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PHOTO NICHOLAS KAMM / AFP

Je viens de terminer « Fear » de Bob Woodword, un portrait peu flatteur de Donald Trump. Je ne crois pas que l’auteur ait eu à forcer le trait. Le premier entourage du président américain, qui n’était pas composé que de béni-oui-oui, n’est lui-même pas très tendre à son égard.

Ainsi, Rex Tillerson, le secrétaire d’État, au terme d’une réunion houleuse où plus de la moitié du cabinet a songé à démissionner, a qualifié le président de crétin. James Mattis, le secrétaire à la Défense, un homme calme et posé, a dit, au terme d’une autre confrontation pénible, que le niveau de compréhension du président était celui d’un élève de niveau primaire. Un autre général, John Kelly, devenu secrétaire général, décrit la Maison-Blanche sous Trump comme une maison de fous. Reince Priebus, qui avait précédé Kelly, estime que ce président, qui n’a aucune empathie et aucune pitié, s’est entouré de prédateurs. Rob Porter, le chef de cabinet, voit l’administration Trump comme un foutoir où le patron n’en fait qu’à sa tête. Gary Cohn, ex-président du Conseil économique national, qui a fini par quitter le navire, considère Trump comme un menteur professionnel. John Dowd, avocat personnel du président, va même jusqu’à le taxer de « maudit menteur » après avoir refusé de continuer à le défendre devant la commission Mueller.

Quand on parcourt l’ouvrage du journaliste du Washington Post, on voit bien que ce président peut se montrer raciste, suprémaciste, misogyne, malhonnête, paranoïaque, imprévisible, inconstant, inculte, ignorant, paresseux, borné, insensible, impitoyable, colérique, grossier et, bien entendu, narcissique. Jolie description !

Pour ma part, ce qui m’a le plus frappé, c’est son incompétence. Le populiste qui a battu Hillary Clinton en 2016 aime à se présenter comme un homme d’affaires qui a réussi. C’est sans doute vrai, encore que subsistent quelques doutes sur la hauteur de sa fortune. On sait aussi que le soi-disant « self-made-man » a beaucoup été aidé par son papa, qui lui a légué des centaines de millions de dollars (que Donald et sa famille ont habilement soustraits au fisc). Mais bon, mettons que Trump soit un homme prospère.

Reste qu’un pays ne se dirige pas comme une entreprise, ce que le président actuel ne comprend manifestement pas. De nombreux passages, notamment les conversations savoureuses entre Trump et Cohn, montrent à quel point le premier ne saisit rien aux liens qui unissent l’économie, la politique, la défense et la diplomatie.

Par exemple, Trump est ulcéré par le déficit commercial engendré par le traité de libre-échange avec la Corée du Sud, le KORUS, au point où il veut le renégocier illico, voire le déchirer.  Son entourage est catastrophé. Chacun y va de ses arguments. Tillerson, Mattis, McMaster et Kelly expliquent en chœur que ce déficit est une bagatelle compte tenu des avantages que confère un allié si sûr dans cette région instable du globe. Kelly ajoute que les États-Unis ont besoin du Sud pour négocier avec le Nord, où règne le menaçant dictateur Kim Jong-un. Le général Mattis, élevant la voix pour une rare une fois, va jusqu’à soutenir que la présence américaine en Corée évite peut-être une troisième guerre mondiale. Mais ni les uns ni les autres ne convainquent le président, qui fait préparer un préavis de retrait de 180 jours. Découvrant le document dans le Bureau ovale, Cohn le dérobe. Et comme le président n’a ni plan ni beaucoup de mémoire, les choses en restent là, pour l’heure. Mais il reviendra de nombreuses fois à la charge, jusqu’à avoir gain de cause.

Le président tient aussi mordicus à ce que les États-Unis se retirent de l’ALÉNA, qu’il considère comme le plus mauvais des traités de libre-échange. Encore ici, Cohn et Porter tentent sans succès de le convaincre du contraire. Tout au plus parviennent-ils, par diverses manœuvres, à retarder l’échéance.

Trump réussit également, contre l’avis de nombreux conseillers et au risque de faire grimper les prix, à imposer des droits de douane sur l’acier et l’aluminium, mécontentant du coup même ses alliés les plus sûrs.

Cela n’a rien d’étonnant, car à la longue, difficile de faire entendre raison à un chef autoritaire qui affirme : « Je sais que j’ai raison. Et si vous êtes en désaccord avec moi, c’est parce que vous avez tort. » Ainsi à Cohn qui soutient, chiffres à l’appui, que le libre-échange est avantageux pour l’économie américaine, Trump lance : « C’est des conneries ! » À Tillerson qui évoque les craintes de la Corée du Sud de voir le système antimissile THAAD provoquer une guerre avec le Nord, Trump réplique : « J’en ai rien à foutre ! » À Tillerson encore, qui estime difficile d’imposer des sanctions à l’Iran quand les Iraniens respectent l’accord sur le nucléaire, Trump affirme : « Non, ils ne le respectent pas. »

Incompétent mais pas stupide

Le président des États-Unis n’est pas pour autant stupide. Comme le montre Michael Moore dans son brillant documentaire « Fahrenheit 11/9 », Trump sait utiliser à son avantage les médias, qu’il s’agisse des anciens comme la télé ou des nouveaux comme Twitter, devenu un puissant porte-voix de sa propagande.

Ce populiste sait aussi employer un vocabulaire simple, quasi rudimentaire, pour propager ses thèses rétrogrades et ses solutions simplistes auprès de son indéfectible base.

Enfin, cet admirateur des despotes sait utiliser, pas très subtilement mais fort habilement, la peur qu’il inspire pour parvenir à ses fins. « Le vrai pouvoir, a-t-il déclaré à Woodword en 2016, c’est la peur ! »

Pour l’instant, les sondages donnent les démocrates gagnants aux élections de mi-mandat. Mais ne nous réjouissons pas trop vite. On vient de voir au Québec que les enquêtes d’opinion publique ont tendance à sous-estimer le vote conservateur et identitaire. On s’en était également aperçu lors du référendum sur le Brexit. Alors oui, les républicains pourraient sortir vainqueurs des élections de novembre.

Je ne veux pas jouer les prophètes de malheur, mais un triomphe galvaniserait l’Agent orange. Sa deuxième année est pire que la première. Je n’ose imaginer la suite.

 

FEAR, Trump in the White House, de Bob Woodword, Simon & Schuster, Éditions du Kindle, 2018.

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