marion Maréchal-Le Pen, de la célèbre famille Le Pen, connue pour sa xénophobie et ses investissements dans les paradis fiscaux, a déclaré que les attentats de Bruxelles ne se seraient pas produits si le Front national avait été au pouvoir.

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Vivre après 69 ans

Savez-vous quand vous êtes devenu vieux? C’est lorsque, sur un site en ligne, vous devez indiquer votre âge par l’intermédiaire d’un menu déroulant. Lorsque le menu apparaît, vous devez remonter loin, loin, comme si vous remontiez le temps, avant de pouvoir cliquer sur l’année de votre naissance. Dans mon cas, 71 ans. Est-ce trop vieux pour continuer à vivre

Peut-être, s’il faut en croire Patrick Lagacé. Dans une de ses chroniques, mon ex-collègue disait ne pas vouloir vivre plus de 69 ans. Cet âge, fait-il remarquer, correspond à peu près à l’espérance de vie en santé pour un homme au Canada. «À 69 ans, écrit-il, tu n’as pas encore subi les affres de la vieillesse. C’est un bel âge pour partir, je trouve, subitement si possible, bien sûr. Ou lentement, mais de préférence en tournant des vidéoclips jusqu’à la fin comme Bowie.»

Évidemment, c’est plus facile à écrire à 44 ans qu’à 71. Mais je ne le reproche pas à Patrick. Il a le mérite de souligner que, «pendant qu’on se pâme sur les bonds prodigieux que les découvertes médicales et hygiéniques ont fait faire à l’espérance de vie en Occident, on se met un peu, beaucoup la tête dans le sable sur la qualité des dernières années de vie».

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