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Une nuit aux urgences

Ma hantise depuis que je souffre d’arythmie, c’est de faire une crise en voyage. Il est déjà difficile de gérer à Montréal les emballements fous de mon oreillette. Mais au moins je sais où aller. Les urgences de Saint-Luc, où j’ai un dossier aussi gros qu’un bottin téléphonique, n’ont plus de secret pour moi. Mais dans la jungle du Laos, par exemple, que faire ? Remarquez que ce n’est pas pour ça que je ne suis jamais allé dans ce pays.

Cette semaine, j’ai vécu ma première crise après 14 voyages sans histoire. Heureusement, je n’étais pas dans la lointaine jungle. Juste en Gaspésie. C’est loin aussi, mais à quatre kilomètres de l’hôpital de Chandler, où j’ai été très bien reçu. Notre système de santé est aussi troué que nos routes, mais on ne badine pas avec les problèmes cardiaques. Sitôt que l’infirmier du triage a vu que les battements de mon cœur étaient instables et qu’ils dépassaient les 100 pulsations à la minute, j’ai été pris en charge.

Dans un premier temps, c’est toujours rassurant. J’adore qu’on s’occupe de moi, surtout si ce sont des femmes qui le font. Bien installé sur une civière, le cœur branché à un moniteur, mes pulsations commencent aussitôt à descendre, sans la moindre intervention. Le rythme cardiaque oscille entre 70 et 90, ce qui est déjà nettement moins fatigant. Nettement moins inquiétant aussi. Je me dis, avec soulagement, que la crise va être de courte durée et que je n’aurai pas besoin d’une cardioversion, comme les deux fois précédentes. Vous vous demandez peut-être que quoi il retourne. La cardioversion « consiste à normaliser les battements cardiaques irréguliers à partir d’une impulsion électrique ». Le tout se déroule sous une anesthésie générale brève. C’est sans douleur, mais plutôt impressionnant. Vous vous retrouvez entouré d’un cardiologue, d’un anesthésiste, d’un inhalothérapeute et d’une infirmière, et vous souhaitez qu’ils sachent ce qu’ils font.

Bref, je suis pour l’instant rassuré. J’en profite pour observer ce qui se passe autour. On est loin, bien loin, des urgences de Saint-Luc. Pas de drogués en surdose. Pas d’ivrognes en coma éthylique. «C’est tranquille!» me dit une infirmière. De fait, il y a neuf places, et seulement cinq sont occupées.

Il y a là deux mémés, visiblement mal en point. L’une reçoit constamment des visiteurs. Elle a plus de proches que ma collègue Marie-Andrée a d’amis sur Facebook. Ça n’arrête pas de défiler. Toutes les générations sont au rendez-vous. L’autre, juste à côté de moi, est sourde, ce qui donne des dialogues plutôt cocasses. Enfin, il faudrait plutôt parler de répétitions du quatrième type. En voici un exemple. Le médecin dit : « Vous me reconnaissez, Mme Gendron.» Réponse : « Hein ! » Deuxième essai, mais plus fort : « Vous me reconnaissez, Mme Gendron. » Deuxième « Hein ! » faiblard. Généralement, la mémé comprend, ou a l’air de comprendre, à la quatrième répétition. Puis, le dialogue se poursuit.

–        « Vous vous souvenez de ce que je vous ai dit hier ? »

–        « Hein ! »

À la quatrième répétition, on a su que, non, elle ne s’en souvenait pas. Mais on s’en doutait un peu.

J’observe aussi les accents du coin, très typiques. Ils en ont tous un, plus ou moins marqué, qu’il s’agisse des patients, des préposés, des infirmières ou des médecins. C’est plutôt mon propre accent qui détonne ici. On m’a d’ailleurs demandé, lorsque j’ai fait faire ma carte de l’hôpital, si j’étais né au Québec.

Même si les urgences sont restées tranquilles, il n’est pas facile de dormir dans un lieu pareil. J’ai  donc demandé un Ativan au début de la nuit. Détendu par ce calmant, me voilà dans les bras de Murphy, comme on disait au collège, jusqu’à ce que l’infirmier de nuit vienne prendre la pression. Excellente la pression : 110 sur 70. « Comme dans les livres », aurait dit mon défunt cardiologue. Mais les pulsations, elles, sont remontées à plus de 100 à la minute. La folle fibrillation est de retour. De toute évidence, mon petit cœur ne retrouvera pas son rythme naturellement.

J’aperçois le médecin de garde du coin de l’œil. Visiblement, il est de bonne humeur. Il vient de voir arriver l’infirmière du quart de jour, une petite blonde. « Elle est belle, elle sent bonne. C’est le matin parfait ! » lance-t-il. Il est encore tout sourire lorsqu’il vient me voir, mais il ne m’apprend pas grand-chose. C’est l’interniste qui prendra ultérieurement la décision en ce qui me concerne.

Je finis par voir la Dre Walker un peu avant le dîner. Très gentille, très professionnelle, elle pose les bonnes questions et écoute attentivement les réponses. Mais je m’aperçois rapidement que les options sont limitées. On n’est pas vraiment équipé à Chandler pour faire une cardioversion. Il faudrait passer par Rimouski, à cinq heures de route. Par ailleurs, on manque de temps pour me faire essayer un nouveau médicament. L’interniste propose donc d’augmenter la médication actuelle pour me permettre de retourner à Montréal dans des conditions à peu près correctes.

C’est ainsi que je me suis retrouvé avec une médication alourdie, ce qui n’est pas idéal en vacances. Le cœur a beaucoup ralenti, mais je me sens, pour l’heure, plutôt fatigué. Nous devrions être de retour chez nous au plus tard dans une semaine et nous annulerons probablement la semaine prévue à Bromont. Je pourrai ainsi voir un cardiologue dès mon arrivée à Montréal.

Cela dit, ne vous inquiétez pas trop pour moi. Les tests de cette semaine ont de nouveau montré que mon cœur est solide. Pas la moindre trace d’infarctus ni même d’angine. Mais il y a ce problème électrique qui se met à énerver l’oreillette sans crier gare et sans dire pourquoi. C’est enquiquinant quand on projette de voyager quatre mois par année. Mais il faudra faire avec.

Je vous embrasse. À bientôt.

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