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Les électeurs voulaient du changement. Apparemment, ils en ont eu : les deux partis qui ont dominé le Québec depuis 50 ans ont subi des raclées lundi soir. Le Parti libéral a été repoussé dans ses châteaux forts du West Island tandis que le Parti québécois ne doit sa survie qu’à la fidélité d’une poignée de circonscriptions de l’Est. Pourtant, la vague bleue qui a balayé le reste de la province a charrié dans son sillage un profond refus du changement. Les gens qui ont voté pour la CAQ ont souhaité, au fond, que rien ne change, sinon les visages à l’Assemblée nationale.

C’est qu’ils n’aiment pas vraiment le changement, les caquistes. En tout premier lieu, ils redoutent de voir leur province se transformer à cause des immigrés, bien trop nombreux à leur goût. François Legault a lui-même survolté ces peurs en disant craindre que ses petits-enfants ne parlent plus français. Tenace, cette vieille peur de disparaître !

Le chef de la CAQ en a remis une couche en promettant de réduire le nombre d’immigrants acceptés. Il a aussi fait la promotion d’un test des valeurs qui permettrait de renvoyer chez eux les nouveaux arrivants mal intégrés. On n’est pas loin de la charte des valeurs, de triste mémoire, qui avait fini par couler le PQ en 2014. Le test de M. Legault, apparemment, a été mieux reçu dans les chaumières francophones.

Selon un sondage publié par le CIRANO et cité par Rima Elkoury, la moitié des Québécois (on peut supposer qu’ils sont bien représentés à la CAQ) associent l’arrivée d’immigrants au pays à un « grand », voire à un « très grand » risque. Plus grand, par exemple, que celui du changement climatique. Il semble que les photos de niqab dans Le journal de Montréal soient plus effrayantes que la fonte des glaciers, les espèces menacées, les kilomètres de plastique dans les océans, la désertification, la déforestation, les pénuries d’eau, le smog, les canicules, les incendies, les ouragans et autres typhons.

On ne s’étonnera donc pas que les caquistes aient également tourné le dos aux défis environnementaux. Ils veulent bien se dire verts (on est quand même au XXIe siècle), s’il suffit de recycler papiers, cartons et bouteilles. Mais qu’on ne leur demande pas de renoncer à leurs autos, à leurs fourgonnettes ou à leurs camionnettes. Pas plus que de freiner l’étalement urbain. On n’a d’ailleurs qu’à regarder la carte des gains caquistes ; c’est une carte de l’extension sans fin des grands centres, tant les banlieues ont voté massivement pour le parti du statu quo.

On ne s’étonnera donc pas d’apprendre que 88 % des électeurs de la CAQ se rendent au travail en auto. Ils devraient être bientôt récompensés. Leur parti leur a promis, comme l’a rappelé Bruno Bisson dans La Presse, « de prolonger l’autoroute 13 en boulevard urbain jusqu’à Mirabel, de réaménager la route 132 à Saint-Constant et Delson, en Montérégie, d’élargir l’autoroute 30 de Boucherville à Brossard et de parachever l’autoroute 19 entre Laval et Bois-des-Filion ».

Et c’est sans compter le troisième pont entre Québec et Lévis, dont la construction devrait débuter avant la fin du prochain mandat, même si les études préalables n’ont pas encore été réalisées. Une bagatelle d’au moins 4 milliards de beaux dollars, qui met en péril les grands projets de transport en commun sans lesquels il sera impossible de réduire les gaz à effet de serre de 37,5 % d’ici 2030, comme s’y est engagé le Québec.

Les partisans de la CAQ ont enfin dit non à l’indépendance du Québec. Non qu’ils soient farouchement fédéralistes, sans doute. Mais ils s’accommodent bien d’un nationalisme québécois qui fait contrepoids au nationalisme canadien. Sur ce plan, je ne peux leur reprocher leur prudence tranquille. D’autant que le projet péquiste avait fini par perdre sa pertinence.

Québec Solidaire a tenté de rallumer la flamme souverainiste en faisant miroiter un projet de société écolo et radical, aux antipodes de celui de la CAQ. On verra au cours des quatre prochaines années si leur audacieux programme tient la route. S’il y a un espoir, il est de ce côté. Mais je crains que les caquistes continuent à préférer les autoroutes.

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