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Les trois quarts des émigrés se retrouvent dans la métropole et sa couronne.

Le président de la CAQ, François Legault, craint que nos petits-enfants parlent anglais plutôt que français. La hantise de la disparition de notre langue n’est pas nouvelle ; elle est propagée depuis longtemps par bien des nationalistes. Ce qui est relativement récent, c’est son motif. Jadis, la menace venait des Anglais ; aujourd’hui, elle émane des immigrants. Autre temps, autres peurs. Cette appréhension résiste-t-elle à l’analyse ?

Commençons par les régions du Québec. Plus on s’éloigne de Montréal, moins on trouve de nouveaux arrivants. Quelques-uns s’y aventurent, mais ils parlent déjà français ou l’apprennent à la vitesse grand V. Leur présence rarissime menace-t-elle la survie du français en région ? Bien sûr que non !

Le problème, si problème il y a, se situe dans sa métropole et sa couronne immédiate, où se concentrent grosso modo les trois quarts des émigrés. Leur nombre pèse-t-il sur l’avenir du français dans la Belle Province ?

Voici quelques faits. La proportion d’immigrants ne parlant pas notre langue était de 58 % en 2017 et de 53 % en 2016, « années où le Canada a accueilli un grand nombre de réfugiés, notamment syriens », note Agnès Gruda dans La Presse. La journaliste ajoute que « durant la décennie qui a précédé, soit de 2006 à 2015, c’est une minorité variant entre 35 et 44 % qui ne parlait pas français ».

En outre, ne pas parler le français à l’arrivée n’implique pas qu’on ne le parlera jamais. Toujours selon La Presse, « des statistiques de recensement compilées par Jack Jedwab, directeur de l’Association d’études canadiennes, démontrent que 10 ans après leur arrivée, 90,5 % des immigrants économiques, 77,1 % de ceux qui ont bénéficié du programme de réunification familiale et 84,3 % des réfugiés parlent le français ».

Je doute que ces chiffres calment notre chef caquiste, qui se montre volontiers alarmiste, surtout en pleine canicule électorale, mais ils devraient rassurer tous ceux qui savent faire la différence entre les légendes urbaines et la réalité.

Est-ce à dire que tout va bien ? Non ! il est sans doute vrai, comme l’affirme M. Legault, que les gouvernements n’investissent pas assez dans la francisation des nouveaux arrivants. On peut souhaiter que le prochain donne un coup de barre.

Je trouve, pour ma part, que les francophones ne sont plus assez nombreux sur l’île de Montréal pour bien intégrer les allophones, dont le nombre ne cesse de croître. Il me semble qu’on ne peut du même souffle quitter massivement une île « où l’on ne se sent pas vraiment chez soi » et se plaindre ensuite que « Montréal s’anglicise ». Si l’on a à cœur la survie du français dans la métropole, il est souhaitable que les Québécois qu’on dit pure laine continuent à y vivre.

Il m’arrive aussi d’être inquiet quand j’entends tant de francophones, notamment à Montréal, parler franglais ou quand je lis sur Facebook tous ces messages où l’on mélange allègrement les langues de Shakespeare, de Molière et de Tremblay. Parler deux langues, c’est bien. Trois, c’est encore mieux. Mais de grâce, une à la fois. Parler ou écrire pêle-mêle anglais, français et joual est une menace bien plus grande pour notre langue que la hausse du nombre d’immigrants. Tout comme le fait qu’un million de Québécois ont du mal à lire.

Nos petits-enfants parleront-ils encore français ? Je l’espère et je le crois ; je suis plus optimiste en matière de langue qu’en matière d’environnement. Mais si notre langue venait à disparaître, les nouveaux arrivants n’en seraient nullement responsables. Cessons de les accabler.

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Commentaires sur: "Nos petits-enfants seront-ils anglophones ?" (2)

  1. Argumentaire solide.

    Étant un Acadien né à Bouctouche, je ne peux qu’être inquiet d’observer l’évaporation lente mais constante du fait français au Canada. Inquiet que nous soyons passés de 33% de la population canadienne à l’époque de mon père à 25% aujourd’hui. Inquiet que, comme nous sommes aussi au Canada, nous soyons aussi atteints éventuellement par ce phénomène, à moins de l’endiguer.

    Pour ce qui est de l’immigration, ce qui me scandalise c’est de voir comment c’est difficile pour eux de s’intégrer au marché du travail dans leur domaine de compétence. Surtout en santé. Comme nous avons invité ces gens, il faut maintenant voir à réduire les obstacles à leur intégration.

    Mais les gens quittent-ils vraiment Montréal pour les raisons que tu donnes? Ou parce que Montréal n’est pas aménagée pour les gens mais plutôt pour les travailleurs, les entreprises?

    • Il est vrai, Denis, que les motivations pour quitter Montréal sont nombreuses. Je ne suis pas sûr cependant que l’argument économique, qu’on invoque souvent, soit si valable. Je me souviens d’avoir lu une étude montrant que, à long terme, il était plus rentable d’acheter une maison à Ahuntsic avec une auto qu’une maison à Repentigny avec deux autos. J’ai tendance à croire qu’on quitte beaucoup la grande île parce qu’on ne s’y sent pas chez soi.

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