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Le plaisir de lire en voyage

paul-livre

Un des grands plaisirs du caravaning, c’est la lecture. Un plaisir que j’ai redécouvert au cours des dernières années. Moi qui ai étudié en littérature, j’ai peu lu après l’université. Je lisais, il est vrai, des essais, des revues, des journaux ainsi que les dépêches des agences de presse, mais peu de romans. Pendant longtemps, le cinéma a complètement comblé mon besoin de fiction.

C’est en voyage que j’ai recommencé à lire. J’ai d’abord lu sur mon ordinateur, puis sur ma tablette. Mais j’ai maintenant une liseuse dont le confort est bien supérieur.

Je fréquente à l’occasion des philosophes, mais je lis surtout des romanciers. Parfois, je lis les plus récents. C’est ainsi que j’ai lu, par exemple, Soumission de Michel Houellebecq, ou Sable mouvant, de Henning Mankell. Mais il m’arrive souvent de lire ou de relire des auteurs très anciens, des maîtres en fait, dont la lecture continue de m’enrichir et de me séduire. Ainsi, j’ai relu Les illusions perdues, d’Honoré de Balzac, et j’ai enfin lu Anna Karenine, un grand chef-d’œuvre (certains en parlent même comme du plus grand roman de tous les temps). J’avais cependant vu au cinéma deux versions inspirées par l’œuvre de Léon Tolstoï, une avec Sophie Marceau, assez banale, et l’autre avec Keira Knightley, excellente. Mais le livre est bien supérieur.

lise-livreD’une façon générale, je lis peu pour me divertir. Quand j’ai besoin de le faire, j’opte plutôt pour les séries télévisées. Comme lecteur, je cherche de préférence les grandes œuvres. Le difficile, exception faite des classiques, c’est de les trouver. Depuis plusieurs mois, je m’inspire volontiers, mais pas exclusivement, de la liste du romancier français Frédéric Beigbeder. Il y a consacré un livre (Premier bilan après l’apocalypse), mais on peut trouver la liste sur internet (http://www.senscritique.com/liste/Le_Top_100_de_Frederic_Beigbeder/256504).

C’est ainsi que j’ai lu La ferme africaine de Karen Blixen (no 83 de la liste), qui a inspiré Ouf of Africa, un de mes films favoris. J’ai dû voir cinq ou six fois cette œuvre de Sydney Pollack, qui fait partie de ma liste des dix meilleurs films de tous les temps.

Autant vous le dire tout de suite, ce sont deux œuvres très différentes. L’une et l’autre, il est vrai, sont inspirées de la vie de cette Danoise originale et aventurière qui, au début du XXe siècle a possédé une ferme au Kenya, qu’elle a dû quitter à regret une vingtaine d’années plus tard après s’être ruinée.

Le cinéma en a tiré une grande histoire d’amour, mais d’un amour non traditionnel. De cette belle histoire cependant, on ne trouve que des brides dans le bouquin. Blixen y parle à l’occasion de ce Denys Finch Hatton dont elle était très proche et qui est mort quand son avion s’est écrasé. L’auteure nous le décrit comme un grand ami, non comme un amoureux. A-t-elle voulu se montrer discrète dans ce récit autobiographique écrit plusieurs années après son retour au Danemark? Le film s’est-il librement inspiré de son histoire? Peu importe au fond.

Il faut lire le livre sans trop faire de liens avec le film, bien qu’il soit facile d’imaginer Meryl Streep en Blixen et Robert Redford en Finch Hatton. La ferme africaine n’est d’ailleurs pas un roman. Blixen a tiré de son expérience une série d’observations, de réflexions et d’anecdotes remarquablement bien écrites et souvent fascinantes. Mais il n’y a pas vraiment de fil conducteur.

À tel point que j’ai failli décrocher en lisant la deuxième partie, la plus anecdotique. Mais c’eût été dommage, car la troisième partie, qui raconte la dernière année avant le retour au pays natal, est de loin la plus touchante et la plus passionnante. Elle justifie à elle seule la lecture de La ferme africaine.

Quand je disais ci-dessus que je lis peu pour me divertir, ça ne veut pas dire que je ne recherche que les œuvres sérieuses. J’ai lu, par exemple, En avant la mujik (no 69 sur la liste de Beigbeder). Comme le dit Frédéric Darc dans une préface qui donne le ton, «l’histoire ci-après est fictive jusqu’au trognon». Les aventures de l’inspecteur San-Antonio, c’est bien sûr de la rigolade, mais de la rigolade géniale. L’auteur s’éclate de page en page pour notre plus grand bonheur. N’essayez pas de trouver un style plus déjanté, plus disjoncté, plus dingo, plus capoté, plus fou braque, plus barjot, plus fada, plus foldingue, plus givré, plus sauté, plus fou. Je crois qu’il n’y en a pas.

Qu’on en juge par cet extrait : «Malgré son prénom enchanteur qui évoque la steppe, les troïkas sur la piste blanche et les amours du docteur Jivaty-Jiva-Gigot, Natacha, c’est un vrai boudin, croyez-moi… Dodue, cuissue, ventrue, mafflue, les joues peintes en vermillon, la moustache drue, le cou couleur de saindoux… le cheveu long filasse, la bouche en étreinte de limaces, le front bas, la cuisse jambonnière, le mollet en tronc de palmier sous le bas de coton grisâtre, l’œil aussi pétillant qu’une rondelle de truffe sur une tranche de foie gras, cette aimable jeune fille de trente-deux ans est à la volupté ce que M. Francisco Franco est à la démocratie.»

J’ai également lu avec beaucoup de plaisir L’humeur vagabonde d’Antoine Blondin (bien que son quatrième rang me semble excessif et que je préfère Un singe en hiver), L’attrape-cœurs de Jerome David Salinger (no 7), Plateforme de Michel Houellebecq (no 8), Chéri de Colette (no 12), Petit déjeuner chez Tiffany de Truman Capote (no17), Sur la route de Jack Kirouac (no 35 – j’aime bien ce roman-culte, mais je préfère Les clochards célestes), Un Homme de Philip Roth (no 37) ainsi que Tropique du Cancer et Tropique du Capricorne d’Henry Miller (no 57).

J’ai adoré aussi Hell de Lolita Pille (no 92). Mais ce roman cynique d’une jeune Française, fille de milliardaire, risque d’en choquer plus d’un. Je m’en vais de Jean Echenoz, prix Goncourt 1999 et no 38 sur la liste, ne plaira pas non plus à tous. Le début et la fin sont sensationnels. Entre les deux, il y a quelques petites longueurs. Mais quelle écriture, quel sens de la description, quelle originalité, quel humour ! Ce roman m’a enthousiasmé.

Je ne partage pas pour autant tous les choix de Beigbeder. Je n’aurais pas donné, par exemple, la première place à American Psycho. Certes, ce roman de Bret Easton Ellis, qui a pour toile de fond Wall Street au tournant des années 90, est une œuvre forte. Mais sa violence atteint de tels niveaux qu’elle a fini par m’écoeurer. Paludes n’est pas un de mes livres préférés d’André Gide et je comprends mal son troisième rang. J’ai aussi décroché en lisant Passion fixe de Philippe Sollers (no 60), dont le style m’a épuisé.

Cela dit, cette liste originale et très personnelle permet de faire de bien belles découvertes. Allez, bonne lecture!

Lise se joint à moi pour vous souhaiter une merveilleuse année 2016 ! On se revoit samedi prochain.

happy

P.-S. Vous pouvez laisser un commentaire ci-dessous ou m’écrire à paul.roux@live.ca. Je n’ai pas toujours le temps de répondre, mais je prends toujours le temps de vous lire.

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