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Vivre après 69 ans

Savez-vous quand vous êtes devenu vieux? C’est lorsque, sur un site en ligne, vous devez indiquer votre âge par l’intermédiaire d’un menu déroulant. Lorsque le menu apparaît, vous devez remonter loin, loin, comme si vous remontiez le temps, avant de pouvoir cliquer sur l’année de votre naissance. Dans mon cas, 71 ans. Est-ce trop vieux pour continuer à vivre

Peut-être, s’il faut en croire Patrick Lagacé. Dans une de ses chroniques, mon ex-collègue disait ne pas vouloir vivre plus de 69 ans. Cet âge, fait-il remarquer, correspond à peu près à l’espérance de vie en santé pour un homme au Canada. «À 69 ans, écrit-il, tu n’as pas encore subi les affres de la vieillesse. C’est un bel âge pour partir, je trouve, subitement si possible, bien sûr. Ou lentement, mais de préférence en tournant des vidéoclips jusqu’à la fin comme Bowie.»

Évidemment, c’est plus facile à écrire à 44 ans qu’à 71. Mais je ne le reproche pas à Patrick. Il a le mérite de souligner que, «pendant qu’on se pâme sur les bonds prodigieux que les découvertes médicales et hygiéniques ont fait faire à l’espérance de vie en Occident, on se met un peu, beaucoup la tête dans le sable sur la qualité des dernières années de vie».

Vivre plus longtemps, en effet, n’a d’intérêt que si l’on est en mesure de profiter encore de la vie. Dans son autobiographie, Fritz Perls, le créateur de la gestalt-thérapie, raconte qu’il a songé au suicide après avoir été frappé par des problèmes cardiaques. «J’aime la vie, écrivait-il, mais pas à n’importe quel prix.» Un oncle qui m’était très cher et qui avait beaucoup aimé la vie a décidé à 92 ans de ne plus s’alimenter après une opération ratée qui l’avait laissé impotent. Lui aussi croyait que la vie ne vaut pas d’être vécue à tout prix.

Il n’y a d’ailleurs pas que les maladies physiques qui peuvent miner les dernières années. Je me demande si les maladies mentales ne sont pas pires encore. Il y a quelques mois, je me suis retrouvé dans un salon mortuaire où était exposé un homme de 82 ans, qui venait de se suicider. Ses proches avaient bien du mal à comprendre. «C’était un bon vivant, un boute-en-train», m’a dit l’un. «C’était un séducteur, est un homme qui aimait la vie», a ajouté une autre. Sauf que la vie, lui ne l’aimait plus du tout depuis qu’il était en proie à des angoisses terribles. Chaque soir avant qu’il ne s’endorme, ses enfants devaient aller le border. Il n’en pouvait plus, il en a eu marre, marre au point d’aller se jeter dans une rivière. C’est une chose que je peux comprendre. Paix à son âme!

Il peut arriver aussi que la maladie physique et la maladie mentale se combinent dans un alliage particulièrement douloureux. On m’a parlé récemment du cas d’un homme qui, au cours des dernières années, a subi quatre pontages cardiaques, est devenu diabétique et a été traité pour un cancer de la prostate qui l’a laissé incontinent. Il est maintenant dépressif. On le serait à moins, il me semble.

Malgré tout, j’aimerais vivre vieux, très vieux même. Pourquoi pas jusqu’à plus de 90 ans! Bien entendu, en gardant toute ma tête (certains diront que c’est trop tard) et bien entendu, en évitant la maladie, du moins la maladie grave, car on peut très bien vivre avec une santé qui n’est pas parfaite. Ainsi depuis près de 20 ans, je suis soigné pour un problème d’arythmie, mais le mal, bien maîtrisé, ne m’inquiète pas. Parfois les articulations sont un peu douloureuses. Mais c’est l’âge. Il y a d’ailleurs une maxime qu’on entend dans plusieurs pays, preuve que son enseignement est universel : «Si le matin au réveil, tu n’as mal nulle part, c’est que tu es mort.» De mon côté, je répète souvent que notre garantie prolongée se termine à 50 ans. Mais l’arythmie, les raideurs, les cheveux gris ou les rides ne m’empêchent pas de jouir de la vie.

Dans son autobiographie, Agathe Christie va dans le même sens. «J’ai bien aimé, écrit-elle, ce second printemps qui vient lorsque vous tournez la page des insécurités émotionnelles ou relationnelles… C’est comme s’il s’opérait en vous une nouvelle montée de sèves d’idées et de pensées. Parallèlement, bien sûr, se manifestent les premières atteintes de l’âge… Mais la gratitude que l’on éprouve devant ce cadeau qu’est la vie est, je crois, plus forte, plus fondamentale au cours de ces années que jamais auparavant.»

Tout cela toutefois peut changer très vite, surtout si les petites douleurs se transforment en gros soucis. J’en suis pleinement conscient. Comme plusieurs personnes autour de moi, j’ai l’impression de vivre mes plus belles années. Mais les jours sont comptés. Je le sais aussi. Peut-être est-ce pour cela qu’ils sont devenus si précieux. Je m’efforce, en tout cas, de profiter de chacun d’eux.

Une vieille qui cache son âge

Janette Bertrand vient de lancer La vieillesse par une vraie vieille. Mais comment prendre ce titre au sérieux quand la photo de couverture de son livre est si retouchée que l’auteure de 91 ans paraît en avoir la moitié? Visiblement, Photoshop a travaillé fort. Il est vrai que Mme Bertrand n’est pas la seule à abuser de ce formidable outil de retouche… et de falsification. Sur une photo récente, j’ai vu une Susan Sarandon qui paraissait plus jeune et moins ridée que lors du tournage de La petite, en 1978. Je veux bien croire qu’elle vieillit bien, mais à ce point ça tient du miracle. Pour ma part, j’ai du mal à faire confiance à des gens qui se présentent comme des modèles pour les gens âgés, mais qui apparemment ont beaucoup de mal à assumer leur propre vieillissement.

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Commentaires sur: "Vivre après 69 ans" (2)

  1. Je partage entièrement ton point de vue sur le vieillissement. Beau texte, qui me plonge devant ma propre destinée humaine. Quelques pensées personnelles dans lesquelles ton texte me projette, si tu permets…

    Car de mon côté, après être sorti d’un coma qui aurait dû m’emporter, à 29 ans, j’ai chaque jour le sentiment de vivre sur du temps emprunté, comme on dit en anglais. J’en ai 66 maintenant. Je ne devrais pas être là. Depuis cette époque tumultueuse, je me dis: qu’il arrive ce que voudra bien… plus rien n’importe. Je suis peut-être simplement un observateur du temps qui s’écoule après ma mort. Quand même, je suis là pour un temps seulement. Le temps prêté ne l’est pas sans échéance. Je mourrai, une autre fois… bientôt… plus tard… Et ceux que j’aime aussi…

    Chaque matin quand je m’éveille, mon principal projet de la journée est d’en tirer toute la joie que je peux en extraire. Pour moi, pour celle que j’aime, pour les miens, pour ceux qui m’entourent, … Il faut quand même naviguer dans une mer parsemée de douleurs en essayant d’éviter les écueils autant que possible. Ni ciel, ni enfer pour moi. Mon au-delà, j’y suis déjà, maintenant. En attendant ma dissolution, dissolution heureuse autant que finale.

    Salut Paul! Bisous à Lise.

  2. Jean-Guy Roy a dit:

    Sur le même thème, Renaud, que j’aime bien, fait dire à un petit vieux qui donne des coups de canne aux passants : « La douleur s,est bien rassurant, c’est signe que t’es vivant »

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