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Retour vers le futur

À mon arrivée à Québec en 1965, j’ai eu l’impression de venir habiter la Sibérie.

Samedi dernier, je me suis retrouvé à Château-Richer. Vous ne savez pas où c’est. Ne vous inquiétez pas, vous n’êtes pas pour autant nuls en géographie. Moi-même qui ai vécu 25 ans à Québec, j’ai eu du mal à me rappeler que ce village était situé sur la Côte-de-Beaupré. Une ex-collègue du Soleil, qui y vit désormais au milieu d’une érablière, y fêtait ses 60 ans. Quelques ex-collègues (au cours d’un repas bien arrosé, m’a-t-on rapporté) avaient décidé de m’inviter.

La dernière fois que j’avais vu Claudette, c’est il y a près de 20 ans. Elle n’était pas la seule que je n’avais pas revue depuis un bail. Après mon départ de Québec en 1991, je n’avais rencontré pour ainsi dire personne, sauf lors de rares visites au Soleil au cours des premières années de ma vie montréalaise. Si nous ne nous sommes pas perdus complètement de vue, c’est en bonne partie grâce à Facebook. On dit souvent beaucoup de mal des réseaux sociaux, et parfois à juste titre, mais ils ont aussi des vertus.

C’est une bien belle bande que j’ai retrouvée là. Je me suis rappelé du coup combien j’avais été bien entouré au Soleil. Je l’avais un peu oublié parce que les dernières années dans ce journal avaient été par moments pénibles. Et aussi, il faut bien le dire, parce que j’avais été brutalement licencié de cette boîte après 22 ans. À l’époque, l’Empire devait se départir de quelques cadres pour financer le train de vie princier de Conrad Black. La malhonnêteté de ce baron de la presse l’a par la suite mené en prison. Ce fut un petit baume.

Je ne veux pas donner l’impression toutefois que mon départ a été dramatique. C’est même la meilleure chose qui pouvait m’arriver puisqu’il m’a mené à La Presse, où j’ai adoré travailler pendant plus de 20 ans. Les joies que j’y ai connues, je ne crois pas que je les aurais vécues au Soleil, où j’avais l’impression de tourner en rond, au point même de songer à quitter le métier.

«Tu n’as pas pensé à revenir à Québec ? » m’a demandé un ex-collègue. Eh bien non ! Jamais en fait ! Ce n’est pas que je déteste cette ville. Elle est jolie, incontestablement. Elle ne ressemble pas à un grand chantier géré par un planificateur fou. Les déplacements sont faciles. La campagne est à deux pas. On trouve maintenant le long du fleuve une grande et belle promenade, qui s’est ajoutée aux magnifiques Plaines d’Abraham. Sur le plan culturel, la capitale n’est pas la métropole, bien sûr, mais l’offre s’est nettement améliorée. J’ai pu entrevoir, par exemple, le nouveau pavillon du Musée national sur la Grande Allée. Superbe ! Je reviendrai le visiter.

Mais Québec n’est plus ma ville. En fait, elle ne l’a jamais été. À mon arrivée en 1965, j’ai eu l’impression de venir habiter la Sibérie. Je n’arrivais pourtant pas de la Floride, mais de Trois-Rivières, 125 kilomètres plus au sud. Québec, c’est ce que j’ai connu de plus polaire. Le week-end dernier, alors que le printemps était déjà arrivé à Montréal, c’était encore l’hiver dans la ville du maire Labeaume. Il y avait de la neige partout et sur ce plateau venteux, on sentait le souffle des glaciers. Les sports d’hiver, il est vrai, sont facilement accessibles. Mais quand on n’aime pas la saison froide, à quoi bon !

Et puis, oserais-je le dire, l’homogénéité de Québec m’ennuie. C’est affaire de goût et de sensibilité. Certains, au contraire, adorent cette solide cohésion sociale. Moi pas, c’est ainsi. La veille de la fête, j’étais allé dans un supermarché. Au bout de quelques minutes, j’ai été frappé d’entendre toutes les personnes croisées parler français ; qui plus est, parler français avec le même accent. Non seulement on n’entendait ni anglais, ni arabe, ni chinois, ni espagnol, ni portugais, ni vietnamien, ni hindi, ni ourdu, mais on n’entendait pas davantage l’accent parisien, maghrébin, haïtien, africain, mexicain, italien ou asiatique. Juste l’accent québécois. Je n’ai pas non plus vu de Noirs, sauf un caissier, pas de femmes voilées, pas d’Orientaux, pas de Sud-Américains, pas d’Indiens, pas de Pakistanais. On me dira qu’on en trouve à Québec ; c’est vrai. Mais en dehors de l’Université Laval, c’est à doses homéopathiques.

J’ai senti que je n’étais pas chez nous. Aujourd’hui, j’aurais du mal à vivre hors du grand creuset montréalais.

Cela dit, l’important, c’est de trouver le lieu où l’on se sent bien. Claudette l’a déniché en plein bois, en compagnie de son chien, de ses poules, de ses lapins, et bien entendu, de son compagnon ; Yves et Jacques, à la campagne, près du fleuve ; Marie et Normand, à Sillery, dans des maisons qu’ils retapent ; René, dans le quartier Saint-Roch, où il a ouvert sa librairie. Et moi, à Griffintown, près du centre-ville de Montréal. L’essentiel, après tout, c’est d’être heureux.

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Commentaires sur: "Retour vers le futur" (1)

  1. C’et toujours agréable de revoir des compagnons (es) de travail. J’ai toujours aimé passer quelques jours à Québec mais pas pour y demeurer. Montréalaise pure laine.

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