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« Bonjour, Hi ! »

Photo La Presse

Cette banale formule d’accueil est devenue le symbole de l’anglicisation de Montréal. À tel point que l’Assemblée nationale, à l’unanimité, a voté la semaine dernière pour que le mot « bonjour » soit désormais utilisé seul dans les commerces. Et c’est ainsi que, dans la Belle Province, on règle un problème en deux coups de cuiller à pot. Une déclaration solennelle de notre auguste Assemblée, et on passe au suivant. C’est fou ce qu’on peut être efficace !

Pour ma part, j’avais fini par m’habituer à ce « Bonjour, Hi ! » si représentatif de notre belle métropole. « Bonjour, Hi ! », ça veut juste dire : « Je peux vous servir en français ou en anglais. » Et dès que vous répondez « Bonjour ! », la conversation se poursuit en français. « What’s the problem ? », demandent d’ailleurs nos Anglos, qui n’en reviennent pas qu’on fasse autant de bruit pour si peu.

C’est sans doute que la majorité francophone aimerait bien que Montréal soit aussi française que…, j’allais dire Paris, mais je ne suis pas sûr que ce soit désormais un très bon exemple. On voudrait, en fait, que le visage de la métropole soit entièrement français. Le bilinguisme, même quand notre langue y est prioritaire, c’est déjà trop pour la plupart. Mais cette nostalgie ne repose sur rien, car la ville n’a jamais été tout à fait française, sinon du temps de Ville-Marie.

Comme l’a souligné Alain Dubuc dans sa chronique de samedi dernier, Montréal est une « ville officiellement française par son statut et par son mode de vie, mais bilingue de facto par sa population et son activité économique ». Non seulement on y trouve une importante communauté anglophone, qui compte des universités, des collèges, des hôpitaux, des postes de télé et de radio, un grand journal et même un théâtre, mais la métropole est notre lien économique, notre avant-poste, avec le reste du monde. C’est également un grand centre pour le jeu vidéo, l’intelligence artificielle, la recherche médicale, le tourisme, l’aviation, toutes activités dont la langue commune est l’anglais. Moi aussi, j’aurais préféré que la « lingua franca » soit restée le français, mais le XIXe siècle est fini depuis bientôt 118 ans.

Le refus du caractère bilingue de Montréal n’est pas que nostalgie, c’est surtout une peur. La peur que nous, petite minorité francophone en Amérique du Nord, disparaissions. Cette crainte obsessive, je peux la comprendre. Mais je ne la partage pas. D’abord parce que le bilinguisme de la métropole n’est pas une menace, mais un élément central de sa vitalité et de son dynamisme. Ensuite, parce que le voisinage de l’anglais et du français n’a pas empêché l’éclosion et le rayonnement d’une culture québécoise francophone et solidement enracinée. Craindre que nous disparaissions, c’est ne pas nous faire confiance.

Bien sûr, tout n’est pas parfait. Il y aura toujours des manifestations d’arrogance comme lors du lancement de la boutique Adidas, mais elles ne sont pas représentatives de la vie montréalaise. Notre statut de minoritaires nord-américains nous obligera toujours à une grande vigilance. Et il faudra continuer à faire respecter la loi 101, notamment à l’école.

Mais nous ne vivons pas en territoire occupé. Le français survivra à Montréal.

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