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Brexit

Même si je ne suis pas Européen, j’ai été secoué par le Brexit. Ce qui m’a touché, ce n’est pas la baisse soudaine de mes placements ; j’ai fini par m’habituer aux fluctuations bipolaires des marchés financiers. Non, le Brexit m’a heurté parce que 52% de Britanniques n’ont pas compris que nous sommes tous, plus que jamais, reliés. Ce qui me déçoit dans ce résultat, c’est la victoire du repli identitaire.

Pas surprenant que le camp du «leave» ait reçu des félicitations enthousiastes de Marine Le Pen et de Donald Trump, qui rêvent d’ériger des murs et de rétablir des frontières.

Comme l’ont déjà fait remarquer plusieurs observateurs, deux mondes s’affrontaient, l’ancien et le nouveau. Le premier l’a emporté. C’est le monde des nostalgiques, de ceux qui pensent que c’était mieux avant, qu’on était mieux entre nous, qu’on ne se sent plus chez nous dans la société d’aujourd’hui ou, pire encore, qu’on est sur le point d’être envahi par les migrants ou les musulmans. Le président Obama a justement parlé il y a quelques jours des boucs émissaires : «L’immigré. Le réfugié. Celui qui semble différent de nous.»

Ce monde dépassé, inquiet et alarmiste n’est pas présent qu’en Grande-Bretagne. Il l’est dans bien d’autres pays, notamment en France, aux Pays-Bas ou en Autriche, secoués par des courants d’extrême droite, aux États-Unis où les discours xénophobes du candidat républicain séduisent les foules, et même chez nous, où la Charte des valeurs avait gagné bien des adeptes.

Il y a dans ce monde une nostalgie du consensus que le philosophe québécois Georges Leroux a particulièrement bien décrit dans le prologue de Différence et liberté. «J’appartiens, écrit-il, à une génération qui fut d’abord celle de l’unanimité. S’il fallait trouver un terme clair pour désigner le contraire de la diversité et exprimer la culture qui nous vit grandir, c’est celui-là qu’il faudrait choisir. L’unité, le règne du même, la simplicité de la communauté… Il était en effet réconfortant de partager un univers de références bien défini, et ce que nous aimions, nous avions la sérénité de le croire aimé de tous. Chacun construisait la même bibliothèque, participait aux mêmes rites, entretenait les mêmes rêves, communiait à la même éthique.»

Dans une entrevue récente accordée à Mylène Moisan, l’anthropologue Serge Bouchard a évoqué avec une nostalgie suspecte cette société d’antan. «Mes grands-parents, a-t-il dit, ont grandi dans un monde stable.» Pour ma part, j’ai bien du mal à regretter ce monde qui imposait à tous le même moule. Mais qu’on aime ou non cet univers a peu d’importance puisqu’il a volé en éclats.

«À l’heure de l’humanité connectée, écrit fort justement Sylvain Courage, dans L’Obs, les individus se rattachent à d’autres communautés. Un Londonien partage plus de valeurs et de communauté de destin avec un Parisien, un Milanais, un Berlinois ou un New-yorkais qu’avec un agriculteur du Devon. Un étudiant de Glasgow préfère rencontrer ses semblables de Séville, Athènes ou Copenhague.» De la même façon, un Montréalais a sans doute plus d’affinités avec un Bostonnais, un Torontois ou un Parisien qu’avec ses compatriotes des régions éloignées, lesquels ont plus en commun avec les gens des régions françaises ou anglaises qu’avec leurs concitoyens de la métropole.

Je ne dis pas que le nouveau monde a toutes les vertus. Tant s’en faut. Mais il faudra faire avec, car il n’est plus possible de revenir en arrière. L’internet, le câble et la mondialisation ont fait exploser les frontières. «Même si nous le voulions, a dit Obama, nous ne pouvons nous isoler du reste du monde», ajoutant : «La réponse n’est pas de se détacher de notre monde interrelié, c’est de s’y engager pour changer les règles afin qu’elles soient justes…»

En guise de conclusion, je citerai de nouveau Sylvain Courage : «En optant pour le Brexit, la majorité des électeurs anglais ont détourné leur regard du vaste horizon. Leurs frontières renferment trop de rancœurs et de nostalgies.»

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Commentaires sur: "La victoire d’un monde dépassé" (1)

  1. Heureux de te voir resurgir.

    Moi ce qui me frappe c’est l’acceptation universelle, et locale, que 52% soit un vote clair pour quitter une fédération (une vraie, celle-là).

    Mais relaxe. Gageons qu’une élection hâtive renverse cette situation. Par contre, la Suisse ne semble pas trop mal se porter sans se joindre aux plus grands ensembles. Il y a tant d’autres exemples.

    En attendant, voyons ce que feront maintenant les écossais.

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