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Trois excellents romans

Attention! Si vous n’avez pas lu le dernier opus de Delphine de Vigan, D’après une histoire vraie, ne lisez pas ce qui suit, car vous perdriez du plaisir à lire ce livre. Et ce serait bien dommage, car il y a longtemps que je n’ai pas connu un tel bonheur de lecture. Sautez plutôt à La septième fonction du langage ci-dessous.

delphine-de-vigan-photo«Je suis presque certaine, écrit la romancière française en réponse à un lecteur, que vous, nous, lecteurs, tous autant que nous sommes, pouvons être totalement dupes d’un livre qui se donnerait à lire comme la vérité et ne serait qu’invention, travestissement, imagination.» Ce défi lancé à ses lecteurs, je soupçonne de Vigan de l’avoir relevé brillamment dans D’après une histoire vraie.

Elle multiplie les effets de réel, à commencer par le titre, pour faire croire que ce qu’elle raconte a bel et bien eu lieu. Elle utilise son propre nom, de même que celui de son conjoint et de ses enfants. Elle parle abondamment de son livre précédent, Rien ne s’oppose à la nuit, sur le suicide de sa propre mère et des réactions, parfois hostiles, qu’il a suscitées. Tout cela est vrai.

Je ne crois pas en revanche que le personnage de L., cette étrange amie qui peu à peu en vient à régir l’existence de l’auteure pendant des mois, ait réellement existé, du moins sous une forme aussi achevée. Pourtant, j’y ai cru jusqu’à la fin. Ce n’est qu’après être arrivé au mot FIN que j’ai compris m’être fait mener en bateau. Cela dit, dans ce livre brillantissime, il n’est jamais facile de démêler le vrai du faux!

Très rapidement, on se laisse embarquer dans ce thriller psychologique. C’est de Vigan qui prend possession de nos vies le temps de dévorer les quelque 300 pages de sa nouvelle œuvre. Il est probable que vous n’y mettrez pas plus de deux jours, voire un seul, tellement c’est captivant et passionnant.

Il est évidemment encore trop tôt pour crier au chef-d’œuvre. Il faudra relire D’après une histoire vraie dans quelques années pour voir si ce livre a bien vieilli. Pour la grande œuvre donc, on attendra. Mais en attendant, lisez-la. Je serais étonné que vous soyez déçus.

La septième fonction du langage

Binet_LAutre roman brillant, quoique d’un tout autre genre, La septième fonction du langage. Laurent Binet a imaginé que la mort de Roland Barthes, le 25 février 1980, n’était pas naturelle. Le célèbre sémiologue aurait plutôt été assassiné parce qu’il «transportait un document sur la septième fonction du langage, une fonction qui permet de convaincre n’importe qui de n’importe quoi».

Le commissaire Jacques Bayard, accompagné d’un jeune prof, Simon Herzog, enquête parmi le gratin du milieu intellectuel français et italien. C’est ainsi qu’on voit apparaître le romancier Philippe Sollers et le philosophe Bernard-Henry Lévy, dans des rôles qui ne leur plaisent sans doute pas, ainsi que l’écrivain Umberto Eco et le cinéaste Luchino Visconti. On croise aussi François Mitterrand et Valéry Giscard d’Estaing, sur le point de s’affronter pour la présidence de la France et tous deux très intéressés par le document volé à Barthes.

C’est fou, imprévisible, plein de rebondissements, complètement déjanté, très loufoque, souvent drôle, toujours intelligent et toujours maîtrisé. Et en prime, on a droit à une leçon de sémiologie pour les nuls, gracieuseté d’un auteur érudit mais excellent vulgarisateur et pas prétentieux pour deux sous. Le Figaro a d’ailleurs qualifié ce roman de «polar sémiologique».

Il y a bien, çà et là, quelques longueurs. Mais peut-être est-ce juste l’attention du lecteur, en l’occurrence moi-même, qui avait baissé un peu, car, il faut bien le dire, ce roman demande une attention soutenue. Rassurez-vous toutefois : votre vigilance sera largement récompensée.

Americanah

Chimamanda-Ngozi-AdichieJe termine ce carnet par un troisième roman, Americanah, tout aussi fort que les deux premiers, mais plus traditionnel. Son auteure, Chimamanda Ngozi Adichie, se situe dans la grande tradition du roman social. Elle nous raconte l’histoire d’une jeune Nigériane, Ifemelu, allée étudier aux États-Unis, et de son petit ami, Obinze, resté au Nigéria. Le récit couvre une longue période, mais il n’est pas linéaire, Adichie nous promenant sans cesse entre le présent et le passé.

Cette jeune écrivaine a un sens remarquable de la narration, mais plus encore de l’observation. À travers l’histoire de ses deux héros, c’est un portrait des États-Unis et du Nigéria qu’elle peint avec précision et finesse. Et c’est en prime une belle histoire d’amour, romantique mais sans eau de rose. On suit Ifemelu et Obinze pendant plus de 500 pages et quand on les quitte, on se sent un peu triste.

Lise vous fait ses amitiés. On se revoit samedi prochain.

P.-S. Delphine de Vigan est une auteure que m’a fait découvrir mon beau-frère Jean-Guy. N’hésitez pas à me faire part de vos propres découvertes.

P.-S. Vous pouvez laisser un commentaire ci-dessous ou m’écrire à paul.roux@live.ca. Je n’ai pas toujours le temps de répondre, mais je prends toujours le temps de vous lire.

 

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Commentaires sur: "Trois excellents romans" (1)

  1. Malgré l’avertissement, j’ai lu. Puis ça m’a donné le goût de lire le livre. J’ai acheté le de Vigan en format numérique chez Archambault. Cinq dollars environ. Vraiment pas cher.

    Te voilà chroniqueur de livres maintenant. Le prochain à Radio-Can au bulletin de 18h?

    😉

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