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bouchons

Je ne connaissais pas Roméo Bouchard. Il a abouti sur mon fil Facebook à la faveur d’un partage. Sur sa page ce jour-là, il commentait l’engorgement de la rentrée. «Ces jours-ci, écrivait-il, on ne nous parle que des bouchons de circulation de plus en plus terribles en ville, avec tous ces travaux de reconstruction: le monde moderne s’effondre… on le croyait éternel… Est-ce que je peux vous dire que je suis mort de rire, du haut de ma montagne-à-Plourde!» Puis un peu d’ironie : «Je suis à plaindre, je le sais, si loin de la vraie vie!»

Je continue ma lecture. «Vous êtes 80% de Québécois, écrit encore ce cher Roméo, à être fiers de vivre en ville, cette merveille de diversité et d’échanges inventée par nos grands capitalistes pour mieux enfermer dans leurs filets les milliards de consommateurs de la planète, et la planète elle-même… Il faudra bien réaliser un jour que la grande ville est le piège le plus réussi qu’ont inventé les riches pour contrôler nos corps et nos esprits. Effet collatéral: la planète va y passer aussi. Une sorte de trappe à rats… si c’est pas trop fort!»

Je me suis dit : qui est ce collégien qui vient de découvrir à la fois Karl Marx et Nicolas Hulot ? Mais M. Bouchard n’est pas un marxiste de cégep. Il s’agit plutôt d’un écolo anticapitaliste de 80 ans. C’est lui, ai-je appris en consultant Wikipédia, qui a fondé L’Union paysanne, une belle créature. Ses élucubrations sur Facebook ont bien des adeptes. Celles dont je vous parle avaient suscité 224 «J’aime», 48 partages et plusieurs dizaines de commentaires, positifs pour la plupart.

L’homme se dit heureux dans sa campagne, et j’en suis bien content pour lui. Mais il se permet de gros jugements faciles sur la vie en ville, vie que manifestement il ne connaît pas.

Bouchard me fait penser à ces hommes de la caverne de Platon, qui vivent enchaînés dans une demeure souterraine. «Ils n’ont, écrit encore Wiki, jamais vu directement la lumière du jour, dont ils ne connaissent que le faible rayonnement qui parvient à pénétrer jusqu’à eux. Des choses et d’eux-mêmes, ils ne connaissent que les ombres projetées sur les murs de leur caverne par un feu allumé derrière eux.» Dans le cas qui nous occupe, les ombres que voit notre écolo champêtre, ce sont celles que lui renvoient les médias. Et ces jours-ci, les médias n’en ont que pour les ponts et les rues parsemées de cônes orange où les véhicules, trop nombreux, avancent à la queue leu leu. Une scène d’horreur, il faut bien le dire.

Mais si les caméras avaient été déplacées ne serait-ce que d’un petit kilomètre, elles auraient pu montrer le magnifique parc La Fontaine, où des centaines de personnes vont chaque jour marcher, courir, faire du vélo, voire du pédalo, ou jouer au tennis. Un peu plus vers le nord, elles auraient pu révéler un autre beau parc, le Laurier, où les soirs et les fins de semaine les voisins se réunissent pour casser la croûte, partager le vin, discuter, jouer à la pétanque. Tous ceux, nombreux, qui pensent qu’en ville, particulièrement dans «la grande ville» comme l’appelle Roméo, les gens ne se parlent pas changeraient peut-être d’idée. Un peu plus vers l’ouest, les caméras auraient pu faire découvrir le mont Royal, un petit bijou, qu’on gravit lentement bien protégé par les arbres par temps chaud et au sommet duquel on a une vue splendide sur cette métropole honnie.

Je ne suis pas en train de vous brosser un portrait de Montréal à travers des lunettes roses. Cette ville, je la connais bien. J’y vis depuis 25 ans pile. J’en connais les limites. Elle peut être sale, laide, parsemée de graffitis, bruyante et puante. La circulation y est le plus souvent infernale. Les automobilistes se foutent des piétons, qui le leur rendent bien et les cyclistes ne sont pas en reste. Cette grande ville, par moments, elle me fait pester. Cela dit, ce n’est pas, tant s’en faut, l’enfer que l’information en continu projette sur les murs de la caverne. On peut, je vous assure, y être heureux.

J’ai habité à bien des endroits, y compris dans un village. J’ai même vécu en caravaning comme un nomade pendant près de deux ans. Si je suis revenu en ville, c’est parce que c’est l’endroit qui me convient le mieux. Par ces belles journées d’été, sur le toit de mon immeuble, dans la piscine que je partage avec 350 autres copropriétaires (un ratio bien meilleur que celui de la banlieue, où l’on voit des piscines dans presque chaque cour), la vie peut être belle.

Bien entendu, on peut aussi être heureux à la campagne. On m’a même dit, mais je n’ai jamais vérifié moi-même, qu’on pouvait être heureux en banlieue. Il y a plusieurs façons de vivre, plusieurs lieux où l’on peut le faire, et c’est tant mieux ! Ça fait aussi partie de la biodiversité, non !

Ce que je trouve complètement stérile, c’est d’opposer ville et campagne, car nous avons besoin de l’un et l’autre. Ce ne sont pas des opposés, mais des complémentaires. Dans les deux cas, il faut trouver des solutions écologiques qui assureront notre survie sur cette planète.

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Commentaires sur: "Campagne contre ville : les élucubrations de Roméo" (3)

  1. La cité existait bien avant le capitalisme…

  2. Bien dit Paul. Née à Montréal j’y ai demeurée jusqu’à nous déménagions en banlieu pendant 30 ans. J’ai apprécié la tranquilité de cette ville dortoir. Peut-être l’aimerais-je moins maintenant qu’elle s’est augmentée de plusieurs milliers de maisons de condos, etc.

  3. Bon texte, Paul.
    Pour ma part, moi qui vit maintenant à la campagne, ce qui me manque de la ville c’est le foisonnement de culture qu’on y trouve. Ce n’est que dans une grande métropole qu’on peut trouver une Maison symphonique.
    Les villes sont aussi essentielles à notre civilisation que les campagnes.
    Bisous à Lise. Et Dharma lui transmet toute son affection!

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