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Qui a peur de la religion ?

Dans le film de Bernard Émond, « Journal d’un vieux », le personnage principal dit : « Je ne crois pas en Dieu et, croyez-moi, je le regrette ! » Jolie formule qui exprime la difficulté de vivre dans un monde sans Créateur. Pour ma part, je ne peux dire que je crois ou que je ne crois pas en Dieu. Comme Albert Camus, « je ne sais pas si ce monde a un sens qui le dépasse ». Et comme Hubert Reeves, j’estime qu’on ne peut pas le savoir.

Mais contrairement au personnage de Émond, je ne regrette pas la disparition du Dieu des catholiques. Certes, en perdant la foi, j’ai perdu l’espoir d’une vie éternelle et paradisiaque dans la vallée de Josaphat. Mais je me souviens surtout d’un Dieu tyrannique qui nous suivait partout, d’un Dieu omniprésent qui s’immisçait dans nos pensées les plus secrètes, d’un Dieu vengeur qui nous menaçait de l’enfer.

Vers 16 ans heureusement, sans doute influencé par mes « mauvaises lectures », j’ai cessé de croire en cette religion qui m’avait jusque-là terrorisé. Ça m’a valu bien des ennuis dans un collège dirigé par des curés, où j’ai risqué d’être mis à la porte. Ça m’a aussi placé dans une position délicate vis-à-vis de mes parents, à qui j’ai dû cacher longtemps mon incroyance. Mais je n’ai jamais regretté d’avoir tourné le dos au catholicisme.

Depuis, je ne pratique aucune religion. Je ne suis pas fermé au Dieu de Spinoza, qui croyait en un Dieu qui se révèle dans l’harmonie de ce qui existe. Mais comme le philosophe, je ne crois pas en un Dieu qui se mêle de la destinée humaine.
Beaucoup de Québécois de ma génération, qui comme moi ont tourné le dos à la religion, sont devenus antireligieux. C’est le cas de plusieurs de mes amis pour qui à peu près tous les malheurs du monde, et notamment les guerres, viennent des religions. Ils se méfient de l’islam en particulier, qui leur rappelle sans doute trop le catholicisme de leur enfance. Pour ma part, je crains davantage les évangéliques qui mettent leur pouvoir au service de l’extrême droite, comme ils l’ont fait pour Jair Bolsonaro au Brésil ou pour Donald Trump aux États-Unis.

Mais je respecte volontiers la foi des autres s’ils ne font pas de prosélytisme et ne défendent pas leurs croyances de façon violente. Le fait de croiser une musulmane voilée, un sikh portant le turban, une chrétienne arborant le crucifix ou un juif coiffé de la kippa n’éveille chez moi ni méfiance ni hostilité.

Je peux comprendre que la foi aide à vivre. J’ai vu mon père, très croyant, vivre les sept dernières années de sa vie malade et diminué, et pourtant serein. Le psychiatre Boris Cyrulnik, qui aborde le sujet de façon très nuancée dans « Psychothérapie de Dieu », n’en aurait pas été étonné. Pour lui, l’idée de Dieu « nous aide à affronter les souffrances de l’existence et à mieux profiter du simple bonheur d’être ».

Et puis, le choix des croyants ne m’enlève rien. Mon identité ne s’évapore pas à la vue d’un hidjab, d’un turban, d’un crucifix ou d’une kippa. Il y a deux ans, je m’étais même porté à la défense des hassidim d’Outremont. Je n’ai pourtant rien de commun avec les membres de cette communauté fermée. Mais leur présence parmi nous me rassure quant à ma propre liberté. Tout comme les chroniques de Richard Martineau me confortent dans la liberté d’expression, qui implique le droit d’écrire des niaiseries.

Ce que j’ai surtout retenu de mon enfance dans les années cinquante, c’est une grande défiance à l’égard de l’obligation d’être tous pareils. Le Québec du duplessisme était oppressant. Il pratiquait l’ostracisme, le rejet, l’exclusion, la condamnation. Fort heureusement depuis, nous avons cultivé les libertés fondamentales, qui rendent notre société bien douce à vivre. Mais je crains que le duplessisme ne renaisse dans les habits étriqués du caquisme.

Je ne souhaite donc pas le retour d’un Québec intolérant où l’on déciderait, au nom de la majorité, de ce qui est bon pour tous et où la laïcité ne serait pas inclusive.

Dans cette époque de repli identitaire, je veux juste une société où l’on peut pratiquer la religion de son choix, ou n’en pratiquer aucune. La laïcité, c’est la liberté. Pour toutes, pour tous et partout !

 

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Commentaires sur: "Qui a peur de la religion ?" (4)

  1. Pourquoi ce titre, Paul? Dès le titre, tout détracteur est discrédité, car il annonce d’emblée que ses arguments ne découlent pas de la raison, mais de la peur. Le reste du texte, par contre, cherche à ne pas tomber dans cette stratégie, en parlant à la première personne, en particulier. Un titre plus approprié serait « En faveur d’une société pluri-religieuse et multiculturelle », me semble-t-il.

    • Désolé pour le délai, Denis, mais ce n’était pas pour te censurer. Pour des raisons que je n’arrive toujours pas à comprendre, tes commentaires restent en attente dans la corbeille de modération. Désolé. Cela dit, il est vrai que le titre était un peu accrocheur.

  2. J’ai relu plusieurs fois ce texte et longuement médité dessus. Ce qui me frappe surtout c’est qu’il commence par une question, qui a peur ?, et se termine par un aveu : l’auteur a peur, il craint un retour à l’obscurantisme de l’époque de Duplessis, époque dominée par un clergé catholique soit dit en passant.

    C’est une structure révélatrice.

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