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La grande trumperie

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Petite conversation entre amis Facebook ce matin. «En ce lendemain de veille (électorale), écrit Daniel, force est de constater que la trinité formée par le Crétinisme, sa grande sœur l’Ignorance et son autre sœur la Peur a la couenne dure.» Si ce commentaire m’a fait sourire, il a fait bondir Alain, qui a aussitôt répliqué : «Cher M. Rheault, c’est à ce genre de dictat que les « crétins, les ignorants et les peureux » des États-Unis ont clamé hier « C’est assez! »»

Philosophe, André a cherché à concilier les deux propos : «Bien que je sois 100% en accord avec le paragraphe de l’ami Daniel, je comprends néanmoins la réaction de M. Bouchard.» Et pour renchérir sur son point de vue, André nous a incités à lire un texte dans lequel l’écrivain Jim Gaffigan souligne que beaucoup de démocrates associent spontanément Trump à imbécile (moron), ce qui tue tout dialogue. Le journaliste Michael Shermer y renchérit en affirmant que la meilleure façon de s’opposer à un préjugé n’est pas la critique, mais le respect et la gentillesse. Autrement, les gens se braquent.

Je veux bien. Il est vrai que la moquerie, l’ironie, la raillerie, le persiflage, le sarcasme, ou pire encore, le dénigrement et le rabaissement, n’ont jamais gagné beaucoup d’adeptes à une cause.

Encore faut-il qu’un dialogue soit possible. «Si jamais Hillary Clinton est élue, la première chose que je ferai, c’est acheter un fusil», a dit à Agnès Gruda une vendeuse de Springfield. Mme Clinton n’a sans doute pas su trouver le ton juste pour convaincre les trumpistes. Mais je vois mal comment elle aurait pu établir la communication avec des adversaires qui, comme cette républicaine, rêvaient de l’assassiner.

Le dialogue souhaité par MM. Gaggigan et Shermer suppose un lieu de rencontre. Or aux États-Unis, démocrates et républicains ne vivent même pas ensemble. Les premiers sont largement majoritaires dans les villes ; les seconds, dans les campagnes. Ils n’ont pas le même âge, les premiers étant beaucoup plus jeunes que les seconds. Et ils ne s’informent même pas aux mêmes médias. Dans une extraordinaire chronique, Le miroir fluo du déclin, Yves Boisvert a souligné à quel point les trumpistes se nourrissent de «talk radio». C’est donc en bonne partie la radio-poubelle qui façonne leur pensée.

Depuis hier, on répète à l’envi que les élites n’ont pas su écouter ceux et celles qui ont voté pour le nouveau président. Mais peut-on écouter des gens qui refusent d’entendre? Les Obama, très actifs durant cette campagne, ont cherché à persuader sans jamais se montrer méprisants. Mais leurs beaux discours n’ont pas su convaincre les irréductibles.

Pour paraphraser mon ami Daniel, il est très difficile de dialoguer avec un crétin, un ignare ou un peureux. Mais quand les trois sont réunis dans une même personne, c’est mission impossible. Seuls des politiques comme Donald Trump ou Marine Le Pen sont en phase avec cette trinité. Tel est le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui. Le Brexit nous en avait donné un avant-goût. Le prochain grand test pourrait être la présidentielle française de l’an prochain.

Il faudra pourtant tenter de rétablir le dialogue, car le fossé entre les uns et les autres est devenu abyssal. Mais comment? Dans cette interminable élection présidentielle, les médias traditionnels ont totalement échoué. «Ce matin, s’il y a un effondrement, écrit justement Boisvert, c’est celui de l’influence des médias au sens où l’élite éduquée l’entend. Ceux qui faisaient ou défaisaient des politiciens, qui mettaient de l’avant les enjeux, qui exposaient les thèses et antithèses selon des codes apparemment immuables… Tout ça, qui a été au cœur de la démocratie américaine depuis un siècle et demi… Tout ça est en train de s’effondrer… Des millions, n’écoutent tout simplement plus. Ne croient plus. Ne veulent rien savoir. Ni des médias ni de Washington.»

Boisvert a conclu sa chronique en se demandant si Trump venait «de rendre ce monde juste un peu pire», ou s’il n’était «que le miroir fluorescent de son déclin». Je crois que c’est l’un et l’autre. Son discours haineux, raciste, xénophobe et misogyne a rendu notre monde un peu pire. Mais ce monde était prêt pour le triomphe de Trump. Nous élisons les politiciens que nous méritons.

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Commentaires sur: "La grande trumperie" (6)

  1. J’adore ca… Merci a Daniel (et Alain) pour l’elaboration de ce tres joli text!
    J’ecoute le « bashing » de la Radio-X a Quebec par les gars de « la soiree est encore jeune » et je suis crampe a chaque fois… La ville de Quebec est tres tres proche de la « campagne » etatsunienne qui a porte cette trinite au pouvoir, plus qu’on ne le pense.

    • La population de Québec ne se réduit pas à la radio-poubelle. Coller des étiquettes sur les gens, ça aide à séparer très vite les bons des méchants, mais ça mène où?

  2. Je lis sur les tempéraments psychotiques depuis quelques temps, ayant eu l’occasion d’en croiser quelques uns dans ma vie. Je crois que Trump en est peut-être un bel exemple: narcissique, dominateur et probablement avec peu ou pas d’empathie.

    Nous allons vivre une époque intéressante.

  3. Jean-Guy Roy a dit:

    Paul, Tout à fait d’accord avec tes propos. Ta dernière phrase « Nous élisons les politiciens que nous méritons » résume bien ton texte. Je ne suis surtout pas politicologue mais, sans surtout m’en faire gloire, je disais depuis l’été dernier et surtout après les primaires où il avait « hold-uppé » son parti, qu’il serait le prochain président des USA. Soyons optimistes : si la réalité ne le ramène pas à la raison, le peuple dans la rue y contribuera. Enfin, j’espère…Maintenant, je vais parier
    que le même scénario se produira en France…

    • Mais peut-on vraiment croire qu’on a les politiciens qu’on mérite quand ceux qui prennent le pouvoir obtiennent parfois moins de voix que leur principal adversaire? C’est le cas de Trump. Les reste du temps, une majorité absolue est rarement atteinte.

      Nos démocraties ne fonctionnent plus, corrompues par les puissances occultes du monde financier. Dans ce monde actuel, voter me semble parfois insignifiant. Voter n’est pas un geste déterminant.

  4. Merci pour ce texte plein de vérité. Mot que semble pas connaître le nouveau Président..Merci à Paul également.

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