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Une autre année Trump

Ça fera bientôt un an que Donald Trump occupe la Maison-Blanche. On ne saurait dire que le successeur de Barack Obama a été inactif. Presque chaque jour, par ses tweets, ses décrets ou ses déclarations, il nous a rappelé brutalement que le président des États-Unis était de facto l’homme le plus puissant de la Terre. Heureusement qu’il aime le golf, ce qui nous donne à l’occasion un petit congé. Mais même sur les terrains verts, il finit par imposer sa chevelure jaune.

Pour être honnête, il m’obsède. J’aimerais bien me foutre de lui, mais je n’y arrive pas. De toute façon, ce serait bien difficile : il est partout. Que je lise La Presse ou Le Monde, que je regarde le bulletin d’informations de France 2 ou de Radio-Canada, il se passe rarement une journée sans qu’on ne parle de lui. Et dans 99 % des cas, pour de mauvaises raisons.

En un an, il a tenté d’abolir l’Obamacare, d’imposer un décret limitant l’immigration des musulmans, de relancer les mines de charbon, d’autoriser la vente d’ivoire au risque de voir disparaître les éléphants, et essayé de faire construire un mur entre les États-Unis et le Mexique. Il a retiré son pays de l’accord de Paris sur le climat, réduit la liberté de parole des scientifiques, autorisé les forages en Alaska et la chasse aux ours blancs, annoncé le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem, fait adopter une réforme des impôts en faveur des plus riches. Il a provoqué la Corée du Nord au risque de provoquer un conflit nucléaire, menacé de représailles les pays qui oseraient voter contre les États-Unis aux Nations unies, fussent-ils des alliés, laissé craindre la fin de l’Aléna et fait nommer de nombreux juges conservateurs. Entre autres.

Il est peu probable que l’année 2018 sera différente. D’autant qu’après un début de mandat difficile, Trump a terminé 2017 sur des succès qui ont propulsé son ego narcissique dans la stratosphère. À preuve, le 1er janvier il a publié un tweet rageur qui risque de brouiller les États-Unis avec son allié pakistanais. Le lendemain, il lançait : « Informez [Kim Jong-un] que moi aussi j’ai un bouton nucléaire, mais il est beaucoup plus gros et plus puissant que le sien, et il fonctionne ! » Le 3, autre tweet de colère, cette fois contre Steve Bannon, l’architecte de sa victoire électorale, avec lequel il paraît définitivement fâché. Et puis le 4, il a fait part de son intention d’autoriser l’exploitation du pétrole et du gaz dans la quasi-totalité des eaux littorales des États-Unis, y compris au large de la Californie, de la Floride et de l’Arctique.

La première semaine, faut-il le rappeler, n’est pas encore terminée. À ce rythme, les évangéliques qui l’ont porté au pouvoir vont devoir sortir les pancartes « La fin du monde est proche » avant la fin de l’année.

Trump est fou, assurément. Il n’est pas non plus particulièrement brillant, comme en témoignent son vocabulaire très limité et le simplisme de sa pensée. Quand on l’écoute parler, on est à quelques années-lumière d’Obama. Mais il n’est pas pour autant stupide. Il est doté d’une intelligence pratique qui lui a permis jusqu’ici d’arriver à ses fins. Elle repose essentiellement sur trois piliers : menacer, mentir et money. Et souvent, ça marche. Voyez comment les républicains récalcitrants sont rentrés dans le rang lors de l’adoption de la réforme des impôts.

Mon espoir, c’est que son parti perde les élections de mi-mandat en novembre, ce qui limiterait considérablement son pouvoir. Mais, même si sa réforme des impôts a été mal reçue, ce n’est pas gagné.

J’aimerais m’en foutre, disais-je. Mais c’est difficile, car Trump incarne tout ce à quoi je m’oppose. Sa réforme des impôts et ses dérégulations massives ne feront qu’accroître les inégalités sociales, qui ont déjà doublé aux États-Unis en 30 ans. Ses politiques en matière d’environnement vont augmenter la pollution et accélérer le dérèglement climatique. Sa conception des relations internationales, fondée sur l’affrontement plutôt que sur la coopération et l’entraide, est archaïque, inefficace et dangereuse. En un mot, on ne pouvait imaginer pire président pour notre époque.

Dès lors, peut-on rester optimiste ? J’admire ceux qui le demeurent. Il est vrai que le monde nous apparaît déformé à travers la loupe des médias, qui amplifient tout ce qui va mal. Mais quand je vois aller notre pauvre humanité, menée par Trump, mais aussi par Poutine, qui sera réélu facilement, et par Erdogan, qui est en train d’éliminer toute opposition, j’ai l’impression qu’elle va droit dans le mur.

Je refuse pour autant de rejoindre le clan des pessimistes. Peut-être est-ce l’effet de la méditation et de la pensée bouddhiste, toujours est-il que je m’efforce de rester zen en toutes circonstances, même en cas d’attaque de trumpitude. J’espère qu’il y aura suffisamment de gens lucides pour contrer Trump et corriger la trajectoire de notre destin global. De toute façon, nous ne pouvons nous offrir le luxe du pessimisme ou de l’indifférence.

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Commentaires sur: "Une autre année Trump" (8)

  1. Tout à fait d’accord Paul… Je ne suis pas non plus du groupe des pessimistes car je crois que viendra un moment pour équilibrer les choses. C’est aux jeunes maintenant de prendre la relève et ça va venir.

  2. À quand un texte aussi « profond » sur les incompétents qui nous gouverne ici. On devrait regarder dans notre cour avant de critiquer celle de nos voisins. D’ailleurs, sans être pro-Trump, j’attends toujours l’apocalypse préduit par les « experts » suite à son élection.

    • Les effets de mauvaises décisions ne se font pas toujours sentir immédiatement. Les décisions prises, par exemple, par Reagan font que les inégalités ont doublé aux Etats-Unis en 30 ans alors qu’elles sont restées presque stables en Europe. Dans le cas de Trump, toutes les décisions prises en matière d’environnement risquent d’avoir des effets catastrophiques à moyen terme. D’ailleurs, le réchauffement climatique, créé par les activités humaines, provoque déjà des catastrophes. Juste l’an dernier, deux terribles ouragans aux Etats-Unis et des incendies dévastateurs en Californie.

  3. Jean-Guy Roy a dit:

    J’ai foi en l’humanité et à son bon sens. Donc, je me dois d’être optimiste, Ce n’est cependant toujours facile, j’en conviens.
    Je partage sans restriction ton texte. Je vais d’ailleurs le faire parvenir aux quelque 75 personnes à qui je fais parvenir les diaporamas qui m’apparaissent les plus intéressants.

  4. Bonne année et la santé surtout !
    Un peu en retard mais je voulais attendre après le post « urinoir » pas très indiqué pour souhaiter de bons voeux 😉
    Manque de chance le suivant concerne l’autre génie incompris… mais je continue de vous lire avec plaisir et nostalgie aussi.

    En désaccord avec vous sur Trump, ces derniers mois ont bien démontré qu’il n’est pas l’homme le plus puissant du monde, si tant est qu’un président américain l’ai jamais été, les institutions et contre-pouvoirs sont à l’oeuvreet il ne peut pas faire tout ce qui lui chante, et le pays n’est plus le même non plus. On assiste clairement à un changement d’importance sur l’échiquier mondial et Trump ne fait que souligner à grands traits la perte de pouvoir et d’influence des Etats-Unis initiée bien avant lui, c’est le fil de l’Histoire avec la Chine et quelques autres qui prennent le relais.
    Je ne crois pas non plus que l’homme soit un parfait crétin (il a l’intelligence d’une certaine Amérique) et fou mais il est incontestablement imprévisible et singulièrement incompétent, ce qui n’est déjà pas si mal 🙂
    On peut se consoler en se disant qu’il n’est que de passage et espérer qu’il ne casse pas trop son jouet et plaindre ses concitoyens qui l’ont malgré tout porté au pouvoir.

  5. À vous aussi je souhaite une excellente année et, comme vous le dites, de la santé surtout. Le reste, on s’en charge. Votre analyse de Trump est intéressante.

  6. jean-paul gravel a dit:

    Excellent article qui résume bien tout ce que Trump a fait, défait ou s’apprête à démolir en 2018. La fin nous laisse pantois. La méditation, fut-elle connectée directement à Bouddha, constitue un refuge individuel de l’ordre de l’abri nucléaire dans sa propre cour. Ce qui a le plus d’impact, ce sont les initiatives des médias, comme cet article et tous les autres publiés aux États-Unis et dans le monde. Tout ce qui peut permettre d’attiser les oppositions à l’intérieur du parti républicain, ou d’apporter un appui aux groupes qui révèlent l’effet négatif des changements sur une grande partie des électeurs. Les médias écrits disparaissent. Espérons que le « contre-pouvoir » des médias ne fondra pas avec eux et que le journalisme d’enquête continuera d’être financé. Pour terminer, revenons au bouddhisme. Toutes les religions et philosophies institutionnalisées génèrent des intérêts divergents susceptibles d’alimenter des extrémismes. Ce fut le cas en 2017 en Birmanie (Myanmar) avec l’organisme bouddhiste « Ma Ba Tha » ou « Bouddha Dharma »dont les partisans ont participé à l’expulsion au Bangladesh de près d’un million de Rohingyas de religion mulsumane.

    • Un ami me disait récemment qu’il ne craignait pas les religions mais les clergés. Et Matthieu Ricard, l’interprète français du dalaï-lama, a mis en garde son auditoire, lors d’une récente conférence à Montréal, contre les moines bouddhistes acoquinés au pouvoir en Birmanie. C’est pourquoi j’ai évoqué la pensée bouddhiste, axée la bienveillance et la non-violence, et non la religion bouddhiste.

      Par ailleurs, peut-être me suis-je mal exprimé relativement à la méditation. Je ne l’ai jamais présentée comme une façon de contrer Trump, mais simplement comme un moyen de rester serein en cette ère de trumpisme, où chaque jour nous apporte une mauvaise nouvelle. Je suis d’accord avec toutes les mesures d’opposition auxquelles tu fais allusion.

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