Voyages, lectures, films, impressions, humeurs, la vie quoi!

Une montée des océans d’au moins un mètre due au réchauffement climatique est inévitable dans les 100 à 200 ans qui viennent, a prévenu la NASA. Elle pourrait durement toucher de grandes villes situées en bord de mer comme Tokyo et Singapour. Miami, ville chérie des snowbirds québécois, fait aussi partie de la liste des naufragées. «Les glaces du Groenland et d’Antarctique fondent plus vite que jamais, ajoutait la dépêche de l’AFP, mais une certaine incertitude demeure cependant, notamment sur le calendrier exact de la montée des eaux. En effet, les scientifiques ne savent pas à quelle vitesse vont fondre les principales calottes glaciaires des pôles. Des îles vont disparaître, des villes vont être envahies. Mais on ne sait pas quand.»

Pardonnez-moi de vous citer de nouveau Edgar Morin, mais je ne trouve pas de meilleure formule : «Nous n’avons pas encore compris que nous allons vers la catastrophe et nous avançons à toute allure comme des somnambules.» Ce grand sociologue, qui milite pour une vision complexe des choses, est bien conscient que les solutions ne sont pas faciles à trouver et encore moins, à appliquer. Il ne suffit pas d’éliminer les sacs en plastique à l’épicerie ou de recycler les canettes pour stopper le cours des glaciers. Encore moins de pester contre les pipelines quand on a deux autos devant sa porte. Ces petites mesures ou cette indignation facile ne font que nous rassurer, nous évitant de remettre en question notre mode de vie et de production. C’est aussi ce que nous dit l’excellent Pierre-Olivier Pineau, toutes les semaines dans La Presse.

Pour ma part, je suis pessimiste. Vous vous en étiez rendu compte, j’en suis sûr. Je l’étais déjà, mais mes voyages en caravaning aux États-Unis m’ont laissé encore plus sceptique quant à la possibilité de réduire les gaz à effet de serre. C’est chez l’Oncle Sam qu’on voit le mieux les conséquences d’une civilisation fondée sur l’automobile. Le nouveau veau d’or, comme l’appelle ma compagne. On traverse Miami, par exemple, sur une autoroute à six voies (douze dans les deux sens) et on avance pourtant à la queue-leu-leu. C’est que tout ce monde à une voiture. Et pire encore, c’est que tout ce monde, à cause de l’organisation de la société, est obligé de l’utiliser.

Civilisation de l’auto donc, mais aussi de la viande, qui occupe la plus grande portion de l’assiette. Que vient faire la viande là-dedans, direz-vous? Comme nous le rappelait Josée Blanchette dans une chronique parue récemment dans Le Devoir, «la viande génère beaucoup, beaucoup de gaz à effet de serre». «Que vous preniez les données de la FAO (18 %) — l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture — ou celles du GIEC (31 à 51 %) — le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat —, l’élevage de bétail produit toujours plus de GES que tous les transports réunis. Et pour nous achever un peu mieux, le méthane des vaches est de 25 à 100 fois plus destructeur que le CO2.»

Or, ce qui se passe aux États-Unis a tendance à s’étendre à l’échelle de globe à mesure que la mondialisation apporte au monde entier le modèle américain. Nous étions déjà en train de piller les ressources de la planète. Voilà qu’à peu près tout le monde veut s’y mettre. Sur tous les continents, chacun aspire aujourd’hui à son automobile et à son steak. On peut le comprendre, bien sûr. Mais à terme, le modèle est insoutenable. On va droit dans le mur.

Quand j’étais enfant, on trouvait fréquemment dans les bandes dessinées un hurluberlu brandissant parmi la foule une pancarte disant : «La fin du monde est proche.» Il faudrait ressusciter ce personnage. On pourrait au moins rire, tout en se rappelant, comme le disait la revue Croc jadis, que ce n’est pas parce qu’on rit que c’est drôle.

Le bonheur vient en cheminant

Je terminerai ce carnet un peu sombre par une citation de Frédéric Lenoir tirée de son livre Du bonheur : «Qu’on atteigne ou non ses buts n’est pas l’essentiel. Nous n’allons pas attendre d’avoir atteint tous nos objectifs pour commencer à être heureux. La voie compte plus que le but : le bonheur vient en cheminant.»

Publicités

Commentaires sur: "Une catastrophe annoncée" (1)

  1. À mon avis, lorsque nous avons laissé nos avocats et gouvernements octroyer le statut de « personne » aux entreprises (19e siècle), leur donnant les mêmes droits qu’aux personnes en chair et en os, mortelles, elles, c’est à ce moment que nous avons signé notre arrêt de mort. Les grandes entreprises gouvernent maintenant nos sociétés: économie, politique, rapports sociaux (facebook, twitter, média), loisirs, modes de vie. Ce sont des monstres aux pouvoirs incommensurables, dont le seul but est d’accroître leurs avoirs et qui sont essentiellement éternels, sauf lorsque le monstre failli à atteindre son but. Il est alors bouffé, et remplacé, par ses semblables plus performants.

    Nos « styles de vie » ne peuvent changer tant que ces monstres ont avantage à ce que nous les maintenions. Quelques particuliers peuvent le faire et ne serons pas importunés, bien sûr. Leur exemple ne convaincra pas le grand nombre, abreuvé de minute en minute par un autre discours.

    Je suis d’accord avec toi, Paul. On nous occupe à de petites actions qui nous donnent bonne conscience, qui sont certes souvent des pas dans la bonne direction, mais hélas insuffisantes. Pendant ce temps, nous ne prenons pas conscience de la source véritable du mal: ce ne sont pas nous qui contrôlons nos entreprises; ce sont elles qui nous contrôlent, et elles veulent notre bien, comme disait l’autre.

    Bon, dans un siècle, plus de Miami… je commence à me chercher un autre endroit à me planquer l’hiver.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Nuage de Tags

%d blogueurs aiment cette page :