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Dès le 4 janvier, je me suis inquiété de l’effet que le twit aux tweets aurait sur la planète cette année. « Trump incarne tout ce à quoi je m’oppose, ai-je écrit sur ce blogue. Sa réforme des impôts et ses dérégulations massives ne feront qu’accroître les inégalités sociales, qui ont déjà doublé aux États-Unis en 30 ans. Ses politiques en matière d’environnement vont augmenter la pollution et accélérer le dérèglement climatique. Sa conception des relations internationales, fondée sur l’affrontement plutôt que sur la coopération, est archaïque, inefficace et dangereuse. En un mot, on ne pouvait imaginer pire président pour notre époque. »

Je n’avais pas complètement tort. Pour sa deuxième année au pouvoir, l’Agent orange, comme l’appellent certains détracteurs, s’est montré aussi imprévisible qu’hyperactif. On l’a vu faire séparer les familles de migrants à la frontière, envoyer l’armée pour bloquer leur arrivée, renier l’accord avec Iran sur le nucléaire, imposer des tarifs sur l’acier et l’aluminium à ses partenaires, se quereller avec ses alliés, entreprendre une guerre commerciale avec la Chine, imposer à la Cour suprême un juge soupçonné d’agressions sexuelles, passer l’éponge sur un meurtre commandité par le prince saoudien Ben Salmane, et j’en passe.

« À ce rythme, avais-je prédit, les évangéliques qui l’ont porté au pouvoir vont devoir sortir les pancartes LA FIN DU MONDE EST PROCHE avant la fin de l’année. » Mais il y avait dans cet humour inquiet une large part d’exagération. Certes, le président américain a étalé, quasi chaque jour, son incompétence et son ignorance. J’ai beaucoup ri, en particulier, quand il a confondu Balkans et pays baltes, reprochant aux dirigeants de la Lettonie, de la Lituanie et de l’Estonie, éberlués, d’avoir provoqué la guerre en ex-Yougoslavie.

Cela dit, je dois admettre que les fameux contre-pouvoirs ont tenu le coup. Les juges, parfois ceux que Trump a lui-même nommés, ont mis un frein à son autoritarisme. Les grands médias l’ont à l’œil. Le procureur Mueller poursuit son enquête sur les rapports troubles du président et de son entourage avec la Russie. C’est d’autant plus rassurant que le Congrès s’apprête à redevenir démocrate en janvier. Alors oui, Trump est détestable. Mais son pas lourd n’a pas empêché la Terre de continuer à tourner.

La plus grande menace pour l’humanité est plutôt venue de nous-mêmes, les humains. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat n’a pourtant pas ménagé ses efforts pour secouer notre inertie. Dans un rapport tellement choc qu’il a confondu la plupart des sceptiques, le GIEC a expliqué, preuves à l’appui, que l’humanité avait déjà rejeté tant de gaz carbonique dans l’atmosphère qu’elle n’en peut plus.

Depuis le début de l’ère industrielle, la température du globe a augmenté de un degré. Petite note d’espoir : si l’on fait beaucoup d’efforts, on est capable de limiter cette hausse à un demi-degré supplémentaire, ce qui réduirait les dégâts. Encore faudrait-il agir très vite et adopter des mesures radicales. Mais comme, le déni aidant, nous traînons les pieds, une hausse catastrophique de deux degrés, voire davantage, est à craindre.

Tout au long de l’année, Dame Nature, comme l’appellent les amateurs de clichés, est venue nous rappeler que l’urgence climatique, ce n’était pas pour la fin du siècle. C’est maintenant : incendies particulièrement meurtriers en Californie, ouragan violent en Floride, tempête dévastatrice aux Îles-de-la-Madeleine, graves inondations en France, etc.

Puis, comme si cela ne suffisait pas, la CAQ a relancé, sitôt élue, le débat sur le port des signes religieux. Il y a cinq ans, j’avais évité le psychodrame de la charte des valeurs en partant pour 18 mois sur les routes de l’Amérique du Nord. Mais je ne peux pas quitter le Québec chaque fois que le voile se met à énerver nos élus et leurs commettants. D’ailleurs où j’irais-je ? La douce France brûle. En Italie, Salvini galvanise les fascistes. Aux États-Unis, Trump règne grâce aux évangéliques. Et la Chine ne m’intéresse pas.

Avant de devenir complètement fou, j’ai décidé en octobre d’entreprendre une cure de désintoxication à l’égard de l’actualité. J’ai des moments de rechute. C’est sans doute normal pour un ex-journaliste. Mais je progresse. J’évite la plupart des bulletins d’information à la télé. Je contourne Twitter. Je m’aventure sur Facebook à doses homéopathiques. Je continue à lire La Presse, le Monde et le New York Times, mais en me montrant très sélectif.

En revanche, je lis plus de romans et j’écoute plus de musique. Ce sont d’excellents antidotes.

Depuis, je respire mieux et je dors mieux. Ce qui est insupportable, ce n’est pas la légèreté de l’être, c’est sa lourdeur. C’est pourquoi, à la fin de cette année sombre, j’arrive parfois à me voir comme un homme heureux.

Commentaires sur: "2018, une année sombre et heureuse" (2)

  1. excellente idée!

  2. Relaxe, Paul. Il n’y aura pas de psychodrame concernant le port des signes religieux cette fois-ci. Le gouvernement est majoritaire, cette fois-ci, et l’appuie de la population massif. Sauf pour de petits ajustements, le débat est clos.

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