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Bye, bye, Florida !

Sur le chemin du retour.

Sur le chemin du retour.

Nous étions très contents de quitter le Naples RV Resort. Mais nous n’avons pas été très heureux d’arriver au Gulfair Resort, à Fort Myers Beach. J’ai dit à Lise : «Je crois que nous ne pourrons descendre plus bas.» Difficile d’imaginer en effet plus affreux et plus quétaine. D’autant que les pluies des derniers jours avaient donné au terrain un maquillage de boue qui l’enlaidissait encore plus. «J’aimerais mieux retourner au Québec que de continuer à fréquenter des endroits pareils!» ai-je ajouté.

Étais-je visionnaire? Toujours est-il que, quatre jours plus tard, nous avons été contraints de reprendre la route du nord. C’est que le lit mural de notre autocaravane est resté coincé dans une position qui ne nous permettait plus de l’utiliser. Nous n’aurions même pas pu nous coucher en position debout comme Papa et Maman dans La petite vie. Les deux premiers mécanos consultés nous ont avoué ne pas pouvoir faire grand-chose. J’ai téléphoné chez Horizons Lussier, le concessionnaire Leisure pour le Québec, où on nous a confirmé, avec autant de gentillesse que d’honnêteté, que ce type de réparations était généralement compliqué.

Nous nous sommes rendus dans un Camping World, où on ne pouvait pas nous fixer de rendez-vous avant la semaine suivante, ce qui nous aurait obligés à passer au moins cinq jours à l’hôtel. Et même là, nous n’aurions pas été au bout de nos peines, car on ne pouvait nous dire combien de temps prendrait la réparation. Le coût était également problématique. Le tarif horaire de Camping World, converti en dollars canadiens, frise en effet les 200$. Or juste pour aller voir le problème, il faut sortir le lit, ce qui prend trois heures.

Nous avons envisagé de louer un petit chalet dans un KOA. Mais leurs cabanes, outre qu’elles ne sont pas confortables, sont plutôt chères. On nous demandait 88$ par jour pour une bicoque sans salle de bains et sans cuisine, et on nous refusait tout tarif à la semaine.

Si nous avions adoré la Floride, peut-être aurions-nous fini par trouver une solution. Mais Lise a détesté cet État. Moi, je l’ai haï. Si nous n’avions rencontré en cours de route des gens adorables, ce voyage eût été un désastre. Eh oui, je sais que vous êtes des dizaines de milliers à y retourner chaque année et je ne veux pas vous vexer. Si on pratique le golf, le tennis ou la pêche, si on fait de la plongée ou du kayak, si l’on aime la pétanque ou la dame de pique, ou encore, si l’on adore tout simplement se faire tremper dans une piscine, la Floride, bien sûr, ça peut être agréable. Pour le tricot ou la broderie, ça doit être bien aussi.

En revanche, si vous aimez la marche en montagne, oubliez cet État. Dans le sud, une butte de dix mètres, c’est le mont Everest. On peut la gravir en fauteuil roulant, mais avouez que ce n’est pas très exaltant. Si vous aimez les paysages grandioses comme la Vallée de la Mort, le Grand Canyon ou le parc Yosemite, la Floride n’est pas pour vous non plus. Cet État, l’océan excepté, est d’une navrante platitude. «Il n’y a rien à voir en Floride», m’avait dit un ami, et comme on l’appelle «le pape», il est infaillible. Enfin, si vous adorez boire un cappuccino en dégustant une bonne pâtisserie, allez plutôt en Europe ou restez à Montréal, où les bons cafés ne manquent pas, mais évitez la Floride.

J’ai déjà dit que certains campings ressemblaient à des résidences Soleil. En fait, c’est l’État tout entier qui ressemble à un machin truc de M. Savoie. Les retraités des États-Unis et du Canada y ont massivement convergé. Ils sont partout. On ne voit qu’eux. La situation est telle, sur les campings en particulier, que les caravaniers dans la cinquantaine passent pour des p’tits jeunes. Je n’ai rien contre les vieux, groupe dont je fais désormais partie et auquel je compte appartenir encore longtemps. Mais ne voir que mes semblables finit par me déprimer.

Ajoutez qu’il y a des moustiques qui piquent, que l’humidité est pesante, que la circulation automobile est infernale et vous comprendrez qu’on ne retournera sans doute jamais en Floride.

Cela dit, reprendre la route du nord avant la fin de l’hiver n’est pas une décision que l’on a prise de gaieté de cœur. Il a fallu hiverniser la bagnole, opération que Lise a réussie avec brio, et mettre le cap vers le froid, pour la première fois en six ans, en espérant que le ciel ne nous tombe pas sur la tête. En roulant de Florence à Richmond, sur quelques centaines de kilomètres, il a plu sans arrêt alors que le mercure frisait le 0 degré. Il aurait suffi d’un petit degré de moins pour que toute cette pluie se transforme en neige. Quand le ciel a fini par s’éclaircir, nous avons poussé un long soupir. Le dernier jour, entre Syracuse et Montréal, il a neigé presque sans arrêt. Mais la neige, légère, fondait sur la route. Encore une fois, on a fait ouf!

Finalement, après avoir roulé pendant quatre jours, nous sommes arrivés à Montréal, fourbus mais heureux. Il fait «frette en titi», mais il y a plein de beaux jeunes au gymnase de l’immeuble et l’appartement est super confortable. Nous sommes allés chercher notre miche de seigle au Pain doré. Miam, miam! Les Américains ne savent pas faire du pain. Nous avons commencé à revoir nos proches. Lise va recommencer à courir le long du canal Lachine aussitôt que son rhume sera guéri. De plus, notre Grande bleue a déjà été achetée par Horizon Lussier, qui nous a offert un très bon prix. Il y a une vie après la Floride.

Lise, qui m’a très bien relu, comme toujours, et qui a fait la plupart des photos pendant ce voyage, vous fait ses amitiés.

P.-S. Vous pouvez laisser un commentaire ci-dessous ou m’écrire à paul.roux@live.ca. Je n’ai pas toujours le temps de répondre, mais je prends toujours le temps de vous lire.

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Commentaires sur: "Bye, bye, Florida !" (4)

  1. FIN?

    Comme je l’ai déjà écrit ici, je n’aime pas la Floride non plus. Mais, « rien à voir »? Tu me fais bien rigoler, mon cher Paul. C’est sûr qu’on ne vient pas ici pour la montagne. C’est pour la chaleur, la chaleur la plus accessible à partir du Québec. Et il y a des choses à voir, hé oui!, même en Floride.

    Mais peu importe. Le pincement au coeur que je ressens ce n’est pas tellement de peur de ne plus jamais te croiser sur la route, car nos routes peuvent se croiser autrement, mais plutôt à l’idée que ton carnet sera laissé de côté, pour n’être repris, peut-être, qu’au prochain voyage.

    Je t’encourage donc à continuer décrire à chaque semaine sur les sujets qui occupent ton esprit à ce moment. Soit tes lectures, la musique que tu écoutes, la vie à Montréal, ou ton prochain voyage… C’est en même temps un bon exercice d’écriture.

    Félicitations pour la vente aussi rapide que satisfaisante de ton véhicule. Mes amitiés à toi et Lise, de ma part ainsi que de Marie-Paule.

    • Cher Denis, nos routes se croiseront sans doute de nouveau. Pour ce qui est de la suite de ces carnets, je te renvoie à la réponse que j’ai donnée à Gérald Nantel.

  2. Gérald Nantel a dit:

    J espère que vous continuerez de nous écrire comme par le passé vos états d âme .je prends plaisir à vous lire chaque fois.bon retour chez vous et merci pour le partage

    • Je suis toujours touché qu’on prenne plaisir à me lire. Bien sûr, je continuerai à écrire mes carnets. Mais je ne sais pas encore à quel rythme. Ça dépendra évidemment de mes autres projets.

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