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Gens du Sud

Peut-être vous souvenez-vous du Palais des thés, cette petite société française de qui nous achetons nos thés, Lise et moi, depuis plus d’une dizaine d’années. Nous nous étions rendus dans une de ses boutiques à Paris. « Un bien beau magasin, avais-je écrit, plein de thés qu’on ne trouve pas à Montréal. Mais les vendeurs ! Plus froid que ça, tu t’incarnes en iceberg. Nos questions ont suscité au mieux quelques bredouillements. En désespoir de cause, nous avons mentionné que nous étions du Québec. D’habitude, ça marche. Mais là, c’est comme si nous avions dit que nous venions de la Belgique. »

Samedi, nous avons répété la même expérience, mais à Nice. Aussitôt entrés, une charmante vendeuse est venue à notre rencontre. Elle nous a offert un thé, puis s’est enquise de nos goûts en la matière. Elle nous a fait découvrir plein de variétés qui n’étaient pas en vente au Québec, nous les a fait sentir, nous les a décrits avec moult détails. Bref, nous avons passé une demi-heure en sa compagnie. Une belle expérience qui nous a rappelé, par contraste, la déconvenue parisienne.

Je n’oserais pas en conclure, sur la foi de cette seule expérience, que les gens du Sud sont plus chaleureux que ceux du Nord, même si c’est ce que prétend mon amie Marine, une Française de Montréal. Nous sommes à Nice depuis trop peu de temps pour tirer de conclusions aussi draconiennes.

N’empêche que depuis notre arrivée, les gens nous parlent spontanément. Avec Lise, ça ne me surprend pas : elle est éminemment sympathique. Moi, c’est selon. Au Québec, certains me trouvent un peu hautain, voire un brin arrogant. Il arrive même que l’on me prenne pour un « maudit Français ». Mais en France, mon accent de Radio-Canada et mon français de grammairien n’impressionnent personne. Tout au plus me prend-on, parfois, pour un… Français.

Il faut dire qu’ici je parle un peu plus pointu que chez nous. C’est venu spontanément. Un jour, je suis entré dans un office de tourisme. Au lieu de me dire « Ah! Vous êtes du Québec », on m’a demandé de quelle région je venais. Depuis, j’ai cultivé ce faux accent français. J’ai constaté qu’il suffisait de prononcer plus fermement mes t et mes i pour que le tour soit joué. Parfois au contraire, quand on me prend pour ce que je ne suis pas, j’emploie un mot typiquement québécois ou je reviens, le temps d’une phrase, à l’accent québécois. Ça crée une certaine confusion et ça m’amuse.

Il faut dire également que mon vocabulaire est déjà à 95 % celui d’un Français. Les cinq pour cent restant, je les connais bien et je les emploie spontanément, de sorte que l’illusion est presque parfaite. Je n’en fais pas trop non plus. Je ne dis jamais, par exemple, « ah ! putain !» ou « bordel de merde ! ». J’aurais l’air d’un Français qui lance un «tabernacle» pour faire plaisir aux Québécois, sans se rendre compte qu’il prononce le mot très joliment. Par contre, je n’hésite pas à émailler mon discours de « du coup » et de « ouais ». Ça fait vachement couleur locale.

Je me suis souvent posé des questions sur ma mutation phonétique. Les linguistes nationalistes de l’Office l’attribueraient sans doute à un sentiment d’insécurité. Mais je n’ai pas honte de mes origines et je suis très fier de mon français. Ma volonté de ne pas mettre ma québécitude à l’avant-plan tient à autre chose. J’ai fini par le comprendre en entendant une interview de Michel Boujenah à la télé française. Le célèbre comédien se plaignait de ce que les Français le ramènent constamment à ses origines tunisiennes, même s’il est arrivé en France en 1963, à l’âge de 11 ans. Chaque fois qu’on l’invite sur un plateau de télé depuis, on lui parle de couscous. C’est pourquoi il s’est demandé, avec humour, s’il parlait suffisamment pointu.

Avec les Québécois, c’est la neige qui remplace le couscous. Dites que vous venez du Québec et aussitôt on va vous parler du froid et des grands espaces. Dans un restaurant, il y a deux jours, un garçon de table nous a même parlé des skidoos. Je n’ai pas osé le décevoir en lui disant que je n’ai jamais posé mes fesses sur une motoneige.

Ce folklore stéréotypé n’est pas méchant, mais il n’a pas grand-chose à voir avec ma réalité. Prenez la neige : il y en a si peu à Montréal que je songe à donner mes raquettes. Les grands espaces : je ne quitte presque jamais mon île, pas même pour me rendre à Longueuil ou à Laval. Je n’ai jamais mis les pieds en Abitibi ou sur la Côte-Nord alors que je viens en France ou en Italie presque chaque année.

Parfois, quand votre interlocuteur connaît un peu mieux la Belle Province, il vous parle de nos artistes, histoire de vous faire plaisir. Mais comment dire à des gens si bien intentionnés que vous ne connaissez pas Garou et que Céline vous énerve après deux chansons ?

Comme Boujenah toutefois, il m’arrive d’être tout mêlé. C’est le propre des caméléons linguistiques. Je me mets à hésiter entre l’accent de Trois-Rivières et celui de Paris. Je me demande si mes a sont assez ouverts ou assez fermés. Je commence une phrase avec un t bien tonique et je la termine par un i tout mou. Je deviens dingue, au point de me dire que la vie serait plus simple si j’étais aussi « nature » que l’humoriste Jean-Marc Parent. Mais aussitôt, il me vient une bouffée d’angoisse et je me remets à parler comme Richard Garneau.

Lise vous fait ses amitiés. Je vous embrasse. À bientôt.

Paul

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Commentaires sur: "Gens du Sud" (1)

  1. Ah vous me rappelez des bons et moins bons souvenirs!!!!
    Contrairement à plusieurs, c’est à Nice que j’ai rencontré plein de gens bêtes et à Paris que les gens étaient gentils…!!!!
    Imaginez, en arrivant à notre hôtel à Nice, on parle en français et on nous répond en anglais… Je m’obstine à continuer à parler en français et le maudit air bête continue à me répondre en anglais!!!! Je suppose que le môsieur n’aimait pas mon accent pas assez français de France!!!! LOL
    Plus tard, la femme de ménage nous a embarrés dans notre chambre!!!! En fermant à clef en sortant, elle nous a fait prisonniers à l’intérieur de notre chambre…
    Pour couronner le tout, à notre départ, on nous avait facturé des p’tits dej pas pris à l’hôtel…!!!!

    Et en plus, c’est sans compter le chauffeur d’autobus qui roulait comme un malade… Il décollait tellement raide que le monde tombait dans l’allée… Et quand on demandait des renseignements, il nous répondait bête et qu’il ne savait pas…
    C’était une navette entre l’aéroport et le centre-ville…

    Ah Nice!!!! Je l’aime malgré tout ça!!!! LOL Je regarde les paysages et j’oublie les personnes!! 😉

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