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La Presse nous a appris lundi que, « à leur premier essai, près de la moitié des futurs enseignants québécois ont échoué à l’examen de français obligatoire pour l’obtention de leur brevet d’enseignement l’an dernier ». C’est l’exemple même du cercle vicieux : des étudiants maîtrisant mal le français enseigneront mal notre langue à des enfants qui, plus tard, le parleront et l’écriront mal, et qui, un jour, l’enseigneront mal à leur tour. Comment en est-on arrivé là ?

Bien entendu, il faut éviter de jeter la pierre aux seuls enseignants. Comme le dit Patrick Lagacé, « ils sont le produit d’une culture qui se fiche de l’école ». Et j’ajouterais : le produit d’une école qui se fiche du français. D’année en année, on n’a cessé de diminuer les heures d’apprentissage de notre langue. On a multiplié les réformes mal avisées. On a gonflé les notes pour cacher les problèmes. De plus, comme l’a si bien expliqué le Pr Pierre Paradis à Caroline Touzin, « dans les écoles d’aujourd’hui, on priorise la créativité, l’expression d’idées », ajoutant : « C’est écrit tout croche, mais ce n’est pas important, les jeunes s’expriment. » Il me semble que « sa sarait plus mieux » de maîtriser les règles de grammaire avant d’essayer de disserter sur les grands sujets de l’heure.

J’allais ajouter : les enseignants sont aussi le produit d’une culture qui se fiche du français. Mais ce serait inexact, même si c’est souvent l’impression que j’ai en regardant la télé ou en écoutant la radio. En fait, on se préoccupe beaucoup de l’avenir de notre langue dans la Belle Province. On est tellement inquiets qu’on veut interdire l’accès du cégep anglais aux allophones et forcer les grandes sociétés à adopter des raisons sociales en français. On voudrait que les immigrants parlent notre langue à la maison, et non la leur. Et on s’alarme de l’anglicisation de la métropole, même si les chiffres ne sont pas si effrayants.

Pendant ce temps, la moitié des étudiants en pédagogie, après une quinzaine d’années d’études, ne savent pas écrire correctement en français et la moitié des Québécois sont incapables de lire un texte le moindrement complexe. Peut-être serait-il temps de se soucier un peu plus de la qualité de la langue et un peu moins de sa quantité.

C’est un air connu, j’en conviens. Moi-même, je l’ai répété si souvent depuis cinquante ans que j’ai l’impression de radoter. Mais si l’on tient à ce que le français survive chez nous, c’est quand même par là qu’il faudra commencer.

 

« On n’a pas un système d’éducation qui prépare des enfants à la vie, au marché, à la concurrence, à la compétence. On ne prépare pas des individus forts intellectuellement. On est mou, on est laxiste, on est dépassé, on manque de rigueur, de curiosité, de culture.  »

– Xavier Dolan (L’actualité)

 

 

Commentaires sur: "Les futurs enseignants recalés" (3)

  1. « On voudrait que les immigrants parlent notre langue à la maison, et non la leur. » Je ne crois pas. Leurs petits-enfants, peut-être. Tu t’es emporté, là.

    Pour ma part, même si les petits français font moins de fautes, je préfère de beaucoup un produit de nos écoles que de les leurs. En plus, les français aussi font des fautes. Les anglais aussi font des fautes dans leur langue, beaucoup. Il m’est arrivé d’avoir eu à les corriger.

    Ce n’est pas que l’école enseigne mal la langue.
    C’est que nous avons aujourd’hui dans nos écoles TOUS les enfants. Autrefois, il n’y a pas longtemps, l’école c’était pour une minorité de la population. Aujourd’hui on se scandalise qu’il y ait des décrocheurs. Il y a des cerveaux qui sont branchés pour les mathématiques. D’autres c’est la mécanique. Ils sont capables de choses qui sont au-delà de ce que peuvent faire la plupart des autres. Et il y en a d’autres qui sont capables de maîtriser des langues, souvent illogiques, pleines exceptions. Pourquoi faudrait-il que ce soit accessible à tout le monde de la même manière ? Nous attentes ne sont pas réalistes.

    Les dictées publiques données au cégep où j’ai enseigné étaient révélatrices. Il y avait un prof de français qui arrivait toujours en tête. Une chance qu’il était là celui-là. Après, c’étaient des secrétaires. Moi, je n’y participais pas. Je ne recherche pas particulièrement l’humiliation publique. Les autres profs de français se faisaient damer le pion pour la plupart. Gênant. On a abandonné ces dictées. Tout le monde : la tête dans le sable svp !

    Langue, literature, culture se chevauchent sans être identiques. On peut en maîtriser deux et pas le troisième, sûrement.

    Même les écrivains peuvent avoir besoin d’un éditeur. Ils n’écrivent pas tous sans fautes. Nous aurons toujours besoin de ces as de la langue pour corriger nos textes. Nous ne pouvons pas tous en être un. Il serait temps que nous révisions nos attentes. Elles ne sont pas réalistes: Une maîtrise du français n’est pas accessible également à tout le monde. Ce n’est pas nécessaire qu’elle le soit non plus.

    • Quand je te lis, je me dis que les dictats du monde de l’enseignement sont bien puissants pour qu’un homme intelligent et cultivé comme toi les véhicule. Tu nous dis que nos attentes, en matière de français, ne sont pas réalistes. Je ne crois pas. Il est sans doute normal, comme tu le dis, que tout le monde ne parvienne pas à bien maîtriser notre langue, laquelle, convenons-en, n’est pas particulièrement facile. Mais je ne crois pas pour autant qu’il soit irréaliste ou inconvenant d’exiger des gens qui se rendent à l’université de maîtriser le français. Qu’une faute se glisse à l’occasion, c’est bien normal. Balzac en commettait çà et là, et pourtant j’aurais adoré écrire aussi bien que lui. Je suis certain cependant qu’il aurait pu envoyer un courriel ou écrire une phrase au tableau sans la truffer de fautes. L’école n’est pas responsable de tout, c’est vrai. Mais elle contribue incontestablement à la médiocrité de notre français.

      • Je vais à l’encontre des dictats du monde de l’enseignement, au contraire. Tout ce monde applaudirait à la lecture de ton texte. Même que si j’étais encore dans ce milieu, je n’aurais pas oser écrire ce que j’ai écrit. C’est méconnaître ce milieu que de croire qu’ils pensent autrement, mis à part que la responsabilité de l’échec est toujours reportée sur le niveau d’enseignement précédent.

        Mon propos c’est qu’il est bien facile, au contraire, de faire en sorte que nos universitaires maîtrisent le français. Il suffit de réduire drastiquement leur nombre à l’entrée en sélectionnant sur ce critère. Il n’y a aucune méthode d’enseignement qui puisse corriger la situation. Même si tous les enseignants, demain, maîtrisaient le français. Il faut comprendre que le prix à payer c’est que certains Einstein seront aussi recalés par ce processus d’élimination.

        À moins d’être persuadé que si on maîtrise la physique quantique il en découle nécessairement qu’on devrait pouvoir maîtriser la langue française.

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