Voyages, lectures, films, impressions, humeurs, la vie quoi!

Le prix Renaudot, que ce Parisien de 47 ans vient tout juste de recevoir pour « La panthère des neiges », contribuera sans doute à mieux le faire connaître au Québec. Mais voilà bientôt dix ans que cet écrivain aventurier, plutôt unique dans la littérature française, est une vedette en France.

Depuis en fait la parution de son essai « Dans les forêts de Sibérie », journal intime de ses six mois d’ermitage dans une cabane au bord du lac Baïkal. Ce récit, couronné par le prix Médicis, a connu un grand succès de librairie. On en a même tiré un film, qui n’est pas mauvais du tout, mais qui n’a rien, mais vraiment rien à voir avec le livre, sinon la cabane au bord du lac.

Tesson n’en était pas pour autant à sa première escapade. Ses aventures avaient commencé dès 1991 lors d’une traversée à vélo du désert d’Islande. Puis, en 1993-1994, il avait fait le tour du monde à bicyclette avec Alexandre Poussin. Toujours avec son ami Poussin, il avait franchi en 1997, l’Himalaya à pied, en passant clandestinement par le Tibet, nous dit Wikipédia. En 1999 et en 2000, il parcourt les steppes d’Asie centrale à cheval avec cette fois la photographe Priscilla Telmon. De mai 2003 à janvier 2004, toujours selon Wiki, il reprend l’itinéraire des évadés du goulag en suivant le récit de Sławomir Rawicz : « The Long Walk ». Tous ces périples ont engendré des livres.

« La Panthère des neiges » est également un bouquin inspiré par un voyage. Cette fois, Tesson nous amène au Tibet, où il a suivi son ami Vincent Munier. Ce grand photographe animalier voulait photographier la magnifique panthère qui survit encore, bien que menacée, dans les montagnes de cette contrée.

On y retrouve ce qui fait le charme des récits de voyage de cet aventurier. D’abord, une écriture extraordinaire. Tesson est peut-être le meilleur styliste de la langue française depuis Colette, ce qui contribue à rendre ses observations passionnantes, même quand il ne se passe pas grand-chose. Dans ce dernier livre, par exemple, l’écrivain et ses amis écoulent des heures à attendre un félin, qui ne vient pas, du moins pas souvent. Pendant tout leur séjour au Tibet, ils ne verront la merveille que trois fois.

Le reste du temps, l’écrivain nous parle de la nature et des animaux, qui continuent à le fasciner, ainsi que du genre humain, qui continue à le désespérer. « La terre avait été un musée sublime, écrit Tesson. Par malheur, l’homme n’était pas conservateur. » Pour lui, Dieu a joué aux dés avec l’être humain, et il a perdu. Tout le progrès nous a menés aux embouteillages et à l’obésité.

Mais tout cela est dit avec humour et élégance. Avec beaucoup d’autodérision aussi. À la fois écolo et antimoderne, l’auteur se montre désenchanté, mais je trouve quant à moi son pessimisme plus souriant que désespérant. Je le qualifierais même de tonique.

Cela dit, si vous ne connaissez pas encore Tesson, je vous conseille de commencer d’abord par ce qui me semble son chef d’œuvre : « Dans les forêts de Sibérie ».

« Assez tôt, écrit-il, j’ai compris que je n’allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m’installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie.

« J’ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal.

« Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j’ai tâché d’être heureux.

« Je crois y être parvenu. »

Ces quelques paragraphes résument bien l’ouvrage.

J’ai aussi beaucoup aimé « Sur les chemins noirs », une traversée de la France à pied, effectuée pour se rétablir de la chute d’un toit, une chute de huit mètres qui a causé un grave traumatisme crânien et de multiples fractures, laissant l’acrobate dans le coma. Il faut savoir que ce diable d’homme était un « toiturophile » qui s’amusait à escalader les immeubles, notamment les cathédrales.

Sauf que cette nuit-là à Chamonix, « le prince des chats », comme on le surnommait, était ivre. « Ma vie était un carnaval endiablé et légèrement suicidaire, expliquera-t-il, il était bon de ralentir un peu les chaudières intérieures, de descendre du train. » Depuis, il est resté sobre.

« Sur les chemins noirs » est le récit de sa rédemption sur les sentiers de la France. Vous pourrez ensuite suivre Tintin, pardon Tesson, au Tibet, à la recherche de la panthère des neiges.

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« Dans les forêts de Sibérie » : ****1/2

« Sur les chemins noirs » : ****

« La panthère des neiges » : ***1/2

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« Le froid, le silence et la solitude sont des états qui se négocieront demain plus cher que l’or. Sur une Terre surpeuplée, surchauffée, bruyante, une cabane forestière est l’eldorado. »

 

 

 

 

 

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