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Je ne crois pas à la liberté des hommes d’importuner les femmes. Je crois plutôt au droit des femmes de ne pas être importunées.

Je suis très attaché aux libertés. Mais, tout mâle que je sois, je ne tiens pas à la liberté que nous aurions d’importuner les femmes, sous prétexte que cette liberté serait indispensable à la liberté sexuelle. « O liberté, que de crimes on commet en ton nom ! », a lancé Manon Roland. Comme je ne suis pas comme elle sur l’échafaud, je dirai plutôt : « O liberté, que de niaiseries on dit en ton nom ! »

Soyons justes : il n’y a pas que ce collectif de femmes françaises, la plus connue étant Catherine Deneuve, qui a publié une lettre dans Le Monde, à craindre que les mouvements #moiaussi, #metoo et #balancetonporc soient allés trop loin. Une de mes connaissances m’a récemment lancé : « Le problème, c’est que les hommes n’oseront peut-être plus essayer de séduire les femmes dans les partys. » Ce à quoi j’ai répondu : « Si on ne peut plus mettre la main aux fesses des femmes, où s’en va-t-on ? » Devant mon humour absurde, il a laissé tomber.

Que des hommes redoutent que ce grand mouvement de dénonciation des porcs dépasse les bornes, je peux le comprendre, même si je ne partage pas leurs inquiétudes. Mais des femmes, m’en voilà tout étonné. Cela dit, elles nous invitent à débattre et ce n’est pas moi qui vais refuser pareille invitation. D’autant qu’elles ne manquent pas d’humour à l’occasion. « Encore un effort, peut-on lire dans leur lettre, et deux adultes qui auront envie de coucher ensemble devront au préalable cocher via une appli de leur téléphone un document dans lequel les pratiques qu’ils acceptent et celles qu’ils refusent seront dûment listées. »

C’est plutôt bien envoyé. L’ennui, c’est qu’on n’en est pas là. Il est peut-être vrai que la vague d’indignation a emporté quelques hommes qui « n’ont eu pour seul tort que d’avoir touché un genou » ou « tenté de voler un baiser ». Mais les Weinstein de ce monde ne se sont pas contentés d’envoyer « des messages à connotation sexuelle à une femme chez qui l’attirance n’était pas réciproque ». Relisez les témoignages des femmes impliquées, dans l’ensemble éminemment crédibles, et on verra qu’il s’agit bien de crimes et non d’une simple « drague maladroite ».

Je veux bien croire qu’il ne faut pas confondre « galanterie et agression machiste ». Mais les frotteurs des métros sont-ils de galants gentilshommes ? Dans le métro de Paris, j’ai vu un costaud croiser une belle jeune femme en minijupe en lui glissant la main sur une cuisse au passage. Est-ce cette séduction à la française que les femmes du collectif ont tant peur de perdre ? Dieu sait à quel point j’ai aimé les jeux de séduction du temps de ma folle jeunesse, mais il ne me serait jamais venu à l’idée d’imposer à une femme un geste aussi choquant ! Dieu sait aussi à quel point je suis sensible à la beauté des femmes, mais la goujaterie est une bien mauvaise façon de rendre hommage à leur charme ! « Si un homme ne sait pas faire la différence entre flirter et harceler, me disait une amie, il devrait cesser de flirter. »

Cela dit, dans cette tentative de réhabilitation des porcs, ce qui me chicote le plus, c’est la conclusion du collectif : « Les accidents qui peuvent toucher le corps d’une femme n’atteignent pas nécessairement sa dignité et ne doivent pas, si durs soient-ils parfois, nécessairement faire d’elle une victime perpétuelle. Car nous ne sommes pas réductibles à notre corps. Notre liberté intérieure est inviolable. »

Traduction : « Mesdames, on aura beau vous violer, vous maltraiter, vous harceler, vous siffler, vous balancer des insultes, vous traiter de salope, vous répéter que vous avez un beau petit cul ou des nichons sublimes, vous embrasser de force, vous plaquer contre un mur, vous pincer les fesses dans le métro, vous prendre la chatte comme aime tellement le faire M. Trump, CELA N’ATTEINT PAS VOTRE DIGNITÉ. »

Moi, je veux bien débattre des risques de puritanisme, mais là, c’est pas un peu exagéré, non !

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Commentaires sur: "La liberté d’importuner des hommes" (5)

  1. Paul, je suis d’accord avec toi dans l’ensemble. Ce qui me trouble c’est que les accusations, les procès, les jugements rendus sont faits par le biais des média. Les institutions s’empressent ensuite d’exécuter la sentence de peur de servir de boucs émissaires.

    Tout ça dérape au point où un comédien connu enseignant dans une école de théâtre réputée doive comparaître devant son public à la télé pour répondre de ses méthodes d’enseignement, peut-être contestables par ailleurs.

    Peut-être notre système de justice est-il trop pourri pour compter sur lui, il n’en demeure pas moins que c’est malsain ce qui se passe actuellement, comment elles se passent.

  2. Bien dit , M. Roux ! Vous feriez un excellent éditorialiste .

  3. Je crois surtout que cela démontre une fois encore qu’il y a plus qu’un océan qui nous sépare 🙂
    Des mentalités différentes, visions des rapports hommes/femmes et de l’individu dans la société ici, respect des différences ou place de la religion dans la société à d’autres moments.

    Enfin une tonalité différente avec cette tribune (avec ses faiblesses) et j’aime les points de vue différents mais évidemment caricaturée par ses opposants comme s’il était interdit de dévier d’une sorte de ligne officielle, une police de la pensée où l’on passe d’un extrême à l’autre.
    Que cela vienne d’ailleurs d’un pays latin ne m’étonne pas et même me réjouis même si je ne partage pas l’intégralité du propos.

    Petit test intéressant basé sur la législation française :
    https://www.francetvinfo.fr/societe/harcelement-sexuel/quiz-drague-blagues-lourdes-harcelement-sexuel-ou-agression-etes-vous-sur-de-savoir-faire-la-difference_2425449.html

    • Je ne suis pas sûr que l’océan Atlantique soit en cause. Il me semble que, même en France, beaucoup de gens, et pas seulement des femmes, ne soient pas d’accord avec le collectif qui a signé la lettre dans Le Monde. Moi aussi j’aime bien les points de vue différents et je ne suis pas opposé à ce qu’on s’écarte de la ligne officielle. Mais je ne partage pas le point de vue de ce collectif et je trouve sa conclusion plus que contestable.

  4. Quand j’évoque l’océan qui nous sépare je pense à des visions différentes sur un certain nombre de sujets de société fruit d’une histoire propre, je maintiens que si nous partageons des valeurs communes nous avons néanmoins des approches différentes. (Voyez encore récemment cette histoire de ce professeur d’arts plastiques renvoyé de son poste pour avoir montré des photos de nus à ses élèves !)
    C’est comme cela que j’ai compris la tribune de ces femmes et la participation de Deneuve qui a d’ailleurs opportunément préciser son engagement après plusieurs dérapages de part et d’autre. Les réactions à cette tribune ont été parfois violentes, exacerbées, certains on même parler de trahison et d’anti-femmes. Certaines récupérations ont également pu jeter un certain discrédit sur la démarche. Difficile d’être à l’aise quand vous êtes rejoint par des personnalités extrémistes et d’autres particulièrement urticantes.
    Presque tout le monde s’accorde pourtant sur le fait qu’il ne faut pas tolérer les agressions sexuelles encore faut-il s’avoir comment on fait pour les dénoncer, est-ce approprier de le faire par les réseaux sociaux, parfois des années après, et cet effet de meute sans contrôle ni mesure, historiquement cela rappelle une période sombre pas si éloignée de délation. Autre sujet : où mettre le curseur ? Des propos salaces, une blague grivoise, une main aux fesses ou sur l’épaule… tout cela sur le même plan qu’un viol ?
    Et cette tentation de certaines féministes de transformer cela en un affrontement entre sexe, réduisant l’ensemble des hommes à des agresseurs, des porcs et les femmes au seul statut de victime.
    Il me semble cependant que le problème n’est pas une question de sexe mais d’abord de pouvoir et des abus qui peuvent en découler, le fait est que les hommes sont majoritairement en position de pouvoir et donc plus en possibilité d’en abuser mais inversons les choses et vous verrez tout autant des femmes prédatrices. Et il y a aussi des hommes agressant d’autres hommes comme le montre les dernières sorties.

    Un peu long comme post, je m’en excuse!

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