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Piétons en danger

Chaque fois que nous traversons René-Lévesque, Lise et moi, nous nous disons que les petits vieux ont intérêt à rester en santé à Montréal. Il ne faudrait pas que nous nous engagions sur les six voies avec un déambulateur, ou même avec une simple canne. Seize secondes, c’est tout le temps dont nous disposons pour nous rendre de l’autre côté de ce large boulevard avant que les automobilistes ne foncent sur nous pour tourner. Et encore, certains n’attendent pas les 16 secondes réglementaires avant de s’engager qui à gauche, qui à droite. Il faut être vite en titi.

S’il faut en croire les dernières statistiques, nos intuitions et nos craintes étaient fondées, car le nombre de piétons tués augmente, à Montréal bien sûr, mais même dans le reste du Québec. Dans la seule année 2016, 63 piétons sont allés rejoindre ce lieu tranquille où l’on ne paie plus d’impôts, disait mon père. De ce nombre, plus de la moitié dépassait les 65 ans, ce qui n’est pas rassurant quand on en compte plus de 70.

Il est vrai que les piétons sont en partie les artisans de leur propre malheur. « À moins d’aller à Rome, difficile de trouver un peuple marcheur plus indiscipliné que les Québécois en Occident, écrivait Yves Boisvert dans La Presse+, ajoutant : « Rares sont les marcheurs urbains qui, comme au Québec, se disputent le championnat international de la traverse sur feu rouge ou du slalom entre voitures. » Moi-même, tout piéton que je sois, il m’arrive d’être exaspéré de voir mes semblables traverser les intersections à pas de tortue, les yeux rivés sur leurs cellulaires pendant que s’impatientent les automobiles. Or, l’homme en char, et même la femme, a très hâte de retourner chez soi.

Toutefois, si l’homo pietonus est volontiers imprudent, voire stupide, l’homo automobilis, comme le notait également Boisvert, est particulièrement incivil. On pourrait multiplier les exemples. Je m’en tiendrai à deux.

Au Québec, quand le feu vire au jaune, à peu près personne ne s’arrête désormais. Les conducteurs, au contraire, ont pris l’habitude d’accélérer, quitte à griller le feu rouge. Après 60 000 kilomètres parcourus aux États-Unis et au Canada anglais, il a fallu me réhabituer à ce comportement risqué. D’autant plus risqué qu’il touche aussi chez nous les camionneurs et même les chauffeurs d’autobus.

Parlons ensuite des passages piétonniers. En principe, c’est une mesure de sécurité. Mais dans la Belle Province, c’est plutôt un danger pour les gens qu’ils sont censés protéger. Quand je me rends à pied au marché Atwater, par exemple, je dois emprunter un de ces passages, au niveau du pont des Seigneurs. Eh bien, j’aimerais mieux qu’il n’y en ait pas, car au moins je saurais que personne ne va s’arrêter. Mais là, j’hésite chaque fois à m’y engager, car au moins un conducteur sur deux ne ralentit même pas. Quand, exaspéré, je lève les bras en l’air, ils me regardent hébétés, l’air de dire : « C’est quoi, le problème, man ! »

Bref, l’homo pietonus est imprudent, l’homo automobilis est discourtois. Mais leur face-à-face est inégal, car en cas d’impact, le second sera en retard à la maison, mais le premier se retrouvera à l’hôpital ou au cimetière.

C’est pourquoi, une fois n’est pas coutume, j’applaudis très fort la décision du maire Coderre d’interdire pour de bon le virage à droite au feu rouge dans la métropole. Ça ne réglera pas tout, je sais, mais ça évitera quelques morts et pas mal de blessés. C’est toujours ça de gagné.

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Commentaires sur: "Piétons en danger" (2)

  1. Bonjour, Paul Roux
    Votre témoignage est bien intéressant, merci.
    En France, ce qui me choque beaucoup, c’est le comportement des cyclistes roulant sur les trottoirs ! On leur a aménagé des voies cyclables pourtant, mais ils préfèrent les trottoirs.
    Pas de sonnette, ils vous dépassant en zigzaguant …
    Avez-vous cela chez vous ?
    amicalement – france 🙂

    • Chez nous aussi les cyclistes roulent volontiers sur les trottoirs, souvent rapidement du reste. Ils circulent aussi en sens contraire dans les voies à sens unique et grillent les feux rouges. En fait, ce sont les plus incivils de tous.

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