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haute société

Le nouveau Woodie est arrivé, comme on dit le Beaujolais nouveau est arrivé. Quoique, dans le cas d’Allen, il faudrait plutôt parler de champagne ou de mousseux. C’est selon les crus. Certaines années, le Woodie nouveau est incontestablement un champagne, comme pour Minuit à Paris ou Match Point. D’autres fois, comme pour La haute société ou L’homme irrationnel, c’est un bon mousseux. Mais comme je l’ai déjà écrit, il y a toujours des bulles.

Dans ce nouvel opus, on se promène du Hollywood mythique des années trente à un club à la mode à New York. C’est agréable, toujours. C’est léger aussi, même si l’on retrouve à travers cette histoire d’amour improbable quelques-uns des interrogations existentielles chères au cinéaste. «Vis ta vie comme si chaque journée était la dernière», dit un des personnages, ajoutant «et ça finira par être vrai». Chez Woodie, la rigolade, l’ironie et la dérision ne sont jamais loin. On philosophe, bien sûr, mais toujours avec le sourire.

Il y a en effet chez le Woodie de la vieillesse une légèreté qui, contrairement à celle de Kundera, est loin d’être insupportable. Je parlerais plutôt de l’indispensable légèreté de l’être, sans laquelle le vieillissement, il me semble, doit être insupportable.

Bonheur d’occasion, dont je viens de terminer la relecture, c’est au contraire du lourd, du très lourd. J’avais lu ce premier roman de Gabrielle Roy pour la première fois quand j’étudiais en lettres à l’université, il y a près de 50 ans. J’ai trouvé que cette œuvre qui a pour théâtre le quartier ouvrier de Saint-Henri, au début de la Deuxième Guerre mondiale, avait bien vieilli. Je n’ai pas connu cette époque, étant né à la fin de cette guerre. Je n’ai pas vécu non plus pareille misère, car mon père avait hérité d’une petite entreprise prospère. Mais la misère était tout autour. On la voyait à l’école ainsi que dans bien des rues de notre paroisse. Des familles de 10 enfants qui vivaient dans des appartements de deux chambres, j’en ai connu, y compris dans ma parenté proche.

Bonheur d’occasion, c’est le grand roman de la misère de beaucoup de Québécois francophones. C’est très fort. Mais en pleine canicule, ce que j’avais hâte d’en finir la lecture ! Ce n’est pas un roman à lire au bord de la piscine, sur le toit de mon immeuble.

Un Québec blanc et pure laine

Parlant de piscine, j’y ai eu récemment une longue et agréable conversation avec un jeune voisin qui parle couramment l’anglais, sa première langue, mais aussi le français et l’espagnol. C’est fréquent non seulement dans mon immeuble, mais à Montréal en général, où près de la moitié de la population est anglophone ou allophone. Un peu plus tard, je suis allé prendre un café dans un centre commercial du centre-ville. Il y avait près de moi un groupe de six jeunes filles asiatiques. Elles parlaient leur langue. Je ne saurais vous dire s’il s’agissait du japonais, du chinois, du vietnamien ou du coréen. Puis, j’ai vu passer de jeunes Noires, ainsi que trois femmes voilées, apparemment maghrébines, qui faisaient des courses avec leurs enfants.

Tous ces gens-là, qui font partie du paysage montréalais, vous les verrez assez peu à la télé québécoise, même quand elle est réalisée dans la métropole par la SRC. Je ne suis pas un spécialiste de notre télé, que je regarde très peu. Mais je suis en ce moment les Jeux olympiques, pendant lesquels Radio-Canada annonce aux dix minutes sa programmation automnale. Je souhaite pour vous qu’elle soit géniale. Mais ce qui me frappe pour l’heure, c’est à quel point notre télé est blanche et pure laine. Même quand les émissions ont pour théâtre Montréal, on a l’impression que tout se passe ou pourrait se passer à Terrebonne, à Trois-Rivières ou à Granby. Anglophones, allophones, Asiatiques, Noirs et Indiens sont rarissimes. Notre télé est désespérément ethnocentriste.

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Commentaires sur: "Le nouveau Woodie est arrivé" (1)

  1. « Mais ce qui me frappe pour l’heure, c’est à quel point notre télé est blanche et pure laine. Même quand les émissions ont pour théâtre Montréal, on a l’impression que tout se passe ou pourrait se passer à Terrebonne, à Trois-Rivières ou à Granby. Anglophones, allophones, Asiatiques, Noirs et Indiens sont rarissimes. »

    Peut-être que ça peut favoriser l’intégration? Mon meilleur ami, un bonhomme que j’appelle mon frère et que j’aime comme tel, est né à Casa. Sa peau est d’une merveilleuse teinte d’un bois africain foncé, pas ébène encore. Sa descendance l’est beaucoup moins. Je lui en ai fait la remarque. Ça ne l’inquiète pas. Il a le port noble des nomades du désert dont les yeux ont l’habitude d’un soleil éblouissant. Ses sentiments le sont tout autant. C’est aujourd’hui un québécois, depuis longtemps, lui qui est né ailleurs, comme moi je suis né ailleurs. Il a gardé des accents d’ailleurs. Mais il est bien l’un de nous.

    J’abhorre le multiculturalisme canadien, qui n’est bon qu’a créer de multiples ghettos culturels. Nous passons, pas si lentement, de deux solitudes à de multi-solitudes.

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