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Archives de août, 2017

Racistes ou non-tolérants ?

Une statue de Robert Edward Lee, personnage controversé qui fut général en chef des armées des États confédérés.

Il y a quelque temps dans La Presse, un anthropologue accusait la rectitude morale et politique d’attiser les tensions et de museler certains points de vue, notamment sur les questions identitaires au Québec. Apparemment, ce qui préoccupait Yann Pineault, c’était moins les attitudes xénophobes, voire racistes, de certains de nos compatriotes que leur dénonciation.

J’ai failli lui répondre, puis je me suis dit que, s’il fallait réagir chaque fois que je lis des banalités ou des balivernes dans les médias, je n’aurais plus le temps de dormir. Mais depuis, il y a eu cet attentat de Charlottesville, où un militant d’extrême droite a foncé en automobile dans la foule, tuant une femme et blessant une vingtaine de manifestants. Et surtout, ces deux discours de Donald Trump renvoyant dos à dos militants antiracistes et suprémacistes blancs.

Je veux bien convenir que le mot raciste est grave et qu’il ne faut pas en abuser. J’ai donc cherché un mot qui conviendrait à notre anthropologue. J’ai d’abord opté pour personne-qui-n’aime-ni-les-noirs-ni-les-musulmans-ni-les-juifs-ni-les-immigrants-mais-qui-n’est-pas-raciste. Mais c’était un peu long, d’autant qu’au Québec il faudrait ajouter les anglos à la liste. J’ai  ensuite essayé non-tolérant (comme ont dit non-voyant) ou mal-acceptant (comme on dit mal-entendant). Puis, j’ai pensé à xénophobe anonyme, mais nos patriotards sont sortis du placard depuis l’apparition d’un président proche du Ku Klux Klan. Rien ne collant vraiment, je suis revenu à raciste. C’est un terme fort, il est vrai, mais il désigne bien une « attitude inégalitaire d’hostilité à l’égard d’un groupe ethnique ou d’un groupe social ». Selon le contexte, les mots xénophobe, suprémaciste ou ségrégationniste peuvent aussi convenir.

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Sommes-nous « envahis » ?

Aujourd’hui dans La Presse, une dame disait craindre de ne pas reconnaître son pays dans 20 ans devant l’arrivée massive de demandeurs d’asile haïtiens en provenance des États-Unis. J’ai envie de suggérer à cette résidante du Vieux-Boucherville de venir faire un tour à Montréal. Grâce à ce saut dans le futur, elle pourra voir à quoi rassemblera peut-être son pays dans quelques décennies. Si elle entre dans une pharmacie du centre-ville, par exemple, elle verra aux caisses, dans une image télescopée de l’avenir, un Noir venu d’Haïti ou d’Afrique, un jeune homme d’origine vietnamienne, une jeune femme hispanophone et une Maghrébine voilée. On n’en meurt pas, chère Madame. Ils ne sont pas contagieux. On ne disparaît pas non plus. On ne perd même pas sa culture ; on l’élargit, c’est tout.

Non seulement beaucoup de Québécois souhaitent-ils le moins d’immigration possible, mais il faudrait que les rares immigrants, de préférence polis, propres et très scolarisés, s’intègrent au quart de tour. Or, on ne traverse pas la frontière en lançant : «Calvaire, chu ben arrivé ! Crisse qu’on é ben icitte ! » On ne se précipite pas au premier casse-croûte pour réclamer sa poutine. Et on ne court pas au cinéma le lendemain pour voir les Bougon. L’intégration, c’est un peu plus long. Certains le font rapidement, mais c’est plutôt rare. S’incorporer à une nouvelle collectivité prend généralement du temps. Le processus s’étend parfois sur deux ou trois générations. Faut juste se montrer un peu patient.

Un dernier mot : l’intégration sera d’autant plus rapide et réussie que les nouveaux arrivants seront en contact fréquent avec les autochtones. C’est-à-dire, chez nous, avec les Québécois de naissance. Mais si ces derniers quittent la métropole parce qu’ils se sentent « envahis », l’intégration sera un peu plus problématique, forcément.

Zverev, le meilleur depuis…

L’affrontement entre Roger Federer et Alexander Zverev n’a pas vraiment eu lieu, tant le premier a paru diminué, notamment au deuxième set. Mais le Maestro eût-il été en grande forme, il n’est pas certain qu’il aurait remporté son premier titre à Montréal. Malgré ses jeunes 20 ans, Sacha dégage déjà, quand il est dans un bon jour (et ça lui arrive de plus en plus souvent), une impression d’invincibilité. Il me rappelle, tenez, un certain Federer, et avant lui, un certain Pete Sampras.

Il y a quelques mois, on disait que le coup droit du cadet des Zverev était encore très perfectible. Aujourd’hui en finale, ce coup a plutôt frôlé la perfection. Je ne vois désormais aucun point faible dans son jeu. D’autant que, bien entouré par son papa, son grand frère et maintenant Juan Carlos Ferrero, il semble en mesure de gérer le stress en champion.

On attendait depuis des années une relève digne de ce nom. Qu’il s’agisse de Grigor Dimitrov, de Kei Nishikori, de Milos Raonic, de Martin Cilic, de David Goffin, aucun ne s’était montré capable de succéder au Big Four. Je crois que Zverev, lui, ne décevra pas. Il compte déjà cinq titres cette année, dont deux Masters 1000, un arraché à Djokovic à Rome, le second à Federer aujourd’hui. Son premier Grand Chelem ne devrait pas tarder.

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Un cynique heureux

« Je cherchais un endroit tranquille où mourir. Quelqu’un me conseilla Brooklyn et, dès le lendemain matin, je m’y rendis… Il y avait cinquante-six ans que je n’étais pas revenu là et je ne me souvenais de rien. Je n’avais que trois ans lorsque mes parents avaient quitté la ville, et pourtant je m’aperçus que je retournais d’instinct au quartier que nous avions habité, à la manière d’un chien blessé qui se traîne vers le lieu de sa naissance. »

Ainsi parle Nathan Glass. Le personnage principal des Brooklyn Follies est sur le point d’avoir soixante ans au moment où débute ce très beau roman de Paul Auster. Après une carrière dans les assurances, plutôt réussie, un divorce, pas du tout réussi, et un cancer, en rémission, Nathan quitte sa vie de banlieue pour aborder le dernier versant de son existence.

De prime abord, l’homme paraît plutôt cynique. À sa fille unique qui lui conseille de se trouver un projet pour occuper sa vie, il répond qu’il sera probablement mort avant la vie de l’année. Mais on découvre vite qu’il est plus impertinent que désabusé, plus provocateur que désillusionné. À preuve, au moment où se termine le livre, Nathan écrit : « Pour l’instant il est encore huit heures et je marchais dans l’avenue sous ce ciel d’un bleu éclatant, heureux, mes amis, aussi heureux qu’un homme le fut jamais en ce monde. »

Ce bonheur, « ces instants rares et inattendus où la voix intérieure se tait et où l’on se sent à l’unisson avec le monde », notre retraité divorcé le découvre peu à peu à travers une histoire passionnante d’amitié et de solidarité. Qu’on ne s’y trompe pas, cette quête de la félicité n’a rien de mièvre. Elle n’a pas grand-chose à voir avec les traités sur l’art de vivre qu’on peut trouver à la tonne dans les librairies. C’est l’histoire d’un libre penseur, lucide, critique et frondeur, souvent moqueur mais jamais amer, qui parvient à trouver la joie dans ce monde plutôt fou où nous vivons aujourd’hui.

D’ailleurs, au moment où ce roman se termine, une catastrophe est sur le point de frapper New York. Je ne vous en dis pas plus.

N.B. – J’ai lu ce roman en anglais. Les citations en français sont tirées du site Babelio.

BROOKLYN FOLLIES, Paul Auster, Faber and Faber, 257 pages, 2005 (la version française est publiée par Actes Sud).

 

« Après toutes ces années dans les faubourgs, je m’aperçois que la ville me va bien et que je me suis déjà attaché à mon quartier, avec son mélange changeant de blanc, de brun et de noir, sa polyphonie d’accents étrangers, ses enfants et ses arbres, ses familles de petits-bourgeois laborieux, ses couples de lesbiennes, ses épiceries coréennes, le saint homme indien barbu en robe blanche qui me salue en s’inclinant chaque fois que nous nous croisons dans la rue, ses nains et ses invalides, ses vieux retraités marchant à petits pas sur les trottoirs, les cloches de ses églises et ses dix mille chiens, sa population clandestine de pilleurs de poubelles solitaires et sans logis poussant leurs caddies au long des avenues et fouillant les ordures en quête de bouteilles. »

Al Gore : « J’aurais aimé avoir tort ! »

Au début de An Inconvenient Sequel : Truth to Power, le nouvel opus d’Al Gore sur les changements climatiques, on entend des commentateurs américains ridiculisant son documentaire oscarisé de 2006. Et pourtant, c’est l’ex-vice-président américain qui avait raison. Comme le souligne Nathalie Collard, dans une excellente interview parue dans La Presse, « l’eau a bel et bien monté à Manhattan, jusqu’à inonder le site du Mémorial du 11-Septembre », des « poissons ont nagé dans les rues de Miami après une inondation » et d’énormes « morceaux d’iceberg se sont détachés des glaciers dans le Grand Nord ». Gore aurait pu lancer : « Je vous l’avais bien dit ! » Il se contente d’un sobre « j’aurais aimé avoir tort ».

Onze ans plus tard, il revient à la charge, avec la complicité de Bonni Cohen et de Jon Shenk, en rappelant que les catastrophes liées aux changements climatiques « ont gagné en intensité et en fréquence ». Mais son documentaire, tout en étant alarmant, n’est pas pour autant alarmiste. C’est que An Inconvenient Sequel met beaucoup l’accent sur les solutions apparues au cours de la dernière décennie, notamment la baisse spectaculaire du coût de l’électricité engendrée par l’énergie solaire, désormais moins chère que celle produite à partir des énergies fossiles.

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Scènes de la vie montréalaise (3)

– Rue Notre-Dame, au niveau de l’ÉTS, un cycliste coupe dangereusement la route d’un véhicule pour emprunter Peel en direction nord. Le conducteur réagit en appuyant fermement sur le klaxon. Le cycliste réplique en lui faisant un doigt d’honneur.

– Au coin de Robert-Bourassa et de Saint-Antoine, à deux pas de la Place Bonaventure, le feu vire au rouge. Au lieu de s’arrêter, un automobiliste accélère à fond la caisse tout en klaxonnant bruyamment tout le long des six voies.

En revanche, dans les transports en commun, le comportement des Montréalais, il faut le souligner, est admirable.

Scènes de la vie montréalaise (2)

– Au coin de René-Lévesque et de La Cathédrale, le feu passe au vert. Les yeux rivés sur son téléphone, une jeune femme, toute menue, s’engage en diagonale, traversant à pas de tortue les six voies du boulevard. Un mètre derrière, un gros autobus de la STM la suit lentement. Le chauffeur résiste à la tentation de klaxonner, vraisemblablement parce qu’elle est jolie. Sa dépendance au cellulaire aurait pu la conduire à l’hôpital ou au cimetière, mais sa beauté l’a sauvée.

 

– Je marche le long du canal de Lachine. Trois jeunes cyclistes viennent en direction inverse. Soudain, ils interrompent leur balade. Pourquoi ? Pour consulter tous trois leur cellulaire, voyons ! Les textos et les courriels ne pouvaient attendre une demi-heure de plus.

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