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À la défense d’Eugenie

eugenie

Lorsqu’Eugenie est arrivée sur le circuit de la WTA après sa victoire à Wimbledon, j’étais encore journaliste. Mais je ne la connaissais pas, n’ayant pas suivi sa carrière chez les juniors. Plusieurs collègues se sont empressés de me mettre au parfum, me racontant à son sujet des histoires d’horreur. Si je résume bien le sentiment général, elle était ce que «Westmount avait de pire à nous offrir».

Heureusement, j’ai pu la rencontrer quelques jours plus tard et me faire ma propre opinion. Première impression : elle est très belle, plus encore que sur les photos ou qu’à la télé. C’est une impression superficielle, direz-vous, mais j’assume ma superficialité. Deuxième impression : elle est intelligente et dit ce qu’elle pense. Bien sûr, on peut être ou ne pas être d’accord avec elle, car elle tient parfois des propos discutables. Mais contrairement à tous ses athlètes qui débitent banalités et clichés, elle est franche et directe. Et contrairement à tous ses sportifs qui répètent inlassablement la même chose, on ne s’ennuie pas avec Eugenie.

Un exemple : en 2012, elle a subi une défaite honorable de 6-4, 6-4 contre Li Na. Alexandra Wozniak aurait dit : «J’ai super bien joué ! Je suis super contente !» Eugenie, elle, n’était pas contente du tout d’avoir perdu, malgré ses 18 ans et la célébrité de son adversaire. Je me suis aussitôt dit : c’est une gagnante, elle pourrait aller loin. Deux ans plus tard, elle atteignait de fait le cinquième rang mondial, une progression spectaculaire.

Malheureusement, elle s’est vue un peu trop vite en haut de l’affiche. Elle s’est séparée de Nick Saviano, son entraîneur de toujours, pour le remplacer par Sam Sumyk. Son nouveau coach avait entraîné une première mondiale, mais il ne comprenait pas sa nouvelle protégée, écrasée d’être à la fois une jolie fille et une championne de tennis. Cette pression est énorme. Elle engendre une frénésie. Les médias vous happent, les commanditaires accourent. Parlez-en à Ana Ivanovic ou à Caroline Wozniacki, qui, très jeunes, ont été premières mondiales, mais dont les carrières sont aujourd’hui en chute libre. Où à d’autres, comme Carling Bassett ou Nicole Vaidisova, qui ont choisi prématurément la retraite.

Après sa finale perdue à Wimbledon, il y a deux ans, Eugenie a mal géré son destin et son classement a chuté. Mais il faut reconnaître qu’elle apprend de ses erreurs. Aussi a-t-elle renoué avec Saviano, avec qui elle est en train de redresser la barre.

Certains reprochent à notre Westmountaise de ne pas être assez québécoise. Il faut mal connaître les vedettes de tennis pour faire un reproche pareil. Permettez-moi une petite anecdote. Lors d’une conférence de presse, un journaliste a demandé à Grigor Dimitrov quels étaient les plus beaux lieux de la Bulgarie. Candidement, ce dernier a répondu qu’ayant quitté son pays à 10 ans, il ne pouvait servir de guide. Il n’est assurément pas le seul. Je serais bien étonné que Milos Raonic ait campé dans les Rocheuses ou visité Charlevoix. Ce grand jeune homme vit dans ses valises depuis des années et, quand il les pose pour quelque temps, c’est à Monaco. J’ai toujours envie de rire quand L’Équipe appelle Richard Gasquet «le Biterrois» ou Jo-Wilfred Tsonga «le Manceau», alors que l’un et l’autre résident en Suisse depuis des années, comme la plupart des autres joueurs français. Bref, la plupart des vedettes de l’ATP et de la WTA sont en quelque sorte des apatrides, même s’ils retrouveront à l’occasion les couleurs de leur pays, le temps de la Fed Cup, de la Coupe Davis ou des Jeux olympiques.

On a fait grand cas de la déclaration d’Eugenie disant ne pas avoir l’accent québécois. Il faut rappeler qu’elle répondait à la question d’une journaliste à Paris. Je couvrais Roland-Garros cette année-là. J’ai pris connaissance de sa réponse, mais je n’en ai pas parlé, jugeant l’affaire futile. C’était la réponse d’une anglophone qui a grandi dans le West Island, heureuse de répondre à des questions dans un français simple. Auparavant, on demandait aux Anglos de parler français. Aujourd’hui il faudrait qu’ils le fassent avec l’accent du pays. Cet ethnocentrisme à la Bock-Côté est gênant.

On lui reproche enfin son manque de fair-play à l’égard des autres joueuses. Sans l’excuser, il faut dire que c’est un trait répandu sur ce circuit où, nous dit Garbine Mugurusa, «toutes les filles se détestent». L’affirmation de la championne de Roland-Garros est sans doute un brin exagéré, mais juste un brin. Pour les filles de la WTA, l’important n’est pas de participer ; c’est de gagner. Convenons avec le baron de Coubertin que c’est un mauvais exemple pour la jeunesse du monde entier, mais elle y survivra.

En un mot, Eugenie n’est pas parfaite. Comme nous tous d’ailleurs. Mais elle n’a que 22 ans. Cette semaine, elle fait vibrer le stade Uniprix. C’est une star et nous n’en avons pas des masses. Ne boudons pas notre plaisir.

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Commentaires sur: "À la défense d’Eugenie" (1)

  1. Oussama Muse a dit:

    Eux, génies, elle, géniale !

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