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Carole, une voisine, vient de m’envoyer les statistiques : «Il est tombé 12,98 pouces de pluie en janvier, lance-t-elle. Le record de 1991 était de 7,95 pouces et la moyenne est de 1,94 pouce… Conclusion : un mois de janvier des plus pourris… Vive la Floride !!!» Carole et son mari Alain ont été nos compagnons d’infortune pendant 31 jours au Naples RV Resort. Ils occupaient un emplacement particulièrement boueux, on l’on voyait leurs deux vélos émerger au milieu d’une grande flaque d’eau derrière leur belle autocaravane.

Les chiffres accablants de janvier m’ont pourtant fait plaisir. Ce n’est pas que je me complaise dans nos malheurs de caravaniers. Mais en me relisant parfois, il m’arrive de me trouver moi-même râleur. Les données de notre voisine m’incitent donc à croire que j’avais quelques bonnes raisons de me plaindre. Plus de douze pouces au lieu de deux, c’est, si je compte bien, six fois plus que d’habitude. Je pouvais bien trouver le camping marécageux et le temps moche. J’aurais même pu, dans les circonstances, me lamenter davantage, il me semble.

D’autant, je vous le rappelle, que j’ai été malade. Je veux bien croire qu’une infection urinaire, ce n’est pas un infarctus. N’empêche que, même si ce n’est pas mortel, c’est douloureux. Il faut se faire soigner ; ça ne passe pas juste en priant.

Il faut d’abord appeler sa compagnie d’assurance. Un message vous dit : «Pour français, faites-le 1.» La syntaxe boiteuse et le drôle d’accent devraient vous inciter à vous méfier. Et de fait, vous tombez sur quelqu’un qui vous dit : «My name is… How can I help you?» Chaque fois, j’ai répondu : «May I speak to somebody who speaks French?» D’abord, je n’avais pas envie de parler de ma prostate en anglais. Et puis, quand une compagnie vous promet un service en français, je veux le recevoir dans cette langue.

Chaque fois, on a fini par dénicher Marie. D’après l’accent, je dirais Haïtienne, mais je peux me tromper. Son français est correct, mais elle a parfois du mal à vous comprendre. Il faut être prêt à répéter beaucoup. Il faut dire à sa décharge que l’acoustique est mauvaise. Ces gens-là, je ne sais pas où ils les font travailler. Dans une caverne peut-être, allez savoir! Mais Marie est adorable, je ne me plains pas. Elle me donne un numéro de dossier que je devrai remettre à la clinique sans rendez-vous pour que les frais soient remboursés. Sauf que ça ne marche pas. La réceptionniste regarde longuement la carte de la compagnie d’assurance avant de vous dire : «On ne prend pas les assurances internationales. Il faudra payer et vous faire rembourser.» D’accord, on ne va pas s’obstiner. De toute façon, ça ne donnerait rien.

Après, ça se passe mieux. Nettement mieux que chez nous, en fait. Vous constatez vite, en effet, qu’il a peu de de monde dans la jolie salle d’attente et vous allez comprendre pourquoi en payant à la fin. Quelques minutes plus tard, on vous appelle, vous n’en croyez pas vos oreilles. C’est surtout là qu’on se dit qu’on n’est pas au Québec.

On voit d’abord une infirmière, qui vous pose les premières questions, prend vos signes vitaux et vous fait faire pipi. Pas devant elle, rassurez-vous ; c’est pour le test d’urine. Arrive ensuite le médecin, une dame très classe et plutôt sympa.

Quand vous n’êtes pas parfaitement bilingue, tout cela n’est pas nécessairement simple. Heureusement, on me comprend presque toujours. Je n’ai pas pourtant un accent américain, tant s’en faut, mais ma prononciation semble claire. En revanche, certains accents américains, de nombreux accents américains, devrais-je dire, me donnent depuis toujours du fil à retordre, et ça ne s’améliore pas avec l`âge. Il faut faire répéter, ce qui me gêne un peu. Mais il le faut bien : je ne veux pas me retrouver avec une lobotomie juste pour une infection urinaire.

Ensuite, il faut passer à la pharmacie. Dans la clinique très «high tech» où je suis allé, vous ne partez pas avec une ordonnance ; c’est complètement démodé. L’ordonnance est envoyée directement à la pharmacie par courriel. Génial, non? À condition que ladite ordonnance soit envoyée à la bonne pharmacie. Pas chez Walgreen, par exemple, alors que vous attendez chez Publix. Eh oui, l’infirmière s’était trompée. La pharmacienne a dû téléphoner à la clinique, qui a fini par envoyer l’ordonnance au bon endroit.

Bref, j’ai eu le temps d’aller faire quelques courses dans ce grand supermarché où était logée la petite pharmacie. L’infection m’avait rendu fiévreux. J’avais l’impression d’avoir vieilli tout d’un coup d’une bonne vingtaine d’années. Mais tout autour de moi, les clients paraissaient plus vieux encore et surtout très mal en point. Les hommes surtout. Sans les paniers d’épicerie qui leur servaient de marchettes, je crois que la moitié d’entre eux se seraient effondrés en essayant de suivre les femmes. La Floride est devenue au fil du temps un État de retraités. Je l’ai mentionné à quelques reprises déjà. Mais ce jour-là, ce n’était plus une statistique. Ça m’a sauté aux yeux. Je me suis dit que, dans un supermarché pareil, il faudrait installer quelques défibrillateurs ainsi que deux ou trois bornes d’oxygène où les gens pourraient s’arrêter reprendre leur souffle.

J’ai laissé Lise finir les courses et je me suis précipité vers la sortie de peur que quelqu’un meure dans une allée.

Lise, qui a fini vaillamment les courses, vous fait ses amitiés. On se revoit samedi prochain.

P.-S. Vous pouvez laisser un commentaire ci-dessous ou m’écrire à paul.roux@live.ca. Je n’ai pas toujours le temps de répondre, mais je prends toujours le temps de vous lire.

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