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Paris s’anglicise-t-il ?

L’an dernier, au cours d’un repas auquel j’avais été invité (pour la dernière fois), une femme avait lancé : « Si les Français ne font pas attention, ils vont finir par perdre leur langue. » Comme elle savait que j’avais écrit un lexique sur le français des médias, elle insistait lourdement, cherchant visiblement à obtenir mon approbation. « Ils vont finir par être assimilés par l’anglais », a-t-elle ajouté. J’ai failli avaler ma fourchette. Quand j’ai fini par répondre poliment que je n’étais pas d’accord, elle est devenue si écarlate que j’ai cru qu’elle allait exploser. Ma réaction a d’ailleurs causé un petit incident diplomatique, qui explique, je crois, que je sois devenu depuis persona non grata. Bref, j’aurais dû la fermer.

J’avais mentionné à cette bonne dame, trop influencée par l’Office trop québécois de la langue française, qu’au cours de mes voyages en France je n’avais pas constaté une telle dégradation, même si j’avais remarqué moi aussi des anglicismes. Mais j’avais admis que je n’avais pas mis les pieds depuis longtemps, à Paris. Je réservais donc mon jugement.

Depuis le début de ce voyage, j’ai donc tendu l’oreille (les deux en fait, et elles sont grandes). Le verdict ? J’ai entendu jusqu’ici peu d’anglicismes, si l’on excepte des termes comme week-end, stop ou shopping, qui font hurler bien des Québécois, mais qui sont aussi français que concerto, soprano ou diva, empruntés à l’italien. De tels mots ont été chipés à l’anglais il y a si longtemps qu’ils se sont intégrés à notre langue. Les Français ne les perçoivent plus comme des corps étrangers, et ils ont bien raison. D’une façon générale, les Parisiens s’expriment plutôt bien, voire très bien.

Cela ne veut pas dire que tout soit parfait. Il y a dans la publicité en général bien trop d’anglicismes. Exemple : j’ai entendu une pub sur une course de dix kilomètres, qui se terminait pas « We run Paris ».

On voit aussi de nombreuses raisons sociales en anglais. Et là je ne parle pas des sociétés internationales comme Best Western ou Starbucks, qui ont conservé leur appellation anglaise, ici comme partout dans le monde. Je pense, par exemple, à des boutiques locales, comme les chaussures Show sur Stock, où l’anglais sous-tend un mauvais jeu de mots.

Cette anglicisation des raisons sociales n’est d’ailleurs pas exclusive à Paris. À Troyes, où nous irons bientôt faire un saut, nous descendrons à l’hôtel All Seasons Troyes Centre. Comme m’écrivait l’ami que nous allons rejoindre, « on est en France, après tout ».

Un autre phénomène saute aux yeux, mais il n’est pas non plus exclusif à Paris : la dégradation du français écrit. Un exemple parmi d’autres : sur la publicité d’une agence immobilière de l’île Saint-Louis, on parle d’appartements  « sur rue et sur coure » et du « bon état générale » des lieux, des fautes dignes d’une école québécoise.

À la télé, sur internet, dans les journaux ou les revues, on note également des anglicismes critiquables et inutiles. Ainsi, on parle de plus en plus souvent des news plutôt que des infos ou des nouvelles. On retrouve souvent des mots anglais dans les titres. Chez nous aussi, bien sûr, mais jamais autant. Aucune revue du Québec n’oserait écrire : « Ma love story avec une botox addict ».

Cela dit, je suis d’accord avec mon collègue Foglia qui, au terme de son dernier séjour en France, constatait que les Français « colonisent des mots anglais », mais que la « structure de la langue n’en est pas du tout altérée ». Et Pierre ajoutait : « tout le contraire de chez nous où on francise hystériquement dans un moule anglais ». C’est ce que je tentais d’expliquer maladroitement à la dame en colère.

Bref, le français parisien n’est pas impeccable. Mais c’est loin d’être le franglais dont on brandit l’épouvantail chez nous.

Je vous embrasse et Lise vous fait ses amitiés. À bientôt.

Paul

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