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Avant de me rendre au cinéma du Parc, je me suis arrêté à la petite crêperie située juste au-dessus. Quand j’ai commandé, pourtant très clairement, une crêpe œuf-fromage, j’ai tout de suite saisi à son air inquiet que le cuistot, un jeune Asiatique, n’avait compris que dalle. Surpris, je suis spontanément passé à l’anglais. Aurais-je réfléchi que j’aurais sans doute fait le même choix, car je ne conçois pas mon quotidien comme un champ de bataille linguistique.

Mon étonnement tient surtout au fait que cette situation, contrairement à ce qu’on peut croire lorsqu’on vit hors Montréal, est rarissime. J’ai beau habiter depuis plus de 25 ans tout près du centre-ville, je compte sur les doigts le nombre de fois où j’ai eu affaire à quelqu’un qui ne parlait pas français dans un commerce. Selon les enquêtes, cela se produit presque uniquement dans de petites boutiques où il n’y a qu’un employé, comme c’était le cas ce jour-là. Peut-être est-ce différent dans le West Island ou à Westmount, mais ce sont des lieux que je connais peu.

Bien sûr, un peu partout au centre-ville ou en périphérie, on vous accueille avec le « bonjour, hi ! », qui déplaît à bien des francophones. Perso, cette formulation ne me choque pas, car dès que vous répondez « bonjour ! », la conversation se poursuit en français. Il peut arriver que ce soit dans un français hésitant. Mais souvent, c’est dans un bon français, même quand l’interlocuteur est anglophone ou allophone.

Si vous voulez ne pas entendre même un « hi ! » anodin, il faudrait militer pour que tous les Anglos soient déportés à Toronto. Mais je ne crois pas que ce soit une bonne idée. Si l’on souhaite qu’ils ne s’exilent pas tous dans la ville Reine et même, que quelques-uns en reviennent, il faut leur faire une place dans laquelle ils ne se sentiront pas citoyens de deuxième classe. Sans pour autant, bien entendu, sacrifier la loi 101, qui reste nécessaire.

Pendant que je goûtais ma crêpe, servie avec un gentil « bon appétit », ce qui montre que le jeune homme est en train d’apprendre au moins quelques mots de français, j’ai entendu deux autres clients, apparemment des habitués, lui parler exclusivement dans notre langue, mais lentement et en articulant nettement. Il a répondu en franglais. Apparemment, tous se comprenaient. Mais il faut dire qu’il est plus simple de commander un cappuccino ou un macchiato qu’une crêpe œuf-fromage.

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Commentaires sur: "Le cuistot qui parlait anglais" (1)

  1. Paul, jeune homme j’étais très fédéraliste, même si enfant, dans le village francophone de Bouctouche je me suis fais dire que je devais m’adresser uniquement en anglais aux employés francophones, que je connaissais, pour qu’ils ne soient pas renvoyés. J’étais malgré tout fédéraliste. Un Acadien au Nouveau-Brunswick peut-il être autrement ?
    Ce n’est qu’une fois adulte que j’ai pu constater que ces « petits » incidents ne sont pas anodins, lorsque j’ai parcouru la grandeur de Canada et rencontré ses citoyens d’un bout à l’autre. Un anglais qui se sent un citoyen de second ordre chez nous ? Ça me fait sourire.

    Les bonjour-hi m’agacent. Ils m’agacent, pas parce que je suis un puriste. Je ne le suis pas. Pas parce que je veux faire de mon environnement un champ de bataille linguistique. Mais Parce que je sais que le Québec est mon dernier retranchement en tant que francophone d’Amérique et je souhaite le maintenir aussi longtemps que possible. Si ça ne marche pas, personnellement je suis prêt à passer à une autre langue. L’anglais me convient.

    Passer à l’anglais serait tellement facile. Ça ne prendrait que deux ou trois générations. Viens avec moi à Bouctouche, je te montrerai.

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