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paul2Finalement, je n’écrirai pas de roman. Je crois avoir quelques talents, mais pas celui-là. Chaque fois que je m’attelle au genre romanesque, ce que j’écris finit par m’ennuyer. Alors, imaginez les lecteurs potentiels. Je me suis plutôt remis à mon autobiographie, commencée il y a presque quatre ans. Vous allez dire qu’au lieu de me prendre pour Honoré de Balzac, je me prends maintenant pour Roman Polanski, qui vient de publier une version allongée de ses mémoires, Roman par Polanski. Mais non, les différences me sautent aux yeux.

À six ans, ce grand cinéaste a quitté en catastrophe le ghetto de Cracovie, où ses parents ont été arrêtés et déportés. Au même âge, ma famille venait de déménager dans un paisible quartier résidentiel de Trois-Rivières. Jusqu’à 14 ans, en pleine guerre, Roman a mené une vie de vagabond alors que je restais sous les jupes de ma mère dans le Québec prospère de l’après-guerre. En 1969, au moment où sa femme enceinte était assassinée, je venais de reprendre la vie commune avec ma petite amie, qui m’avait largué quelques années plus tôt.

Contrairement à Polanski, je n’ai pas collectionné les Oscars et les Césars. Pas de prix Pulitzer ou de prix Jules-Fournier pour le journaliste que j’ai été. La majeure partie de ma carrière, je l’ai passée discrètement au pupitre du Soleil ou de La Presse. J’ai beau en avoir été chef, c’est un poste qui n’est prestigieux que dans les rédactions, et encore. Ailleurs, ni vu ni connu. Ma maman avait d’ailleurs bien du mal à expliquer à ses amies ce que je faisais dans un journal.

Je n’ai pas été impliqué non plus dans un scandale sexuel et je n’ai pas dû quitter les États-Unis dans le plus grand secret et de toute urgence pour éviter la prison. Au contraire, j’ai passé toute ma vie au Québec, où le plus grand risque est sans doute de mourir d’ennui après 50 ans de débat sur l’indépendance et 12 ans de Tout le monde en parle.

Alors, pourquoi écrire ma biographie? Peut-être justement parce que le genre ne devrait pas être réservé aux gens riches et célèbres. Selon le sage Épicure, le désir de richesse ou de célébrité est d’ailleurs vain. Argent et gloire ne sont pas, en tout cas, des critères d’une vie réussie, ce qui ne veut pas dire pour autant que la mienne le soit. Et puis, on peut se demander si réussir ou rater sa vie a un sens.

Passé 70 ans, j’éprouve juste le besoin de comprendre cette vie qui s’étire, de trouver une ligne directrice à travers tous les méandres qu’elle a suivis. Je cherche le fil de mon existence en quelque sorte. Dans Balade avec Épicure, le philosophe Daniel Klein nous incite à écrire notre histoire, à «ordonner le sens de notre vie pour nous-mêmes». «Trouver un lien entre les expériences vécues, écrit-il, est une façon de donner un sens à sa vie.» Klein, il est vrai, conseille de le faire sans «être tenté de céder aux exigences de l’intérêt littéraire». Dans mon cas, ça me paraît difficile, car je serais incapable écrire sans me soucier du style. Comment ne pas peaufiner son écriture quand on a été responsable de la qualité du français dans deux journaux et qu’on a contribué à former une soixantaine de jeunes journalistes?

À ce stade-ci toutefois, mon désir n’est pas d’être publié. L’important, c’est d’écrire et d’éprouver du plaisir à le faire. De plus, la tâche me prendra sans doute quelques années, car j’ai l’intention de poursuivre la publication de mes carnets et de continuer à voyager tant que la santé reste bonne. Alors, j’ai le temps de voir venir.

Par ailleurs, je peux vous annoncer en grande primeur que ma biographie sera autorisée. Eh oui! Comme celle de Languirand. La mienne cependant ne devrait pas créer autant de vagues. Je n’ai pas de squelettes dans le placard, juré! De plus, étant moi-même l’auteur, je choisirai les bêtises que je veux bien raconter. Les autres, je les garderai pour moi. Mais je ne les cacherai pas toutes, promis! Quel serait l’intérêt de mémoires sans fausses notes?

En marge : Mémoires

Je me suis donc mis à la lecture d’autobiographies. Je n’ai pas encore eu le temps de parcourir celle de Polanski ou celle d’Agatha Christie. Je viens de terminer En marge : Mémoires, de l’écrivain américain Jim Harrison, mort récemment. Certaines pages sont fulgurantes, mais d’autres, je dois l’avouer, m’ont ennuyé un peu. À tel point qu’afin de me rendre au bout des 368 pages, j’en ai sauté quelques-unes. Pour raconter sa vie, Harrison a choisi des thèmes plutôt que l’ordre chronologique. C’est un choix qui se défend. Mais l’intérêt varie beaucoup selon les sujets abordés. Lorsqu’il écrit sur la chasse, la pêche et les chiens, par exemple, c’est souvent passionnant, même si la chasse et la pêche m’indiffèrent totalement. Les chapitres sur Hollywood sont accrocheurs. Mais sur l’alcool ou sur le strip-tease, l’auteur est moins inspiré.

«Ses histoires ont un côté décousu, écrit un lecteur sur Babelio. La concordance des temps est bousculée. Harrison ne fait pas beaucoup d’efforts de transition. Il faut écarter les broussailles pour découvrir le fourré où se terre l’animal.» L’ensemble, il est vrai, est un peu brouillon, et cette impression est renforcée par la traduction, qui m’a semblé lourde. Peut-être faudrait-il que je lise le livre en anglais pour m’en faire une idée plus juste. Peut-être aussi aurait-il fallu que j’aborde l’œuvre de Harrison par ses romans plutôt que par ses mémoires.

EN MARGE : MÉMOIRES, de Jim Harrison, Christian Bourgois éditeur, 2003 pour la traduction française, 368 pages.

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Commentaires sur: "Mon autobiographie (autorisée)" (2)

  1. Cher ami,

    S’il vous plaît continuer cet autobiographie que je voudrais lire. Je suis certaine qu’il y aura des passages amusants tel que je vous connais. Ne tardez pas à mon âge, on vit un jour à la fois et on espère qu’on sera là le lendemain.

    Dernièrement, j’ai lu l’autobiographie d’Alec Guinness qui était par thèmes. J’ai bien aimé. Il y avait plusieurs chapitres sur sa participation à la guerre en Afrique et en Italie. Les autres chapitres étaient sur le théâtre et les films. J’ai savouré ses commentaires sur les acteurs de ce temps-là que j’ai vu dans les films.

    Mes amitiés à votre douce moitié et bonne écriture

    Madeleine

  2. Ok pour la biographie. Qu’il soit publié ou non, ça demeure un lègue, en quelque sorte. Ne serait-ce que pour soit même.

    Mais n’abandonne pas complètement le roman. Je te suggère aussi des nouvelles. Pas celles des journaux! C’est moins exigeant qu’un roman et c’est un bon exercice pour s’y préparer. Je m’y adonne à l’occasion, pour le plaisir, et pour me tester un peu aussi.

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