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– Par une chaude journée de juillet, deux jeunes femmes s’amènent dans la piscine sur le toit de l’immeuble. Malgré la chaleur, ce n’est pas pour nager. En fait, elles se mouillent à peine. C’est qu’elles ont chacune en main leur précieux cellulaire. Bien qu’elles soient ensemble, elles ne se parlent pas. L’une téléphone, l’autre envoie un texto. Quand je quitte la piscine, une vingtaine de minutes plus tard, elles n’ont toujours pas levé les yeux de leur téléphone, sauf un instant pour répondre à une connaissance qui passait.

 

– Dans la baignoire à remous, toujours sur le toit de l’immeuble, un jeune homme s’est installé bien confortablement pour faire ses appels professionnels. Il a étendu des papiers autour de la baignoire commune, comme s’il était seul dans son bureau. Il parle fort et accapare toute la place. D’habitude, j’évite ces baignoires bouillantes, pleines de bactéries dégueu. Mais là, c’est plus fort que moi : je vais m’y installer. Dès que j’arrive, je sens un peu de panique, mon voisin craignant sans doute que son beau téléphone et ses documents ne soient éclaboussés, et beaucoup d’irritation. Je réprime un sourire. Après quelques minutes, je le laisse à ses occupations.

Le film de Christopher Nolan raconte un épisode important mais méconnu de la Seconde Guerre mondiale. Au printemps 1940, après la capitulation de la Belgique et l’écroulement de la ligne Maginot, 400 000 soldats alliés sont pris au piège près de Dunkerque, dans le nord de la France. Leur seul espoir, gagner la Grande-Bretagne par la mer. Le commandement anglais n’est pas très optimiste. Mais l’évacuation est un grand succès : contre toute attente, 338 000 hommes, dix fois plus qu’espéré, parviendront à s’embarquer, sous les bombes allemandes.

C’est le miracle de Dunkerque, comme l’appelle le Paris Match. Il est dû, bien entendu, au courage et à la débrouillardise des Britanniques, qui sont parvenus à réunir 750 bateaux, des yachts de luxe aux petits voiliers, pour aller chercher les soldats entassés sur la rive française de la Manche. Mais cette « débâcle victorieuse » n’aurait pas été possible sans le courage des Français, qui se sont vaillamment battus pour protéger l’évacuation de leurs alliés. Le prix de leur fait d’armes a été lourd : 18 000 morts et  34 000 soldats faits prisonniers à Dunkerque.

De cet héroïsme, pas une image, pas même un petit mot dans Dunkerque. Tout au plus mentionne-t-on que les Français résistent aux Allemands pendant que les Britanniques embarquent les leurs en premiers. Comme hommage, on a vu mieux.

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Dur, dur, d’être jeune

Notre GPS interne se met en veille lorsqu’on suit les indications d’un cellulaire.

S’il faut en croire l’actualité de cette semaine, ce sont les jeunes plutôt que les vieux qui devraient s’inquiéter. Commençons par cette grande étude, rapportée par La Presse, démontrant que le nombre de spermatozoïdes produits par les hommes des pays industrialisés a chuté de 60 % en 40 ans. Et rien n’indique que la chute est terminée. Or, une faible production de spermatozoïdes, font remarquer les chercheurs, est associée à un risque accru de mortalité et de morbidité. Sans compter qu’elle menace la fertilité de notre espèce. Voilà qui n’est pas très rassurant.

Mardi, c’est Le Monde qui dévoilait une étude publiée par Nature & Communications montrant que notre GPS interne se met en veille lorsqu’on suit les indications d’un cellulaire. Plus nous utilisons notre téléphone pour nous guider, « moins les zones de notre cerveau responsables de l’orientation, l’hippocampe et le cortex préfrontal, sont sollicitées ». L’équipe de chercheurs met en garde contre les conséquences à long terme de cette surutilisation. « Les utilisateurs intensifs de GPS, affirment-ils, pourraient ne plus être capables de se repérer sans cet outil, faute d’avoir entraîné leur cerveau à s’orienter seul. » Ce n’est vraiment pas une bonne nouvelle pour tous mes jeunes voisins que je croise rarement sans leur cellulaire à la main, que ce soit dans l’ascenseur, à la piscine ou même sur les tapis roulants du gymnase.

Et de plus, les jeunes, eh bien, ils sont en train de devenir sourds. Ce n’est pas une étude qui le révèle, mais mon expérience de cette semaine dans un cinéma Imax du Marché central. Le son était si fort que ma femme, nos amis et moi, on a failli sortir. Comme nous n’étions que quatre vieux dans la salle, je ne peux croire qu’ils ont haussé le volume juste pour nous. D’ailleurs, nous, je peux vous l’affirmer, on entend très bien. Non, non, ce sont les petits jeunes qui sont durs de la feuille.

Quand les voitures électroniques auront remplacé les voitures à essence ou au diésel, ce qui devrait se produire d’ici 25 ans, n’en déplaise aux Trump de ce monde, l’air sera plus propre et les rues moins bruyantes. L’ePrix, qui doit avoir lieu à Montréal en fin de semaine, peut-il contribuer à accélérer cette mutation, comme l’affirme notre bon maire Coderre ? Espérons-le, mais il est permis d’en douter.

Pour ma part, ce qui m’ennuie dans cette nouvelle manifestation montréalaise, ce n’est pas tant la fermeture des rues et autres nuisances liées à ce type d’événements.  Ce n’est pas non plus le coût. C’est plutôt qu’elle fasse l’apologie de la sacro-sainte automobile et de la vitesse qui y est associée.

L’ennui, c’est qu’on aura beau passer à la voiture électrique, il y aura toujours trop de chars sur nos routes, dans nos sociétés construites en fonction de la voiture. Et on aura beau construire des véhicules capables de rouler de plus en plus vite, ils iront, en fait, de plus en plus lentement, bloqués par ceux qui précèdent. « Tasse-toi, mon’oncle ! », ça ne marche que dans les pubs.

Nous héritons parfois de la chienne de notre fils Étienne. Elle est adorable, on ne s’en plaint pas. Comme elle a un grand besoin d’exercice, nous l’amenons au parc canin Gallery, à Griffintown, même si c’est un endroit dont on se méfie. Il y a quelques mois, nous avions été témoins de la charge d’un gros pitbull contre un labrador, qui ne lui avait pourtant rien fait. Les maîtres du chien agressé étaient intervenus à coups de bâton de hockey, sans trop de succès, avant que le maître de l’agresseur ne vienne nonchalamment chercher sa bête féroce. En quelques minutes, le parc s’était vidé. Ne restaient plus que le méchant pitbull et son maître indolent.

Nous n’y étions pas retournés depuis. Mais comme nous avons Roxy pour 15 jours, pas question de ne pas y aller. Les choses s’y passent mieux jusqu’ici. Reste que les chiens agressifs sont la plaie de ces lieux. Ainsi il y a quelques jours s’est pointé un berger allemand dominateur. Il n’était pas dangereux comme le pitbull, tant s’en faut, mais il s’est amusé à terroriser un grand mâle en jappant à ses oreilles et en menaçant de le mordre, histoire de démontrer qu’il est bien le patron du parc. Selon ses maîtres, il n’aime pas les grands danois et autres grands dogues. Ils ont bien tenté d’intervenir. Mais ils paraissaient avoir bien peu d’emprise sur leur «honey dog», qui les narguait en tournant autour d’eux.

Je suis mal placé pour le leur reprocher. Le dernier cabot que j’ai eu était un territorial asocial. J’ai eu beau lui payer des leçons particulières, je ne suis jamais parvenu à l’empêcher de japper à la vue de tout ce qui bouge, humains ou animaux, ou de menacer de mordre ceux et celles qui avaient le malheur de s’en approcher. Mais j’avais compris qu’il valait mieux éviter les parcs canins.

Malgré tout, la plupart des promenades au parc en compagnie de Roxy sont agréables. Je découvre un monde. Le parc Gallery est un lieu d’habitués. Beaucoup y viennent chaque jour, voire deux fois par jour. Les maîtres se connaissent bien, les chiens aussi. Les premiers parlent ensemble pendant que les seconds jouent entre eux. En principe du moins. Parfois, en effet, les relations entre clébards ne sont pas plus harmonieuses qu’entre Donald Trump et Kim Jong-Un. Et puis, plusieurs de ces clebs, plus à l’aise dans une maison que dans une meute, préfèrent la compagnie des humains. C’est ainsi qu’ils se retrouvent sous, voire sur les tables où les maîtres s’installent, quêtant compliments et caresses. Et ils en reçoivent des tonnes, évidemment, les gens qui fréquentent ces parcs étant complètement gagas des chiens.

L’expression « une vie de chien » perd ici tout son sens, car non seulement ces toutous sont nourris et logés, mais ils sont aussi bichonnés, cajolés, choyés, caressés, chouchoutés et gâtés. Leur fourrure est impeccable, les griffes sont bien taillées. Je n’ai pas pour autant envie d’avoir un autre chien. Mais je ne répugnerais pas, en revanche, à me réincarner en pitou. Ce serait quand même mieux que de renaître comme migrant dans une embarcation sans moteur au milieu de la Méditerranée.

Hier sur Facebook, j’ai commenté avec un peu d’humour l’actualité en écrivant : « À Saint-Apollinaire, 19 personnes sont parvenues à bloquer la création d’un lieu où les musulmans auraient pu enterrer les leurs, sur un terrain en friche dans un parc industriel. Le ridicule, dit-on, ne tue pas. C’est sans doute pourquoi dans ce village on croit pouvoir se passer de cimetière. »

« Pourquoi des cimetières séparés ? » a aussitôt réagi un « ami », qui ajoute : « N’est-ce pas du racisme ? » J’étais, si vous me permettez une image de circonstance, mort de rire.

Bien sûr, on peut se demander, et c’est légitime, s’il est utile d’avoir des cimetières catholiques, protestants, juifs ou orthodoxes, voire haïtiens ou congolais. Mais le fait est que de tels cimetières existent déjà. Alors, refuser à une confession (de surcroît, toujours la même) le droit de posséder son propre lieu de sépulture, si ce n’est pas du racisme, ça s’y apparente.

Ce qui ne cesse de me fasciner, ce n’est pas tant les préjugés raciaux que le déni de ceux qui en sont atteints. J’ai regardé en fin de semaine Denial (un bon film soit dit en passant), qui raconte le procès intenté par un célèbre négationniste, David Irving, à une historienne juive, Deborah Lipstadt, spécialiste de l’Holocauste. Cet universitaire extrémiste ne se contentait pas de nier l’existence de la Shoah. Il a même tenté de réhabiliter Hitler et le régime nazi. Mais lorsqu’on lui demande, au cours du procès, s’il est raciste, il répond, apparemment sincèrement : « Bien sûr que non ! », ajoutant : « J’ai des domestiques noirs. »

Je n’affirme pas pour autant que tous les opposants au cimetière musulman soient racistes. Mais je trouve qu’ils se voilent volontiers dans de beaux arguments. « Pourquoi un cimetière musulman ? Pourquoi doit-on discriminer les morts ? Pourquoi ne pas finir ensemble en paix dans le même cimetière ? se demande, par exemple, Pierre Lemelin dans La Presse.

Je répondrai tout simplement : pourquoi pas ? Pourquoi tant de peur et de méfiance à l’égard d’une communauté, voire d’aversion, d’hostilité, d’animosité, de détestation, et dans les pires cas, de haine ?

« Au lieu de voir dans le projet de cimetière musulman un exemple d’isolement confessionnel, comme l’ont fait valoir certains citoyens de Saint-Apollinaire, on devrait plutôt considérer que le désir de reposer en sol québécois, auprès de ses enfants et de ses petits-enfants, est un signe ultime d’appartenance à un pays. Que l’ont ait une croix, une étoile de David ou une lune sur sa pierre tombale », a écrit Laura-Julie Perreault, dans La Presse. Je n’aurais pu trouver mieux. C’est pourquoi je me suis empressé de lui voler sa conclusion.

Même pas un Starbucks

La vue est jolie depuis le belvédère du chalet de la Montagne.

J’adore le mont Royal, même si, pour m’y rendre, il me faut traverser le centre-ville à pied. Ce n’est évidemment pas la partie la plus agréable, surtout à l’heure du midi. Mais comme je traîne presque toujours trop tard au lit, je me retrouve souvent au coin de Sainte-Catherine et de Peel, pile à l’heure où ceux et celles qui bossent sortent dîner.

Puis, une fois passée l’avenue du Docteur-Penfield, la pente de Peel devient raide. Sur le plat, je peux suivre ma compagne. Mais là, quand je lève les yeux, je constate platement qu’elle a pris quinze mètres d’avance. C’est parce qu’elle prend des stéroïdes (mais non voyons, c’est juste qu’elle est meilleure).

À l’entrée Peel, je reprends mon souffle. Après, le chemin Olmsted est tonique mais aisé. Il nous mène doucement au belvédère du chalet de la Montagne. Nous en profitons pour admirer notre ville, jolie de ce point de vue, et pour nous désaltérer.

Une complainte toutefois : pas le moindre café où acheter un sandwich et boire un expresso. On se croirait le long d’une autoroute aux États-Unis. Pas même un Starbucks, c’est vous dire. Ils sont pourtant partout ceux-là. On a parfois l’impression que pas une parcelle de Montréal n’échappe à l’Empire. Mais le mont Royal, oui. On croirait que c’est un no-Starbucks land. Pourtant, des milliers de gens se rendent sur le mont Royal. Tout ce qu’on leur offre, ce sont des distributrices. C’est à n’y rien comprendre.

Apparemment, on a multiplié les études pour revamper le chalet de la Montagne. Mais son destin ressemble de plus en plus à celui du silo no 5.

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