Voyages, lectures, films, impressions, humeurs, la vie quoi!

Ce casse-croûte de Nice (ici on dirait «snack») a une raison sociale en anglais.

Ce casse-croûte de Nice (ici on dirait «snack») a une raison sociale en anglais.

Depuis que nous sommes installés en France, j’ai troqué la page d’accueil de La Presse contre celle du Monde. À quoi bon s’éloigner du Québec aussi longtemps si c’est pour vivre les yeux dans le rétroviseur. Je jette quand même un œil à l’occasion sur les actualités québécoises, ce qui m’a permis de suivre avec amusement le pastagate.

Ce qui m’a étonné dans cette affaire, ce n’est pas le zèle tatillon des inspecteurs de l’Office trop québécois de la langue française. Je connaissais bien, pour l’avoir dénoncé à plusieurs reprises, leur anglophobie obsessionnelle. Mais mamma mia ! je n’aurais pas cru qu’il s’attaquerait à la pasta italienne. Si l’affaire a pris une telle envergure, c’est sans doute parce que notre cher Office est sorti de ses ornières habituelles. Tant qu’il ne s’en prenait qu’aux mots d’origine anglaise, il ne manquait pas de supporteurs. Mais quand il étend son offensive aux menus des restaurants italiens, il ne reste plus que les zélotes de Montréal français pour l’applaudir.

Cela dit, que l’OQLF ouvre le feu sur l’anglais ou sur l’italien, l’erreur est toujours la même : attacher une importance démesurée à quelques éléments du vocabulaire. Prenons l’exemple suivant : «À soir, j’va bouffer un steak.» Dans cette petite phrase, le problème, ce n’est pas steak, que l’Office aimerait bien voir remplacer par bifteck. Primo, «à soir» ne s’emploie qu’au Québec. Partout ailleurs dans la francophonie, on dit «ce soir». Secundo, «j’va» est une aberration grammaticale. Tertio, le verbe bouffer signifie «s’empiffrer, manger gloutonnement». Il n’a pas le sens neutre de manger qu’on lui donne chez nous. Mais à l’Office, on préfère fermer ses yeux sur ces dérives québécoises pour faire la leçon aux Français, qui devraient employer bifteck dans leurs menus.

Bref, pendant que notre Office papal multiplie les bulles et se pète les bretelles en faisant la promotion de courriel, bifteck et téléavertisseur, notre langue continue à se détériorer à la vitesse grand V.

Prime et autres emprunts inutiles

En France, la situation est bien différente. Les Cousins ne partagent pas notre peur maladive des mots anglais. Mais un peu de crainte parfois ne ferait pas de tort. Je ne pense pas, ici, à des termes comme week-end ou stop, empruntés il y a fort longtemps. Ils ne sont aujourd’hui pas plus anglais que concerto ou soprano sont italiens.

En fait, je n’ai rien contre les emprunts à une autre langue, fusse à l’anglais. Mais à deux conditions : que l’emprunt réponde à un besoin et qu’il s’intègre bien au français. Ce n’est évidemment pas le cas de plusieurs termes entendus ou lus depuis notre arrivée dans l’Hexagone.

Je me limiterai aujourd’hui à deux exemples, mais j’aurais pu en ajouter plusieurs autres. Commençons par le terme prime (il faut le prononcer à l’anglaise comme dans prime time), que les Français emploient maintenant pour désigner une «émission de télévision», terme disparu, semble-t-il. Ainsi, à la télé, on vous dira «pendant le prime d’aujourd’hui» ou «lors du prime de la semaine dernière».

D’où vient cet emprunt inutile et snobinard? Peut-être de prime time, expression que les Français utilisaient déjà (mais les Québécois aussi) pour désigner «les heures de grande écoute». Mais comment est-on passé de «prime» (grande écoute) à «prime» (écoute tout court). Et surtout, pourquoi? Mystère et boule de gomme!

Deuxième exemple : les Français ont traduit supervised site injection par salle de shooting. La traduction québécoise (site d’injection supervisé) est sans doute trop littérale (c’est souvent notre défaut lorsqu’on traduit). Mais elle est quand même préférable à un faux anglicisme qui a l’air d’une verrue dans notre langue.

C’est dommage, car dans l’ensemble le français lu et entendu en France reste d’une belle qualité. Dans les écoles, en revanche, il semble que la langue se dégrade, faute d’un nombre d’heures d’enseignement suffisant (c’est un problème généralisé). Mais à la télé, dans les journaux ou même dans la rue, cela ne s’entend ni ne se voit encore.

Lise vous fait ses amitiés. Je vous embrasse. À bientôt!

Paul

Publicités

Commentaires sur: "Le «pastagate» vu de France" (1)

  1. Daniel Baril a dit:

    On dirait que tu en profites pour retourner à tes anciennes amours. La défense de la langue et le bon usage des mots. Ce bon vieux rétroviseur…Quoiqu’on en dise, on l’a toujours devant les yeux.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Nuage de Tags

%d blogueurs aiment cette page :