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Le national-populisme de Marine Le Pen n’est que le nouveau visage du fascisme.

Un jeune Français fraîchement débarqué, rencontré dans mon groupe de conversation anglaise, ne comprenait pas mon inquiétude. Lui est convaincu que Marine Le Pen ne deviendra pas présidente de la France dimanche. Mais comme il est partisan de Jean-Luc Mélanchon, je le soupçonne de s’en foutre un peu. Et c’est bien ce qui m’alarme. Selon une consultation menée auprès de 240 000 militants de La France insoumise, les deux tiers d’entre eux préfèrent voter blanc ou s’abstenir plutôt que de voter Emmanuel Macron. Seulement le tiers des partisans de Mélanchon entend voter pour le candidat d’En marche ! Ce qui ouvre toute grande la porte à la candidate du Front national au second tour.

J’ai beau regarder les sondages qui continuent à la donner perdante, je me fais un sang d’encre. Je me souviens trop bien que les enquêtes prédisaient la victoire d’Hillary Clinton sur Donald Trump aux États-Unis. Mais là aussi, les partisans déçus de Bernie Sanders avaient boudé en masse le scrutin. On connaît la suite.

En 100 jours à peine, le Yellow Monster a tenté de démanteler l’Obamacare. Il a proposé une réforme fiscale qui permettrait aux très riches d’économiser des millions, aggravant les inégalités sociales. Il a signé un décret visant à abolir le « Clean Power Act », une série de mesures protégeant l’environnement. Il veut mettre fin au moratoire sur les forages dans le Grand Nord. Il a remis en question la protection des grands parcs nationaux. Il a signé une loi autorisant les États à retirer le financement fédéral aux organisations qui fournissent des services d’avortement. Il a ordonné la révision de la régulation financière, adoptée en 2010, sous Obama, après la crise des subprimes. Il a lancé une guerre commerciale avec le Canada, son principal partenaire. Il a accentué les pressions en vue de la construction d’un mur avec le Mexique. Il a fait l’éloge du président des Philippines, Rodrigo Duterte, dont la violente campagne antidrogue a fait des milliers de victimes. Il a menacé le leader de la Corée du Nord, Kim Jong-Un, au risque de provoquer une escalade nucléaire.

L’énumération est longue, j’en suis désolé, mais elle aurait pu l’être bien davantage tant Trump a multiplié en quelques mois les décisions insensées, les tweets enragés et les propos furibonds. Bien sûr, les contre-pouvoirs ont limité les dégâts. Heureusement ! Mais ils ne réussiront pas à tout stopper. Pas plus qu’ils n’empêcheront Marine Le Pen, si elle est élue, de causer à la France un tort énorme.

Donner le pouvoir à un fasciste et il sera bien difficile de le lui enlever. On la bien vu avec Poutine. On le voit maintenant avec Erdogan. On le verra avec Le Pen elle parvient à se faire élire, car son national-populisme n’est que le nouveau visage du fascisme.

On se demandera peut-être pourquoi je me préoccupe tant de l’élection présidentielle alors que je ne suis même pas citoyen français. Eh bien, je considère la patrie de mes ancêtres comme mon deuxième pays. Qui plus est, sur le plan culturel, la France est mon pays. Je lis bien plus de livres français que de livres québécois, je vois plus de films français que de films québécois, je regarde On n’est pas couché plutôt que Tout le monde en parle et je suis un abonné des infos de France 2 plutôt que de celles de Radio-Canada.

Et puis, comme le disait si bien l’écrivain espagnol Arturo Pérez-Reverte, à La grande librairie, la France est le pays des Lumières. Pour des millions d’étrangers, elle représente un idéal. De la voir se vautrer dans l’extrême droite fait mal. Très mal !

Je conclurai en citant un autre écrivain, Daniel Pennac, qui dans Le Monde écrivait : « Pédés, ratons, bamboulas, youpins, salopes, l’extrême droite, c’est la normalisation de ce lexique ; les coups iront avec, si on la laisse progresser, et finalement s’installer au pouvoir. Coups qui pleuvent déjà en Russie, en Hongrie, en Bulgarie, en Croatie… » C’est assez, non !

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Commentaires sur: "Je crains une victoire de Le Pen" (7)

  1. Je partage votre inquiétude, tout en espérant qu’elle n’est pas fondée.

  2. Il faut vivre en France, et à Paris pour se rendre compte de ce qui se passe.
    Regardez les vidéos des émeutes du Premier Mai …
    amicalement

    • Cher Denis, je te répondrai en citant un collectif d’écrivains qui écrit aujourd’hui dans Le Monde : «(Les frontistes) parlent sans fin de terrorisme, mais la terreur c’est eux. C’est leur lit nourricier, leur biotope et leur logiciel tout ensemble. La terreur, c’est le règne qu’ils entendent instaurer. Ce pays, notre pays, a fait de la liberté son credo premier. La liberté sans laquelle, rappelons-le au passage, ne seraient possibles ni l’égalité ni la fraternité.»

  3. La culture française, dis-tu? Mais Macron a très bien expliqué que ça n’existait pas. Lui, en tout cas, n’en n’a jamais vu où qu’il soit allé en France. Alors pas d’inquiétudes à avoir s’il n’est pas élu. La culture française n’en souffrira pas, puisqu’elle n’existe pas.

    La finance par contre… là c’est une autre affaire.

    Entre le mal et la cause du mal, quel choix!

  4. Je ne parviens pas à comprendre comment on peut mettre sur le même plan les deux finalistes, l’un peut être un adversaire politique contre qui l’on peut s’élever et s’opposer, l’autre est une ennemie de la République qui renie toutes les valeurs du pays et nous mènera tout droit vers une guerre civile au mieux larvée. Certains jouent un jeu dangereux.

    Mais cette élection n’est qu’une étape, on verra les législatives de juin avec un pays peut-être ingouvernable et sous tension.

    • Ne faudrait-il pas s’inquiéter d’abord de ce soutient accordé par, dit-on, 38% des français?

      Comme aux ÉU, ce sont les 48% des américains qui ont élus Trump qui me renversent.

      Tant que nous serons dirigés, ou manipulés?, par des oligarques, je crains que ces tendances ne se renverseront pas facilement. Nos démocraties sont défaillantes. Proposer de continuer comme avant, c’est peut-être ce qui nous mène à la crise qui se profile.

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