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La route des poubelles

Partout le long du chemin, en ce beau lundi ensoleillé, de gros conteneurs débordaient de sacs de détritus.

Partout le long du chemin, en ce beau lundi ensoleillé, de gros conteneurs débordaient de sacs de détritus.

Certaines régions vous invitent à suivre la route des vins. D’autres, la route des vergers, des saveurs ou des senteurs. Certaines routes sont gastronomiques ou panoramiques. Mais en Calabre ce matin, nous avons emprunté la route des poubelles. Avouez que c’est plus original. Partout le long du chemin, en ce beau lundi ensoleillé, de gros conteneurs débordaient de sacs de détritus. Parfois sur plusieurs dizaines de mètres. Une de mes belles-sœurs se serait certainement écriée : «C’est affreux!», et ma foi, elle aurait eu raison. Je ne sais pas si c’est la mafia calabraise qui a organisé la collecte des déchets, mais il est difficile d’imaginer ramassage plus désordonné. Le spectacle était si désolant que nous en avons oublié les paysages splendides de la côte Tyrrhénienne.

Ce parcours de fin du monde, on a pu le contempler fort longtemps. Nous avions envisagé d’aller parcourir un sentier de montagne. Nous n’en étions qu’à une soixantaine de kilomètres. En principe, trois fois rien. Mais c’était sans compter sur les routes sinueuses et défoncées. C’était sans compter aussi sur les travaux routiers. Non annoncés, évidemment. Arrivés près de Gioia Tauro, impossible de poursuivre sur la SS23. Tom Tom, notre indispensable GPS, en a été complètement déboussolé et du coup, nous aussi. Il y avait bien une route alternative, mais elle était si mal indiquée qu’on a tourné en rond un bon moment avant de revenir exactement au même point. Un peu découragés, nous avons bien failli rentrer dare-dare à l’appartement. Mais on a persisté et trouvé.

Les paysages de la côte Tyrrhénienne sont souvent splendides.

Les paysages de la côte Tyrrhénienne sont souvent splendides.

Je ne suis pas sûr cependant qu’on ait gagné au change. Au bout de deux heures, nous n’étions toujours pas arrivés à destination. Lise a proposé que l’on s’arrête à Palmi, une ville dont le guide Michelin disait de bien belles choses. Mais les guides touristiques carburent au principe «tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil». Il suffit qu’une cité ait un musée et une villa pour qu’on lui colle une étoile. Même si tout le reste, pour reprendre l’épithète favorite de ma belle-sœur, est affreux. J’ajouterais, pour ma part, «sale», mot qui convient bien à cette journée touristique un peu particulière. Dans les villes de la Toscane ou de l’Ombrie, nous nous sommes souvent demandé : y a-t-il quelque chose de laid? Dans certaines villes de la Calabre aujourd’hui, on s’est plutôt demandé : y a-t-il quelque chose de beau? À part les jeunes femmes, bien entendu.

Affamés, on a fini par s’arrêter dans un café, où le panino était quelconque, mais le cappuccino, délicieux. Comme il était plus d’une heure, on a renoncé à notre sentier, qui avait l’air bien invitant dans le dépliant touristique, mais où nous n’étions pas encore rendus. On s’est d’ailleurs dit que, compte tenu de la qualité des informations dans l’Italie du Sud, on ne le trouverait probablement jamais.

On a donc repris la route des poubelles. On reconnaissait au passage les tas d’ordures du matin, qui nous indiquaient la voie aussi sûrement que notre fidèle Tom Tom.

L’homo italianus au volant

Sur le chemin du retour, j’ai pu méditer une fois encore sur l’homo italianus au volant. J’en ai souvent parlé, mais permettez-moi d’y revenir une fois de plus. «Si vous n’êtes pas à l’aise en voiture, mieux vaut ne pas conduire en Italie», conseille prudemment le Michelin, qui ajoute : «force est de reconnaître qu’un Italien au volant ait toujours source de perplexité pour un conducteur étranger». Que ces choses-là sont dites avec diplomatie!

L’homo italianus au volant est un dingue qui se prend pour un pilote de Ferrari. Je connaissais déjà sa passion de la vitesse sur les autoroutes. Je découvre qu’elle ne décroît pas sur les routes de campagne. Que le chemin soit sinueux, qu’il soit en pente, qu’il soit sans visibilité, qu’il soit jonché de nids-de-poule ne l’empêche pas de foncer en tout temps comme un cinglé.

À l’entrée des villages, de gros panneaux indiquent : «Ralentissez, zone habitée». La vitesse maximale y est de 50 kilomètres, voire de 40 ou même de 30. Si vous levez le pied, ce que le bon sens commande, soyez certain que l’homo italianus qui vous suit en profitera pour vous doubler et pour traverser le village à une vitesse aussi démente que dangereuse.

La vitesse n’est d’ailleurs pas son seul travers. Dans les villages comme dans les villes, l’homo italianus gare sa voiture n’importe comment, empiétant sur la voie principale déjà trop étroite, où il faut zigzaguer tout en se méfiant des chauffeurs qui reculent sans crier gare et des piétons qui traversent à pas de tortue, le téléphone à l’oreille.

Si vous devenez vous-même piéton, le temps d’une visite, méfiez-vous des passages dits piétonniers. Ils existent, mais leur existence est inconnue. Il serait suicidaire de les emprunter en toute confiance. Dans le sud de l’Italie, je n’ai vu encore personne accorder la priorité à un passant. Tout conducteur continue son chemin comme si de rien n’était.

Terminons ce carnet du râleur sur une note positive. Nous avons de nouveau assisté ce soir à un magnifique coucher de soleil sur la mer. Bien assis sur notre terrasse, après un long apéro et un bon souper, nous avons vu une grosse boule rouge colorer les nuages avant de disparaître dans l’eau.

«Kiss and fly»

Vous vous souvenez peut-être de la zone «kiss and fly», où nous avaient laissés Hughette et Rolf, il y a une dizaine de jours, au départ de Nice. «Nous avons sorti les valises si rapidement de l’auto, ai-je écrit, que nous avons oublié un sac dans le coffre arrière.» Eh bien! nous assure la belle-sœur, il n’est pas dans leur voiture. Nous l’aurions plutôt oublié à côté de la Renault que nous étions allés chercher à l’aéroport. Le plus frustrant, ce n’est pas d’avoir oublié le chocolat, le psyllium et la théière. C’est d’apprendre que c’est de notre faute!

Lise vous fait ses amitiés. Je vous embrasse. À bientôt !

Paul 

Nous avons de nouveau assisté ce soir à un magnifique coucher de soleil sur la mer.

Nous avons de nouveau assisté ce soir à un magnifique coucher de soleil sur la mer.

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Commentaires sur: "La route des poubelles" (5)

  1. André Dumais a dit:

    À Rio, les automobilistes conduisent comme les Italiens que vous décrivez. Aux feux rouges, ils ne s’arrêtent pas mais ralentissent juste un peu. Disons qu’au début, ça surprend. Surtout si l’on conduit une timide VW de location sans airbags…

  2. oussamamuse a dit:

    Poubelle qu’une jeune femme italienne, il n’y a rien, si ce n’est, peut-être, parfois, au détour d’un virage sans visibilité, un beau jeune homme italien au volant, arrivant en face de soi !

  3. potionmagique a dit:

    Paradisiaque ce coucher de soleil sur la mer. Quel enchantement!

  4. Vous allez bien M’sieur Paul?

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