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La cheffe et la mairesse

Photo La Presse

La cheffe (et non le chef) de Projet Montréal est devenue mairesse (et non maire) de Montréal. Je n’ai rien contre la féminisation des titres de fonction. Dès 1980, j’avais titré dans Le Soleil : « Marguerite Yourcenar, première écrivaine à l’Académie française ». Aujourd’hui, ce féminin est courant au Québec, mais en France, beaucoup d’auteures ou d’autrices continuent à le refuser. Pour ce qui est de mairesse, les Cousins n’ont pas retenu ce mot, considéré comme vieilli, mais ils emploient madame le maire ou la maire. Parfois, ils écrivent aussi cheffe, qui a remplacé cheffesse.

À mon avis, refuser le féminin des titres de fonction est un combat d’arrière-garde. Chez nous, comme en Belgique et en Suisse, la cause est presque entendue. Dans l’Hexagone, la résistance se fait encore sentir, même du côté des femmes. Mais elle s’effrite peu à peu, malgré les hauts cris de l’Académie.

En revanche, je suis presque aussi réfractaire que les Immortels à la féminisation systématique, car elle rend les textes difficiles à lire. Et parfois même, un peu ridicules, comme dans cet exemple : Les employé.e.s sont prié.e.s de se rendre à la réunion à 10 h, sauf ceux.elles qui ne peuvent être absent.e.s de leur poste. C’est politiquement correct sans doute, mais grammaticalement incorrect. Je suis donc tout à fait opposé aux points, aux traits d’union, aux parenthèses ou aux barres obliques pour marquer le féminin. Je n’irai pas jusqu’à affirmer, comme les Académiciens, que ces formes font courir au français un « mortel péril ». Mais incontestablement, elles nuisent à la clarté de la communication.

La féminisation systématique devrait se limiter aux textes administratifs. Je veux bien qu’on annonce qu’un poste est ouvert aux infirmières et aux infirmiers, aux travailleuses sociales et aux travailleurs sociaux, voire aux ingénieures et aux ingénieurs. Mais elle n’a pas sa place dans un livre, un journal ou une revue.

À mon avis, si l’on veut favoriser un vocabulaire inclusif, il faut utiliser des méthodes, disons, moins envahissantes et moins horribles. Beaucoup d’auteurs, par exemple, font de prudentes mises en garde affirmant que, par souci d’alléger le texte, le masculin inclut le féminin. J’aime bien cette formulation toute simple.

Il est souvent possible d’éviter le recours pénible aux deux genres en employant des termes génériques. Ainsi, au lieu de parler des employées et des employés, on parlera du personnel. Ou encore, au lieu de parler des clientes et des clients, on parlera de la clientèle. C’est ce qu’on appelle le vocabulaire épicène.

Le masculin l’emporte sur le féminin

Quant à la règle voulant que le masculin l’emporte sur le féminin, elle est aujourd’hui contestée par certains enseignants français (mais ils écriraient sans doute « par certain.e.s enseignant.e.s français.e.s »), estimant qu’elle « conduit femmes et hommes à accepter la domination d’un sexe sur l’autre ». C’est pourquoi ils proposent le retour à l’accord dit de proximité, qui n’est sorti complètement de l’usage qu’au XVIIIe siècle. En vertu de cette règle, il faudrait dire, par exemple : « les hommes et les femmes sont belles » ; ou écrire : « Antoine, Jasmine et Rosalie sont allées pique-niquer ».

Contrairement à la vice-doyenne de la faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal, Pascale Lefrançois, je ne trouve pas que la règle de proximité soit une « idée aberrante ». Mais changer une règle de grammaire, l’expérience l’a souvent démontré, n’est pas facile. Et serait-ce bien utile ? Car, comme l’a dit Mme Lefrançois à La Presse, s’il est vrai « que des combats féministes sont encore nécessaires dans notre société », la grammaire n’est peut-être pas le lieu pour les mener.

 

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Commentaires sur: "La cheffe et la mairesse" (1)

  1. De main de maître, c’est une évidence. Je vais laisser la place à Bernard Pivot pour plus de commentaires.
    Par contre j’ai lu avec intérêt et même appris quelque chose de nouveau : le vocabulaire épicène. Tiens donc.

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