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Côté comédies, la plus belle surprise a été « Tout ce qu’il me reste de la révolution » !

« Que faites-vous de vos journées à Nice ? » m’a demandé un Québécois qui y réside chaque hiver depuis huit ans. « On va au cinéma presque tous les jours », lui ai-je répondu, un peu gêné d’avouer notre plaisir un tantinet excessif. Mais mon embarras était inutile, car l’homme occupe lui-même ses matinées à courir les salles obscures. Lise et moi avons déjà accumulé en cinq semaines une vingtaine de visionnements. Sans une semaine consacrée aux expositions, nous en serions sans doute à 25. Mais que serait la vie sans un peu de passion ?

La capitale de la Côte d’Azur est en fait une très bonne ville de cinéma. On trouve une trentaine de salles au centre-ville, toutes ouvertes en matinée. Bien évidemment, il y a davantage d’écrans à Paris. Mais comme on projette souvent les mêmes films d’un arrondissement à l’autre, le choix n’y est guère plus grand.

Le dernier Eastwood, « La mule », est un bon cru.

On peut donc voir à Nice comme à Paris tous les films français, et la France en produit environ 200 par année. Comme ils sont de plus en plus rares au Québec, où ils ont été délogés par les productions américaines et québécoises, on profite au maximum de cette abondance.

Les films américains les plus populaires sont aussi à l’affiche, souvent en version sous-titrée plutôt qu’en doublage, ce que je préfère. Cela dit, nous les avons un peu boudés. D’abord parce que nous ne sommes pas venus en France pour courir après des superproductions qu’on aurait pu voir en restant à Montréal. Ensuite, parce que j’avais déjà visionné une bonne partie des films à l’affiche. Nous avons vu cependant La mule, le dernier Eastwood, que nous avions raté à Montréal et qui est un bon cru. Cet admirateur de Trump est peut-être un connard fini, mais il faut admettre que, côté cinoche, il ne manque pas de talent.

Dans « Kabullywood », quatre jeunes tentent de rouvrir un cinéma fermé par les talibans.

On peut aussi découvrir à Nice des films du monde entier, un plaisir rarissime chez nous, surtout depuis que l’Ex-Centris a fermé ses portes. C’est ainsi qu’on a pu profiter, par exemple, de deux films afghans et d’un film libanais, qui ne traverseront sans doute jamais l’Atlantique. Portant tous trois sur la violence faite aux femmes, ils étaient un peu tristounets. Je suis content d’avoir pu les regarder, car j’ai beaucoup appris sur ces pays. Mais après, j’ai eu une furieuse envie d’une bonne comédie.

On peut voir aussi, cela va de soi, des films européens. Notamment italiens. Chaque année en effet, l’espace Magnan présente les Journées du cinéma italien. Seize films seront ainsi projetés pendant notre séjour. Il est probable qu’aucun d’eux ne sera diffusé au Québec, et c’est bien dommage. Certes, le cinéma italien a perdu bien des plumes depuis les années 60-70. La grande époque des Fellini, Visconti, Antonioni, Scola et autres Risi est bel et bien révolue. Mais l’Italie produit encore à l’occasion des œuvres passionnantes.

Nous avons pu découvrir, entre autres, « In guerra per amore », un film tout à fait digne de la comédie à l’italienne. L’action se passe en Sicile pendant la Deuxième Guerre mondiale. Alors que les Américains libèrent l’île des forces nazies et fascistes, avec la complicité avérée de la mafia, un soldat d’origine sicilienne cherche à retrouver le père de sa fiancée pour lui demander sa main. Désopilant !

« Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ? » m’a bien fait rire.

Le cinéma français aussi peut-être drôle. « Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ? » m’a bien fait rire. Pourtant, une comédie sur la diversité dans la France d’aujourd’hui, ce n’était pas gagné, loin de là. Mais les scénaristes sont parvenus, à mon avis, à utiliser tous les clichés, qui sur les Juifs, qui sur les Arabes, qui sur les Africains, qui sur les Chinois, qui sur les Français eux-mêmes, avec humour, dérision et bonheur. Beaucoup de critiques ont boudé leur plaisir. Tant pis pour eux ! D’autant que les comédiens, Christian Clavier en tête, sont géniaux.

J’attendais beaucoup de « Rebelles », une comédie qui met en vedette Cécile de France et qui atteindra probablement la Belle Province cette année. Le film démarre comme une comédie sociale. Mais le portrait des travailleuses exploitées cède rapidement la place à un polar déjanté, riche en rebondissements. Ce n’est pas toujours plausible, mais on s’en fout ; on est ici en pleine parodie. Ce n’est pas génial non plus, mais c’est léger, drôle, sympathique. On sourit plus qu’on rit, mais cette comédie burlesque se regarde agréablement.

Côté comédies, la plus belle surprise, c’est cependant « Tout ce qu’il me reste de la révolution » ! Les thèmes abordés sont de prime abord sérieux. Il y est question, entre autres, des luttes idéalistes des années 60-70, du difficile militantisme d’aujourd’hui, de parentalité, d’amour et d’amitié. Et plus encore, du monde du travail, vu comme précaire ou comme aliénant. Mais on ne se prend pas pour autant la tête. On rit beaucoup, surtout au début. Puis à la fin, on est ému aux larmes. « Tout ce qu’il me reste de la révolution » est une comédie politique pleine d’humour et d’amour. J’adore ces comédies qui flirtent avec l’émotion. Un petit bijou, qui fait du bien !

Cela dit, comme on vit une période de passions tristes, la majorité des films français reposent cette année encore sur des thématiques un peu lourdes. Voyez quelques sujets. Dans « Shéhérazade », Zachary, 17 ans, sort de prison. Rejeté par sa mère, il traîne dans les quartiers populaires de Marseille. Dans « Les drapeaux de papier », Vincent, 30 ans, sort lui aussi de taule où il a purgé une longue peine. Ou encore, dans « Jusqu’à la garde », lauréat de quatre césars, le couple Besson divorce. Accusant le père de violences, Miriam demande la garde exclusive de leur fils. Pris en otage entre ses parents, Julien cherche à prévenir le pire. Ouf !

Quand il fait beau, et ici le temps est splendide tous les jours, nous n’avons pas toujours envie de nous enfoncer dans une salle obscure pour être témoins de drames aussi poignants et sombres. Mais comme ils sont souvent vantés par la critique qui, ici comme chez nous, préfère les récits déchirants aux comédies légères, on finit par sortir nos mouchoirs.

Et quand on sort de la projection trop ébranlés, on se précipite dans un café et on ajoute une mignardise à notre expresso. Et la douceur de Nice finit par remonter à la surface.

« Rebelles » est à la fois une comédie sociale et un polar déjanté, riche en rebondissements.

 

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