Voyages, lectures, films, impressions, humeurs, la vie quoi!

paul1

Photos Lise Roy

Je fête ce samedi mes 77 ans. Il ne me reste donc qu’un an pour relire les Tintin, qu’Hergé disait avoir écrits « pour les jeunes de 7 à 77 ans ». L’invitation du grand bédéiste à la jeunesse de tout âge montre à quel point l’espérance de vie s’est allongée depuis. Je fais partie d’une génération, née à la fin ou après la Deuxième Guerre mondiale, qui a vu cet espoir faire un bond spectaculaire d’une vingtaine d’années. Aujourd’hui, le créateur de Tintin, de Milou et du capitaine Haddock écrirait probablement « pour les jeunes de 7 à 97 ans ».

Mes deux grands-pères sont morts à 75 ans, un âge vénérable pour leur époque. Je n’ai pas connu le premier, mais le second, une fois devenu septuagénaire, me semblait vraiment très vieux. Moi, pas tant, pour parler comme les jeunes d’aujourd’hui. À moins évidemment que je m’illusionne sur mon état.

Je fais encore chaque jour entre 5000 et 10 000 pas, sans tirer la langue ou la patte. Ce n’est pas un exploit. Certains font bien mieux encore. Dans un reportage sur les super vieux, L’actualité parlait d’une femme de 81 ans qui a couru un marathon. Quand j’étais enfant, il y avait bien M. Rinfret, un des rares Trifluviens à avoir atteint 100 ans dans les années 50, qui marchait chaque jour depuis le centre-ville jusqu’au premier coteau. Mais c’était tout.

paul2De nos jours, les centenaires sont bien plus nombreux. Si certains sont grabataires, d’autres sont étonnants. Prenez le sociologue Edgard Morin, qui a fêté il y a quelques mois ses 100 ans en publiant son 62e livre. J’ai regardé avec fascination l’entrevue de 90 minutes qu’il a accordée à La grande librairie. Cet homme-là a toute sa tête, une tête encore remarquable de précision, de finesse et de lucidité. Et il y a dans ses petits yeux une lumière qui me fait du bien.

Morin est mon modèle. Je n’atteindrai probablement pas 100 ans et je n’écrirai certainement pas 62 livres. Mais la vitalité de ce grand penseur m’inspire. Quand je le vois, quand je l’entends, quand je le lis, je me dis que la vie n’est absolument pas finie quand on atteint la vieillesse.

Pour ma part, au cours de la dernière année, j’ai écrit « Né en 1945 », mon autobiographie, que j’ai diffusée en feuilleton sur mon blogue et sur Facebook. Un peu auparavant, j’avais réécrit « Deux itinérants en Mercedes », qui raconte notre grande virée de l’Amérique, Lise et moi, en caravaning. Grâce au magazine Camping-Caravaning, qui a fait parvenir le PDF à ses lecteurs, ce récit de voyage a connu une seconde vie. Et pour l’heure, je me suis attelé à un roman, tout en continuant à alimenter mon blogue.

Je le répète, ce sont les plus belles années de ma vie. De ma vie à moi, bien entendu. Je me suis toujours méfié des jovialistes. Je ne vais pas commencer à jouer les André Moreau ou les Jean-Marc Chaput dans mon vieil âge. Je ne serais certainement pas aussi heureux si j’avais un cancer, si je souffrais d’insuffisance cardiaque, si j’étais atteint de la maladie d’Alzheimer ou si je souffrais de dépression.

Je ne serais pas aussi heureux non plus si je devais vivre seul, surtout en période de pandémie et de confinement. Je dis parfois, pour plaisanter, que les 40 premières années de vie commune sont les plus difficiles ; par la suite, tout coule de source. C’est évidemment une blague, car il y a déjà longtemps que Lise et moi sommes heureux ensemble. Nous sommes entrés sereinement dans la durée. Nous vivons maintenant le charme discret des amours vieillissantes.

Les amoureux ne s’aiment pas moins en vieillissant. Souvent au contraire, ils s’aiment davantage. Si la flamme est moins haute, la braise est plus incandescente. Les vieux amants sont animés d’une immense bienveillance.

Comme le dit si bien Janette Bertrand, ou on meurt ou on vieillit. J’opte avec joie pour le second terme. D’autant que ce sont des années bonus, des années qu’on aurait très bien pu ne pas vivre. Mieux encore, on est surclassé. On poursuit sa route en première classe, délesté de l’obligation de gagner sa vie, de réussir sa carrière ou d’élever ses enfants.

Bien sûr, en m’éveillant le matin, il m’arrive de repenser à cette vieille blague qu’on raconte dans plusieurs langues : « Si après 50 ans, tu n’éprouves aucune douleur en te levant, c’est que tu es mort. » Alors, imaginez à 77 ans !

Cela vaut bien, non ! quelques douleurs, quelques raideurs, quelques oublis et quelques rides. Et tant pis pour les poches qui grossissent sous les yeux et pour le trou dans la couche d’ozone qui s’agrandit au sommet du crâne.

Commentaires sur: "77 ans : mes plus belles années !" (7)

  1. Bonjour, j’ai véritablement adoré ce billet, bon anniversaire Mon Cher, que c’était bon de vous lire, je suis un tantinet plus vieille que vous, qu’importe, j’allais dire bon pied , bon oeil , pour les yeux il y a l’espoir de la chirurgie de la cataracte pour pouvoir « en mettre plein la vue » pour la marche cela devient difficile , mais comme il y a pire et il y a tellement d’amis qui sont déjà partis vers cet ailleurs, que je ne suis pas contre encore quelques belles années à deux. Je vous souhaite une très bonne journée amicalement MTH

  2. A reblogué ceci sur Marie des vigneset a ajouté:
    Coucou Paul bon Anniversaire, dire que j’ai aimé votre billet c’est peu dire, je l’ai adoré! Je suis un tout petit peu plus âgée que vous , mais je me contente de ma santé « arthrosique » et puis quand on est encore deux, pour moi cette tendresse, cet amour qui lui n’a pas pris une ride, suffit à mon bonheur. Bon après-midi MTH

  3. Très bon Anniversaire… Douce Année 2022 !
    Qu’importe les rides ! L’essentiel est de profiter des Années Bonus !
    Monett ^)

  4. Frances Boyte a dit:

    Bonne fête, Paul
    Quel beau billet !
    Belle journée,
    Frances

  5. Merci, Frances, pour ce beau commentaire. Chaque fois que je vais voir mon beau-fils à Verdun, près de chez toi, je pense à toi. Si la pandémie le permet, nous devrions pouvoir nous rencontrer autour d’un café en 2022.

  6. Billets qui tombe a point pour moi. Je viens de décider de prendre une pause professionnelle pour profiter un peu de la vie (j’ai 52 ans). Un essaie pour voir si je suis pret pour la retraite en fait! Votre bonheur m’encourage. Bonne fête, en espérant que le temps qui passe continuera d’être bon pour vous! (pour un temps du moins)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Nuage de Tags

%d blogueurs aiment cette page :