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L’Office et les anglicismes

L’Office ne cherche plus à imposer la francisation de «cocktail» en «coquetel».

Le Devoir nous a appris la semaine dernière que la nouvelle politique des emprunts linguistiques, adoptée en catimini par l’Office québécois de la langue française, ne « condamne plus systématiquement » les anglicismes. « Des emprunts à l’anglais de longue date, écrit le journaliste Stéphane Baillargeon, sont légitimés alors qu’auparavant l’OQLF privilégiait systématiquement (et même dogmatiquement aux oreilles de certains) les équivalents français, quitte à les inventer. »

Bien sûr, des puristes ont bondi. Pour ma part, je vois plutôt d’un bon œil ce changement, estimant que de nombreux dictats de notre Saint-Office relevaient de l’anglophobie.

Bien que j’aie consacré une bonne partie de ma carrière à la défense du français, je ne suis pas obsédé par les anglicismes, du moins sous forme d’emprunts à l’anglais. Ce qui ne veut pas dire que certains emplois ne m’agacent pas. Ainsi, il m’insupporte que les journalistes de L’équipe parlent du money time pour décrire les moments cruciaux, les points importants, le jeu décisif ou la toute fin d’un match. Je considère les anglicismes de ce type comme paresseux, car ce ne sont pas les solutions françaises qui manquent. Ils appauvrissent donc notre langue.

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Un homme, devant une demeure détruite par le conflit en Ukraine, arrose des fleurs émergeant d’un nid-de-poule.

Il faut avoir le cœur solide pour parcourir la nouvelle exposition de la World Press Photo. Je me suis retenu à plusieurs reprises pour ne pas pleurer dans la salle du Marché Bonsecours où l’on présente la mouture 2017. Au cinéma, je verse volontiers quelques larmes dans le noir. Mais jeudi en fin d’après-midi, il y avait vraiment trop de monde autour. Ma compagne a lancé : « C’est déprimant ! » Une étudiante, à côté d’elle, a ajouté : « C’est vrai. »

Un activiste vient d’assassiner l’ambassadeur de Russie en Turquie.

« En février 2017, nous dit-on, le jury réuni à Amsterdam a évalué plus de 80 000 images soumises par plus de 5000 photojournalistes de 125 pays. » Ce sont les photos gagnantes qu’on peut voir jusqu’au début du mois d’octobre à Montréal. Elles sont pour la plupart très fortes.

Ce sont surtout des images de notre monde malade : guerres en Syrie, en Irak, en Libye, en Ukraine ou en Afghanistan, misère extrême au Congo ou au Brésil, réfugiés sur les mers ou dans les déserts, venus de pays où l’on fuit la guerre et la misère, exactions, assassinats et emprisonnements aux Philippines, enfants blessés dans des attentats ou des bombardements, animaux abattus ou prisonniers de filets de pêche, et j’en passe. Ce que nous montrent crûment ces excellents photographes qui ont parcouru le monde, c’est que l’humain peut être le plus inhumain des animaux.

On peut voir aussi, il est vrai, quelques belles photos de sport, dont un spectaculaire plongeon du tennisman Gaël Monfils, ainsi que de jolies photos d’animaux dans la nuit africaine. Mais elles ne nous font pas oublier les atrocités, car au final, c’est l’horreur qui domine cette rétrospective 2017.

La photo qui m’a le plus touché, c’est celle qui illustre ce carnet, tout en haut. Elle montre un homme qui, devant une demeure détruite par le conflit en Ukraine, arrose des fleurs émergeant d’un nid-de-poule. Elle illustre à la fois la cruauté de notre société et son corollaire : l’espoir. Plus que jamais nécessaire !

Des braconniers ont abattu ce rhinocéros pour s’emparer de sa corne en ivoire.

La Presse nous a appris lundi que, « à leur premier essai, près de la moitié des futurs enseignants québécois ont échoué à l’examen de français obligatoire pour l’obtention de leur brevet d’enseignement l’an dernier ». C’est l’exemple même du cercle vicieux : des étudiants maîtrisant mal le français enseigneront mal notre langue à des enfants qui, plus tard, le parleront et l’écriront mal, et qui, un jour, l’enseigneront mal à leur tour. Comment en est-on arrivé là ?

Bien entendu, il faut éviter de jeter la pierre aux seuls enseignants. Comme le dit Patrick Lagacé, « ils sont le produit d’une culture qui se fiche de l’école ». Et j’ajouterais : le produit d’une école qui se fiche du français. D’année en année, on n’a cessé de diminuer les heures d’apprentissage de notre langue. On a multiplié les réformes mal avisées. On a gonflé les notes pour cacher les problèmes. De plus, comme l’a si bien expliqué le Pr Pierre Paradis à Caroline Touzin, « dans les écoles d’aujourd’hui, on priorise la créativité, l’expression d’idées », ajoutant : « C’est écrit tout croche, mais ce n’est pas important, les jeunes s’expriment. » Il me semble que « sa sarait plus mieux » de maîtriser les règles de grammaire avant d’essayer de disserter sur les grands sujets de l’heure.

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Photo: Shayne Laverdière (L’actualité)

Je ne suis pas un inconditionnel de Xavier Dolan. Si j’ai aimé J’ai tué ma mère et adoré Juste la fin du monde, je n’ai pu supporter Les amours imaginaires et Mommy jusqu’à la fin. Mais j’aime ce jeune homme, à qui je pardonne tout. J’aime son génie, sa sincérité, sa franchise, sa polyvalence, son audace, sa détermination, son originalité. Et je me réjouis de ses succès, même pour des films qui ne me plaisent pas.

J’ai déjà souligné dans la belle entrevue (1) qu’il a accordée à L’actualité les propos que le jeune réalisateur a tenus sur l’éducation au Québec. Je me permets de les répéter tant ils sont importants. « On n’a pas un système d’éducation qui prépare des enfants à la vie, au marché, à la concurrence, à la compétence. On ne prépare pas des individus forts intellectuellement. On est mou, on est laxiste, on est dépassé, on manque de rigueur, de curiosité, de culture. » C’est dur mais mérité.

Je partage également ce qu’il a dit sur le bilinguisme et l’ouverture aux autres. « La solution, ce n’est jamais le repli sur soi, ce n’est jamais l’unilinguisme. Parce que ça, c’est une forme d’inculture. Ce qu’il faut faire, c’est non pas se couper de la culture des autres, c’est renforcer la nôtre. »

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Avant de me rendre au cinéma du Parc, je me suis arrêté à la petite crêperie située juste au-dessus. Quand j’ai commandé, pourtant très clairement, une crêpe œuf-fromage, j’ai tout de suite saisi à son air inquiet que le cuistot, un jeune Asiatique, n’avait compris que dalle. Surpris, je suis spontanément passé à l’anglais. Aurais-je réfléchi que j’aurais sans doute fait le même choix, car je ne conçois pas mon quotidien comme un champ de bataille linguistique.

Mon étonnement tient surtout au fait que cette situation, contrairement à ce qu’on peut croire lorsqu’on vit hors Montréal, est rarissime. J’ai beau habiter depuis plus de 25 ans tout près du centre-ville, je compte sur les doigts le nombre de fois où j’ai eu affaire à quelqu’un qui ne parlait pas français dans un commerce. Selon les enquêtes, cela se produit presque uniquement dans de petites boutiques où il n’y a qu’un employé, comme c’était le cas ce jour-là. Peut-être est-ce différent dans le West Island ou à Westmount, mais ce sont des lieux que je connais peu.

Bien sûr, un peu partout au centre-ville ou en périphérie, on vous accueille avec le « bonjour, hi ! », qui déplaît à bien des francophones. Perso, cette formulation ne me choque pas, car dès que vous répondez « bonjour ! », la conversation se poursuit en français. Il peut arriver que ce soit dans un français hésitant. Mais souvent, c’est dans un bon français, même quand l’interlocuteur est anglophone ou allophone.

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Mon cardiologue et le stress

Je n’aime pas aller chez le médecin. Mais je fais une exception pour mon cardiologue. C’est toujours un plaisir d’aller le rencontrer une fois l’an depuis maintenant sept ans. Pourtant, on ne peut dire que le centre ambulatoire de cardiologie du CHUM soit un endroit particulièrement agréable. Le lieu lui-même est aussi laid qu’inconfortable. Quant à l’accueil que nous font les réceptionnistes, on ne saurait toujours le qualifier d’hospitalier. Une fois, l’une d’elles m’a même engueulé parce que je n’avais pas apporté la lettre confirmant mon rendez-vous. Pourtant, toutes les informations pertinentes étaient dans l’ordinateur juste devant elle. Enfin…

Mais le Dr Raymond, lui, m’accueille toujours avec le sourire, que je sois son premier ou son dernier patient. On prend d’abord quelques minutes pour parler de tennis, une passion commune. Mon médecin n’est pas un tenant du « lean management », une théorie de gestion de la production axée sur l’élimination du gaspillage. C’est ce qu’on appelle parfois au Québec la méthode Toyota.

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Blanc ou rouge ?

– Lise, j’ai une grande question à te poser : « Devrait-on prendre du blanc ou du rouge avec notre poulet ? »

– Ce soir, j’irais pour le blanc. (Une pause) Je croyais qu’il s’agissait d’une grande question existentielle.

– Mais c’en est une. Pour moi, à cet instant précis, il est plus important de connaître la couleur du vin que de savoir si Dieu existe.

 

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